À double tranchant, tome 2 : Révélations
232 pages
Français

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Description


Les certitudes de Claire sont balayées par le goût amer de la trahison d’Antonio.



Il s’est évaporé, laissant derrière lui un champ de bataille émotionnel.



De sombres secrets sont révélés, multipliant les questions et la laissant plus seule que jamais face aux menaces qui pèsent sur elle.



Comment mener son enquête à terme quand l'amour s'en mêle ?



Du soleil californien au désert mexicain, Claire va devoir traquer la vérité, au péril de sa vie.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782379930577
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À double tranchant
 
 
 
 
TOME II – Révélations
 
 
 
 
Feryel
 
 

 
 
L’auteur est représenté par Black Ink Editions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : À double tranchant, tome 2 : Révélations
Auteur : FERYEL
Suivi éditorial : Sarah Berziou
 
© Black Ink Editions
Dépôt légal novembre 2019
 
Couverture : © Black Ink Editions. Réalisation Lana Graph. Crédit photos Shutterstock.
ISBN 978-2-37993-057-7
 
Black Ink Editions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
 
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site internet : www.blackinkeditions.com
 
 
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 2 5
Chapitre 2 6
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 3 0
Chapitre 31
Chapitre 3 2
Chapitre 3 3
Chapitre 3 4
Chapitre 3 5
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 4 0
Chapitre 4 1
Chapitre 4 2
Chapitre 4 3
Chapitre 44
Chapitre 4 5
Chapitre 4 6
Chapitre 47
ÉPILOGUE
merci…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Aimer, c’est perdre le contrôle. »
 
Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré.
 
Chapitre 1
Cabo San Lucas, Baja California, Mexique – Trois mois plus tôt, le 16 mars 2016
 
