I Dreamer, Tome 1
97 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

I Dreamer, Tome 1 , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
97 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Imaginez que quelqu'un ait créé le jeu virtuel le plus abouti de tous les temps ! Une immersion totale dans laquelle tout est permis. Vous n'avez plus aucune limite. Angels contre Devils, quel camp rejoindrez-vous ? Retrouvez Yuna Stevens, la fille du créateur de l'I.Dream dans cette folle aventure haute en couleurs. Amitiés, amours naissants, trahisons, rebondissements... Vous n'avez pas fini d'être étonné.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 juin 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782365387903
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

I DREAME R  
Tome 1
Kar i ne MARCÉ
 
www.rebelleeditions.com  
Chapitre 1
Interview à l’université de Phœnix
Yuna regarda sa montre, fière d’elle. Il était sept heures cinquante-neuf et elle était pile à l’heure. Non pas que ce rendez-vous eût une quelconque importance, il ne s’agissait là que d’une énième interview. Passablement inutile, donc. Mais tout de même, elle aimait se savoir ponctuelle. Une qualité qui n’était que politesse selon elle. C’est du moins ce que lui avait toujours répété son père.
L’interview avait lieu dans l’immense bibliothèque de l’université de Phœnix. Ainsi, elle ne serait pas en retard à son cours de criminologie qui se tenait dans le même bâtiment. La jeune fille étouffa un bâillement avant de se remettre en route. Elle avait encore du mal à se rappeler pourquoi elle avait accepté ce rendez-vous et, de surcroît, de si bon matin. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’était pas une lève-tôt. En même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? Elle passait la plupart – pour ne pas dire l’intégralité – de ses soirées dans l’I.dream avec ses amis. Personne ne pouvait l’en blâmer et certainement pas son cher papa, même si ce dernier contestait de plus en plus ses soirées tardives. Si tu n’avais pas créé le réseau social le plus abouti de tous les temps, on n’en serait pas là , s’amusait-elle à lui rappeler.  
Yuna adorait son père. Son unique parent depuis que sa mère s’était volatilisée dans la nature avec un autre homme. Elle n’avait aucun souvenir d’elle. Il faut dire qu’elle n’était encore qu’une bambine lorsqu’elle les avait quittés. Quant à son père, il n’en parlait pas beaucoup. Mais cela n’avait plus tellement d’importance à ses yeux. Cette vieille histoire appartenait désormais au passé, un peu comme le souvenir de son lit chaud et moelleux. Pourquoi s’était-elle levée déjà ?
Yuna se dirigea vers le dernier étage de la bibliothèque. N’étant que très peu utilisé par les élèves de l’université – et en même temps, qui monterait trois étages de si bon matin ? – il était parfait pour rester loin des oreilles curieuses et indésirables. Lorsqu’elle approcha, elle se rendit compte que le journaliste avait déjà pris place. Enfin journaliste… c’était un bien grand mot si l’on considérait qu’il était toujours en apprentissage et dans la même université qu’elle.
Elle ouvrit la porte, regrettant amèrement d’avoir accepté cette rencontre. Il était vraiment beaucoup trop tôt. Mais il était aussi beaucoup trop tard pour reculer. Elle étouffa un nouveau bâillement tandis que ses yeux se posèrent sur le jeune homme. Ce dernier semblait confortablement installé dans son fauteuil. Plongé dans ses notes, il sirotait son café en chantonnant. Yuna devint subitement nerveuse : depuis combien de temps est-il là ?  Il leva tranquillement la tête dans sa direction et elle le reconnut aussitôt. En même temps, impossible qu’il puisse en être autrement.  
— Tu dois être Yuna Stevens, fit-il en lui empoignant la main fermement, James Reed, ravi de te rencontrer enfin.
— Nous avons déjà fait connaissance si ma mémoire est bonne, dit-elle en s’asseyant dans le fauteuil en face de lui.
— Dernier match de hockey de la saison dernière, on s’est battus pour le dernier hot-dog, ajouta James avec un sourire pleinement satisfait.
— C’est moi qui l’ai eu.
Yuna repensa à toute l’énergie qu’elle avait dépensée pour finalement décrocher ce fameux dernier hot-dog, sans parler de la satisfaction jouissive lorsqu’elle avait mordu dedans.
— Je t’ai laissée gagner, corrigea James.
— Quand on joue, il faut savoir perdre, reprit-elle quelque peu offensée par son attitude hautaine.
— C’est vrai, mais ça ne me dérange pas de laisser ma place, surtout pour une jolie fille – il lui adressa un clin d’œil. Puis-je t’offrir un café avant qu’on ne commence ? J’ai pas mal de questions et je voudrais que tu sois concentrée.
Yuna hocha la tête en signe d’approbation. Elle n’aimait pas trop les airs supérieurs qu’il s’autorisait avec elle. En même temps, le peu de fois où elle l’avait aperçu, en soirée ou dans les couloirs, il était toujours entouré de beau monde. Il devait se considérer comme quelqu’un de très estimé à l’université de Phœnix. Quoiqu’elle n’eût rien à lui envier à ce sujet, étant elle-même très appréciée par l’ensemble des élèves. Cependant, leur popularité était différente : si l’une la devait à la renommée de son père, l’autre la devait à son physique.
Il fallait admettre que James Reed avait ce qu’il fallait où il fallait. Plutôt grand – dans les un mètre quatre-vingt – ses cheveux bruns en bataille semblaient indomptables. Sa barbe naissante de trois jours renforçait ce côté sauvage qui le rendait irrésistible. Quant à ses yeux bleus, ils étaient si clairs qu’ils se révélaient quasiment gris. C’est sûrement de là qu’il puisait son assurance. Son regard en était déstabilisant, dur à soutenir. Et pour finir, son tee-shirt laissait deviner des muscles profonds assez puissants. Yuna soupira intérieurement. Cette interview promettait d’être aussi longue qu’ennuyeuse, tandis que James se pavanait comme un coq devant elle.
— J’ai cours à neuf heures trente, ça ira ?
— Tu y seras, répondit-il en préparant son café, du sucre ?
— S’il te plaît.
James lui tendit une tasse et se rassit presque aussitôt, face à elle. Il relut rapidement ses notes avant de sortir de son sac un magnétophone qu’il posa sur la table.
— Ça ne te dérange pas que j’enregistre la conversation ? Je veux reprendre mot pour mot tes réponses afin de les retranscrire authentiquement.
— Non, aucun souci.
