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10 histoires de l'Antiquité

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Description

Sentiments, humour, frissons, policier, histoire vécue... Les 10 histoires de ce livre abordent tous ces genres !
Autour du thème de l'Antiquité, voici de quoi s'embarquer dans d'extraordinaires aventures, aux côtés de héros qui ne manquent pas d'audace.
Les auteurs : Marie Bertherat, Patrick Cappelli, Barbara Castello et Pascal Deloche, Jacques Daniel, Giorda, Johan Heliot, Katherine Quenot, Emmanuel Viau.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2015
Nombre de lectures 137
EAN13 9782215159582
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

l'Antiquité
Table des matières

La chute de Carthage Cléopâtre, la reine-pharaon

La nuit du sacrilège Meurtre dans la cité-État

Le festin d’Esther Le prix de la liberté

Pupus L’embaumeur embaumé

Le loup-garou de Campanie La légion de l’Enfer

Copyright
Dans la même collection
La chute de Carthage
de Katherine Quenot illustré par Dominique Rousseau
Le conflit entre Rome et Carthage, la cité édifiée par les Phéniciens sur la pointe nord-est de l’Afrique, dure depuis plus d’un siècle. Au Sénat romain, Caton termine tous ses discours par son célèbre « Delenda est Carthago 1 ! » Or la cité punique 2 ne veut plus la guerre. Et pour prouver sa bonne foi, elle accepte toutes les conditions de Rome : elle livre deux cents otages, rend toutes ses armes et ses éléphants. Mais Rome va plus loin et exige que les habitants quittent leur ville pour s’installer plus loin, à l’intérieur des terres. Cette condition est inacceptable pour ce peuple de marins et de commerçants. La troisième guerre punique éclate alors en 149 avant notre ère. Carthage, rapidement assiégée, déploie des trésors d’astuces et de courage pour se défendre : chaque jour, cent boucliers, trois cents épées, cinq cents javelots et lances, mille flèches sortent des ateliers. Mais au bout de trois ans, la ville est affamée…