Antonio
 
Six heures du mat’. À travers les persiennes, le soleil s’éclate à m’éborgner. Je me lève discrètement, attrape mon boxer, mon jean, mon t-shirt et me dirige vers la porte sur la pointe des pieds, mes baskets à la main.
— Mmh… Antonio ?
Et merde.
Je m’arrête net. Ou bien cette fille porte des antennes, ou alors elle m’a collé un mouchard dans le cul pendant mon sommeil. Du genre qui vibre si je m’éloigne à plus de deux mètres. Le pire, c’est qu’elle en est capable.
— Tu vas où ?
Voilà qu’elle insiste, m’incite sans le vouloir à me rhabiller vite fait. Sa tignasse peroxydée émerge de sous ses draps roses ; redécouvrir la partie cachée de l’iceberg n’entre pas dans mes plans.
— C’est ton problème ? répliqué-je sèchement.
OK, j’ai fait la connerie de piquer un somme après nos petits jeux pervers. Elle ne croit tout de même pas que je vais faire la grasse mat’ dans son lit ? Et tant qu’à faire, lui apporter les croissants aussi ? Je ne dors avec personne, encore moins avec mes conquêtes. Même si son cas est différent.
Elle se relève, me fusille de ses yeux chocolat.
— Arrête de faire ton salopard, Antonio. Pas avec moi !
Je souffle.
— J’ai besoin de te rappeler notre petit marché ? Pas d’attaches, pas de sentiments. Alors fous-moi la paix, Al.
— Et moi, j’ai besoin de te rappeler qui est mon père ?
— Comme moi je n’ai pas besoin de te rappeler qui je suis. Si tu te poses encore la question, demande à ton oncle quand tu pleurnicheras sur sa tombe. Ton père a plus intérêt à me voir vivant que mort, crois-moi. Ou alors, il le sera avant moi.
Elle pensait vraiment me la faire à l’envers, la demoiselle ? Furax, elle ramène sa chevelure sur le côté, passe ses ongles archi manucurés entre ses mèches dorées.
— Me rappeler qui tu es ? Tu te prends pour qui ? Tu n’es rien du tout ! Regarde autour de toi, me défie-t-elle, pointant du doigt les meubles design et la baie vitrée sur la mer azur. Tout ce que tu vois, là, c’est la richesse des Gutiérrez, le pouvoir des Gutiérrez, la puissance des Gutiérrez ! Tout ce que tu crèves d’envie d’avoir, toi qui n’as plus rien !
OK. On se calme. La gamine pourrie gâtée a décidé de faire son cinéma.
— Et si tu sors de cette pièce, tu pourras toujours courir pour l’avoir ! reprend-elle, tripotant nerveusement sa couverture en soie.
Je lui souris.
— Alicia chérie… va voir dans la cabane du jardinier si j’y suis. Je sais que tu y es souvent en ce moment, je n’aimerais pas être à la place de ton brouteur de gazon quand papa Roberto l’apprendra.
Elle me balance un coussin à la figure, que j’esquive aisément.
— Tu n’es qu’un petit con, Antonio !
— Ravi de l’entendre. Sur ce, j’y vais. Je rentre à L.A. pour quelque temps.
Elle me fixe longuement, hébétée.
— Quoi… ? Tu viens à peine d’en revenir ! Et tu comptais me l’annoncer quand !?
— Oh… ton papa ne te l’a pas dit ? La complicité père-fille n’est plus ce qu’elle était. Et quoi ? Je n’allais pas t’envoyer mon emploi du temps quand même !
— Je vais surtout lui dire que mon cher fiancé ne respecte pas sa part du marché ! Et on verra si tu as toujours quelque chose à faire en los Estados Unidos   1 !
Là, elle commence à me les briser. Je regrette ce soir où nous avons fait connaissance chez Sergio. Je lui avais tapé dans l’œil comme une poupée dans un catalogue de jouets, et Roberto ne lui refuse rien. La peau de mes couilles que Sergio était derrière tout ça… une sorte d’offrande pour calmer le jeu de l’autre côté de la frontière. La petite guéguerre Alvaro–Gutiérrez lui tape sur le système et plombe le business.
— Rien à battre. J’ai l’air d’un sac Vuitton, ou d’une paire de Louboutin ? Ton fric, étouffe-toi avec, à défaut d’avoir autre chose dans la bouche.
La main sur la poignée, je m’apprête à sortir lorsqu’elle se met à hurler à travers la pièce.
— Tu ne peux pas partir comme ça ! Je suis enceinte !
Je me raidis aussitôt.
Celle-là, on ne me l’a encore jamais faite. Mais là, j’avoue, elle est bien drôle.
Je ricane.
— Enceinte ? Enceinte de quoi ? Enceinte d’une capote ? Arrête de me prendre pour un con, j’ai horreur de ça. C’est simple, ou bien tu as trop forcé sur les tacos, ou bien papa va être content de savoir qu’un de ses employés de maison a entretenu tes espaces verts en y plantant ses petites graines.
