La Voix du Raid
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Description

" Sa mascotte est la panthère, sa devise tient en trois mots : " Servir sans faillir ". Tatiana n'y a jamais dérogé. Elle s'est imposée en prouvant que la négociation n'est pas une question de genre mais avant tout une affaire de spécialistes. C'est la crédibilité de l'interlocuteur ou de l'interlocutrice qui compte. Aussi, il est important d'avoir une diversité de profils, et à ce titre elle a fait la démonstration qu'il serait hautement fautif de prétendre pouvoir se passer des femmes. C'est ainsi qu'elle a été amenée à traiter des situations très délicates, avec des terroristes et des personnes radicalisées, de l'Afghanistan à la Côte d'Ivoire, du Bataclan à Magnanville. "
Extrait de la préface de Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre

Tatiana Brillant a été négociatrice au RAID. Pendant plus de 13 ans, elle fut le seul officier féminin à exercer ce métier au sein de cette prestigieuse unité d'élite. Reconnue pour son abnégation, son professionnalisme mais aussi sa discrétion, elle a accepté de raconter son parcours pour inspirer celles et ceux qui peut-être, un jour embrasseront la carrière mais aussi pour aller à l'encontre de certaines idées reçues... Car si cela n'a pas toujours été facile au début, Tatiana a très vite su s'imposer.
Grâce à la négociation, Tatiana a permis la résolution de nombreuses affaires, qu'il s'agisse de forcenés, de prises d'otages, d'enlève ments ou d'affaires impliquant des terroristes. Certaines furent tès médiatiques... Ce livre qui mêle témoignages personnels et plongées au cœur de l'action est le récit d'une femme d'exception.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 40
EAN13 9782372541534
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tous droits réservés. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.
ISBN : 978-2-372-541534
Pour vous tenir informé des prochaines publications de Mareuil Éditions, rendez-vous sur : www.mareuil-editions.com
© MAREUIL ÉDITIONS – 2019
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
À ma famille, À mes proches, À mes collègues.
« Il n’y a pas de réussite facile, ni d’échecs définitifs. »
Marcel Proust

« On ne peut pas ne pas communiquer. »
Paul Watzlawick
PRÉFACE

Le parcours de Tatiana Brillant, que vous découvrirez au fil de ces pages, est celui d’une femme d’exception. Entrée courageusement dans le milieu très fermé des forces d’intervention d’élite, elle s’est illustrée comme négociatrice au RAID, l’Unité de recherche, d’assistance, d’intervention et de dissuasion.
 
Sa mascotte est la panthère, sa devise tient en trois mots : « Servir sans faillir. » Tatiana n’y a jamais dérogé. Elle s’est imposée en prouvant que la négociation n’est pas une question de genre mais avant tout une affaire de spécialistes. C’est la crédibilité de l’interlocuteur ou de l’interlocutrice qui compte. Aussi, il est important d’avoir une diversité de profils, et à ce titre elle a fait la démonstration qu’il serait hautement fautif de prétendre pouvoir se passer des femmes. C’est ainsi qu’elle a été amenée à traiter des situations très délicates, avec des terroristes et des personnes radicalisées, de l’Afghanistan à la Côte d’Ivoire, du Bataclan à Magnanville.
 
Convaincue que la communication peut dénouer bien des conflits, Tatiana s’est employée à la promouvoir en devenant formatrice, en France, puis à l’étranger. Par son expérience de la gestion de crise, elle est devenue une référence nationale puis internationale, décorée de l’ordre national du Mérite et primée par le FBI.
 
À travers le parcours personnel de Tatiana Brillant, c’est l’histoire du RAID de ces treize dernières années qui affleurent . Elle donne à voir le travail hors du commun accompli par les policiers et les gendarmes des forces d’intervention spécialisées, qui ont été en première ligne lorsqu’il a fallu, dans des circonstances particulièrement dramatiques, mener l’assaut contre les terroristes lors des attentats qui ont endeuillé notre pays ces dernières années. Elle offre un visage aux femmes et aux hommes qui, dans l’anonymat, œuvrent chaque jour pour la protection de nos concitoyennes et concitoyens. Ce visage est celui du courage et de l’abnégation.
Bernard CAZENEUVE, ancien Premier ministre
1. NAISSANCE D’UNE VOCATION

Entrée au RAID en mars 2004, vous y avez passé treize ans en tant que négociateur de crises criminelles. À l’origine, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?
 
