Magnificat
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Magnificat , livre ebook

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Description

J’ai commencé ici
cette fugue du ciel
J’aurai appris la mort
cette note parfaite
que les oiseaux atteignent
en mourant
un seul grillon
nous remet sa peine
son chagrin est immense
Éblouissant, ce chant est célébration de soi, de l’autre, dans le temps perdu et retrouvé. En revenant à ce rien et au silence qui ont précédé toute naissance afin d’entamer le dialogue avec l’espace, la vie et la mort, Violaine Forest nous apprend, dans une langue somptueuse,
que le poème est plus sage que le poète.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 octobre 2013
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897120375
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Violaine Forest
MAGNIFICAT
Mise en page : Virginie Turcotte Maquette de couverture : Étienne Bienvenu Dépôt légal : 3 e trimestre 2012 © Éditions Mémoire d’encrier et Violaine Forest

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Forest, Violaine, 1957-
Magnificat
(Poésie ; 41)
ISBN 978-2-89712-036-8 (Papier)
ISBN 978-2-89712-129-7 (PDF)
ISBN 978-2-89712-037-5 (ePub)
I. Titre.
PS8561.O678M33 2012 C841’.6 C2012-941936-2
PS9561.O678M33 2012

La création de cette œuvre a été rendue possible grâce à une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2007. L’auteure remercie également le Conseil des arts et des lettres du Québec pour l’attribution de la résidence Passa Porta de Bruxelles en 2008 ainsi que la Direction générale de la Culture du Ministère de la Communauté française de Belgique et le personnel d’Entrez-Lire. Merci aux êtres généreux croisés en chemin de Bruxelles à Mashteuiatsh, de Moncton à Wendake, de Pessamit à Ekuanitshit, ils se reconnaîtront, ici.

Mémoire d’encrier reconnaît, pour ses activités d’édition, l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada et du Fonds du livre du Canada.

Mémoire d’encrier reconnaît également l’aide financière du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.

Mémoire d'encrier
1260, rue Bélanger, bureau 201
Montréal, Québec,
H2S 1H9
Tél. : (514) 989-1491
Téléc. : (514) 928-9217
info@memoiredencrier.com
www.memoiredencrier.com

Version ePub réalisée par :
www.Amomis.com
Du même auteur
Le manteau de mohair , Montréal, Éditions de L’Hexagone, 2002.
L’Adoration du Bourreau , Trois-Rivières, Éditions d’Art le Sabord, 2006.
Écrire pour moi…
c’est arriver avec la crise au bout de la crise.
J’écris vite donc la crise ne me quitte pas.
En mourant je ne le rejoins pas,
je cesse de l’attendre.
Marguerite Duras
Des pans entiers de ma vie ont disparu pour toujours. Des pans entiers. J’ai beau regarder en arrière. Je ne vois rien. De longues périodes à jamais disparues. La réalité est une perdition sans fin. Un perpétuel évanouissement de l’instant présent. Une perpétuelle conversion du maintenant en jamais. Des pans entiers de ma vie ont disparu pour toujours. Voilà ma vie. Je n’ai rien pu garder, je n’ai rien pu sauver. Voilà ma vie. Le règne de la perte. Le toujours dans la perte, et le jamais dans ma vie. Toute ma vie sera comme ça. Comme elle a été. Une marche irréversible. Tout ce temps, et maintenant plus rien. La vie égale à rien. La voilà, ma vie. J’ai beau regarder en arrière, je ne vois rien.
Dimitri Dimitriadis
Prologue