— Super, allons-y. Il appuya sur le bouton « ON » et entama sa première question. Yuna, peux-tu nous parler de l’I.dream ? J’entends par là les origines de ce réseau social. Quel était le concept de départ ?
— Sérieusement ? C’est ça, ta première question ? Il doit y avoir mille interviews de mon père à ce sujet, que veux-tu que je te dise d’autre ?
— Précisément, c’est toujours ton père qui s’exprime à ce sujet. Aujourd’hui, je veux entendre ton point de vue. S’il te plaît, ajouta-t-il devant la mine réprobatrice de Yuna.
— L’origine du jeu remonte à bien avant ma naissance, abdiqua la jeune fille, mon père a toujours eu cette idée en tête. Il voulait créer un réseau social unique, basé sur le partage et le rêve. Des études ont révélé que les rêveurs sont en moyenne quatre fois plus heureux que les personnes qui se disent terre-à-terre. En effet, ils ressassent constamment leurs songes, même s’ils savent que la plupart ne se concrétiseront jamais. Et alors qu’ils vivent a priori le même quotidien que nous, le temps qu’ils consacrent à leurs chimères leur donne une satisfaction incontestable. De ce fait, ils supportent la routine mieux que n’importe qui. C’est cette force de projection et le fait de se soustraire de nos contraintes quotidiennes qu’a voulu exploiter mon père.
Il a donc mis au point ce que l’on appelle aujourd’hui l’I.dream, le « I » de I.dream étant l’initiale du mot Infinity.
— Je l’ignorais, reprit James, c’est très intéressant. Peux-tu revenir un instant sur l’équipement qui permet à chaque utilisateur de se connecter ?
— Si tu veux, même si une fois encore je pense que cela n’est plus un secret pour personne – elle leva les yeux au ciel – enfin bon. Il suffit de placer chacun des deux patchs sur nos tempes, paramétrer notre montre I.dreamconnect et, bien sûr, définir le mode que l’on souhaite intégrer. On sélectionne également la durée de jeu, même si je le rappelle, le maximum est de deux heures. Une fois les patchs paramétrés, il suffit de s’allonger, fermer les yeux et en quelques minutes vous êtes projetés dans l’I.dream. Bien sûr, rien de tout ça n’est réel, c’est comme si nous rêvions. La seule différence notable est que vous avez le contrôle absolu et que vous faites tout ce que vous voulez. Et comme dans un rêve, impossible de mourir. Si votre personnage périt dans l’I.dream, vous êtes aussitôt réveillé. Même chose, pour des questions de sécurité, le réseau vous éjecte automatiquement au bout de deux heures, quoiqu’il arrive.  
À l’époque, il n’y avait qu’un seul mode, appelé Minedream . On pouvait s’y connecter seul ou avec ses amis. Vous arriviez alors dans un immense carré noir dans lequel tout était à créer. Il vous suffisait de penser à quelque chose et à son emplacement pour le faire apparaître. Plus les créations étaient extravagantes, plus elles plaisaient.  
— Minedream … répéta James amusé, qu’est-ce que ça a pu faire comme bruit à l’époque.  
— Eh oui ! Ensuite, l’I.dream a connu un tel succès en si peu de temps qu’il est devenu celui qu’on connaît aujourd’hui. En fait, on s’est rendu compte que les gens se connectaient un peu partout, ce qui donnait lieu à des situations pour le moins loufoques. En effet, les gens semblaient dormir en pleine rue, dans le métro, alors qu’ils étaient en fait connectés. C’est là que papa a eu l’idée de l’I.dreamco , diminutif de I.dreamconnect . Une montre permettant de transporter ses patchs tout le temps avec soi et ainsi de se connecter partout. À condition, bien sûr, d’être dans un endroit clos et sécurisé. L’ I.dreamco a été une vraie révolution puisqu’elle remplace aujourd’hui la plateforme initiale. Autre nouveauté de l’époque, si avant on intégrait l’I.dream avec son identité, aujourd’hui il suffit d’imaginer ce à quoi on voudrait ressembler et hop, en quelques secondes, vous voilà connecté avec votre nouveau physique.  
Enfin, depuis quelques années, on a vu se construire plein d’I.dream Centers . Des centres spécialisés pour accueillir tous les utilisateurs et faciliter les conditions de connexion. En effet, bien que le jeu soit limité à deux heures, certains joueurs y passent la nuit entière, ce qui peut être extrêmement nuisible pour votre corps. À peine déconnectés, ils se branchent à nouveau. La bonne nouvelle, c’est que pendant votre session, vous vous reposez vraiment. Nettement moins toutefois que si vous dormiez, il est donc indispensable de savoir s’arrêter.  
Le but des I.dream Centers est de renforcer l’expérience I.dream. Par exemple, certains choisissent de se faire masser pendant leurs parties, faisant ainsi d’une pierre deux coups. Le mot clé, c’est la convivialité, regrouper un maximum de personnes, plutôt que de s’exiler loin de tous. Ainsi, un groupe d’I.dreamers peut se connecter au même mode, puis une fois la session achevée, manger un morceau tous ensemble grâce aux restaurants présents dans les centres.    
Lorsque Yuna eut fini ce long speech, elle se mit à rougir :
— Pardon, j’ai beaucoup parlé.
— Au contraire, on est là pour ça, non ? C’est exactement ce que je voulais, c’est super.
La jeune fille se dérida quelque peu devant sa bonne humeur désormais contagieuse. Il avait l’air vraiment ravi du déroulement de l’interview, c’était déjà ça.
— Bon, on a parlé des origines du jeu. Tu nous as expliqué le développement et comment on en est venu au réseau social qu’on connaît aujourd’hui. On parle de réseau social, n’est-ce pas ?
— Normalement oui, puisque l’I.dream n’est rien d’autre qu’une immense communauté. Maintenant, je t’avoue que beaucoup considèrent ça comme de la réalité augmentée. Au final, je dirai que les deux sont corrects.
Sans lui laisser de répit, James enchaîna :
— Passons à toi. Je veux dire, tu es sûrement l’une des plus célèbres I.dreameuses qui soient. Tu maîtrises tous les modes à la perfection, surtout celui du Versus qui est, à ce que l’on raconte, ton préféré.
— Je ne suis pas certaine qu’on puisse me compter comme une vraie utilisatrice. Mon père étant le créateur de cet univers, j’ai toujours été la première à tout essayer, je n’ai aucun mérite. Et puis… le concept même de l’I.dream est l’imagination. Un joueur dit talen tueux n’est autre qu’une personne dotée d’une créativité débordante. D’ailleurs, le slogan parle de lui-même : « I.dream, une seule limite, la vôtre ». Et s’il y a bien une chose que j’ai apprise en jouant, c’est qu’il y a toujours meilleur que soi.  