Cachée dans les buissons qui bordent un petit monument près de la sortie du temple, Élissa serre dans son poing le manche de son miroir.
Un jeune homme vient de surgir du bois de cyprès qui entoure le temple de Tanit 3 . De là où elle se trouve, elle le distingue parfaitement. Il a vingt-cinq ans, ce qui correspond bien à la date de la grande épidémie de peste. Il est grand et sans doute amaigri par les privations, car sa longue robe de laine flotte autour de son corps comme un drapeau dans le vent. Il marche si lentement que ses sandales de bois font à peine crisser les galets bleutés qui tapissent l’allée. Il semble perdu dans ses pensées.
Celles d’Élissa se sont arrêtées.
– C’est bien lui…
À chaque pas le jeune homme se rapproche d’elle. Il porte sur le front le tatouage des combattants : un entrelacs de losanges traversé par une flèche qui descend bas sur son nez.
Le poing de l’adolescente se crispe sur le manche de son miroir. Le jeune homme est à moins d’une coudée 4 à présent. De son autre main, Élissa effleure sa nuque pour sentir ses boucles coupées très court, conséquence de l’effort de guerre consenti par toutes les Carthaginoises pour fabriquer des cordages. Levant alors son miroir au-dessus d’elle, elle oriente le disque argenté de manière à capter les rayons du soleil matinal et, d’un geste circulaire du bras, renvoie la lumière dans la direction de l’adorateur de Tanit.
Celui-ci s’arrête, suivant d’un œil intrigué les reflets dorés qui dansent autour de lui.
– Tanit, ma déesse, murmure-t-il, est-ce un signe de toi ?
– Oui, mugit Élissa, ravie. C’est un signe de moi… C’est moi, Tanit en personne, qui te parle !
Le jeune homme ne bouge pas.
– J’ai quelque chose à te dire, ô Spendios, reprend Élissa d’une voix spectrale. Écoute-moi, et crois en mes paroles, humain !
– Parle, fait Spendios en cherchant à apercevoir entre les feuillages l’auteur de cette farce de mauvais goût.
Avec prudence, il avance sa main vers le poignard suspendu à sa ceinture de cuir. Cette voix haut perchée appartient à une femme, mais on ne sait jamais. À l’heure où la mise à mort de Carthage est programmée, la folie peut égarer les esprits les plus faibles.
– Dans quelques instants, poursuit Élissa, une femme va apparaître devant toi. Ne la rejette pas, Spendios, c’est un ordre de la déesse. Je te l’envoie pour que tu prennes soin d’elle. Cette femme est… ta sœur !
Et, disant cela, l’adolescente sort de sa cachette et se plante devant Spendios, qui la dévisage d’un air éberlué.
– Tu as entendu Tanit, dit-elle. Je suis ta sœur ! C’est la vérité.
Le jeune homme continue de garder le silence, mais son poing se relâche sur son arme. Il avait vu juste : cette jeune fille a perdu la tête.
– Où sont tes parents ?
– Ce sont les tiens aussi !
Spendios répète patiemment :
– Où sont tes parents ? D’après ton apparence, je vois que tu appartiens à une famille noble…
– Notre père siégeait à la Grande Assemblée, mais il est mort. Notre mère aussi, il y a juste une lunaison.
– J’en suis désolé. Qui s’occupe de toi ? Tu as des esclaves, je suppose.
Élissa esquisse un sourire encourageant.
– C’est toi qui vas t’occuper de moi, maintenant.
Puisque je suis ta sœur…
Spendios plonge durement ses yeux dans ceux de l’adolescente.
– Tu n’es pas ma sœur. J’ai trois sœurs et tu ne figures pas parmi elles. Mon père n’a jamais siégé à la Grande Assemblée. Il est forgeron. Je n’habite pas dans un palais du quartier Magon, mais sur les flancs de la colline de Byrsa, dans une modeste demeure. Tu vas retourner dans ton palais et dire à tes esclaves de te donner une tisane de cœur de belette qui dissipe les mirages. Au besoin, tu fais un plongeon dans tes bassins pour te rafraîchir les idées. Tu m’as bien compris ?
Sur ces mots, il tourne le dos et franchit le petit mur de pierres sèches qui borde l’enceinte du temple.
– Tu es mon frère, s’écrie Élissa en le rattrapant, je te le jure ! La grande épidémie de peste, quand tu es né, c’est à cause de ça !
D’un geste impatient, Spendios repousse l’adolescente.
– Tu vas te taire et me laisser tranquille ? Tu ne respectes pas les dieux. Me poursuivre ici, dans le temple de Tanit, et essayer de te faire passer pour la mère déesse, c’est un sacrilège ! Va-t’en avant que je ne te tue ! ajoute-t-il en sortant son poignard.
Les deux jeunes gens se mesurent du regard pendant quelques instants.
– Pourquoi ne m’écoutes-tu pas ? demande Élissa d’une petite voix.
– Les Romains sont à notre porte, lâche Spendios d’un ton sec. Il n’y a plus de père, de mère, de frère ou de sœur. Il n’y a plus que des combattants.