Je claque la porte derrière moi ; un objet se fracasse contre. Accompagné d’insultes que moi-même je n’oserais pas prononcer.
Je me protège toujours, c’est ça ou rien. Mais j’ai rarement vu une fille aussi tarée. Je dois surveiller les agissements de la miss tout en restant focalisé sur ma mission.
Je jette un coup d’œil à ma montre ; bientôt sept heures et déjà à la bourre. En bas de la résidence, je saute dans ma Porsche rejoindre Sergio. Direction son restaurant préféré, qu’il privatise chaque fois que lui prend l’envie de casser la croûte en bord de mer. Arrivé à destination, je le trouve assis devant un brunch digne des repas de quartier qu’organise Guadalupe à East L.A. Cornflakes, viande, tartines et haricots rouges, de quoi nourrir une armée de Mexicains.
Un petit déjeuner, il disait ?
— Holà, Sergio.
— Holà, Antonio ! Assieds-toi donc. Alors, la petite te donne du fil à retordre ?
Je me pose face à lui, mâchouille un cure-dent pour me détendre. Je suis en manque de pommes, et cet abruti a commandé toute la nourriture du monde sauf ça. Je soupire.
— Elle est complètement barrée. Dans quel traquenard tu m’as fourré ? J’aurais préféré affronter une équipe de tueurs.
Il se met à rire.
— Ah, les femmes Gutiérrez ont le sang chaud ! Et c’est le contraire chez les Alvaro, s’écrie-t-il avec un sourire entendu.
Je me racle la gorge.
— Bon, cette mission ?
Personne ne parle à Sergio sur ce ton. Mais avec moi, ça passe. Ça l’amuse, même.
— Les deux zozos, il faut les surveiller. Tu as fait le plus gros grâce à ce mariage avec Alicia. Maintenant, raccroche les wagons et remets tout ça sur les rails.
Je ne peux m’empêcher de faire la moue ; il fronce les sourcils.
— Un problème ?
— Justement, c’est elle, le problème. Elle vient de me chier un cake parce que je me tire à L.A. Elle m’a fait le coup de la femme enceinte !
Son rire gras résonne sur la terrasse et fait fuir les mouettes.
— Depuis toute petite elle est comme ça, cette gosse ! Capricieuse, avec un caractère de feu !
— Ouais, eh bien je respecte ma part du marché, pas plus. Le mariage, je m’en branle, c’est juste un bout de papier. Mais l’amour, très peu pour moi. Quand j’entends Guadalupe me parler d’Eduardo et sa petite copine comme si elle me racontait la dernière telenovela à la mode… Ça me donne envie de gerber.
— Elle viendra un jour, celle qui t’attrapera par les cojones   2 Antonio ! Regarde Elena et moi. J’étais comme toi, et elle m’a eu !
— Impossible. Je reste maître de moi-même, esclave de personne. Je ne reçois d’ordre de qui que ce soit, pas même de toi, alors d’elle…
— C’est ce qui me plaît chez toi, mon garçon ! Mais il ne faut jamais dire jamais. L’hélico t’attend quai A.
Je me lève et quitte la table.
— Non, j’ai envie de prendre l’air. J’y vais en bagnole.
Je roule une bonne demi-heure le long de la côte, où se situe la villa dont j’ai hérité. Beaucoup trop grande pour moi, mais avec accès direct à une plage privée. Du luxe, encore du luxe… J’étouffe ici. Je me sens bien mieux dans ma chambre d’ado à L.A. ou chez Gaby. Ma jolie brune me manque, nous sommes en froid depuis que je vois Al. Pour elle, je fais une erreur monumentale à vouloir me construire un avenir avec une fille que je n’aime pas. J’ai beau lui expliquer que le verbe aimer ne fait et ne fera jamais parti de mon vocabulaire, elle me sert à chaque fois son bla-bla sur la pasión , que je lui renvoie à la figure en lui rappelant son histoire avec Eduardo. Mesquin de ma part, mais qui me cherche me trouve.
Je ne prends même pas la peine de jeter un œil à ce chez-moi qui n’est pas le mien. J’attrape une pomme, fourre deux-trois jeans dans un sac, jette le tout dans ma vieille Dodge Challenger, laissant la Porsche à son opulent écrin. La Transpeninsular m’attend, mille cinq cents kilomètres de rocaille jusqu’à la bouillante Tijuana. Je m’y engage, dépasse un groupe d’étudiantes que je klaxonne. Un dernier croc et je jette le trognon derrière moi, le regarde rebondir sur l’asphalte dans mon rétro. Pour les oiseaux.
Ma voiture, quelques vêtements, de l’eau, la route, et des pommes. C’est ça, la liberté.
 
