Les disparus de la source
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Description

Augustine a 12 ans. Pendant l’été 1892, elle part en vacances chez son oncle dans la campagne limousine. Le même jour, un étrange personnage arrive en ville, un excentrique parisien nommé Joséphin Péladan. Augustine retrouve son cousin Anthime. Ensemble, ils explorent la région, riche de lieux de légendes et de cultes païens. Très vite, une inquiétante nouvelle se répand : des enfants de paysans disparaissent mystérieusement la nuit… Les gendarmes sont sur le qui-vive. La peur s’empare des villageois. Persuadés de la culpabilité de l’obscur Péladan, les deux adolescents décident de le suivre en haut du mont Gargan, là où se trouve une source miraculeuse…

Illustration de couverture : Matthieu Bonhomme


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 août 2018
Nombre de lectures 37
EAN13 9782740434291
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

à Flavie, détective en herbe.

Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Postface
Notes
L’auteur
L’illustrateur
Page de copyright
Chapitre 1
Les hautes pierres de Stonehenge s’élevaient au-dessus des plaines du comté de Wiltshire. Il ­faisait nuit et l’aube de ce 20 juin 1892 allait ­ bientôt poindre au-dessus du monument mégali­thique. Le voyageur qui se serait aventuré dans ces campagnes à une heure aussi indue aurait été bien surpris par l’animation inhabituelle qui y régnait.
D’abord, à chaque chemin d’accès, il aurait rencontré plusieurs hommes en costume noir à la mine sévère, qui, selon toute vraisemblance, ne l’auraient pas laissé passer. D’ailleurs, s’il avait insisté, ces vigiles auraient sorti leur arme : des revolvers Smith & Wesson n° 3 de calibre .44 qui l’auraient dissuadé de poursuivre son chemin.
Plus loin, au milieu des ruines titanesques, on distinguait de fugitives lueurs. En fait, tout l’édifice paraissait irradier une lumière diffuse, tremblotante, donnant l’impression que les pierres elles-mêmes vivaient.
Plus insolite encore, d’étranges sons résonnaient là. De loin, on ne distinguait guère qu’une mélopée monotone, un chant primitif prononcé par des voix gutturales. En s’approchant, on pouvait comprendre quelques mots.
Asclépios, guérisseur sans pareil,
Asclépios, fils d’Apollon et de Coronis,
Asclépios qui guérissait les mortels grâce au sang de la Gorgone.
Mais il fallait se transporter jusqu’au centre de l’ensemble pour enfin découvrir le spectacle dans toute son incongruité.
La couronne de pierres colossales qui remplissaient les paysans superstitieux des environs d’une terreur sacrée et aiguisaient la curiosité des chercheurs s’ornait d’innombrables bougies dont la flamme respirait au rythme du vent des plaines. Placé à l’est, entre deux pierres gigantesques, se tenait l’officiant : vêtu d’une longue robe blanche, sur laquelle figuraient d’étranges signes brodés, et portant une tiare qui ne ressemblait en rien à un accessoire ecclésiastique, il psalmodiait sa prière, les bras levés dans la direction où, dans peu de temps, surgiraient les premiers rayons du soleil. De chaque côté de l’homme, les prêtresses, habillées de la même manière mais coiffées de simples ­guirlandes de fleurs, l’assistaient. La première tenait une branche d’olivier, l’autre une gerbe de blés verts, une troisième un bouquet de fleurs des champs et la dernière, une coupe dans laquelle on avait versé du vin. Le prêtre continuait :
Asclépios, le pèlerin que tu vois a été admis à la porte sacrée,
Après s’être nettoyé les mains à la fontaine, elle a jeûné pendant trois jours.
Elle a pris le bain rituel dans l’eau de la source la plus pure,
Elle a apporté les offrandes requises :
Une branche de laurier, une branche de saule, une pièce d’argent, des œufs.
Au milieu du cercle de pierres s’élevait l’autel. Un énorme bloc de granit couché. Sur celui-ci, une femme était étendue, protégée de la rugosité minérale par une peau de bête. Juste couverte d’un voile blanc et couronnée de laurier, elle était entourée des différentes offrandes mentionnées dans la prière.
Regarde-la, elle a passé la nuit sur l’abaton,
Elle a bu la coupe sacrée, celle qui donne le sommeil.
Ces rêves sont désormais sanctifiés. Apparais-lui…
Il continua ainsi longuement. La femme avait les yeux fermés mais bougeait faiblement en laissant échapper de petits gémissements. Manifestement, on l’avait droguée.
Pendant que se déroulait la cérémonie, un homme à l’écart, entre deux mégalithes, suivait la scène avec attention. Il était jeune, élégant, son costume noir sortait de l’atelier d’un grand tailleur londonien et il portait un chapeau haut de forme. Son visage soucieux tressaillait parfois lorsque le prêtre levait les bras pour appeler le dieu guérisseur.