Il fut un temps où je mettais mon nez sur mon gros orteil, où je portais des hommes sur mon dos et me tenais en équilibre sur une épaule. Aujourd’hui, c’est tout juste si j’arrive à marcher sans tomber. Mais l’empreinte charnelle et le feu brûlent aussi fort du désir d’habiter à nouveau ces territoires aimés. Celui du corps et celui du déploiement et de la chute infinie des sens dans l’espace. Dans l’Adoration du Bourreau, l’âme et le corps se dédoublent pour entrer dans celui de l’infante, petite protagoniste qui traverse les âges à travers la toile d’un tableau pour nicher à même notre peau, emprunter notre parole. Je la suis dans la cité, nous sommes l’âme, le couteau, le sang du bourreau, la grâce avant la mort, la liberté, je ne prends pas sa main, elle me la donne.
Avec Magnificat je voulais entrer dans la cité, arpenter le territoire ancien avec mes bottes de sept lieues, mon bonnet de fourrure enfoncé sur la tête. J’y entrai pourtant sur la pointe des pieds à la recherche du rouge parfait, celui des tableaux des maîtres et celui des drapiers flamands de mon imaginaire d’enfant dont il me fallait trouver les traces bien réelles. Je voulais m’approcher des huiles anciennes, toucher le marbre blanc et les pierres volcaniques, prendre des bains de lumière. Je retrouvai mon lexique, celui des madones qui rappliquent au quart de tour et celui des petits métiers nobles de la rue des Bouchers. C’était en quelque sorte l’An de grâce ; je revenais aux territoires de mon père, à ceux de mon aïeul, partagés avec le peuple Innu, pour repartir aussitôt. Comme si la chose ultime, ma seule urgence, tel un condamné, fut ce cri dans l’univers, l’achèvement de cette longue prière païenne où les saisons se mêlent pour prolonger la vie.
De Bruxelles qui me calme à Édimbourg qui énerve le sang, j’écrivis cette lettre pour retarder la mort, un chant profond où les gestes quotidiens des ancêtres bien réels se mêlent à ce qui, plus grand que nous, traverse les âges. En filigrane, les métaux, les tissus, l’importance des couleurs. Les animaux fabuleux, le sol des cathédrales, les petites infantes qui travaillent au noir, c’est en moi, les corps qui ploient, ça veut déjà exister. Parfois les jours de chance, le poème se met au monde, trouve le poète pour le porter et le guider avec ses serres invisibles, lui donner sa force, sa douceur, sa rage. Le poème est plus sage que le poète, il le regarde trembler, hésiter, il attend son heure et se donne jusqu’au bout ; les jours de grâce et de vent, il lui arrive de ne pas faire de bruit. Voilà, il est là ! Il tutoie l’éternité. Le cri est l’ultime liberté, la prière son prolongement.

Violaine Forest
quand ils ont ouvert la portière de la voiture
c’était facile à voir
qu’elle avait pleuré
jusqu’au bout
ses cils étaient frisés
ses yeux de louve
qu’on a pas attrapée encore
ses yeux de louve révulsés
comme c’était pas possible
j’y croyais pas

j’avais gardé mon poing fermé tout au long du trajet
c’était pas tout à fait la guerre
mais ça sentait la mort
au ras des lieux bénis
les gens sifflaient contents
plus fort que la fanfare
les rafales du siècle
tout ce qui me porte ne m’achève pas
Parce que je ne tombe pas je m’accroche

la dernière fois que le ciel m’a touchée
c’était avant la pluie
je vais à toi porter
ce qui reste d’amour
me pend au bout des doigts
tu arrives avec la douceur des premiers jours
tu t’agenouilles ailes abattues
tu tais le silence et la peur
tu broies le jour d’audaces vaines
tu traces les limites du corps
la première pierre, c’est toi qui la lances
tu pousses les fondations aux limites du sable
cet ouragan qui habite les lieux
tu l’alimentes
entre le sombre et toi
cette eau qui fuit tu refuses
le jour sa prière pleine
l’obscur entre à portée d’hiver
trouve familier
cet autel que tu dresses
au premier jour de givre
le staccato pulse ton sang
un navire de plomb
où vibrent les oiseaux
si les tambours se taisent
lorsque tu oses un chant
répète ta prière
ce passage troublant
où ton âme chavire
garde une main ouverte
pour la bonté qui passe
accomplis la besogne du jour
cette fugue à demi
et protège tes nuits
au son des violons sages

reçois les promesses
possibles d’un jour meilleur
une symphonie nous sauve du monde
comment écrire
ce qui se porte comme une joie
comme un soulagement
comment l’offrir sans dire un mot de plus
ce petit miracle
qui survient en chacun de nous
quand on fait silence

mille ans de solitude
ne peuvent détruire la beauté
d’une seule cathédrale
c’est doux une cathédrale
quand on entre par hasard
qu’on suit la pente douce
qui mène au carrefour
on ne peut bifurquer de la peine
qu’on se donne à trouver sa couronne
de la fragilité qu’il faut
pour porter sa croix

cette note parfaite
et longue que tu me donnes
n’est pas un jugement
que la nuit amène
c’est un roi à sa reine

c’est une procession
le chœur de noir vêtu
drapées de toges rouges
les trompettes s’allument
au pas des tambours
on annonce la noce
sur la dernière marche
Vergine Maria
quelle farandole
toute la ville en joie
pareil à ta peau, petite mère, je jure
que c’est plus beau cet homme
qui frappe l’air et l’attrape
les cloches et les pluies réunies
au battement des tambours
les cors impatients de montrer la voie
alors qu’on a ni même atteint l’eau
ni même atteint la peau
l’angélus sonne bénédiction
la voix de l’homme monte
c’est le chant d’une femme