****
 
La Cité des Anges… cette ville porte bien son nom. Elle attire autant les pigeons que les vautours, venus se nourrir du cadavre de ceux qui s’y brûlent les ailes. Des anges déchus, comme moi.
Même si j’y ai perdu mon auréole, je mets un point d’honneur à y revenir, que je me trouve à l’autre bout du pays ou au Mexique pour le business. La baie, son air marin, son soleil qui me réchauffe le visage et ce qu’il reste de mon cœur, me raccrochent à la vie. J’y retrouve ma crique à moi, découverte à mes douze ans en errant dans la ville après une énième engueulade avec Manuel.
Après avoir roulé la nuit entière, garé la Dodge et descendu le chemin escarpé qui l’abrite des indiscrets, je me pose sur le sable, les yeux plongés dans les mouvements bruts de la houle. Avec le sentiment d’être à un carrefour de ma vie. J’ai battu les cartes, il est temps de jouer ma partie.
Mon téléphone se met à sonner, je consulte l’écran pour voir qui trouble à l’aube ma séance de méditation perso.
Fait chier.
Je décroche.
— Oui, Guadalupe ?
— Toto, je vais te tirer les oreilles ! Les plantes !
— Quoi les plantes ? m’agacé-je.
— Je m’absente une semaine et tu as été incapable d’accomplir la seule mission que je t’avais donnée ! Arroser mes plantes ! Elles sont dans un état ! Madre de Dios , mais qu’est-ce que l’on va faire de toi !
— Arrête de m’appeler Toto. Je me suis absenté quelques jours, j’étais chez… des copines. J’avais demandé à Selena de le faire.
— Tu sais très bien que Selena a un petit pois dans la tête, et puis elle n’a que seize ans ! Et toi, tu te comportes comme si tu avais son âge ! Grandis un peu, Antonio ! Et c’est quoi encore ces copines ? Tu gâches ta vie dans des futilités ! Prends exemple sur ton frère un peu, il a une bonne situation, un appartement, une existence stable et même une fiancée !
— Eduardo va se fiancer ? me moqué-je.
Ça promet de longues soirées pots de glace et mouchoirs au domicile Marquez.
— Oui, mais chut, tu ne dis rien ! Je l’ai aidé à choisir la bague, il va la récupérer samedi ! À ce propos, tu as intérêt à ramener tes fesses ce soir-là, toute la famille doit être présente pour l’occasion !
Il ne manquait plus que ça. Me coltiner une soirée guimauve à la con, tout ça parce que le frangin est assez stupide pour se laisser passer la corde au cou.
— Double fait chier. Tu n’as pas peur que je fasse foirer ta petite réunion de famille ? Si Eduardo et sa pu… et sa petite copine me ressortent par les trous de nez, je ne me priverai pas pour le faire savoir, et tu le sais.
— Il n’y a aucune raison ! Claire est adorable, et Eduardo, sur son petit nuage. La bave du crapaud n’atteindra pas la blanche colombe !
Je ne peux retenir un gloussement à écouter ses explications. Connaissant Eduardo, j’aurai devant moi la cinglée rousse de Desperate Houseviwes , future épouse dévouée adepte de la cuisson de muffins et des commérages autour d’une tasse de thé au jasmin. Aux antipodes de ma Gaby au cœur brisé.
— OK, je vais voir si je peux me libérer.
— C’est vrai, monsieur a un emploi du temps chargé. Essaie de trouver un créneau entre la sieste et le lavage de tes caleçons.
Je raccroche, le sourire aux lèvres. Guadalupe et moi, on se la joue Tom et Jerry. On passe notre temps à se chercher des poux mais au fond, on s’aime bien. Par contre, occupé, je le suis. Mon mariage avec Alicia pose les bases d’une coopération entre les deux rivaux. Mais l’équilibre reste précaire, le moindre grain de sable dans les rouages peut tout faire foirer.
J’ai organisé en douce un deal entre les deux parties, forçant Gustavo et ce con de Cowboy à s’asseoir à table pour discuter. Je me suis chargé des poulets, que j’ai pas mal occupés avec mes diversions. Je m’éclate à jouer à cache-cache avec les stups, à faire tourner Williams et ses équipes en bourrique. Reste la D.E.A., un peu plus compliqué. Je ne sais pas quel coup fourré prépare Cox, mais je ne tarderai pas à le savoir.
 