— Trop modeste, fit James sur un ton presque sympathique.
— Réaliste, corrigea-t-elle en souriant.
Yuna commençait enfin à se détendre en la présence du journaliste. Parler de l’I.dream ne la dérangeait pas, bien au contraire. Depuis le temps, elle s’était habituée à répondre à toutes sortes d’interrogations, aussi saugrenues soient-elles. James continua d’énumérer ses questions, imperturbable :
 — Si je ne m’abuse, ton prénom est un hommage rendu, c’est bien ça ?
— Je vois que quelqu’un s’est renseigné à mon sujet. En effet, je tiens mon nom d’un personnage célèbre de jeu vidéo, inutile de le nommer, je pense.
— Et tu le vis comment ?
— Je ne sais pas ce qui est le pire, fit Yuna sur le ton de la plaisanterie, que je m’appelle comme un personnage de jeu vidéo, ou que je ne sois malheureusement pas la seule.
James explosa de rire et la jolie brune l’imita, quoique plus timidement. Contre toute attente, elle passait un bon moment. Elle avait même oublié jusqu’à son lit qui, pourtant, lui faisait de l’œil quelques minutes encore auparavant.
— J’aime bien mon prénom, reprit-elle. Et puis ça change des « Yolanda ».
— Pourquoi, tu en connais beaucoup ? s’enquit James du tac au tac.
— J’en connais assez.
Et comment ! Yuna faisait bien sûr référence à Yolanda Mason. La star du campus, celle à qui toutes les filles rêvaient de ressembler. Celle que tous les hommes rêvaient d’épouser. Mais surtout, celle qui détestait Yuna par-dessus tout. Tout ça parce qu’une fois, à une soirée, un garçon s’était plus intéressé à elle qu’à Sa Majesté suprême. Depuis ce qu’elle considérait comme un affront impardonnable, cette dernière faisait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre la vie de Yuna impossible, enchaînant bassesses et contrariétés en tout genre. Elle ne supportait pas qu’on lui fasse de l’ombre, un point c’est tout.  
Et tout ça à cause de Rudy Palmer, son amour d’enfance. Ils s’étaient retrouvés par hasard à la même soirée, alors que Rudy était en simple visite. Qu’est-ce qu’ils avaient ri ce soir-là, se remémorant le bon vieux temps. Aujourd’hui, ils n’étaient rien d’autre que deux vieux bons amis. Tout ce mélodrame était donc parfaitement inutile, mais ainsi en avait décidé Yolanda.
Si Yuna avait dû la décrire en un mot, elle aurait très certainement cité du Walt Disney en répondant Pocahontas . Avec ses yeux en amandes, son teint mat, sa peau parfaite et ses jambes si longues, dignes des plus belles mannequins, elle avait tout de la femme fatale ─ en apparence du moins.  
— Eh bien, Yuna, je crois qu’on a fait le tour de mes questions. Il est neuf heures quinze, ton cours va bientôt commencer, dit-il en éteignant le magnétophone.
— J’ai encore au moins dix minutes.
James leva un sourcil inquisiteur, preuve qu’il ne voyait pas où elle voulait en venir. Pleine d’aplomb, Yuna poursuivit sur sa lancée :
— On a beaucoup parlé de moi, mais je ne sais toujours rien te concernant.
James, qui était en train de ranger ses affaires, leva les yeux vers la jeune fille, surpris par cette remarque.
— N’était-ce pas le but de cette interview, de ne parler que de toi ?
— Ne change pas de sujet.
— Très bien, fit-il amusé, que veux-tu savoir ?
— Aucune idée, surprends-moi.
On va voir ce que tu vaux sans tes fiches, James Reed .  
— Très bien ─ il leva les mains de manière bien trop théâtrale, comme s’il concédait à une demande très osée. Par où commencer ? Je m’appelle James Reed, j’ai vingt ans et je suis en deuxième année de journalisme, major de ma promotion. Quand je ne suis pas en train d’étudier, je m’occupe du journal de l’université . Sinon, je cours beaucoup, ce qui m’aide à rester calme et concentré. Enfin, si je devais me définir simplement, je te dirais que je réussis toujours tout ce que j’entreprends. J’ai rayé l’échec de mon vocabulaire. Alors, ta curiosité est-elle satisfaite ?  
Yuna était outrée de le voir à ce point suffisant. Comment pouvait-on avoir un ego aussi surdimensionné et encore passer les portes ? Elle ne put s’empêcher de rétorquer sur un ton acerbe :
— Tu as oublié de mentionner ta modestie !
— Je crois en mes compétences, c’est tout.
— À t’entendre, j’ai devant moi l’homme le plus parfait qu’il m’ait été donné de rencontrer.
— Je n’ai pas dit que j’étais parfait, j’ai seulement énuméré mes qualités. Puisque jusqu’à nouvel ordre, on mentionne rarement ses défauts lors d’une première rencontre.
— Deuxième, le corrigea-t-elle aussitôt, refusant de lui laisser le dernier mot.
Puis, elle reprit sur un ton plus léger, empreint de malice :
— Alors, quels sont-ils ?
— Si je te les dis, tu devras me lister les tiens ensuite, afin qu’on soit sur le même pied d’égalité.
La brunette acquiesça et James, les mains dans les poches, se lança alors dans une liste plutôt exhaustive :
— Je suis mauvais perdant. J’ai beaucoup de mal à déléguer le travail. Je n’ai confiance en personne. Je suis de très mauvaise humeur au réveil. Je déteste les gens simples d’esprit ou lents. Je suis impulsif, parfois égoïste et je n’ai aucune imagination. 
— Peut-être pas si parfait que ça, tout compte fait.
— Allez, à ton tour.
— Voyons voir, je suis obstinée. Je ne sais pas rester en place. Je suis très franche, ce qui me joue parfois des tours et surtout, je suis bien trop souvent victime de mes émotions. Une vraie pleurnicharde. Et enfin, on dit de moi que ma candeur finira par me perdre.
James rit à son tour avant d’ajouter :
— Ils sont nuls tes défauts, j’ai l’impression que là, c’est toi qui joues à la fille parfaite.
Yuna s’apprêtait à répliquer, mais le journaliste, consultant sa montre, ne lui en laissa pas le temps :
— Je ne voudrais pas mettre fin à cette charmante discussion, mais ton cours va commencer, tu ferais mieux de filer.   