Lors de mes études de droit, comme de nombreux étudiants j’étais très souvent à la bibliothèque. C’est là que j’ai découvert un jour, au détour d’un article, le travail des négociateurs du RAID. Ce récit m’a captivée. Il expliquait le rôle méconnu des négociateurs en groupe d’intervention et relatait l’une des prises d’otages historique gérée par le RAID, celle de l’école maternelle de Neuilly. Ce fut d’ailleurs cet évènement qui déclencha la création du groupe « négo » au sein de cette unité.
Après avoir abordé ce cas, le négociateur auteur de l’article revenait plus précisément sur la réalité de son métier et sa mise en place au RAID. Il évoquait notamment les différentes étapes d’une négociation, le travail en binôme avec le psychologue, la façon d’approcher l’auteur des faits, la manière de prendre contact avec les otages, les longues heures passées pour créer du lien et la coordination avec le groupe d’intervention.
Son récit fut pour moi une révélation.
Dans le métier de négociateur, j’ai vu l’occasion de faire de la psychologie sans être psychologue et de la police sans faire de répression. Cette envie de devenir négociateur m’a portée et c’est pour la satisfaire qu’après avoir terminé mes études de droit, j’ai passé le concours d’officier de police.
À la suite d’un long parcours et d’une sélection aussi rigoureuse qu’exigeante, j’ai réussi à intégrer l’unité en 2004.
 
Longtemps seule femme officier au RAID, vous avez participé aux plus grandes interventions d’un corps d’élite réputé comme l’un des services les plus masculins de la République. Quand s’est-il féminisé ?
 
Le service avait commencé à se féminiser avant mon arrivée. J’ai remplacé Nathalie, officier comme moi, qui avait été la première négociatrice de l’unité. À son départ, je suis devenue à mon tour l’unique officier féminin et il n’y en a pas eu d’autres depuis que je suis partie. À mon entrée au RAID, il y avait déjà quatre femmes au groupe de surveillance et filature.
 
Si vous deviez résumer ce parcours en quelques mots, que diriez-vous ?
 
Je dirais que j’ai eu une chance incroyable d’exercer le métier dont je rêvais.
Je dirais que travailler au sein du RAID, c’est exercer un métier passionnant mais également périlleux qui permet de mesurer à quel point la vie est fragile et cela n’a fait que renforcer mon goût pour celle-ci. J’ajouterais que l’un des fils rouges de ma propre existence est la conviction qu’il est essentiel de ne rien s’interdire. Si j’avais écouté tous les avis, jamais je n’aurais fait la carrière qui fut la mienne en tant que négociateur de crises criminelles.
Je dirais qu’au sein de ce service confronté bien souvent à la montée d’une misère sociale, à la folie de certains hommes ou encore à la cruauté et à l’errance d’autres hommes, poussant les plus fragiles aux actes les plus fous, j’ai acquis la conviction que ma capacité d’entrer en contact avec eux pour négocier – fussent-ils des monstres, des malades ou des fous de Dieu – était un formidable moyen d’action pour sauver des vies.
Et contrairement à ce que l’on peut penser, ce métier n’a jamais consommé mon énergie ; il m’en a donné !
 
Au-delà d’une vocation, certains traits de caractère vous prédisposaient-ils au métier de négociateur ?
 
Peut-être. Ce qui est certain, c’est que, dès l’enfance, les professions de mes parents, pompier et infirmière, m’ont très vite sensibilisée à l’importance de l’écoute d’autrui et à la nécessité de servir les autres avec modestie.
Mon petit côté casse-cou me prédisposait sans doute aussi à ce métier peu ordinaire et mon penchant pour le challenge tend à laisser croire que ma vocation est sans doute également une réelle prédisposition. Avant que l’on me prédise que je n’intégrerai pas le RAID, « pas de femmes, trop difficile, etc. », d’autres conseilleurs avisés m’avaient presque détournée de l’envie de pratiquer la gymnastique aux agrès. Faute d’avoir commencé trop tard (à 10 ans). L’opiniâtreté dans l’entraînement, la pugnacité, la combativité, l’audace, le goût du défi et autres exigences de cette discipline m’ont sans nul doute bien préparée à affronter toutes les situations rencontrées au RAID. Par la suite, la devise de l’unité « Servir sans faillir » a toujours résonné en moi comme une évidence.
 