****
 
Je suis planqué sur le toit d’un hangar du port depuis deux heures déjà, mes jumelles à vision nocturne entre les mains. Les deux factions viennent d’arriver, se toisent, cherchent la faille au cas où ça dégénérerait. Méfiance est de mise, comme pour moi vis-à-vis d’Alvaro et Gutiérrez. Chacun pense m’apprivoiser pour neutraliser l’autre. Bande de cons.
J’étire les lèvres ; j’adore les faire marcher ces deux-là. Chacun attend le jour où son arme secrète – autrement dit, moi – s’abattra sur son adversaire. Une arme à double tranchant, qui compte bien se retourner contre ceux qui l’emploient.
Mais mon sourire s’efface en voyant l’agitation en bas. Aussitôt, je zoome, règle la mise au point. Un flic. Bordel, qu’est-ce qu’il fout là ?
Et tout s’accélère.
Bien sûr, ça tourne au vinaigre, ça s’insulte, s’accuse les uns les autres d’avoir appelé les poulets pour les piéger. La première balle du feu d’artifice qui s’annonce est pour l’officier. Je bondis de ma place, remets ma capuche et saute du toit. Ces enfoirés ont décidé de m’emmerder ? Je vais tous les massacrer. S’ils savaient qu’ El Mono les surveillait, ils se seraient abstenus. Caméléon dans les ténèbres des docks, je progresse vers le lieu de la fusillade, lorsqu’un cri dans une ruelle adjacente attire mon attention. Je sors ma lame, m’approche pour voir de quoi il en retourne. Là-bas contre un mur, le gorille du Cowboy fait mumuse avec un flic. Un autre flic ? Je plisse les yeux… Non. UNE autre flic. Et plutôt bien foutue.
Les recrutements s’améliorent côté L.A.P.D ; je retournerais bien au commissariat, moi. Je vais passer mon chemin quand j’ouvre grand les yeux en la voyant exécuter un impressionnant coup de kick-boxing : elle vient de mettre à terre un colosse de trois fois son poids. J’assisterais bien à la suite du spectacle mais le temps presse et j’ai des comptes à régler. De toute manière, sa victoire est de courte durée, le borgne a récupéré son arme et la met en joue. Je m’apprête à repartir ; elle détourne le regard, semblant chercher de l’aide qu’elle ne trouvera pas.
Et je crois que la face du monde, du moins le mien, change à cet instant même. Ses yeux. La pureté d’une émeraude, avec cette expression si singulière au fond. Non pas de peur, elle ne le craint pas. Elle ne craint ni lui, ni la mort. Elle a déjà dû la voir en face… comme moi. Quelque chose me raccorde à elle, quelque chose d’indéfinissable, un lien en filigrane que je ne saurais couper. J’ai besoin de comprendre, je ne peux pas perdre ce truc sans savoir ce que c’est.
Couteau tiré, je fonds sur le molosse ; aucun d’entre eux ne me voit arriver, tous deux pris dans le feu de l’action. Il me suffit d’un coup sec pour le neutraliser, un vrai jeu d’enfant. Quant à elle, choquée, je dois la mettre à l’abri. Je saisis alors sa main pour l’entraîner dans ma cachette, avec la promesse de revenir la chercher.
Stevens.
J’ai retenu le nom inscrit sur son chemisier pour le graver dans ma mémoire.
Je reste un long moment à attendre sur le toit. Encore un peu de patience, le temps que le port reprenne son habituelle quiétude, et je pourrai tirer les choses au clair avec elle. Je dois aussi m’assurer qu’elle n’a pu distinguer mon visage : je me suis comporté comme un débutant sur ce coup-là.
Mais les sirènes des voitures de police douchent mes espoirs d’une croustillante confrontation. Et j’ai un haut-le-cœur quand, du haut de ma planque, je vois Clifford la délivrer, et Eduardo se jeter sur elle pour l’embrasser à pleine bouche.
Claire Stevens. La fiancée de mon frère.
 