Yuna acquiesça et attrapa son sac, prête à partir. Avant de quitter la pièce, elle ajouta :
— Tu es moins con que je ne croyais.
— Sympa, je m’en rappellerai, répondit-il à la fois décontenancé et amusé par cet aveu.
— Je t’ai pourtant dit que je plaçais la franchise dans mes défauts, maintenant tu sais pourquoi.
Sur ce, elle quitta la pièce sans se retourner, fière d’elle. Yuna 1 – James 0.
Chapitre 2
Les Frères Jones
« Tu es moins con que je ne croyais », cita alors Yuna.
Sa meilleure amie, Brooke Bowers, riait aux larmes.
— Tu n’as pas osé lui dire ça ? dit-elle entre deux fous rires.
— Bien sûr que si, tu connais mon honnêteté légendaire.
— Yuna, tu n’es pas croyable, répondit alors Brooke en essuyant les quelques larmes de joie qui perlaient au coin de ses yeux.
Brooke était une fille absolument craquante, châtain aux yeux marron clair. Elle n’était pas forcément grande ni petite non plus. Ses dents parfaitement alignées étaient sa plus grande fierté et elle ne perdait jamais une occasion de les montrer, souriant constamment.
Les deux filles badinaient de bon cœur. La journée de cours terminée, elles se retrouvaient comme toujours dans leur chambre afin de se raconter les derniers potins. Bien qu’elles en connussent déjà une grande partie, étant donné qu’elles suivaient les mêmes cours. C’était leur petit moment à elles, celui qu’elles n’auraient loupé pour rien au monde.
Un avantage indéniable de vivre sur le campus était que les étudiants passaient littéralement leur vie ensemble, au grand bonheur de Brooke et Yuna qui étaient très vite devenues inséparables. Leur chambre paraissait certes petite, mais coquette.
Deux lits étaient disposés de part et d’autre de la pièce, accompagnés d’une petite table de chevet. Au fond de la chambre se tenait une immense armoire qu’elles avaient scindée en deux afin d’y entreposer leurs vêtements. Enfin, chacune d’entre elles possédait un bureau qu’elles avaient aménagé en coiffeuse. Mais que serait une chambre digne de ce nom sans une belle salle de bains ? À leur grand désarroi, celle qu’elles occupaient était commune. En effet, elles la partageaient avec deux garçons, vivant eux-mêmes dans la chambre d’à côté.
Cette idée leur paraissait extrêmement mal venue au début, filles et garçons ne pouvant partager une salle de bains. Pourtant, l’école insistait sur ces valeurs qu’elle jugeait indispensables au bon développement de leurs étudiants. Soi-disant, cela rendait les élèves plus autonomes, les obligeant à trouver rapidement des compromis pour que tous vivent en harmonie. Curieusement, force était de constater que cette utopie portait réellement ses fruits.  
En effet, dès leur arrivée sur le campus, Yuna et Brooke avaient fait la connaissance de Chad et Derek Jones, deux frères occupant la chambre mitoyenne à la leur. Ils avaient tout de suite trouvé une solution pour la salle de bains, et cela leur convenait parfaitement. Le brossage de dents avait lieu entre sept heures et sept heures quarante-cinq. Heure à partir de laquelle la pièce appartenait aux garçons, sauf cas de force majeure. Les filles, elles, avaient opté pour prendre leur douche le soir. Ainsi personne n’importunait personne et leur petite vie d’étudiants était parfaite, ou presque.
Alors que les filles riaient toujours, on frappa à la porte. Avant même qu’elles n’aient le temps de dire quoi que ce soit, deux garçons firent irruption dans la pièce.
— Y’a de l’ambiance ici, du coup on apporte l’apéro, chips et sodas, commença Derek en exhibant fièrement ses achats. On peut savoir ce qui se passe ?
— Yuna a traité un certain James Reed, de quoi déjà ? Ah oui, de con.
— Tu déformes mes propos, j’ai dit qu’il était moins con qu’il n’y semblait.
— Ah cette Yuna, toujours le mot pour plaire ! reprit Derek en s’asseyant sur son lit. Ce n’est pas comme ça que tu vas te trouver quelqu’un, tu sais ?
Yuna jeta timidement un regard en coin à Chad qui n’avait toujours rien dit depuis son arrivée dans leur chambre. Certes, elle était célibataire depuis pas mal de temps maintenant, mais cela ne voulait pas dire qu’elle n’avait pas quelqu’un en vue. Elle s’intéressait beaucoup à Chad, mais celui-ci était timide et parlait peu, tout l’inverse de son frère Derek. Et puis, difficile de sortir avec le garçon de la chambre d’à côté. Et s’il disait non ? Yuna ne prendrait pas ce risque. Sans parler du fait qu’il était son confident. Elle aimait parler avec lui. Il était discret, intelligent, ouvert d’esprit, le genre de personne à qui on pouvait tout confier. Il était devenu, à ses yeux, un ami précieux. Elle ne prendrait pas le risque de le perdre pour un stupide béguin.
— Ce n’est pas avec quelqu’un comme James que je sortirais de toute manière. Ce type est prétentieux, arrogant, sûr de lui. En un mot, détestable.
— Je le connais de vue, dit enfin Chad. C’est vrai qu’il peut être difficile à cerner par moments, surtout quand il est entouré de sa clique, mais quand tu prends le temps d’échanger posément avec lui, il est très intéressant. Simplement, en société, il se sent obligé de se mettre en avant. Peut-être est-ce dû à un manque de confiance en lui ?
Yuna sourit, c’est ce côté de Chad qu’elle aimait le plus. Jamais, ô grand jamais, elle ne l’avait entendu critiquer qui que ce soit. Il n’avait jamais un mot plus haut que l’autre et voyait le bien en chaque personne. Une qualité rare, qui plus est en perdition.
— Moi, ce que j’ai entendu à son sujet, c’est qu’il change de copine comme de chemise, expliqua Derek, je dirais presque qu’il me fait de l’ombre quand je drague. Alors, pour le côté pas confiance en lui , on repassera. Et pour ta gouverne, Yuna, prétentieux et arrogant, c’est la même chose.  
Yuna lui tira la langue, il rit.
Ils s’adoraient tous les quatre. Ils étaient vraiment un petit groupe très soudé. Il y avait bien sûr Yuna, la sentimentale. Brooke, la bonne copine toujours prête à suivre, quelle que soit l’heure. Derek, le tombeur qui enchaînait conquête sur conquête et faisait sans arrêt le pitre. Et enfin il y avait Chad, celui qui savait canaliser tout ce petit monde quand il jugeait qu’ils allaient trop loin.