pareil à ta peau, petite mère, je jure
que c’est plus beau cet homme
qui frappe l’air et l’attrape

les notes éclatent
pur ravissement
je suis au balcon
et chaque paupière souffle
le bonheur qui gonfle
ma joie ce petit animal
la splendeur est une chose humaine
quand on peut la toucher avec les doigts
soudain la paume offerte
recueille l’éternité
se prépare à recevoir cette voûte du ciel
que tu veux attendre
et que tu m’as apportée

sais-tu seulement la fièvre qui court
la nausée qui prend la douleur
partout sais-tu qu’on remarque la joie
quand elle nous quitte le bruit
que ça fait une porte qui s’ouvre
quand tu entres en toi
et toi ma douceur secrète
tu arrives dans la ville en nage
et nous sommes ce canal
habité par les pluies
ces zones de chair
qu’on atteint en mourant
ce petit fagot
que nous portons
ensemble pour faire taire
le jour des médisances
je porte le deuil
des robes blanches
d’une rive à l’autre
j’allume les feux
d’une paix profonde
et contraire

ici le temps est long
à comprendre la fin
tu avances ainsi
dans l’obscur et le vrai
l’absence au bout des doigts
gardant le pain trempé
et les dimanches réunis
pour meubler ce qui reste
de mon temps
tu ne souffriras pas
quand je partirai
tu replieras tes arbres
pour mieux les déployer
tu me détesteras
ce sera plus facile
je dirai
mon amour
pour que tu comprennes
tu seras mon testament
ce qui reste de moi
ma petite misère
les miettes de nuits
qui collent au flanc
tu seras cette corde à serrer
à mon cou quand tout sera fini
dans la pièce trop pleine
tu seras à ma vulve
l’urine qui s’écoule
quand on arrête tout
et qu’on lâche la vie
tu seras ma mémoire
ce qui subsistera
quand j’aurai tout quitté
tu resteras en moi
cette porte poussée
vers le ciel qui s’abîme

patience du jour
la douceur d’une ondée
quand on attend l’orage
et que le jour est long à finir
car chaque battement du monde
est une éternité
qui ne reviendra pas

la terre se prépare-t-elle
à la saillie de l’orage ?
tremble-t-elle déjà sentant venir le vent ?
sait-elle qu’on comblera sa soif
jusqu’à noyer l’ivresse ?

quand les fruits mûrs gorgés
se jettent au sol pour
n’être point cueillis

je serai, soudée à ton pas, ce petit fagot avant l’incendie
ce petit feu qui court sous les jupes des femmes
quand elles vont danser juste avant ce tremblement
je serai pluie forte de juillet qui te remplit de rage
ce chemin qui longe la forêt où tu aimes te perdre
la fente sur la peine où tu t’agripperas
pour te reposer du tumulte des eaux
je serai ce voyage à poursuivre
jusqu’au fleuve, le prochain été, l’automne arrivé
je serai du voyage
avant les premières pousses je resterai longtemps
cette terre assoiffée
avant la saillie d’un orage d’été
tempête calmée
à la main d’un seul homme

tu seras ce grillon qu’on entend en mourant
la dernière prière que fait le ciel avant sa colère
cette fin de juillet quand on reste chez soi immobile au jardin
le ronronnement des machines et la feuille plus haute
à la cime d’un arbre qui pousse vers le sud
par manque de courage

ces gouttelettes qui perlent à ma peau
redeviennent la pluie avant de disparaître
je serai le tendre
au creux de ton poignet
quand nos deux bras s’épousent
par un beau jour de mai
je serai longue promenade
dans une ville inconnue
qui hantera tes jours
jusqu’au bout du monde
tu seras mon dernier battement
avant l’éternité, tu seras l’été

gorgée dans les deux sens la terre était fendue
c’était l’été de toutes les eaux
on dormait seuls la nuit
tant se tordaient les draps aux sueurs des femmes
j’ai commencé ici
cette fugue du ciel

j’aurai appris la mort
cette note parfaite
que les oiseaux atteignent

en mourant
un seul grillon
nous remet sa peine
son chagrin est immense
et si je te fais pleurer
dis-moi pourquoi
cela te fait du bien

le pistolet dans ta bouche
c’est pour que tu n’arrêtes pas
de respirer

pour que, quand tu chavires,
ce soit du côté où on t’embrassera,

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