Élissa avance, les yeux fixés sur la silhouette de Spendios qui se hâte à plusieurs coudées devant elle. Le jeune homme se dirige vers l’isthme qui relie la presqu’île carthaginoise à l’Afrique. Va-t-elle le poursuivre au mépris de sa dignité ? Mais il est son frère, elle en est certaine. C’est bien lui cet aîné qu’elle croyait mort et à qui elle songe depuis qu’elle est toute petite, dans des visions de flammes hideuses et de rires grimaçants.
L’adolescente relève sa longue robe brodée pour marcher sans entrave.
– Spendios, écoute au moins mon histoire ! Tu n’es vraiment pas curieux, je trouve…
En guise de réponse, le jeune homme accélère le pas.
– Ton vrai nom est Amphaïs ! s’époumone l’importune. Moi, je m’appelle Élissa. Nous nous ressemblons, toi et moi ! Mais regarde-moi un peu, par Tanit !
Spendios s’arrête et se retourne. Cette fille ne le laissera jamais tranquille…
– Allez, je te raccompagne jusque chez toi, dit-il en soupirant.
– C’est vrai ? s’écrie l’adolescente d’une voix incrédule.
– C’est vrai, mais allons-y vite ! répond le jeune guerrier d’un ton bourru. Je dois rejoindre ma caserne.
Élissa ne se le fait pas dire deux fois. Tandis qu’ils prennent la direction du front de mer, elle cherche comment aborder de nouveau le sujet. Mais c’est Spendios qui prend la parole.
– Tu t’appelles donc Élissa. Le nom de la fondatrice de Carthage…
– C’est mon père qui a voulu m’appeler ainsi.
– J’approuve ce choix ! Cette première Élissa était une merveilleuse princesse. J’aime me rappeler comment elle arriva ici, et proposa aux habitants d’acheter « seulement » le terrain que pourrait couvrir une peau de bœuf. Comme j’admire cette femme astucieuse qui la fit couper en bandes très étroites pour encercler les terres sur lesquelles elle construisit sa cité !
– Mais je n’aime pas la fin de l’histoire, objecte Élissa. Tu l’aimes, toi ? Quand elle se jette dans un bûcher dans l’espoir de garantir vie et prospérité à la nouvelle cité…
Le cœur d’Élissa s’est accéléré. C’est la transition idéale pour révéler à Spendios sa véritable identité.
– Je vois, dit celui-ci, tu n’aimes pas les sacrifices…
– Ah ça, non !
– Ils sont pourtant le seul moyen de régénérer les dieux. Sans sacrifices, les dieux dépérissent ! Ceux-ci ont besoin des hommes, tu ne l’ignores pas. Il n’y a pas à chercher plus loin la raison des lourdes menaces qui pèsent sur nous. Cela fait cinq ans qu’un nouveau-né n’a pas été passé par le feu !
– Mais une procession se prépare en ce moment, non ? se récrie Élissa, un nœud dans l’estomac. J’ai entendu dire que les prêtres allaient offrir des vases sacrés aux dieux…
– Je sais, puisque notre voisin qui est potier s’affaire à terminer les céramiques… Mais il sera peut-être trop tard, indique le jeune homme d’un air sombre. Et d’ailleurs, ajoute-t-il d’un ton acerbe, ce n’est pas suffisant.
– Tu ne trouves rien à redire à ce que l’on tue des bébés, toi ? essaye encore Élissa.
– Souviens-toi que les nouveau-nés sacrifiés séjournent pour toujours avec la divinité, tranche Spendios.
Élissa hoche la tête en silence. Ils continuent leur chemin sans parler et, bientôt, pénètrent dans le somptueux quartier du front de mer, où chaque maison s’étend sur plusieurs centaines de mètres carrés, avec de multiples pièces distribuées autour de cours à péristyle.
– À quoi peut-on utiliser toute cette surface ? demande soudain Spendios. Change-t-on tous les jours d’endroit pour manger ou dormir ?
– Oh, cela arrive. Mais moi, quand j’étais petite, je m’amusais beaucoup à me cacher.
– Tu jouais avec tes sœurs et… tes frères ?
– Je jouais seule. Je n’ai ni sœur ni frère…
La jeune fille manipule nerveusement le manche de son miroir. Elle n’avait pas envisagé que Spendios serait aussi religieux. Si elle lui racontait ce qui s’est passé à sa naissance, il serait capable de se suicider…
– Écoute, dit-elle en prenant sa décision, tu peux me laisser là. Je voudrais m’excuser… Tu n’es pas mon frère, bien entendu. J’ai inventé ce mensonge parce que tu me plaisais. Je t’avais vu, un jour, alors que tu sortais du temple de Tanit…
Un large sourire bienveillant se dessine sur le visage du jeune homme.
– Je me doutais depuis le début que c’était ça, tu sais ! Ton histoire de frère ne tenait pas debout… Allez, au revoir, Élissa. Que Tanit te garde ! Et cache-toi, si nécessaire…
L’adolescente esquisse un petit geste d’adieu, puis elle s’éloigne en serrant son miroir contre sa poitrine. Le fracas de la mer, derrière les murailles, lui parvient. Cette mer d’où les guettent les Romains, jour et nuit. Elle les avait un peu oubliés depuis ce jour fatidique où elle perdit sa mère, en apprenant du même coup que son grand frère était toujours vivant…
Dans la bise marine qui souffle du nord, la jeune fille a l’impression de sentir l’odeur d’airain des cuirasses ennemies. Elle plisse le nez. À dire vrai, ça sent réellement quelque chose de bizarre. Soudain, elle remarque la lueur étrange qui frappe son miroir et fait volte-face.
Spendios se tient toujours à l’endroit où elle l’a laissé. Il est figé devant le spectacle qu’offre le ciel, noir et fumant. En quelques enjambées, elle le rejoint.
– Que se passe-t-il ?
– C’est le port marchand. Il flambe…
– Les Romains ? s’écrie Élissa, la gorge sèche. Spendios secoue la tête.
– Non. C’est une décision de notre commandement, le général Hasdrubal.
– Mais pourquoi ? interroge Élissa, abasourdie.
– Pour gêner la progression des Romains… Si le général a donné cet ordre, c’est que Scipion a pris pied sur le débarcadère à l’extérieur des installations portuaires. L’ennemi est là !
Spendios s’élance. Il se reproche d’avoir perdu son temps à s’occuper de cette fille. Voilà que sonne l’heure du combat et il n’a pas son équipement…

