Le Chinois. Itinéraire d’un enfant placé jusqu’au cœur du Gotha mondial
105 pages
Français

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Description

La vie d’Hervé Odermatt est un incroyable roman. Enfant naturel d’une jeune fille de bonne famille alsacienne et d’un étudiant chinois, il est élevé par des paysans de la Loire, pauvres mais très aimants, après la disparition de son père. À dix-huit ans, sa vie bascule lorsqu’il s’engage dans la Résistance.

À partir de ce moment, sa vie ne cessera plus d’être mêlée à la grande histoire et au destin des personnalités les plus célèbres du XXe siècle. Avec un réel talent de conteur, Hervé Odermatt entraîne le lecteur à sa suite dans un récit d’une grande richesse, entre plongée dans le Montmartre des années 1950, découverte des dessous du marché de l’art, évocation de ses nombreuses amitiés avec les puissants de ce monde… jusqu’à la description de la plus inattendue des rencontres. Car, finalement, ce destin extraordinaire n’était-il pas, dès le début, placé dans la main de Dieu ?


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 novembre 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9782728930463
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0027€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières Au commencement Autoportrait en jeune maquisard Le manuscrit dérobé « Le Chinois » Les racines de la violence Chez Finot Autoportrait en sabots La force de la nature La pêche à la grenouille Les lignes de la main La guerre Scènes de la vie du maquis Alice L’homme à la moto Comment je ne suis pas devenu un héros La trame de l’histoire Sur la route Le 5e Bureau Le Mal incarné Le 2e Bureau Portrait d’un homme d’exception Premiers succès… et déconvenue Un petit air d’Amérique L’art de trouver chaussure à son pied Dolly. Portrait d’une Parisienne Le bottier des stars Crocodiles en bord de Seine La violence du boxeur Montmartre Le premier tableau Un destin de cinéma À bord du Bateau-Lavoir Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique Rue Norvins Bouquet de Bohème Le cœur qui danse Un casting de rêve L’ami américain New York, New York La femme de ma vie Une trop belle cliente La belle et le niaiseux Monsieur Simard Une si longue attente Un mariage express Tableau de pêche au saumon « Salut ! » Naissances La dolce vita Le chef indien Galerie Hervé Odermatt Pas de marchandage Une nouvelle galerie L’Ouragane Cinq malédictions Le vol du siècle Un tandem de choc Camille Claudel Le regard public Dans les coulisses de l’art Savoir acheter Marchand de tableaux Chère Louise Weiss Mon Picasso Le monument futur L’œil écoute De vrais faux L’affaire Legros L’expertise Le royaume de l’art Hors de prix Variations sur le marché de l’art Profil du marchand d’art Portrait du collectionneur Retour vers le futur Ju Ming, artiste chinois Le grand monde Chevaux de mémoire Un endroit idéal À toute allure Green Jacket Indian Creek Abe Weschler The Bob Hope Desert Classic Un coup de bluff Succession Engagements Cuba libre Cuba aujourd’hui Mon amitié avec le général Medbouh La vérité sur l’« Affaire Medbouh » « La Nouvelle Société » Deus ex machina Un Canadien à Paris La conversion L’ange Gabriel SOS Prière Born again Bobby l’arnaqueur Dieu joue-t-il au golf ? Signes et miracles Parole de Dieu Une vie nouvelle Le Christ libérateur L’Église malgré ses faiblesses Témoigner à temps et à contretemps Un cadeau de la Providence Mes nourritures spirituelles Pour les autres Les vrais trophées Les Amis de Tibériade Youth for Christ Les maisons de Jeanne Madagascar Remerciements Page de copyright
Points de repère Couverture Page de Titre Corps de texte Page de Copyright
1
Au commencement
« Dieu est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »
Pascal , Pensées .
Autoportrait en jeune maquisard
Si le jeune homme que j’étais à dix-huit ans n’avait pas pris la décision de se poster sur le bord d’une petite route du Bourbonnais, entre Roanne et Vichy, bras levés pour arrêter la voiture des maquisards au matin du 24 avril 1944, ma vie aurait été radicalement différente.
Cette grosse Traction noire avec une croix de Lorraine peinte dessus, je la guettais depuis quelques jours. À la ferme, on parlait de l’action des maquisards dans les environs, de leur audace, du danger. Il y avait eu des parachutages nocturnes. Des avions anglais. Le maquis s’activait. Notre région, à la lisière de l’Allier, ce pays de halliers, de forêts touffues et de collines, ce vert labyrinthe de prés et de haies vives, était un repaire, une base d’actions pour cette ­Résistance qui me fascinait.
Très jeune, je me suis senti porté par un élan patriotique très puissant. À Mulhouse, où je suis né, j’ai partagé l’allégresse de ma famille alsacienne lorsqu’elle évoquait cette Alsace redevenue française en 1918. À la ferme où j’ai grandi, le grand-père, Mathieu, était un survivant des tranchées. Son fils, François, avait occupé la Rhur de 1923 à 1924. Dès le début des années 1930, on pouvait entendre à la radio la voix chargée de fureur et de revanche d’un certain Adolf Hitler.
La première fois, j’ai juste remarqué le passage de l’imposante automobile marquée de la croix de Lorraine et chargée d’hommes en armes. Puis je me suis mis aux aguets et les ai vus une deuxième fois, à peu près à la même heure. La troisième fois, j’ai bien calculé mon coup et je n’ai pas hésité : jaillissant du fossé, je me suis élancé sur la route pour les arrêter : « Je pars avec vous ! » Et ils m’ont embarqué sans autre formalité.
Qu’est-ce qui les a convaincus de me laisser venir avec eux ? J’avais l’allure d’un jeune paysan du coin et ils manquaient de bras. J’étais costaud. Une bonne recrue.
À quinze ans, quand on battait le blé, je rivalisais déjà avec des gars qui avaient dix ans de plus que moi pour porter des sacs de soixante-dix kilos toute la journée. Charger le sac sur le dos, se redresser, marcher une centaine de mètres, monter vingt-six marches avant de l’entreposer dans le grenier et recommencer. Quand je reviens à la ferme, Chez Finot, dans cette belle campagne où j’ai grandi, on m’en parle encore.
Mais il y avait autre chose : ce qui m’a convaincu, moi, de les suivre. Le grand résistant Emmanuel d’Astier de La Vigerie a eu un jour cette formule qui m’a frappé comme une évidence : « Tous les gens qui ont fait de la résistance en France étaient des marginaux. » Si j’avais été l’un des six enfants de la belle et aimante famille de paysans où ma mère m’avait placé en nourrice à cinq ans, jamais je ne me serais jeté sur la route au-devant de cette aventure. À dix-huit ans, à cause de mes origines, de mon histoire particulière que je conterai plus loin, j’étais déjà un marginal. L’environnement et les circonstances m’ont conduit à cette décision qui a infléchi à jamais le cours de mon existence.
Longtemps, j’ai cru que tout ce qui m’arrivait d’assez extraordinaire était une question de chance. Aujourd’hui, j’y vois la main de Dieu. La chance n’existe pas. C’est le nom que nous donnons, aveugles et profanes que nous sommes, aux quatre variables majeures de nos existences : l’environnement, les circonstances, la décision et la grâce. Les trois premières dépendent de nous. Imaginons que vous preniez un billet de loterie et que vous gagniez le gros lot. Vous pensez avoir eu de la chance ? Pas du tout. Rayez ce mot de votre vocabulaire. C’est d’abord l’occasion, l’environnement : vous êtes passé devant ce café accueillant qui vous a donné envie de vous arrêter. Puis, il y a les circonstances : au bout du comptoir, il y a la caisse où l’on vend des billets de loterie et vous avez vu un ou deux clients en acheter. Enfin, il y a la décision : vous les avez imités. Et voilà que vous gagnez le gros lot ! Ce n’est pas une question de chance, c’est une simple probabilité mathématique. Mais si vous en faites bon usage, il se peut que vous découvriez en outre les pouvoirs de la grâce : cette quatrième dimension de l’existence dont vous prenez conscience quand vous renouez le dialogue avec Dieu.
Le manuscrit dérobé
Avant l’année 1976, j’avais déjà accompli un parcours suffisamment impressionnant pour intéresser un grand éditeur américain. Doubleday m’avait sollicité pour écrire mes Mémoires. Se raconter n’est pas toujours glorieux. Des souvenirs parfois douloureux refont surface. Et il y a une certaine paresse.
En avril 1976, je suis invité par Alain Jérôme à participer à la célèbre émission télévisée dont le taux d’audience n’a jamais été égalé depuis, Les Dossiers de l’écran . C’était une émission sur les faussaires dans l’art et je devais y être confronté à l’escroc Fernand Legros.
Pendant cette émission qui fut fort orageuse, j’ai réussi à démonter le mythe Legros et à tenir tête à l’écrivain Roger Peyrefitte, son protecteur, venu sur le plateau le défendre. Si bien que l’émission a eu un énorme retentissement. Au point que, pendant plus de deux ans, les gens m’arrêtaient dans la rue ou m’abordaient dans les magasins pour me dire leur admiration et me féliciter de mon courage.
Ce fut pour moi le déclic qui me décida à envisager et à commencer la rédaction de mes Mémoires. Une fois les cent premières pages écrites, je demandai à mon ami le plus proche, Jean-Denis Bredin, avocat de grand renom et académicien, de les lire et de les corriger. N’ayant pas fait de grandes études, je doutais de ma capacité à rédiger sans fautes.
« Tu es un écrivain, me dit-il. Il n’y a rien à changer. »
Fort de cet avis, je me remets au travail et j’écris comme un forcené, jour et nuit. Noël arrive. Ma femme, Claire, m’offre un briefcase de milliardaire : croco, poignée en or, superbe et surtout bien pratique pour emporter mon manuscrit aux sports d’hiver. Tandis que nos enfants skient, j’en profiterai pour faire une dernière relecture avant de le soumettre à un éditeur. Avoriaz est une magnifique station d’altitude, très élevée. Nous y avons nos habitudes.
Pour revenir à Paris, il faut prendre l’avion à Genève. Un autocar fait la navette entre la station et l’aéroport. Je pose ma serviette sur le siège à côté de moi. En arrivant à destination, plus de serviette, plus de manuscrit. Incrédule, je cherche, je regarde partout, je refuse d’y croire, je donne l’alarme. Tout le monde s’y met. Il reste introuvable.
Quatre cent cinquante pages qui disparaissent comme ça, sans un bruit, sous votre nez, sur le moment, cela semble impossible. Sur le coup, la perte est insurmontable. J’ai tout fait pour retrouver ce manuscrit, mis des annonces, offert des récompenses. En vain. Il n’y avait rien d’autre dans mon luxueux briefcase , ni argent, ni cartes, rien. Juste ces quatre cent cinquante pages du récit de ma vie écrites au prix d’un terrible effort et qui ne pouvaient être portées et publiées par nul autre que moi. Quatre cent cinquante pages infiniment plus précieuses à mes yeux que l’objet qui les contenait et avait attiré l’œil du voleur.
Accablé, j’ai fini par me résigner. Pendant des années et des années, j’ai été incapable de revenir sur ces lignes, de recommencer à écrire. Je me souviens encore, par éclairs, de phrases, de formules, de bonheurs d’écriture. Ainsi, je me rappelle y avoir expliqué, entre autres, que ce manuscrit avait risqué de rester « au champ d’honneur des livres inconnus » avant même que j’en écrive la première page. Il y était retourné, bien malgré moi.
Aujourd’hui, je sais pourquoi. Ce n’est pas un hasard si ce manuscrit a disparu. Cette version-là de ma vie n’était pas la bonne : il y manquait la dimension essentielle que lui a donnée ma rencontre avec Dieu, sept ans plus tard.

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