Avant d’être policier, vous aviez un temps songé à être avocate…
 
Très jeune, à 16 ans, j’ai lu, Le Pull-over rouge , qui racontait l’affaire de Christian Ranucci. Ce livre m’a en quelque sorte révoltée et c’est suite à cette lecture que j’ai décidé de passer le concours d’avocat. Avec la ferme intention de « défendre la veuve et l’orphelin », je voulais lutter contre toutes les injustices. Rapidement, j’ai réalisé que cela n’était pas si évident et qu’en tant qu’avocate pénaliste, je n’aurais pas toujours l’opportunité de choisir mes affaires. J’ai donc commencé à élargir l’horizon de mes choix professionnels et je me suis très vite penchée sur les métiers relevant des carrières judiciaires et des sciences criminelles. Pendant un temps j’ai regardé du côté du profilage, de la magistrature, mais la lecture de cet article sur un négociateur du RAID me revenait à l’esprit tant par l’importance du facteur humain que par les situations très complexes que ces policiers sont amenés à appréhender et à résoudre. Contrairement à tant d’autres prompts à dénoncer un aspect répressif qui fait partie des grandes idées reçues sur la police, l’auteur de cet article mettait en évidence l’importance du facteur psychologique. À mon sens primordial dans tous les corps de police, ce facteur est au cœur du métier de négociateur.
 
Comment votre famille a-t-elle réagi à l’idée qu’une jeune femme passe le concours d’officier de police sans jamais avoir songé auparavant à être « flic » ?
 
En 2000, quand j’ai réussi le concours, je me souviens de la surprise de ma mère et de mes frères à l’idée que leur fille et leur sœur devenait « flic ».
Mes frères n’ont pas manqué de me décrire les épisodes des contrôles policiers dont l’un ou l’autre, avait pu faire l’objet. Ma mère m’a aussi surprise en s’étonnant qu’après cinq ans de droit, je puisse songer à entrer dans la police.
J’ai néanmoins vite compris qu’après avoir pensé que je serais avocate, l’idée de me voir embrasser un métier dangereux l’inquiétait. C’est une chose qu’elle a toujours eu la pudeur de ne jamais plus évoquer par la suite, y compris pendant la très difficile période de 2015 à 2017. Elle savait que je savais, il n’était pas utile de le rappeler.
 
En quoi votre formation d’officier à l’École nationale supérieure de la police de Cannes-Écluse a-t-elle confirmé votre vocation ?
 
Ce n’est pas la scolarité qui a confirmé ma vocation. Durant les dix-huit mois de ma formation d’officier à l’école nationale supérieure de la police de Cannes-Écluse, j’avoue avoir moi-même hésité à arrêter la scolarité. En fait, j’ai découvert le métier de policier à l’école. Si les cours de procédures pénales retenaient toute mon attention, il n’en était pas de même de ceux sur le commandement, ni même de ceux de « l’École des officiers » où l’on apprenait notamment le salut, le garde-à-vous, la marche au pas.
J’ai eu beaucoup de mal à m’y faire et pendant longtemps j’ai pensé que je m’étais trompée de voie. Les amitiés liées sur place m’ont convaincue de rester et la présentation du métier de négociateur de crise au RAID que nous ont faite Christophe – qui deviendrait plus tard mon chef de groupe – et Laurent – que je remplacerais – n’a fait que confirmer mon choix. Mon sort était scellé, je finirais la scolarité avec la ferme intention de passer les sélections pour rentrer au RAID, l’unique objectif qui m’avait motivée à passer le concours d’officier.
 
 
À l’issue de cette formation, quel a été votre premier poste ?
 