— Yuna, tu me montreras à quoi il ressemble ce James ? Vous m’intriguez avec vos histoires, demanda Brooke.
— Si tu veux. Mais honnêtement, il n’a rien d’exceptionnel.
— Dites, vous avez révisé pour l’interrogation de demain en criminologie ? interrogea Chad en changeant de sujet.
— Pourquoi faut-il toujours que tu casses l’ambiance, p’tit frère ? Sérieux, on n’est pas bien là ? Moi j’dis, on se fait une session d’I.dream, ensuite on mange, puis on retourne dans l’I.dream. Pour ton interro, on verra ça demain.
— Mais c’est demain !
— Ouais, c’est bien ce que je dis.
Derek fit mine de vouloir décoiffer son frère, ce dernier l’esquiva. Même si les révisions n’emballaient personne, il fallait bien y passer tôt ou tard.
Derek était le plus âgé des Jones, d’un an seulement. Il avait en effet redoublé une classe. D’ailleurs, devant son côté enfantin et vu le temps passé à faire autre chose qu’étudier, Yuna s’étonnait toujours qu’il n’ait redoublé qu’une fois. Finalement, cela ne tombait pas si mal puisqu’ils suivaient tous les quatre la même formation. Ils rêvaient tous de devenir un jour le nouveau Sherlock Holmes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils partageaient des chambres voisines. Tout l’étage de leur dortoir ou presque était en criminologie. Très pratique les veilles d’examen quand il vous manquait des cours. Vous n’aviez qu’à parcourir les couloirs jusqu’à trouver celui ou celle qui avait la réponse à vos questions. L’entraide était, une fois encore, une valeur que l’école voulait inculquer aux élèves. Et Dieu sait si cela fonctionnait.
Derek et Chad étaient deux opposés, aussi bien mentalement que physiquement. En effet, Chad, le cadet des Jones, était un métis aux cheveux bruns, presque noirs. Ses yeux reflétaient plusieurs nuances de marron et semblaient s’éclaircir par moments. Enfin, il était relativement grand, quoique plutôt maigre. Contrairement à son frère, il prônait la culture au détriment de sa musculature. Malgré tout, cela n’empêchait pas Yuna de le trouver très à son goût, bien au contraire ! Chad avait un regard doux, bienveillant, qui semblait pouvoir vous protéger de tous les maux de ce bas monde, c’était dire !
Derek, quant à lui, était également métis, mais avait fait le choix de se décolorer les cheveux. À l’origine, ce choix était destiné à faire hurler sa mère. Puis, contre toute attente, il avait fini par apprécier ce blond criard. Sans compter que cela semblait plaire encore plus aux filles. Comme son frère, ses yeux étaient relativement foncés, ce qui contrastait davantage avec sa nouvelle couleur. Enfin, il courait tous les matins avant d’enchaîner sur une séance d’abdominaux, entretenant militairement son corps d’athlète, chose dont il était le plus fier.  Ça fait tomber les filles comme des mouches , répétait-il d’ailleurs sans cesse.  
Car oui, Derek avait un réel problème avec la gent féminine, changeant tous les quatre matins de petite amie. Enfin, seulement si on pouvait qualifier une relation de quelques jours de la sorte. Il aimait papillonner, refusant de s’attacher à quiconque l’approchait. Yuna n’avait jamais compris ses motivations. Il avait pourtant tout pour lui. Mais, pour une raison qui lui échappait encore, il s’entêtait de plus en plus dans ce rôle de bad boy. Bref, Derek était incorrigible. Malgré cela, les deux filles avaient appris à l’apprécier et, sous ses airs de méchant garçon, sommeillait un ami en or, toujours prêt à vous redonner le sourire.
— Je suis d’accord avec Derek, on devrait faire une petite partie et on s’y met ensuite.
— Ouais ! s’exclama Brooke en effectuant une danse de la joie plutôt brouillon.
— Une demi-heure maximum, déclara Chad sur un ton qu’il voulait autoritaire.
— Ok frangin, c’est toi le chef, fit Derek avant de se pencher vers les filles à qui il lança discrètement : deux heures, ça vous va ?  
Elles acquiescèrent avec entrain et tous commencèrent à programmer leurs montres. Au diable les révisions !
— Mode Versus, camp des Angels, ça va à tout le monde ? lança Yuna à la volée.
— Encore ? répliqua Brooke, on y passe notre vie. On ne pourrait pas changer pour une fois ?
— Yuna a raison, le Versus, y’a que ça de vrai, conclut Derek.
Tout le monde sembla convaincu par cette dernière phrase et finit de programmer son I.dreamconnect. Les garçons s’allongèrent sur le sol tandis que les filles s’installèrent sur leur lit. Tous mirent en place leurs patchs, imaginant leurs nouveaux profils. La session était lancée.
***
À force de jouer, Yuna imaginait toujours le même profil : petite, des proportions correctes et des cheveux rouge vif en bataille. Pour elle, une héroïne digne de ce nom se devait d’avoir une chevelure colorée. Sûrement tenait-elle cette idée d’un dessin animé, même si elle était incapable de savoir lequel. Par moments, selon ses envies, elle variait la longueur de ses cheveux, parfois longs, parfois en carré, parfois courts… Le reste ne changeait quasiment jamais. Elle aimait son personnage fictif.
D’ailleurs, il y avait de fortes ressemblances avec sa vraie silhouette. En effet, elle était elle-même relativement petite, un mètre cinquante-six exactement, très fine, brune aux yeux verts. Elle avait quelques taches de rousseur sur le visage, un héritage de sa mère dont elle se serait bien pas sée. Elle était satisfaite de son profil, même si elle trouvait à y redire. Cependant, elle avait fini par s’ap précier comme elle était, ce qui n’avait pas été une mince affaire. Et pour cause, elle se faisait souvent charrier sur sa petite taille. Derek, par exemple, s’amusait à cacher ses affaires en haut de son armoire et elle devait sans cesse solliciter l’aide de Chad pour les récupérer.  