Il regarda sa montre. Bientôt cinq heures du matin : le soleil du solstice allait se lever. Au loin à l’est, l’horizon s’était éclairci, une lueur rose pointait. Puis ce furent les premiers rayons lumineux. Vite, ils parcoururent la plaine, éclairèrent les ­voitures disposées à chaque accès et les hommes postés là pour garder les environs. Ils passèrent à travers les premières pierres de l’enceinte, bondirent par-dessus l’officiant puis inondèrent l’autel de leur lumière bienfaisante.
Le jour était là et le prédicateur arrêta sa prière, les bras dressés vers le ciel en un ultime appel.
– Alors, professeur, lança le jeune homme. Votre rituel est-il terminé ?
L’autre baissa les bras, enleva sa tiare et prit la paire de bésicles que lui tendait une de ses ­assistantes.
– Il l’est, Milord, répliqua-t-il sur un ton satisfait. Le dieu a visité votre épouse, j’en suis persuadé. Toutes les conditions étaient réunies. Vous ne serez pas déçu, j’ai hâte d’entendre le récit de ses rêves.
Le lord s’avança vers la pierre d’autel et y monta pour s’agenouiller à côté de la silhouette féminine. La femme geignait encore doucement et ouvrit les yeux.
– Ma chérie, murmura-t-il. Ça y est, l’œuvre est accomplie. Avez-vous vu le dieu ?
Les yeux embués de larmes, elle secoua la tête.
– Non… Je n’ai pas…
– Ma pauvre chérie, ne pleurez pas, je vous en prie. Vous n’y êtes pour rien.
– William, sanglota-t-elle. Nous n’y parviendrons pas.
Le visage de l’homme se durcit.
– Dussé-je y laisser mon âme, vous guérirez ! Ce vieux brigand m’a extorqué quelques bonnes livres sterling avec ses pantomimes ridicules, mais cela n’a aucune importance. Nous y arriverons. Déjà, sur le continent, nos hommes cherchent ­quelque sanctuaire, quelque lieu saint où vous amener.
Moins d’une demi-heure plus tard, les hommes en noir revinrent chercher le lord et la jeune femme qui marchait avec peine, encore vacillante. Au passage, le lord jeta quelques billets au professeur déconfit, puis, dans la cabine de son confortable cabriolet Victoria, s’en retourna sur la route de Salisbury, tenant son épouse, épuisée, par la main et lui murmurant à l’oreille des paroles de réconfort.
Chapitre 2
Augustine n’aimait pas les vacances. D’abord, l’idée de ne plus rien apprendre, de passer son temps à rêvasser, à jouer avec les enfants de son âge… et de supporter les caprices du petit Achille, son frère, l’horripilait. En outre, là-bas, dans la maison de son oncle, aux alentours de Sussac, il n’y avait ni livres, ni bibliothèque, ni salle de concert, bref rien qui puisse alimenter sa soif de voir et de comprendre.
Bien entendu, la campagne était superbe, mais elle se sentait comme une étrangère au milieu de ces paysages boisés de hautes collines et de vallées touffues. On n’y respirait pas l’air de la ville et les gens étaient tellement différents. Au moins, les ouvriers s’intéressaient à autre chose qu’au lent déroulement des saisons, à la prochaine récolte, ou au poids de leurs vaches… À Limoges, les universités populaires apportaient l’instruction jusque dans les classes sociales les plus pauvres. Ici, on se moquait bien de lire autre chose que l’almanach.
– Augustine, ta valise est beaucoup trop lourde ! Tu y as mis des pierres ou quoi ?
– Non, maman, ce sont des livres.
– Encore des livres ? Mais où les prends-tu donc ? Tu ne liras jamais tout cela !
En vérité, Augustine les prenait un peu partout, à la bibliothèque de l’école, à celle du quartier des Ponts, à la Mutualité et à la bibliothèque municipale. Pour un peu, elle aurait été au diocèse pour en chercher s’il y en avait eu d’intéressants là-bas.
Et elle avait de tout : romans d’aventures, ouvrages de vulgarisation scientifique, feuilletons… Un par jour, tel était le rythme de la jeune fille, pas un de moins.
Mais sa mère y avait fait une razzia.
– Voyons, qu’est-ce qu’il y a là ? Hum… Alexandre Dumas, Eugène Sue. Émile Zola… Quoi ? Mais ce n’est pas de ton âge, cela.
– Mais papa a dit oui !
– Eh bien, je verrai cela avec lui, conclut la femme en s’emparant du volume suspect d’Émile Zola. Au lieu de te plonger dans ces âneries, tu ferais mieux de profiter un peu du bon air. Tu ne sais pas la chance que tu as de partir en vacances.
Augustine avait baissé la tête : son butin déjà maigre se trouvait bien amputé. Quant à l’intervention de papa… Elle aimait son père. Il était passionnant lorsqu’il parlait, lorsqu’il expliquait quelque chose de compliqué, oubliant un instant qu’elle n’était qu’une fille… Mais maman était toujours là pour le rappeler à l’ordre.
– Eugène, tu ne devrais pas lui farcir la tête de telles choses. Tu vas lui embrouiller l’esprit.
Puis elle concluait en secouant la tête :
– Je ne sais pas ce que nous allons faire de toi, ma pauvre Augustine !
Et son père baissait les yeux et cédait.

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