Je suis arrivée un 1 er  juillet à l’unité de traitement judiciaire en temps réel du commissariat du Vésinet. Comme tout officier en début de carrière, je portais naturellement l’uniforme. Lors de ma première entrée dans ce commissariat, quelle ne fut pas ma surprise de voir les fonctionnaires se mettre au garde-à-vous en me saluant d’un « Mes respects, lieutenant ». J’ai fini par me faire à ce rituel, y compris lorsque je devais moi-même me mettre au garde-à-vous.
La vie d’une unité de traitement judiciaire, c’est en quelque sorte le tout-venant. On y traite toutes les affaires susceptibles de se produire dans une commune : vols, agressions, différends familiaux, différends de voisinage, rixes, stupéfiants, cambriolages, suicides, infractions à la législation des étrangers, etc. C’est extrêmement formateur pour apprendre la réalité du métier de policier, les difficultés qui y sont attachées et toutes les qualités qu’il requiert. Auprès de ces collègues qui sont en permanence sur le terrain et en contact avec la population qu’elle soit victime ou délinquante, j’ai réalisé à quel point ce métier exige patience, discernement, courage, volonté, mais aussi des qualités de médiateur, du sang-froid et de l’humilité. Autant de qualités que le commun des mortels ou les médias négligent hélas trop souvent lorsqu’ils parlent des policiers, pour ne retenir que l’aspect répressif de la profession.
En tant qu’officier, j’avais en responsabilité les brigades sur le terrain et le traitement des affaires qui en sont issues et c’est donc au Vésinet que j’ai véritablement appris le difficile métier de policier. J’y ai découvert le commandement, la gestion des personnels, celle des conflits quels qu’ils soient, et l’ensemble des problèmes internes à la vie d’un commissariat.
J’ai aussi appris à prendre une certaine distance avec les évènements afin de ne pas être trop atteinte par le quotidien de la vie d’un commissariat qui amène parfois à côtoyer une grande misère humaine et sociale. Cet univers assez méconnu exige en effet de savoir garder le moral quelles que soient les situations que l’on rencontre. J’ai appris à prendre sur moi et à serrer les dents face aux insultes, aux menaces, mais également à retenir mes larmes face à des autopsies d’enfants ou lorsqu’il fallait annoncer à une famille le décès d’un proche.
C’est une école de vie et il faut être optimiste pour continuer de voir la vie en rose et de se dire qu’elle est belle.
J’ai ensuite rejoint l’Unité d’investigation et de recherche. Certains collègues sont devenus des amis, je pense notamment à Jeff, mon ancien chef de groupe, auprès duquel j’ai tout appris, à un autre Jeff, passionné par son métier, ce qui a forcé mon admiration, ou encore à Catherine qui m’a convaincue de passer les tests du RAID lorsque j’ai douté de moi au moment d’y aller, sans oublier Jorge. C’est lui qui m’a accueilli au Vésinet par cette phrase que je n’oublierai jamais : « Lieutenant, n’oubliez jamais le bisou du matin ! Quand vous quittez la maison, vous ne savez pas si vous allez revenir, alors n’oubliez jamais le bisou du matin ! »
 
Malgré les embûches que l’on vous prédisait, comment avez-vous finalement pu rejoindre l’unité d’élite du RAID ?
 
Un beau matin, un collègue officier m’a prévenue qu’un télégramme d’appel à candidature pour le recrutement d’un négociateur au RAID venait à peine d’être publié sans que mon commissariat l’ait reçu. Sans son mail, je n’aurais jamais passé les tests.
La sélection durait une semaine. La première phase consistait à passer les « prérequis 1  », des minima éliminatoires, à savoir des pompes, des tractions et un tour de la base en courant, soit huit kilomètres à réaliser en moins de quarante minutes. Cette étape était suivie de plusieurs entretiens avec des psychologues, de tests de résistance au stress, de parcours de cran, d’épreuves en piscine, de mises en situation de négociations face à des forcenés ou des preneurs d’otages, de mises en situation de groupe ou encore d’entretiens avec les chefs opérationnels du RAID.
 
Vous avez aussi participé, à ces « parcours de cran » que vous évoquez plus haut. Comment vous en êtes-vous sortie ?
 
Concernant ma sélection, il s’agissait de traverser des souterrains. J’avais un masque occultant la vue, un casque et je devais déambuler en suivant les injonctions de mes collègues afin de progresser jusqu’à la sortie. Pendant mon parcours, j’ai eu à subir les assauts d’un chien muselé qui venaient à mon contact et plusieurs coups de feu étaient tirés dans ma direction. Je n’avais pour seul repère que la voix de mes collègues et une ligne de vie que je n’ai lâchée qu’au bout du tunnel.
À la fin du parcours je devais restituer toutes les informations qui m’avaient été transmises au départ de celui-ci .
 
Quels étaient vos atouts ?
 
Ayant intégré la police pour faire ce job, ma motivation était sans nul doute mon principal atout. Avec le sentiment que passer ces tests était la chance de ma vie, je m’y suis lancée avec ardeur et détermination. Comme en « compète sportive », j’y allais pour gagner, sainement, la tête sur les épaules.
 
Je n’ai pas eu de difficultés sur les épreuves de sport auxquelles je m’étais d’ailleurs préparée. Les épreuves de cran m’ont plutôt amusée. J’ai pris tant de plaisir à passer ces tests que je n’ai pas ressenti de trac, sauf peut-être lors du passage devant le jury.
Un dernier atout peut-être : la chance ! Administrativement, je n’avais que trois ans et demi de service actif au lieu des cinq requis. Candidater – non sans obstination – était finalement perspicace car j’ignorais alors qu’entre mon recrutement et le suivant une dizaine d’années s’écoulerait avant que ne tombe le prochain télégramme. À l’époque il n’y avait que trois négociateurs au RAID (contre six aujourd’hui). Deux d’entre eux partaient et un seul poste était vacant. J’ai envoyé au RAID le double de ma lettre de motivation et elle a dû leur plaire car on m’a convoquée pour passer les tests.
Tout au long de ce parcours très sélectif, certains insistaient avec une obstination égale à la mienne pour me dire et me redire qu’il n’était pas question de recruter une femme. Sur une trentaine de candidats, il y avait pourtant sept autres postulantes !
 
Qu’est-ce qui vous a le plus frappée lors de cette sélection ?
 
La psychologue qui m’interrogeait a affirmé qu’à 30 ans, j’étais « trop jeune et trop jolie » pour le « job ». Lorsqu’elle m’a demandé comment j’allais gérer ma féminité, je n’ai pas su quoi lui répondre. Cette question ne s’étant jamais posée pour moi, j’avais du mal à comprendre qu’une femme me la pose. J’ai également été surprise du fait que l’on ne cache pas que le choix d’un candidat masculin serait privilégié.
 
Au terme de cette sélection, vous avez donc été reçue…
 
Eh bien, non ! Mon dossier ayant été classé au profit d’un candidat masculin, je regagnais Le Vésinet.
Six mois plus tard, la nouvelle recrue ayant décidé de ne pas rester, je fus convoquée à nouveau à ma grande surprise pour un test supplémentaire. Ayant cette fois accès à mon dossier, j’ai appris que lors des précédents tests j’avais été reçue première avec l’observation suivante : « Première candidate. Impressionnante malgré son jeune âge. Bonnes réactions, empathie naturelle. »
C’est ainsi que je suis entrée au RAID le 1 er  mars 2004. À Bièvres, dans l’Essonne, mon rêve se réalisait ! Tout cela validait à jamais le mantra qui rythme ma vie : « Il ne faut rien s’interdire. »
 
Ce mantra est-il une façon d’aller au bout de ses rêves ou une question de pugnacité ?
 
C’est surtout une façon de se donner les moyens d’atteindre son objectif, ce qui n’est pas toujours simple. Comme nombre de personnes, il m’arrive de douter. En revanche, je ne renonce pas. Mieux vaut toujours essayer, quitte à ne pas y arriver que ne rien tenter du tout.
Ayant participé à des compétitions sportives, je ne suis pas programmée pour abandonner, mais j’ai surtout vu ma mère avancer dans la vie quelles que soient les difficultés. C’est une leçon que j’ai retenue.
 
Est-ce un métier que l’on peut faire longtemps compte tenu de la charge émotionnelle qu’il impose ?
 
Jusqu’en 2017, l’unité nous imposait des contrats quinquennaux (trois fois cinq ans), ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Nous pouvions donc pratiquer ce métier pendant quinze ans avant de quitter l’unité. C’est un métier que l’on peut faire tant que l’on y trouve du plaisir, tant qu’on l’exerce avec engagement et avec une totale conviction, tant que l’on pense qu’il est préférable de mettre en avant une solution pacifiée en alternative à l’intervention. J’ai dans mon entourage professionnel des négociateurs étrangers qui font cela depuis plus de vingt ans avec une énergie inaltérable. L’essentiel est de conserver la passion, l’envie, les nerfs, l’espoir, et cela malgré les années, les évolutions, les changements de direction ou de mentalité.
 
En quoi cet ouvrage était-il important pour vous ?
 
Pendant longtemps, je ne voyais pas véritablement l’intérêt d’un tel récit. J’estimais tout simplement faire mon travail, un travail qui, tout au long de ces années, m’a passionnée et continue de m’animer. Là où certains me considéraient comme une femme extraordinaire ou « une femme d’exception », je me voyais comme une femme ordinaire exerçant un métier qui, lui, ne l’était pas. Mon métier, en effet, sortait du commun et, en ce sens, on pouvait le qualifier d’extraordinaire.
 
En quoi « me raconter » pouvait-il bien intéresser ? D’autres négociateurs de l’unité ayant écrit, quelle serait ma plus-value ? Ces questions me préoccupaient et c’est pourquoi j’ai longtemps refusé d’écrire un livre. En conversant au quotidien avec des hommes et des femmes, notamment à l’occasion des conférences qu’il m’arrive de donner, beaucoup soulignaient l’aspect inspirant de mon parcours et l’intérêt de l’évoquer. Ils ont fini par me convaincre que relater cet itinéraire et ma démarche pouvait apporter un solide encouragement à celles et ceux qui, par doute, crainte ou autocensure, se sont interdit de croire en eux. C’est là l’origine de ce livre.
Mon moteur n’a jamais été la carrière ou un désir de gloire, mais plutôt l’attrait du travail de terrain et la satisfaction de voir rentrer tout le monde à la maison. Les libérations d’otages sont sans nul doute mes plus beaux souvenirs. Rien n’est plus gratifiant que de sauver une vie !
Alors après de longs moments de réflexion et d’échanges avec mes proches, j’ai fini par accepter de partager l’univers professionnel qui a été le mien pendant toutes ces années, avec de fabuleux moments de vie et d’apprentissage.
1 . Homme ou femme, les prérequis sont les mêmes pour candidater puis, en fonction des spécialités, les épreuves diffèrent.
2. NÉGOCIATRICE AU RAID

Entrée au RAID jeune négociatrice, vous en êtes sortie en 2017 avec le statut d’expert leader…
 
J’ai eu la chance de faire le tour de toutes les situations de crise que l’on peut rencontrer. Chaque cas étant porteur d’enseignements , j’ai appris jusqu’au bout et j’ai découvert l’importance de la formation en continu.
 
Après le bataillon des tests de recrutement, comment s’est passée votre intégration ? Avez-vous connu l’épreuve du bizutage ? Quelles difficultés avez-vous dû surmonter et cela plus spécifiquement en tant que femme ?
 
Au RAID, chacun a conscience qu’il y a peu d’élus et que chaque nouvelle recrue doit en être digne. Intégrer l’équipe à 30 ans en tant que femme officier devenue négociateur revenait à accepter implicitement d’être soumise à un nouvel examen de passage que je n’avais guère anticipé en pénétrant pour la première fois dans l’enceinte du service, l’ancien séminaire de Bièvres. La mine de mes nouveaux collègues était plutôt goguenarde quand j’ai fait mes premiers pas dans la salle de la cantine.
Le bizutage, j’y ai bien évidemment eu droit, et ce, dès la première journée.
À l’époque, il n’y avait que de grandes tablées réunissant les hommes en noir dans une ambiance virile.
« Viens donc t’asseoir… »
Pas forcément convaincue que c’était une bonne idée et armée d’un sourire forcé, je m’exécute. C’est alors qu’un collègue, chauve, au regard espiègle – l’un de ces regards qui présagent que l’on prépare un coup –, s’avance droit vers moi et s’assied en face. Sans me laisser le temps de réaliser, il me prend mon bol de chou rouge, se le renverse sur la tête en ricanant avant de me regarder droit dans les yeux et de s’exclamer : « Alors ! Qui a dit que moi je n’avais pas de chou ?… » Le silence se fit soudain dans la cantine avant que ne retentissent de grands éclats de rire. Je venais de faire la connaissance de Marco !
 
Le reste de la journée fut tout aussi folklorique, chacun déployant des trésors d’ingéniosité pour me souhaiter la bienvenue à sa manière.
Tous avaient un petit mot d’attention à mon égard :
« Si tu tiens cette semaine, tu tiendras longtemps. »
« Bienvenue dans cette maison de fous », me dit une collègue du Groupe de recherche et d’intervention (GRI).
Il y eut encore cet avertissement bien moins pondéré d’un opérateur : « Tu n’es pas la première gonzesse qui vient nous casser les c… Une femme en intervention et qui va faire de la négo… ; d’ici qu’elle nous empêche d’intervenir. » Et d’enchaîner : « C’est bon, les gars, on va pouvoir ouvrir une crèche… »
L’accueil était rude. Nous étions très loin du « Mes respects, lieutenant » qui avait jalonné le début de ma carrière et qui, soudain, me manquait.
Un peu décontenancée, je me suis dit que ces hommes avaient un comportement bien insolite.
Par la suite, j’apprendrais à les connaître tant dans le cadre de nos interventions qu’à travers la vie collective qui était la nôtre à l’unité. Ils sont de ceux qui rient de tout, rendant ainsi plus légère la lourdeur du quotidien, sans se prendre au sérieux. Ils vont là où personne n’aurait l’idée d’aller et osent l’impensable. En inter 1 , le jeu s’arrête, ils vous font comprendre que vous pouvez compter sur eux.
 
Lors des interventions, la gravité prend le pas. Que ressentiez-vous au moment de partir sur un objectif ?
 
J’ai toujours aimé le moment qui précède un départ en inter. Sur la place d’armes, rires et plaisanteries vont bon train jusqu’au moment du briefing. Alors s’installe un silence de plomb. À l’énoncé de l’affaire vers laquelle nous partons, les regards se font plus graves. Au départ du convoi, lorsque la radio nous alimente en informations, chacun réfléchit à son action en fonction des différentes spécialités concernées. Une fois sur place, cagoules sur le visage, je pourrais quasiment tous les reconnaître.
Lors de la mise en place, j’appréciais le clin d’œil rassurant des uns et des autres. Ensuite, inutile de préciser qu’il faut être sérieux. La machine est en place et elle est bien rodée.
Cela fait partie du charme du RAID. Au service, on a parfois le sentiment d’être dans une grande cour de récréation, mais en intervention, les membres de l’unité sont là. Ils se posent et en imposent, et je les admire pour cela.
 
Comment se sont passés vos premiers jours au « Château » ?
 
En mars 2004, je suis arrivée dans un contexte un peu particulier car l’unité était accaparée par l’affaire AZF, un groupe d’extrême gauche qui menaçait de faire sauter le réseau ferré français et exerçait un chantage sur l’État en diffusant ses messages par le biais du journal Le Figaro .
N’étant pas encore habilitée secret-défense, je n’ai pu rejoindre mon équipe sur le terrain. J’ai donc pris connaissance des lieux et notamment de mon bureau, dans un petit bâtiment excentré où la cellule négociation et la cellule cynophile cohabitaient. Après avoir été surprise que ces deux spécialités soient ainsi regroupées, les collègues maîtres-chiens devinrent bientôt mes compagnons de course à pied. À l’écart du bâtiment central, une ambiance et une cohésion particulières nous réunissaient.
À la « négo », nous étions trois...

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