Yuna ouvrit les yeux, connectée au Versus. Aussitôt, elle jeta un coup d’œil rapide autour d’elle. Chad se trouvait sur sa gauche et n’avait pas vraiment changé d’apparence. Il faut dire qu’il n’était pas très imaginatif. Brooke était positionnée à sa droite. À l’inverse de Chad, elle modifiait tout le temps sa tenue. Cette fois-ci, elle ressemblait à une grande femme sulfureuse aux cheveux vert fluo. Elle avait revêtu pour l’occasion des vêtements futuristes noirs avec des reflets verts en parfait accord avec sa coupe. Elle avait un look d’enfer. Derek, quant à lui, ressemblait à un féroce gladiateur avec son armure ne couvrant qu’un seul de ses bras et la moitié de sa poitrine. Cependant, pas de jupette pour lui ─ il faut dire que sa fierté ne l’aurait sûrement pas toléré ─ il avait choisi à la place un pantalon militaire, simple, mais efficace. Et bien sûr, ses abdominaux étaient on ne peut plus visibles. Du grand Derek !
En effet, tous les quatre se trouvaient à la Base, lieu d’accueil des nouveaux I.dreamers entrant. Cette immense pièce était une zone de transit, neutre, dans laquelle les combats étaient prohibés sous peine d’expulsion immédiate du réseau social.
Yuna observa minutieusement les différents écrans géants qui se tenaient devant eux. Ceux-ci retranscrivaient en direct les batailles en cours ainsi que le score attribué à chaque clan. Il y avait d’un côté les Angels, défenseurs du bien, et de l’autre les Devils, les envahisseurs. Comme à presque chaque connexion, les Angels étaient en infériorité numérique et, de ce fait, se faisaient malmener par les Devils. Yuna souffla, agacée par ce manque d’entrain. Pourquoi diable les gens s’entêtaient-ils à vouloir être virtuellement mauvais ? Elle grimaça, ne pouvant s’empêcher de penser que cela témoignait d’une réelle animosité.
Ils restèrent ainsi immobiles quelques instants, scrutant les quelques arènes proposées. En effet, une arène signifiait un dé cor et donc des contraintes naturelles bien précises. Ces dernières changeaient régulièrement afin que le jeu ne s’essouffle jamais. Aujourd’hui, se tenait sous leurs yeux une forêt tropicale, une immense plaine verdoyante ainsi qu’une montagne enneigée.  
Derek pointa du doigt l’un des écrans, attirant leur attention sur ce dernier :
— Ils ont l’air en difficulté, on ferait mieux d’y aller sans plus attendre.
— Quel est le but de cette arène ? s’enquit Brooke.
Yuna consulta son I.dreamco qui la renseigna aussitôt. Elle lut à haute voix afin d’en faire profiter ses amis :
«  Connu pour mon chant crépusculaire, vous me trouverez certainement dans les airs. Ma couleur est enchanteresse, même si elle est pour vous signe de richesse . »  
— Super, grommela Derek en serrant les dents, j’ai rien compris.
— C’est pourtant pas compliqué, renchérit Chad, les bras croisés sur sa poitrine, on cherche un oiseau, certainement fait d’or ou d’argent. Quelque chose comme ça.
— Allons-y avant qu’un Devil ne le trouve ! s’exclama Yuna, plus motivée que jamais. Ça nous fera gagner des points.
Tous acquiescèrent à l’unanimité. Sans ajouter un mot, ils s’y téléportèrent, prêts à relever ce défi audacieux.
***
À peine furent-ils dans la place qu’ils décidèrent de se diviser, dans le but de venir en aide au plus grand nombre d’Angels possible. Il fallait vraiment qu’ils réajustent leur score, qui était actuellement de soixante-quinze à cent trente-cinq.
En effet, les points dans l’I.dream se comptaient de cinq en cinq et étaient attribués automatiquement par la plate-forme. Par exemple, tous les dix adversaires éliminés, vous en gagniez cinq. Vous en aviez également si vous parveniez à tuer un opposant de manière « spectaculaire ». Enfin, l’accomplissement des quêtes secondaires, thématique de l’arène, rapportait à votre équipe cent points. Elles étaient donc primordiales et, de surcroît, une priorité. Oui, mais voilà, difficile de réfléchir posément et de réaliser une quête quand une horde furieuse d’I.dreamers essayait de vous tuer. Ainsi était le Versus, puissant, complexe, exaltant. Certainement le mode le plus difficile de l’I.dream.
Yuna eut à peine le temps d’observer autour d’elle que, déjà, Derek se battait au corps à corps avec trois Devils. L’arène, immense, s’étendait à perte de vue. Des centaines d’I.dreamers déjà connectés s’y affrontaient férocement. Des joueurs disparaissaient toutes les secondes tandis que d’autres se connectaient au même instant. De ce fait, il était assez dur d’avoir une vue d’ensemble de l’action tant les rebondissements étaient nombreux.
En y regardant de plus près, Yuna remarqua un duo d’Angels entouré d’adversaires. Ni une, ni deux, elle se téléporta à leurs côtés, intégrant leur cercle. Leurs visages s’illuminèrent lorsqu’ils l’aperçurent :
— Yuna, quel bonheur de te voir !
— Besoin d’aide ? fanfaronna-t-elle.
— Ce n’est pas de refus.
— Hey, les minus, vous le dites si on vous ennuie ! hurla un Devil en essayant de transpercer l’un des Angels de sa lance aiguisée.
Yuna para le coup aisément, se saisissant de son arme grâce à des gants spéciaux, capables de faire fondre l’acier instantanément. La lance devint poussière et l’assaillant recula, apeuré. Elle intima à ses deux coéquipiers de ne plus se laisser acculer, leur rappelant que leur imagination était sans limites. Retrouvant du baume au cœur, ils modifièrent mentalement leur équipement, prêts à en découdre. Leurs adversaires, se rendant compte que le vent tournait, firent de même.
L’un des cinq Devils lança l’assaut et l’affrontement reprit. Ils étaient bons, pas assez cependant. Yuna s’équipa de ses revolvers préférés et tira sur deux Devils. Un cliquetis se fit entendre, mais aucune balle n’en sortit. Les deux I.dreamers ciblés explosèrent de rire, se moquant ouvertement d’elle.
— On est dans l’I.dream et tu es à court de munitions ?
Leur effusion de joie fut stoppée net lorsqu’ils se mirent à saigner abondamment. Ils eurent tout juste le temps de regarder leurs abdomens avant d’être brutalement déconnectés. Les trois Devils restants ravalèrent leur salive quand l’un deux, plus perspicace que les deux autres, souffla :
— Faites attention, ses balles sont invisibles.
Yuna sourit, fière d’elle. Elle adorait cette technique, même si elle commençait à être connue et donc facile à anticiper. D’ailleurs, pourquoi ces I.dreamers n’avaient-ils pas de gilets pare-balles ? Ou de corps faits d’acier ? Une bonne défense faisait partie du kit de survie indispensable dans l’I.dream.