Chapitre 2
Los Angeles, Silverlake – 20 mars 2016
 
Antonio
 
J’ai fini par m’endormir une heure ou deux, je ne sais par quel miracle. Dans son appartement. Sur ce canapé. Sa tête sur mes genoux.
Joder 3  !
Les pensées lubriques qui ont pollué mon esprit toute la nuit auraient pu faire rougir la plus grande des stars porno. Qui aurait cru qu’après l’avoir enfermée dans un container, je me retrouverais plus tard sur son sofa, la serrant contre moi jusqu’au petit matin ? Clairement, le destin se fout de ma gueule. Et me laisse me démerder, le cerveau en ébullition et le fute prêt à exploser.
Cette fille a passé la soirée à m’énerver. Au point de vouloir m’exciter sur elle, mais à l’horizontale. Entre son visage d’ange, sa bouche pulpeuse, ses jambes interminables et sa peau douce comme la soie… Elle a fini par m’achever durant son sommeil, se tortillant dans son shorty, me brûlant la rétine avec son cul sculpté par les démons de l’enfer.
Ma pénitence étant de regarder sans toucher. Avec, en coup de grâce, ses petits gémissements nocturnes que mon esprit canaille imagine provoqués par ma présence. Bordel, elle veut ma mort ? Je suis resté si longtemps au garde-à-vous que c’en devient douloureux. Elle me met la fièvre, au point de me surprendre à lui glisser dans l’oreille toutes les vilaines choses que je rêve de lui faire.
Mais chaque fois que je reprends mes esprits, je pense au merdier dans lequel je viens de la foutre. Et duquel il faut maintenant que je la sorte. Sans m’en rendre compte, j’ai mis le doigt dans un putain d’engrenage en la sauvant, cette nuit-là.
L’effet papillon.
Elle vient de bouleverser tous mes plans.
Après la fusillade au port, j’ai mené mon enquête et piraté les fichiers du L.A.P.D. Ce qui s’est passé ce soir-là a changé la donne. De rookie, ils l’ont catapultée future agent. Du jamais vu. En réalité, ils veulent la façonner pour mieux me détruire. Car j’ai agi de manière stupide, irréfléchie. Allant même jusqu’à laisser des traces : mon couteau, que ce foutu play-boy blond a ramassé et caché à la police.
Putain.
Je me suis fait avoir comme un bleu. Il faut que j’aie une sérieuse discussion avec ma queue. Dépité, je fixe la bosse de mon jean, me lève du canapé sans la réveiller et quitte l’appartement.
Je sors à peine de son immeuble que mon portable se met à vibrer.
Sergio. Toujours aussi matinal.
— Bonjour, Sergio. Et bon appétit. Je suppose que tu dois être devant un de tes super petits-déj’ avec vue sur mer.
Il ne peut pas se contenter d’une tartine de Nutella, comme moi ? Il n’y a rien de mieux que le Nutella pour le petit déjeuner. Et pour plein d’autres choses.
— Tu me connais bien, Antonio. Content de voir que tu suis mes conseils, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je pensais te réveiller dans le lit d’une de tes p...
— Je dors toujours seul, le coupé-je.
S’il savait pour hier soir, il se foutrait bien de ma poire.
— En bref. Je ne t’appelais pas pour que tu me racontes tes acrobaties au pieu, mais pour savoir où tu en es en ce qui concerne le joyeux bordel que tu as créé.
Que j’ai créé ?
Une partie de ses reproches est fondée dans le sens où j’aurais dû agir autrement. Mais ses yeux… Ces mêmes yeux menthe à l’eau qui hier exploraient mon corps. Je m’étais fait violence pour ne pas dévorer sa bouche et lui faire crier mon nom en la plaquant sous la douche.
— Antonio ! Tu m’écoutes, oui !? entends-je hurler dans le combiné.
— Oui, oui, je m’en occupe.
Je dois m’occuper de bien des choses. Et parmi elles, virer ma future belle-sœur de mes fantasmes diurnes. Elle me déconcentre beaucoup trop.
— Que comptes-tu faire ? reprend-il, intrigué.
L’éloigner de toute cette merde. Et de moi.
— D’après toi ? L’éliminer.
Son rire résonne jusqu’à mon oreille interne.
— Ça n’est pas un peu radical, Antonio ? Tu vas t’attirer des ennuis avec beau-papa si tu te débarrasses de l’un de ses lieutenants, me taquine-t-il.
— Les ordres, c’est moi qui les donne. Si Cowboy n’a pas compris ça, tant pis pour lui. Il servira d’exemple à quiconque chercherait à me défier. Quant à Roberto, une petite boîte de chocolats pour Alicia suffira.
Après avoir raccroché, je rentre chez Guadalupe en essayant d’être le plus discret possible. Mais Guadalupe… reste Guadalupe. Rater la telenovela de huit heures du matin semble juste inconcevable.
— Toto ! C’est à cette heure-ci que tu rentres !? Où étais-tu, Madre de Dios  ?
—  Buenos Dias , Guadalupe. Je suis bien éduqué, je dis bonjour moi, tu vois.
— Arrête de faire le con ! Dis-moi, tu sais quelque chose sur Eduardo et Claire ?
Son affolement est palpable, bien qu’elle essaye de le cacher. Je me rappelle avoir vu Eduardo nous filer hier soir. Le connaissant, il a dû passer la nuit dans sa caisse avant de me voir sortir de l’immeuble au lever du jour. Je n’y ai pas prêté attention ce matin ; après tout, je m’en fous. Maintenant que j’y pense, j’aurais bien aimé voir sa tête à ce moment-là.
— Elle a dit non, lui lancé-je d’un air détaché.
Les yeux sortant presque de leurs orbites, elle finit par embrayer après avoir calé.
— Quoi ? Comment ça, elle a dit non !?
— Mais j’en sais rien, Guadalupe ! Ça n’est pas à moi qu’il faut demander, mais à eux ! sifflé-je.
Et voilà que j’entends ce petit bruit qui m’horripile. Des reniflements. Elle sort un mouchoir pour essuyer le torrent de larmes qui noie son visage.
— Eduardo ne m’a rien dit hier soir… ils… ils sont sortis tous les deux s’isoler… cinq minutes plus tard, il est revenu seul… et je n’ai plus revu Claire… j’espère que…
— Elle va bien, m’agacé-je. Je l’ai raccompagnée chez elle.
Sur le point de se moucher, elle interrompt son geste et me fixe, bouche bée.
— … Perdón  ? Tu l’as… raccompagnée ?
— Oui, j’ai dit raccompagnée, pas couché avec.
— Antonio ! s’offusque-t-elle.
— C’est bon ? Je peux aller dormir, maintenant ?
Je quitte le salon, elle me poursuit dans l’escalier pour m’apostropher.
— Attends une minute ! Et où tu as passé la nuit ?
— Chez elle ! terminé-je en lui claquant la porte de ma chambre au nez.
Parti dans un fou rire, je m’allonge sur mon lit pour enfin commencer ma nuit. Au lever du jour. Je l’entends tambouriner contre la porte et m’ordonner de lui ouvrir. Elle restera close. Je rejoins déjà les bras d’une version féminine de Morphée aux cheveux d’or et aux yeux d’émeraude.
 
