Nous sommes les rêveurs
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Description

Je suis l'Amérindienne
Et ce fardeau
Demeure en moi à jamais
Poèmes narratifs, qui sont des repères sur la vie de l'auteure et sur sa condition de femme et d’amérindienne. On lit Nous sommes les rêveurs comme on lit un journal intime. On a l'impression d'entrer dans la tête de Rita Joe, de souffrir avec elle des injustices, de sentir son bébé grimper sur nous, de toucher la présence des êtres disparus. Et aussi de pouvoir changer les choses. Un livre vrai et émouvant. Rita Joe est une auteure amérindienne à découvrir pour mieux comprendre l’univers autochtone, l’histoire et la vie des Peuples des Premières Nations!
Extrait de la préface de la traductrice
J’ai connu Rita Joe toute jeune, à l’époque où ma mère, immigrée nouvellement arrivée à Sydney, en Nouvelle-Écosse, se battait pour les droits des femmes. Rita faisait partie du groupe féministe et participait aux activités en lisant ses premiers poèmes en mi’kmaw (micmac) et en anglais. (...)Les recueils de poésie et les mémoires de Rita Joe voyagent dans ma valise depuis une quinzaine d’années. Je ne savais pas si son œuvre avait été publiée en français, mais je m’étais toujours dit que je voulais la traduire et la faire connaître. L’univers de Rita m’est très familier. Quand elle décrit si élégamment les forêts, l’odeur de l’herbe sacrée, le lac Bras d’Or, les conversations et les bancs d’huîtres, je reconnais bien ces odeurs, ces bruits, ces gens et ces lieux dont j’ai été entourée. C’est un peu mes souvenirs que je tiens à partager avec cette traduction, ainsi que les précieux enseignements de Rita Joe sur la vie autochtone, les traditions, le racisme et la spiritualité, le tout toujours raconté avec son incroyable sens de l’humour et la simplicité de ses mots.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 août 2016
Nombre de lectures 16
EAN13 9782897123796
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

rita joe
nous sommes les rêveurs
Traduit de l’anglais par Sophie M. Lavoie
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière
du Gouvernement du Canada
par l’entremise du Fonds du livre du Canada
et du Gouvernement du Québec
par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition
de livres, Gestion Sodec.

Mémoire d’encrier reconnaît également l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Programme national de traduction pour l’édition du livre, initiative de la Feuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018 : éducation, immigration, communautés, pour ses activités de traduction.

Mise en page : Virginie Turcotte
Couverture : Étienne Bienvenu
Dépôt légal : 3 e trimestre 2016
© Éditions Mémoire d’encrier
Édition originale : We are the Dreamers: Recent and Early Poetry , Wreck Cove,
Nouvelle-Écosse, Breton Books, 1999..

ISBN 978-2-89712-378-9 (Papier)
ISBN 978-2-89712-378-9 (PDF)
ISBN 978-2-89712-378-9 (ePub)
PS8569.O265W414 2016 C811’.54 C2016-940219-3
PS9569.O265W414 2016

Mémoire d’encrier • 1260, rue Bélanger, bur. 201 Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 • Téléc. : 514 928 9217 info@memoiredencrier.com • www.memoiredencrier.com

Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
du même auteur
Poems of Rita Joe , Abanaki Press, 1979.
Song of Eskasoni : More Poems by Rita Joe, Ragweed Press, 1989.
L’nu and Indians We’re Called , Ragweed Press, 1991.
Song of Rita Joe : Autobiography of a Mi’kmaq Poet, Ragweed Press, 1996.
The Mi’kmaq Anthology , codirection avec Leslie Choyce, Pottersfield Press, 1997.
Je n’étais qu’une femme au foyer qui avait un rêve Faire rire les yeux tristes de mon peuple Et, faisant confiance au lien qui nous relie les uns aux autres, Compléter la merveilleuse histoire que nous tissons à l’infini. Rita Joe
Les poèmes bilingues figurant dans cette anthologie ont été écrits en mi’kmaw et en anglais par Rita Joe sauf « Mawiknat Sma’knis - Le grand guerrier », qui a été traduit du mi’kmaw vers l’anglais par Murdena Marshall.
PRÉFACE À la rencontre de Rita Joe
J’ai connu Rita Joe toute jeune, à l’époque où ma mère, immigrée nouvellement arrivée à Sydney, en Nouvelle-Écosse, se battait pour les droits des femmes. Rita faisait partie du groupe féministe et participait aux activités en lisant ses premiers poèmes en mi’kmaw (micmac) et en anglais. C’était dans les années soixante-dix et, originaire de la réserve de We’koqma’q, elle s’était établie dans la réserve d’Essisoqni, à une quinzaine de kilomètres de Sydney.
Sur l’île du Cap-Breton, avec ses cinq réserves autochtones, il est difficile de dissimuler la présence de ce peuple et, peu à peu, nous l’avons découvert, en famille, au gré des sorties aux plages du lac Bras d’Or, dans la ville, par nos camarades d’école et sur toutes les routes. Quand nous allions à Essisoqni, nous nous arrêtions toujours chez Rita, qui, à l’époque, fabriquait aussi de l’artisanat qu’elle vendait à domicile : paniers, capteurs de rêves, bijoux en broderie perlée, etc. Mon souvenir le plus vif est celui d’un pow-wow à Essisoqni pour le solstice d’été où, adolescente, j’avais intégré le cercle des danseurs au son hypnotiseur des tambours mi’kmaw. Je revis cette puissante sensation quand j’assiste aux pow-wow dans la réserve Sitansisk (St. Mary’s) de la nation Wolastoqiyik (malécite) près de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, où je demeure maintenant.
Le dynamisme et la richesse de ces cultures autochtones m’ont toujours émerveillée et les évènements qui ont secoué la première nation d’Elsipogtog me l’ont confirmé. En effet, les Mi’kmaw du Nouveau-Brunswick, avec d’autres alliés, avaient érigé une barricade pacifique sur une route principale pour empêcher l’exploration du gaz de schiste sur leurs territoires. Quelques jours après ma visite au barrage, en octobre 2013, ils ont violemment été expulsés, malgré le fait que les terres de ces nations n’aient jamais été cédées à qui que ce soit. Tout comme leurs ancêtres l’ont fait il y a des siècles, aujourd’hui, les peuples autochtones continuent à défendre leurs droits et leur culture.
Les recueils de poésie et les mémoires de Rita Joe voyagent dans ma valise depuis une quinzaine d’années. Je ne savais pas si son œuvre avait été publiée en français, mais je m’étais toujours dit que je voulais la traduire et la faire connaître. L’univers de Rita m’est très familier. Quand elle décrit si élégamment les forêts, l’odeur de l’herbe sacrée, le lac Bras d’Or, les conversations et les bancs d’huîtres, je reconnais bien ces odeurs, ces bruits, ces gens et ces lieux dont j’ai été entourée. C’est un peu mes souvenirs que je tiens à partager avec cette traduction, ainsi que les précieux enseignements de Rita Joe sur la vie autochtone, les traditions, le racisme et la spiritualité, le tout toujours raconté avec son incroyable sens de l’humour et la simplicité de ses mots : « Une pensée attrape une idée / Entre deux cerveaux. / Alternant ça et là / Entre l’anglais et l’amérindien. »
Très tôt, Rita Joe s’est rendu compte de l’importance de transmettre l’enseignement qu’elle avait reçu de ses ancêtres, et ce malgré les nombreuses tentatives d’assimilation par l’État canadien. Les recettes, les chansons et les rituels se retrouvent dans sa poésie pour les générations qui suivront. Les leçons et les connaissances qu’elle nous lègue dans ses poèmes doivent être lues et comprises pour qu’elles ne sombrent surtout pas dans l’oubli.
Sophie M. Lavoie
POÈMES DE RITA JOE
1

Je suis l’Amérindienne
Et ce fardeau
Demeure en moi à jamais
2

Mes paroles tombent,
Éveillant la curiosité,
Espérant susciter
Différentes opinions.

Si les Amérindiens aujourd’hui
Ne sont pas fictifs,
Alors apprenez à les connaître.

Je ne suis pas
Celle qu’ils décrivent.
Je suis civilisée.
J’essaie
De trouver ma place dans ce siècle.

Priez,
Faites vous aussi la moitié du chemin.
Je suis l’Amérindienne d’aujourd’hui.
3

Avant l’arrivée de l’homme blanc, nous avions nos propres modes de vie politique, éducatif et économique, qui suivaient les enseignements de nos sages. Mais depuis les restrictions sur la chasse, l’éducation traditionnelle amérindienne est réprimée.

Je regrette les savoir-faire oubliés,
Ce à quoi ressemblent maintenant mes gestes.
Sur les collines, notre confrère le vent déplore
Le sort de nos coutumes et de notre héritage.

Le regret demeure en moi.
Je réfléchis sur mon sort, impitoyable,
L’incertitude revient hanter
Les coutumes amérindiennes que j’ai abandonnées.

Les années ne laissent qu’une légère trace
Mais la chaleur du soleil dicte à mes sens
De ne pas tout lâcher.
4

Vos édifices, grands, inhumains,
Couvrent la terre,
Le ciment stoïque asphyxie tout, les fenêtres scintillent
Comme l’eau sous le soleil.
Aucune brise ne souffle
À travers les arbres, sentinelles,
Aucune odeur de pin n’allège mon fardeau.

Je vois monter vos édifices vers le ciel, majestueux,
Sur les sentiers où jadis marchaient des hommes,
Souverains prépotents de cette terre
Toujours détenteurs des titres amérindiens
Dans leurs cœurs
Par ces traditions connues
Depuis des siècles et des siècles.

Réapprendre notre culture n’est pas difficile,
Parce que je me souviens de ces sentiers
Et je comprends leur signification.

Même si les gratte-ciel éclipsent les cieux,
Ils peuvent s’écrouler.
5

Ne croyez pas
Que je ne suis pas consciente
Des regards froids des autres,
Leurs faibles efforts pour communiquer.
Vous demandez-vous
Pourquoi j’ai peur de vous approcher,
Et d’exprimer l’amour
De mes traditions?

Ne vous demandez pas
Pourquoi je ne peux kiwa’ska’siw
Envers vos convictions.
Toutes les opinions sont
Trop profondément enracinées
Pour qu’il n’y ait qu’une seule solution.
Essayez donc
D’accepter nos croyances comme je le fais,
C’est tout ce que nous possédons.
6

Wen net ki’l?
Pipanimit nuji-kina’muet ta’n jipalk.
Netakei, aq i’-naqawey;
Koqoey?

Ktikik nuji-kina’masultite’wk kimelmultijik.
Na epa’si, taqawajitutm,
Aq elui’tmasi
Na na’kwek.

Espi-kjijiteketes,
Ma’ jipajita’siw.
Espitutmikewey kina’matneweyiktuk eyk,
Aq kinua’tuates pa’ qlaiwaqnn ni’n nikmaq.
Qui êtes-vous?
C’est une question que je crains, venant d’une enseignante.
Je rougis et lui réponds en bégayant :
Quoi?

Les autres élèves ricanent.
Je me suis assise esseulée, abattue,
Et j’ai fait un vœu
Ce jour-là.

Me distinguer dans tout ce que j’apprends,
N’avoir plus aucune incertitude.
Ma dignité réside dans mon éducation,
Et je transmettrai les merveilles à mon peuple.
7

Comme de la lave qui coule du cœur,
Cet émerveillement croît,
Pourquoi le récit n’a-t-il pas été raconté?
Je connais l’admiration qu’il y a pour toutes les réalisations de mon peuple,
Son discernement.

Je connais ses besoins
Je connais ses mœurs
Je connais ses principes.

Son amour des coutumes
Son respect pour les règles.

Aknutm te’ s i k kejitu.
8

Le rôle joué par un Amérindien,
Un personnage qui semble faux.
Les malentendus continuels
D’une vie
Douloureuse.

Des échos s’élèvent,
Comme d’incessantes distorsions
De mensonges répétés.
Le ressac du temps présent.

Cela cessera-t-il un jour?
Desserrer les chaînes.
Les défaire?
Raconter les apaisera peut-être

Pour que nous puissions nous reposer,
La représentation terminée,
Et détisser l’impair,
Les histoires rabâchées
À propos des Amérindiens et des hommes blancs.
9

I

Ils me disent que je dois vivre
Comme l’homme blanc.
Aujourd’hui et pour toujours
Me plier encore à ce qu’ils disent,
Mais mon cœur demeure
Tourné vers l’époque amérindienne.

Je dois m’habiller de façon conservatrice
Chausser des souliers fabriqués dans une usine.
Abandonner les comportements
Qu’ils jugent sauvages.
Renoncer à un héritage
Qui a été conquis.

Je dois accepter ce que le siècle
A détruit et délaissé :
L’innocence de mes ancêtres.

Je dois oublier notre père le ciel
Et notre mère la terre,
Blesser ce cher territoire
Avec du béton solennel.
II

Si je dois aussi
Livrer leur bataille,
Ou en partager les conquêtes
Et sombrer dans la boisson ou la drogue,
Toute richesse convoitée
Est pour moi une plaisanterie.

Mon corps capitule, voulant des articles de luxe,
Mais mon cœur chute
Vers la soi-disant sauvagerie.

Si cela nous prend du temps
Pour adopter la pensée du jour,
Soyez patients avec nous un moment.
Vous verrez
Les torts qui nous ont été infligés,
Nos coutumes amérindiennes ne sembleront plus si sauvages.
10

Ai! Mu knu’kwaqnn
Mu nuji-wi’kikaqnn
Mu weskitaqawikasinukul kisna mikekni-napuikasinukul

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