— Un problème ? s’enquit Yuna, qui s’amusait comme une petite folle.
— Oui, et c’est toi !
Alors qu’il fonçait droit sur elle, elle entendit un chant mélodieux qui la déconcentra. Elle regarda partout autour d’elle, cherchant l’animal à l’origine de cette ritournelle. Cette dispersion lui coûta cher puisqu’elle n’eut pas le temps d’esquiver le coup de son assaillant. Avec la force de ce dernier, elle fut projetée au loin, abîmant au passage sa belle tenue. Lorsqu’elle se releva, le chant avait cessé, et de ce fait, leur chance de réussir la quête aussi.
— Un problème ? répéta alors le Devil en se léchant les babines, tel un chat prêt à dévorer sa proie.
Alors qu’il s’approchait d’elle, fier comme un coq, il se fit trancher la tête par un des Angels à qui Yuna était venue en aide plus tôt. Déconnecté. Cette dernière sourit à son coéquipier avant de se tourner vers les deux autres restants. Après ça, seulement, elle pourrait s’occuper de cet oiseau.
Elle devait en finir au plus vite avec eux si elle ne voulait pas manquer l’opportunité de remonter leur score. Elle fit apparaître deux épées, une dans chaque main, et avança, lentement mais sûre ment, vers les deux Devils qui l’attendaient de pied ferme. Quand elle fut presque arrivée à leur hauteur, l’assaut put reprendre. Plus ferme, plus directif, plus féroce que jamais.  
Elle avait une vitesse d’exécution absolument incroyable, parfois presque difficile à percevoir à l’œil nu. En effet, ses pensées fusaient à une telle vitesse que son corps, lui obéissant scrupuleusement, semblait se déformer par instants. Elle ne mit que trente secondes tout au plus à les déconnecter tous les deux. Les deux Angels à qui elle avait prêté main-forte l’observaient, ébahis.
— Yuna, tu as été superbe, dit l’un deux, et quelle vitesse !
— À qui le dis-tu, je rêve de pouvoir jouer comme toi ! Comment fais-tu pour penser si vite ?
— Je m’entraîne mentalement quand je suis en cours, avoua-t-elle en rougissant.
— Je vais essayer de faire comme toi, pour devenir plus fort !
Elle fut touchée par cet élan d’affection. Bien que la communauté des Angels les considère énormément, elle et ses amis, leur témoignant ainsi beaucoup d’admiration, rien n’y faisait, elle ne s’y habituait pas.
— Rappelez-vous, rien n’est impossible. Il suffit de le penser pour le concrétiser. Ne soyez pas rationnels ici, vous n’avez aucune contrainte.
— Merci Yuna, firent les deux Angels en chœur.
Elle les salua avant de prendre congé. Malgré tous les affrontements qui avaient lieu autour d’elle, elle décida de ne pas y prendre part. Elle devait retrouver cet oiseau, s’ils voulaient avoir une chance de remonter leur score.
Elle regarda son I.dreamconnect, quatre-vingt-dix à cent soixante. Super . À son grand désarroi, les Devils maintenaient leur avance sur eux et ça ne lui plaisait guère. Alors qu’elle scrutait l’horizon, cherchant ce maudit oiseau, elle aperçut Derek, se battant férocement au corps à corps contre un Devil, facilement reconnaissable à son allure macabre.  
En effet, ce dernier ressemblait à un squelette en décomposition. Charmant. À bien y regarder, il devait s’agir d’un groupe, puisque cinq autres squelettes, identiques au premier, fonçaient droit sur lui. Ni une ni deux, elle partit à leur rencontre, prête à les affronter.
Elle fit apparaître des éclairs du bout de ses doigts qu’elle envoya sur chacun d’eux, mais ces derniers réussirent à les esquiver plutôt aisément. C’est alors qu’ils la reconnurent. Elle put entendre distinctement :
— Regardez, c’est Yuna, la fille du créateur. 
— Pas de pitié. 
— Tous sur elle.
S’exécutant, ils changèrent aussitôt de direction. Yuna était habituée à ce que les gens essaient de la « tuer », pensant que cela ferait d’eux d’excellents joueurs. Elle prit son envol et s’éleva, toujours plus haut, afin d’avoir un aperçu global des cinq squelettes à sa poursuite. Elle remarqua Derek en contrebas qui se battait toujours avec le premier. Son adversaire semblait coriace. Cependant, il fit apparaître un couteau et le poignarda à l’abdomen, lui brisant ainsi plusieurs os. Derek lui donna ensuite le coup de grâce en faisant apparaître un pistolet grâce auquel il tira à bout portant. Le squelette disparut, déconnecté.
Il s’élança ensuite à la poursuite d’un des cinq autres Devils. Chad et Brooke, qui avaient suivi la scène de loin, l’imitèrent. Yuna se concentra sur un moyen de tous les éliminer rapidement. C’est alors qu’elle eut une idée. Un regard givrant . L’un de ses coups préférés. Elle projeta alors un rayon bleu, glaçant immédiatement quiconque y entrerait en contact. Les cinq furent aussitôt congelés, ce qui arrêta leur course effrénée.  
Yuna savait que c’était un coup facile à parer, aussi cherchait-elle sa prochaine action. Brooke eut le temps d’éliminer l’un des squelettes pétrifiés en lui plantant dans le ventre une épée ardente. Plus que quatre. Chad essaya de faire de même, mais les Devils restants devinrent rouges, preuve qu’ils étaient devenus brûlants. Cela eut pour effet de faire fondre instantanément la glace qui les entourait, les libérant ainsi de leur cage temporaire. Ils reprirent aussitôt leur course déchaînée vers Yuna, à l’exception de l’un d’eux qui se retourna vers Chad. Arrivé à sa hauteur, il s’inventa des bras extensibles et lui brisa la nuque. Il disparut, déconnecté.
— Chad ! hurla Yuna.
Elle était choquée par ce qu’elle venait de voir et pourtant elle aurait dû y être habituée. Il était loin d’être doué dans l’I.dream et mourait souvent le premier. Pour autant, elle avait encore du mal à s’y faire, elle qui aimait tant qu’il soit à ses côtés. Elle entendit Derek s’esclaffer au loin :
— Mais quel con !
Même s’il prenait tout cela à la légère, il s’envola à la rencontre du Devil qui venait d’éliminer son frère, l’obligeant à stopper net sa course pour lui faire face. Personne ne touchait aux Jones, ni à aucun de ses amis d’ailleurs. Pendant ce temps, Brooke avait elle aussi pris à partie un autre de la bande. Ce qui ne laissait plus que deux squelettes pour Yuna. Ça devrait aller.