****
 
— Antonio ! Réveille-toi, merde ! Faut que tu me racontes !
J’ai dû dormir une partie de la journée pour voir débarquer la petite tornade brune dans ma chambre après son après-midi shopping au centre commercial. Je m’étire, plisse les yeux comme pour m’assurer que c’est bien elle et me relève à la manière d’un ours mal léché.
— Selena, qu’est-ce que tu fous là ? Comment tu as fait pour ouvrir la porte ? Et qui te dit que je ne dormais pas à poil ?
— Une porte, c’est facile à forcer !
— Où est-ce que tu as appris... Laisse tomber, tu veux quoi ?
Elle porte sa main à sa bouche pour retenir ses gloussements, en vain.
— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Accouche !
— Claire ! pouffe-t-elle avec son maxi sourire, celui du chat d’Alice aux pays des merveilles.
Je fronce les sourcils.
— Quoi, Claire ?
— Petit cachottier ! Tu l’as raccompagnée hier soir !
Je souffle.
— C’est ta mère qui t’a raconté ça ? Mais pourquoi vous réagissez toutes comme si j’avais demandé sa main ? Je l’ai juste ra-com-pa-gnée ! insisté-je.
— Et tu dors toujours chez les gens que tu raccompagnes ?
— Vous me faites chier toutes les deux ! Je me suis endormi sur le canapé ! Demande-lui puisque tu ne me crois pas !
— Je l’ai déjà eue au téléphone, elle m’a dit de te remercier pour hier soir !
Je bondis de mon lit.
— Tu l’as appelée !?
— Non, c’est elle qui m’a appelée ! Bon sang Antonio, mais si tu voyais ta tête ! C’est trop drôle ! se moque-t-elle en essuyant ses larmes.
Mon coco, va falloir te calmer là. Je vais vite te trouver un endroit chaud et humide où te lâcher, avant que tu ne me pompes le sang du cerveau avec Madame Eduardo Cruz.
— Je veux juste m’assurer qu’elle ne dise pas de conneries sur moi. Je ne l’ai pas touchée. Tu peux rassurer ta mère, et même ton frère.
— Mouais…, me lance-t-elle, peu convaincue, tout en pianotant sur son téléphone.
Le mien vibre aussitôt ; je m’en saisis, lis le message et lui jette un regard perplexe.
— C’est quoi, ça ? Tu te fous de moi ?
— Tu ne sais pas lire ? Je te l’ai écrit, c’est son numéro. Tu lui diras à l’occasion que tu es bien rentré, et surtout, qu’elle ne dise pas de conneries sur toi !
— Non. Tu as très bien compris ma question. Je peux savoir à quoi tu joues ?
— Je vous trouvais mignons tous les deux hier soir.
Je lève les yeux au ciel.
— On n’est pas dans Gossip Girl , Selena. Atterris un peu. C’est la femme d’Eduardo. Maintenant, dégage de ma chambre et va faire tes devoirs.
Elle soupire, se lève et, sur le point de fermer la porte, se retourne en m’adressant son sourire malicieux.
— De toute façon, je lui ai filé ton numéro ! me balance-t-elle avant de disparaître derrière la porte.
Mais quelle chieuse celle-là !
Quoique… Une idée me vient à l’esprit. Mettre les distances avec Claire. Lui faire renoncer à sa mission, à la D.E.A., à son job de flic. Et la faire revenir dans les bras d’Eduardo. Je dois lui faire peur, à elle qui semble y être insensible. Eduardo sera la solution. Elle craindra non pas pour sa vie, mais pour celle de son superflic.
Au coucher du soleil, je me rends au cimetière après la fermeture et, à l’aide d’une bombe de peinture rouge, profane la tombe de mon père. Je suis peut-être taré, mais il me doit bien ça. Après tout, je le fais aussi pour son fils. Maintenant, reste à trouver une excuse pour appeler la miss et la traîner jusqu’ici.
Une fois rentré, je reste une bonne demi-heure à mater mon téléphone comme un con. La honte. On aurait dit un puceau cherchant à inviter une fille au ciné. C’est alors que je reçois son message de remerciement.
Les miracles existent. J’enchaîne pour la suite.

Chapitre 3
East Los Angeles – 25 avril 2016
 
Antonio
 
Deux putains d’heures que je tourne et me retourne sur ce foutu canapé. La cerise sur le gâteau de ce week-end qui a mal commencé. Quand Lucy m’a jeté de sa villa de Cabo San Lucas au petit matin.
— Espèce de salaud ! a -t -elle hurlé comme une hystéro, avant de me gifler, de ramasser toutes mes affaires et les balancer par la fenêtre du premier.
Heureusement, j’ai de bons réflexes ; une paire de baskets, ça fait mal.
— Non mais tu te rends compte, Antonio ? Tu t’es tapé Tiffany presque sous mon nez ! Barre-toi de chez moi, tout de suite !
OK, j’ai merdé.
Mais elle aussi devrait se trouver des amies plus fiables. Tiffany m’a allumé toute la soirée ; en bon secouriste, je me suis chargé d’éteindre l’incendie dans les w.c. alors que Lucy se déhanchait sur la piste. Comment l’a-t-elle su ? Rien à battre. Je suis bien placé pour savoir qu’avec les filles, tout se sait un jour. Plus ou moins vite.
Après avoir récupéré mes vêtements disséminés sur le trottoir, j’ai repris la route vers le nord direction Los Angeles, et roulé comme un taré toute la journée. En milieu de soirée, je me pointais chez Gaby, sa porte m’est toujours ouverte. Pas que sa porte, d’ailleurs. J’ai même ma propre clé. En tout cas, mettre les pieds chez Guadalupe après ma dispute avec Eduardo était juste impensable.
— Gaby ? Tu es là ?
— Antonio ? Je suis là-haut en train de me préparer. Monte, je t’en prie !
Elle s’apprêtait à sortir, tentait d’accrocher ses boucles d’oreilles assorties à la superbe robe portefeuille rouge qui mettait en valeur ses courbes de rêve.
— Tu veux bien m’aider à la mettre ?
Dans une robe pareille, je veux bien te la mettre aussi, Gaby , a i -je pensé.
Écartant du bout des doigts l’une des mèches brunes qui lui tombait derrière l’oreille, j’en ai profité pour déposer une ligne de baisers sur son cou délicat et la faire frissonner au passage.
— Antonio…
— Tout travail mérite salaire, non ? lui ai-je répondu en progressant vers son épaule.
— Pas maintenant… Je vais être en retard, Claire m’attend…
J’ai stoppé net.
— Claire ? Elle est revenue ?
— Quand je lui ai parlé de son installation définitive à Miami, tu sais ce qu’elle m’a répondu ? Que tu ne racontais que des conneries.
J’ai souri. Le con. Comme si elle venait de me révéler que la furie blonde m’aimait à la folie.
Claire Stevens.
Une sorcière redoutable, ou plutôt, une ensorceleuse ; sa peau crémeuse, ses lèvres framboise hantent mon esprit. Un appel à la gourmandise et comme une envie de fraises, celle de la posséder jusqu’à plus soif.
Avant que je comprenne qu’avec elle, je commettais mon premier faux pas, et qu’en elle, je trouvais mon talon d’Achille. Trop risqué pour une simple histoire de cul. Mais plus je la repoussais, et plus je m’en rapprochais. J’ai finalement pris goût à jouer avec le feu, et pire, j’en suis carrément devenu pyromane.
— Tu comptes rentrer vers quelle heure ? Je vais sortir un peu moi aussi.
— Et si tu venais avec nous ? On va à l’Hacienda.
— La boîte d’Ignacio ? Gabriella…
— Je sais… son frère. Mais au moins tu te sentiras plus rassuré de la savoir à l’Hacienda plutôt que dans n’importe quel autre club de L.A. Même si tu t’es comporté avec elle comme le dernier des connards !
— Avec qui ?
—  Idiota  ! Je dois y aller, à tout à l’heure !
J’ai tourné en rond dans le salon une bonne demi-heure avant de me décider à faire un petit tour du côté du night-club d’Ignacio. Je connaissais bien les lieux ; j’y suis alors entré en douce par la porte de service.
Et puis je l’ai aperçue au loin.
Plus magnifique que jamais.
Claire avait choisi la simplicité qui, malgré elle, la mettait en lumière dans cette salle bourrée de poupées maquillées comme des voitures volées. Elle ne se rendait pas compte du pouvoir qu’elle exerçait sur les hommes. Moi le premier.
Au bar avec Gaby, elle allait commander à boire quand Ignacio est venu à leur rencontre.
Cabrón 4 .
Cet imbécile lui tournait autour comme une abeille au-dessus d’un pot de miel. Et elle ne faisait rien pour le repousser, bien au contraire.
Claire ? Ignacio Sandoval ? Tu aurais pu viser plus haut…
J’ai alors quitté l’Hacienda aussi discrètement que j’y suis entré. Je savais ce que j’avais à faire.
Dimanche en milieu d’après-midi, Gaby m’a réveillé en entrant brusquement dans la chambre d’amis que j’avais regagnée à l’aube, complètement bouleversée.
— Antonio… ton frère… il est dans mon salon… il veut te parler…
Quel culot il avait de se pointer ici ! C’était quoi encore son problème ?
— OK, Gaby. Reste ici, je descends.
Arrivé en bas, Eduardo m’observait, l’air confus, à la manière d’un enfant pris la main dans le sac en train de chaparder des bonbons.
— Salut, Antonio. Je me doutais que je te trouverais ici quand j’ai appris que tu étais rentré de Cabo.
— Où croyais-tu que je serais ? Je te rappelle que tu m’as viré de la maison.
— Je m’en excuse. C’était un malentendu. Claire m’a tout expliqué.
— Donc elle, tu la crois quand elle te répète exactement ce que je t’ai dit il y a un mois ? On n’a pas couché ensemble, bordel. Ça n’est pas ma came, je te la laisse.
Il m’a lancé un regard noir, aussitôt évaporé quand j’ai ajouté :
— Et tu oses te ramener ici ?
— Écoute, c’est très important, a-t-il repris nerveusement. J’aimerais… J’aimerais que tu reviennes à la maison.
Je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire.
— Tu te fous de moi, Eduardo, là ? Elles sont où les caméras ?
— Ça n’est pas une blague. Claire est à la maison. Elle va y habiter quelque temps.
— Attends… Tu me vires sous prétexte que je baise ta copine, et tu me demandes de revenir parce qu’elle y est ?
— Arrête, Antonio ! Quelqu’un a mis le feu à sa baraque ! Elle a été témoin d’un crime il y a environ un mois. Je pense que quelqu’un l’a vue et s’en prend à elle.
— Ne parle pas aussi fort, Gaby risque de t’entendre. Tu ne peux pas m’en dire plus ?
— Non. Et c’est mieux pour toi. Cette fille, je l’aime et je suis prêt à tout pour la protéger. Même si elle ne veut plus de moi, et même si je dois faire appel à toi pour le faire. La police ne peut pas grand-chose pour lutter contre ce genre de types. J’aimerais que… que tu en touches un mot à tes anciens amis, s’ils peuvent aider.
— Eduardo, ça fait dix ans que...

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