Dix minutes plus tard, il arrive au pied des murailles. Alors que celles-ci sont triples au niveau de l’isthme, un seul rempart protège le front de mer, considéré comme peu vulnérable, car l’océan en défend l’approche. Erreur ! C’est exactement là que les Romains ont percé à plusieurs reprises les défenses puniques, grâce à une digue qu’ils ont construite dans la mer. Cet ouvrage leur a également permis de boucher l’entrée des ports, empêchant ainsi tout ravitaillement d’arriver à Carthage. Jamais, pourtant, les Romains n’ont réussi à se maintenir à l’intérieur de la cité. Soit parce que les armées carthaginoises ont réussi à les en chasser, soit parce qu’ils ont jugé leur position trop difficile à tenir. Mais que va-t-il advenir aujourd’hui, alors que la ville a perdu les deux tiers de sa population et que les survivants sont exténués et affamés ?
Le jeune homme songe avec colère au général Hasdrubal qui a fait supplicier quelques mois plus tôt une poignée de légionnaires capturés lors de l’une de ces incursions romaines. Du haut des remparts, sous les yeux de leurs compagnons impuissants, il ordonna qu’on leur arrache les yeux, la langue, les tendons et les organes sexuels avec des outils de fer. Puis on leur coupa les doigts, lacéra le corps et finalement on les jeta encore vivants du haut des murailles…
Après un tel traitement, rumine Spendios en crachant par terre, il ne s’agit même plus pour les Romains de détruire Carthage, mais d’exterminer ses habitants !
Le jeune homme hume l’air avec désagrément. La fumée de l’incendie commence à lui piquer les yeux. Il n’est même pas encore parvenu devant l’enceinte ronde du port militaire que la chaleur est déjà suffocante. Le feu gagne les palmiers, les cyprès et les sycomores, qui se sont mis à fumer comme des cheminées. Des perroquets rendus fous en jaillissent, des singes noircis s’en échappent. Les habitants en proie à la terreur courent dans tous les sens, des enfants pleurent au milieu des rues en cherchant leurs parents.
Soudain, une section de l’armée carthaginoise débouche de l’avenue de la mer. Le visage de Spendios s’éclaire. Son jeune ami Karam, de dix ans son cadet, se détache du régiment pour courir vers lui.
– Spendios, où étais-tu ? L’attaque du port marchand n’était qu’une ruse… Scipion vient de prendre pied sur le port militaire.
– Quoi ?
– Oui, explique Karam d’une voix hachée, on pensait que nos ennemis débarqueraient sur le port marchand, puisque c’est le premier auquel on accède en arrivant du large. Mais contre toute attente, Scipion l’a évité. À l’instant où je te parle, l’ennemi s’apprête à abattre la muraille !
Comme pour ponctuer ses paroles, la voix de Karam se perd à cet instant dans un fracas énorme. Quelque chose de prodigieux est en train d’ébranler l’enceinte du port militaire. Tous les regards se tournent vers les blocs de grès qui vacillent. La muraille va-t-elle résister ? Au fond de soi, chacun sait que non.
Puis le silence tombe, un silence effrayant. Et, de nouveau, le choc des béliers. Un bloc de grès bascule, suivi de la dégringolade des pierres qui se trouvaient au-dessus. Des nuages de poussière s’élèvent, se mêlant aux cendres qui obscurcissent le ciel radieux de Carthage.
– Ils seront là d’un moment à l’autre, dit Karam.
– Ils sont là, ajoute Spendios quelques secondes plus tard.
Telles les pattes d’un insecte géant, une centaine de soldats accrochés à leur énorme poutre de bois fondent sur eux, emportés par leur élan.

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