Elle s’arrêta, les laissant approcher jusqu’à sa hauteur. Ils étaient si haut dans le ciel qu’elle distinguait à peine les I.dreamers en contrebas. Les deux squelettes la jaugèrent férocement du regard, telles des hyènes enragées prêtes à dévorer leur proie. L’un d’eux, sûrement leur chef, entama la conversation :
— Yuna, c’est un honneur.
— Partagé.
— Et ce sera un plus grand honneur d’être celui qui te tuera ce soir.
Yuna considérait avec stupéfaction le squelette qui venait de prendre la parole. Ce joueur s’annonçait redoutable. Et pour cause, il avait la moitié du crâne en décomposition, l’autre moitié n’étant qu’un amas d’os. Il avait des bouts de chair qui pendaient çà et là. Le reste de son corps était recouvert d’une grande cape noire. Conclusion : il avait beaucoup d’imagination. Elle ne devait donc pas le prendre à la légère, ni son compagnon d’ailleurs, qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, quoique moins élaboré.
Ni une, ni deux, Yuna bondit vers le deuxième squelette, celui qui était resté silencieux. Cette technique de bras extensibles lui avait donné une idée. Elle agrandit les siens, essayant de le poignarder au cœur. La lame se brisa au contact de sa peau, il était devenu une statue de pierre l’espace d’un instant. Pas mal , se dit alors la jeune fille. Le premier squelette en profita pour passer derrière elle, essayant de lui asséner un grand coup de massue sur la tête. Elle s’imagina un casque métallique recouvrant l’intégralité de son crâne. Le coup fut si fort qu’il rebondit, déséquilibrant le Devil qui tomba à la renverse. Yuna fit apparaître un arc et lui tira une flèche en pleine tête, I.dreamer déconnecté. Elle sourit, et cinq points de plus pour cette mort spectaculaire !  
Elle n’eut cependant pas le temps de savourer cette petite victoire que, déjà, la statue redevint humaine, fonçant droit sur elle. Elle esquiva rapidement ses coups de poing jusqu’au moment où elle vit un troisième bras surgir avec un couteau, prêt à la poignarder. Alors qu’elle se croyait perdue, le squelette disparut, déconnecté. Derek se trouvait juste derrière, un grand sourire aux lèvres. Il venait de lui sauver la mise.
— Merci, tu es en forme ce soir, dit-elle soulagée.
— Et comment ! Ces mecs étaient au top niveau.
— Qui te dit que ce n’étaient pas des filles ?
— N’importe quoi ! C’étaient des mecs, des vrais.
— Où est Brooke ?
— Déconnectée, elle s’est fait tuer par un autre I.dreamer, extérieur à la bataille.
Alors qu’ils partageaient leurs premières impressions sur le combat qui venait tout juste de se dérouler, ils se turent presque aussitôt tandis qu’un son mélodieux leur parvint aux oreilles. Ils scrutèrent les horizons, cherchant l’origine de ce bruit. C’est alors qu’ils aperçurent un rossignol d’or. Ce dernier volait en toute tranquillité dans le ciel, juste en dessous d’eux.
— Derek, c’est lui qu’on cherche.
— Tu es sûre ? s’enquit-il, ayant déjà oublié le but de l’arène.
— Connu pour mon chant crépusculaire, vous me trouverez certainement dans les airs. Ma couleur est enchanteresse, même si elle est pour vous signe de richesse , répéta-t-elle comme si elle l’avait appris par cœur. Ça ne peut être que ça !  
— On doit capturer un piaf ? Facile !
Alors qu’il bondit sur l’oiseau, ce dernier se téléporta, échappant de justesse aux mains de Derek. Puis, tout naturellement, il se remit à chanter, virevoltant dans les airs, comme s’il le narguait. Ce fut au tour de Yuna d’essayer. Elle fit apparaître une immense cage autour du rossignol, l’empêchant de poursuivre son chemin. L’oiseau ne s’en formalisa même pas et, avec une simplicité enfantine, traversa les barreaux pourtant faits d’acier.
Yuna jura, imitée par son ami. Comment parvenait-on à le capturer ?
Comme s’il avait décidé de leur rendre la vie impossible, le volatile, piaillant à tout va, fondit à vive allure vers la terre ferme. Les réactions ne se firent pas prier et bientôt, ce ne fut pas Yuna et Derek qui le poursuivirent, mais quasiment l’intégralité des I.dreamers encore connectés. Ce fut un tel chaos qu’il leur était difficile de voir à plus d’un mètre, tant les coups partaient dans tous les sens. Derek finit par saisir la main de Yuna afin de l’emmener à l’écart, reprenant quelques instants leurs esprits.
C’est alors qu’ils aperçurent une Angel, loin de tout combat, caresser le ventre du rossignol d’or qui roucoulait de bonheur. Yuna scruta aussitôt son I.dreamconnect, vérifiant le score. Effectivement, leur camp menait désormais deux cent cinq à cent quatre-vingt-dix.
— Mais comment as-tu fait ? s’exclama Derek, impressionné de voir l’oiseau aussi docile.
— Facile, il suffisait de chanter, comme lui.
— C’est nul ! pesta l’aîné des Jones, déçu de ne pas être à l’origine de cette remontée spectaculaire de son camp.
— Il faut croire que la violence n’était pas la réponse cette fois-ci, souffla Yuna, attendrie par la scène.
Elle consulta alors sa montre, plus d’une heure s’était écoulée.
— On rentre ? dit-elle à l’adresse de son ami.
— Après toi.
***
Lorsque Yuna rouvrit les yeux, ses amis étaient déjà en train de débattre sur la partie qui venait de se dérouler. Elle enleva ses patchs, les rangea soigneusement dans sa montre, et rejoignit la discussion qui battait son plein. Sans surprise, tous parlaient avec animation des six squelettes :
— Non, mais t’as vu ça ? C’étaient des pros les mecs ! s’exclama Derek, enthousiaste.
— Oui, c’était super ! Mais dis donc, j’ai mal au crâne, ils m’ont donné du fil à retordre, reprit Brooke.
Yuna s’avança timidement vers Chad et s’assit à côté de lui :
— Tu as été tué rapidement, je n’ai rien pu faire. Pas trop déçu ?
Chad lui sourit :
— Oh tu sais, je m’en fiche un peu de gagner ou de perdre, tant que je suis avec vous.
Trop craquant

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents