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La police de proximité

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Description

L'année 1997 a été marquée en France par l'apparition d'une police de proximité. Présentée initialement comme une solution aux problèmes d'insécurité et de délinquance, cette stratégie a connu, par la suite, le discrédit puis un regain d'intérêt. Au-delà des péripéties et des polémiques, une comparaison entre l'expérience française et les expériences américaines de "police communautaire" permet de montrer comment réalités et mythes s'entrecroisent, dans une approche dont l'ambiguïté reflète celle des problèmes qu'elle tente de résoudre.

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Date de parution 01 décembre 2009
Nombre de lectures 161
EAN13 9782296241244
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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INTRODUCTION

La proximité semble être devenue le nouveau sésame de
l’action publique. Parée de toutes les vertus, elle est présentée
comme la solution aux maux de notre époque, qu’ils soient
sociaux ou politiques, son inscription dans l’immédiateté, le
1
local et la réalité en faisant un parangon de modernité. La
sécurité n’a pas échappé à cet élan. L’année 1995 a ainsi vu
2
l’apparition d’une police relevant de cette appellation . Réponse
aux problèmes d’insécurité et de délinquance, cette police de
proximité devait remédier à l’inadéquation étatique et résorber
les récriminations citoyennes en la matière. L’euphorie à ce
propos aura, toutefois, été de courte durée. Quelques années et
un changement de majorité gouvernementale plus tard, la
proximité est tombée en désuétude.Doctrine considérée comme
peuprobante,toutdumoins dans les discours officiels, son
application a été alors corrigée etrestreinte. Assez
étonnamment, lesviolencesurbaines de2005, l’image d’une
France «ravagée par la guerre civile »,vontredonner quelque
crédità cette stratégie. Phénixrenaissantde ces cendres, la
proximité policière semble faire de nouveaudes émules. Ce
retour en grâce estassezsurprenantetincite à s’interroger sur la
nature de cette police réclamée à grands cris.
Le succès dudiscours sur la proximité est, en effet, à la
mesure de l’indétermination de cette notion. La proximité peut,

1
R. LEFEBVRE. Rapprocher l’éluetle citoyen. La « proximité » dans le débatsur la
limitation ducumul des mandats (1998-2000).Mots, Les langages du politique, mars
2005, n° 77, p. 41.
2
Engagée dansun premiertemps à Paris, cette réforme a été expérimentée dans cinq
circonscriptions pilotes à partir de mai 1999 : Nîmes, Châteauroux, les Ulis, Garges et
Beauvais. Toulouse a égalementfaitpartie des sites d’expérimentation. Elle a été, par la
suite officiellementgénéralisée, à l’ensemble du territoire français.
5

en effet, être géographique, physique, humaine, sociale. D’une
certaine manière, elle ne se définitréellementque dans l’analyse
de son antonyme, c’estla cons-à-dire «truction sociale de la
1
distS’aance ».ttarder sur l’application de cette idée ausein de
l’institution policière peutsembler de prime abord, étonnant, la
police étant, en règle générale, considérée commeun simple
instrumentde l’action publique, commeun objetd’étude peu
intéressant. Pourtant, contrairementà ce que cette première
assertion pourraitlaisser croire, son analyse offre de nombreuses
grilles de lecture de la structure publique, des stratégies
d’acteurs en la matière. Pour comprendre ce paradoxe, il semble
nécessaire de s’attarder sur lesa priorià son origine etde
déconstruire certaines images communémentassociées à cette
organisation. Le rapportentre policier etpopulation dans la
société française estassezatypique, oscillantentre demande et
hostilité latente. La compréhension de cette étrange relation doit
faire appel à l’histoire. Descendantes de la police duprince, les
actuelles organisations policières semblentmarquées par le
2
sceaudupassé , par l’histoire de la répression des mouvements
contestataires. Indirectement, elles représententaussi le système
politique qu’elles sontcensées servir. Perçues comme des
émanations de l’Etat, ellestendentà focaliser l’animosité etles
3
récriminations citoyennes en la matCes élémenière .ts sont
amplifiés par l’oxymoron, résultantde la présence d’une
institution àvocation coercitive dans des démocraties.
Autrementdit, la police estintrinsèquement une anomalie dans
une société libre, dufaitde l’autorité qui lui estconcédée etde
laviolence dontelle peut user. Toutefois, ce paradoxe estloin
d’êtreuniquement un illogisme ou un mal nécessaire. Il est
également une conditionsine qua nondans l’apparition etla
pérennisation detoute structure de cetype. La monopolisation

1
R. LEFEBVRE. Quand légitimité rime avec proximité.Mouvements, mars – avril2004,
n°32,p. 136.
2
Pourune analyse de l’histoire policière,cf.M. FOUCAULT.Sécurité, territoire,
population.Cours auCollège de France. 1977 – 1978 (leçon du29 mars et du5 avril).
Seuil (Hautes Etudes Gallimard). p.319-367. G. CARROT.Histoire de la police
française. Tallandier.passim.
3
J.L. LOUBET DEL BAYLE.La police, approche socio-politique. Montchrestien
Politique. p. 65.

6

de laviolence, l’«humanisation progressive des manifestations
1
pulsionnelles » qu’elle suscite, sont, en effet, des éléments
essentiels dans la structuration étatique, ce qui explique que,
pour Raymond Aron, l’apparition de l’organisation policière soit
2
une conquête de la civilisation politiquPar ee .xtension, la
police doitêtre définie en fonction de sa capacité à recourir à la
force etnon par rapportà l’utilisation de cette dernière, l’activité
3
policière étant une réponse àune action non conforme .
4
L’activité policière estdoncune réaction à la déviance . Elle
participe auxmécanismes ducontrôle social, ces derniers se
construisantàtravers l’apprentissage de la normalité etles
5
endiguements de la non-conformit« Toé .ute organisation,
quelle que soitsa structure, qu’elles que soientses objectifs et
son importance [requiert] de ses membresun montant variable
6
maistoujours importantde conformité ». Plus précisément,
cette régulation correspond au« processus destiné à assurer la
conformité des conduites auxnormes établies dansune
collectivité donnée, pour sauvegarder entre les membres de cette
collectivité, le dénominateur commun nécessaire à sa cohésion
7
etson fonctionnement». Divers niveauxpeuventêtre dégagés
dans ce processus. Le contrôle positif correspond àune
allocation de récompenses, etle négatif estbasé surun système
de punitions. Il peutêtre interne etrelever d’umécanismen «
d’autocontrôle individuel ».En cas detransgression, etsous
réserve que cette dernière ne soitpas découverte, son
intervention n’aura pour conséquence qu’un jugementmoral de
l’individusur lui-même.A contrario, le contrôle social externe

1
N. ELIAS.La civilisation des mœurs. Agora Pocket.p.295.
2
R. ARON.Démocratie et totalitarisme. Folio (essais). p. 62.
3
C’est-à-dire : « quelque chose qui ne devraitpas être entrain de se produire età propos
de quoi ilvaudraitmieuxfaire quelque chose maintenant» (In E. BITTNER.Aspect of
police work. Northeastern UniversityPress. p.255-318). Cette action n’atoutefois de
sens que replacée dans son contexte, celui de la régulation sociale. In J.L. LOUBET DEL
BAYLE.Police et politique, une approche sociologique. L’Harmattan.p.23.
4
L.H.C. HULSMAN, J.M. RICO, S. RIZKALLA. Fonctions et taches policières. In D.
SZABO (dir.).Police, culture et société.PUM. p.38.
5
N. CARRIER. La dépression problématique duconceptde contrôle social.Déviance et
Société,2006,vol.30, n° 1, p.3.
6
M. CROZIER.Le phénomène bureaucratique.Points (Essais). p.224.
7
G. ROCHER cité par J.L. LOUBET DEL BAYLE. Versune monopolisation du
contrôle social.LesCahiers de la sécurité intérieure,2001, n° 44, p.209.

7

s’exerce àtraversune pression sociale. Il peutêtre immédiat,
cela estnotammentle cas de la surveillance exercée par le
groupe de pairs oupar le groupe d’appartenance.Àtitre
d’illustration, le faitd’avoirun enfanthors mariage a pendant
longtemps suscité l’opprobre public, légitimantainsiun
ensemble de mesures censées soitempêcher ce déshonneur, soit
atténuer la honte associée, comme l’exil de la « fille-mère » chez
une parentèle éloignée oule rejetde cette dernière. Ce contrôle
peutégalementêtre institutionnalisé, la police en étant un
exemple. Cestrois strates interagissentselon des équilibres
fluctuants, augré des particularités des systèmes hôtes.
Toutefois, il estcommunémentadmis que la construction
étatique a contribué à l’altération ducontrôle communautaire
immédiat. L’individu ya gagnéune certaine liberté, la pression
directe dugroupe devenantde factomoins contraignante, etil a
été demandé à l’institution policière de compenser la diminution
de ces mécanismes de régulation informelle. En d’autrestermes,
etaussi paradoxal que cela puisse sembler, le développementde
la police, dans les régimes démocratiques, peutêtre lié à
l’émancipation individuelle, Jean Louis Loubetdel Bayle le
1
qualifiantmême de facteur de liberté . La morphologie policière
estdonc à la fois inhérente à, etrévélatrice de la structure du
système politique dans lequel elle avule jour. À cetitre, elle
2
apparaîtaucarrefour entrepolicyetpolitics. Son étude offre
ainsiun excellentpointdevue pour appréhender lateneur de
l’organisation sociale, les attentes etles conditions nécessaires à
la pérennité de celle-ci. Dans cette perspective, comment
interpréter l’insertion de la proximité ausein de l’institution
policière ? Quels mauxétaitcenséetraiter cette pratique ? Cette
stratégie était-elle plus qu’une simple doctrine d’emploi pour
cette institution ?
Le caractère exponentiel des demandes adressées aucorps
policier offreun pointde départintéressantà ces interrogations.
Àun premier niveaud’analyse, il peutêtre faitl’hypothèse que
l’importance de ces récriminations résulte d’une modification

1
J.L. LOUBET DEL BAYLE. Paradoxes de la réponse policière.Revue internationale
de criminologie et de police technique et scientifique,2004, n°3, p.284.
2
R. ARON.Démocratie et totalitarisme.op. cit.p.23-26.
8

des mécanismes de régulation sociale. L’époque actuelle semble,
en effet, caractérisée par la prégnance de l’individualisme,
responsable pour beaucoup de la dégradation des relations
interpersonnelles. Cette idée se décline à deuxniveaux. Dans
une société d’individus, le contrôle exercé par le groupe de pairs
tend à être caractérisé parune certainevacuité, il estdonc
logique que la gestion de certains pans de la régulation sociale
soitdéferrée àune instance extérieure. À ce premier point,
s’ajoute, pour certains, le délitementdes mécanismes
d’autocontrôle individuels. Dans l’idéal, le contrôle social
interne assureune grande partie de la normalisation des
comportements, il permetà l’acteur de qualifier ses actions etde
se positionner par rapportausystème normatif régulant
l’organisation sociale dans laquelle il évolue. Or, dansune
société d’individus, ce référentà «vocation collective » semble
détrôné par les aspirations individuelles. Cette perspective
s’inscritdans plusieurs champs de recherche, l’individualisme,
lesvaleurs, la relation entre individus etsociété, qui, à euxseuls,
1
peuventfaire l’objetde nombreusestUhèses .tilisées comme
des outils analytiques, etnon comme objetcentral d’étude, ces
notions serontdonc définies aucours des développements etleur
utilisation parfois restreinte. Par exemple, l’individualisme ne
sera abordé qu’àtravers ses conséquences sur les modes de
régulation collective. Une première hypothèseva être de

1
Par exemple, plusieurs acceptions peuventêtre associées à la notion d’individualisme.
La première estl’attitude individualiste, c’est-à-dire « lavaleur absolue qu’on attribue à
l’individudans sa singularité, etpar le degré d’indépendance qui lui estaccordé par
rapportaugroupe auquel il appartientetauxinstitutions dontil relève ». La seconde est
lavalorisation de lavie privée (famille, intérêts patrimoniaux, etc.). Enfin latroisième
renvoie à l’intensité durapportà soi, « c’est-à-dire auxformes dans lesquelles on est
appelé à se prendre soi-même pour objetde connaissance etdomaine d’action afin de se
transformer, de se corriger, de se purifier de faire son salut». Dansun cadre
sociologique, elle sous-entend que « l’autonomie consentie auxindividus par les lois, les
mœurs etles contraintes sociales est très large » (In R. BOUDON. Individualisme et
holisme dans les sciences sociales In P. BIRNBAUM, J. LECA (dir.).S u r
l’individualisme. Presses de la fondation nationale des sciences politiques (Références).
p. 45-46). Elle peutdonc qualifier «tour àtourune évolution morale (letriomphe de la
logique marchande etdurepli sur soi),un faitsociologique (l’effritementdes corps
intermédiaires, la fragilisation des liens communautaires etlatendance à l’atomisation
sociale) et un principe philosophique :lavalorisation de l’autonomie etde
l’authenticité » (In J.P. FITOUSSI, P. ROSANVALLON.Le nouvel âge des inégalités.
Seuil (Points).p.32).

9

considérer cette montée en puissance dusujetcomme
responsable de l’accroissementdes demandes à l’égard de
l’institution policière etde la place qui lui estdésormais
conférée ausein de la régulation sociale. Dansun secondtemps,
l’incidence de ce facteur sur la délinquance sera envisagée à
travers deuxreprésentations qui lui sontcommunément
associées :la crise des instances socialisatrices etla
déstructuration concomitante dusocial. Une alternative à cette
perspective estd’envisager que ces attentes dépassentle cadre
de l’habilitation conférée à l’institution policière etqu’elles ne
peuventdonc être satisfaites. Le cas échéant, le caractère
extensif de la notion de sécurité doitêtre questionné. La
thématique sécuritaire semble, en effet, avoir envahitous les
pans dusocial aucours des dernières années. Ellevéhicule
l’image d’un pays insécure, d’une «société assiégée par des
hordes barbares». Mais cette image ne relève-t-elle pas du
même substratque le croquemitaine enfantin ouest-elle fondée ?
La diversité d’usage de cette notion n’a-t-elle pas conduitàun
évidement? Ende son sensvisager l’activité policière àtravers
les demandes etinjonctions qui lui sontadressées ouvre donc de
nombreuses perspectives de recherche,toutefois elletend à
exclure ouà minorer l’aspectnormatif attaché à cette fonction.
La police est, en effet, à la foisunvecteur detransmission et
de réaffirmation de la norme. Cette dernière « se définitnon (…)
commeune loi naturelle, mais par le rôle d’exigence etde
coercition qu’elle estcapable d’exercer par rapportaux
domaines auxquels elle s’applique. La Norma estporteuse, par
conséquentd’une prétention de pouvoir. La norme, ce n’estpas
simplement, ce n’estmême pasun principe d’intelligibilité, c’est
un élémentà partir duquelun certain exercice dupouvoir se
1
trouve fondé etlégitimé ». L’institution policière, entant
qu’émanation de l’Etat, participe à ces mécanismes de
production etde reproduction des structures constitutives du
2
social .À cetitre, l’éventuelle fonction idéologique de cette

1
M. FOUCAULT.Les anormaux, cours au Collège de France, 1974 – 1975, cours du
15/01/1975. Gallimard (Hautes Etudes). p. 46.
2
J. LAGROYE. La légitimation. In M. GRAWITZ, J.LECA.Traité de science politique.
PUF.Tome 1.p. 422.
10

proximité policière semble devoir être précisée. Avant
d’aborder, les implications de ce point, il semble nécessaire de
préciser ce que recouvre cette notion dans notre propos. Comme
le note Raymond Aron, l’idéologie « mêletoujours, avec plus ou
moins de bonheur, des propositions de faitetdes jugements de
valeur. Elle exprimeune perspective sur le monde et unevolonté
tournéevers l’avenir. Elle netombe pas directementsous
l’alternative du vrai etdufaux, elle n’appartientpas non plus à
l’ordre dugoûtetdes couleurs. La philosophie derrière etla
hiérarchie des préférences appellentle dialogue plutôtque la
1
preuve oula réfutatArion ».tefactdonc perfectible, elle reflète
les contradictions etéventuelles incohérences quitraversentles
organisations humaines etn’estpas forcémentreprésentative de
2
la réalité sociale. Elle représente les aspirations sociales et
sociétales, etparticipe d’une certaine façon à la régulation, du
3
faitde son importance dans la construction d’un projetcollectif .
« L’idéologie,de même que naguère la foitranscendante,
détermine cela qui, par-dessustout, importelle je ;ustifie
l’autorité etprometnon à l’individumais auxêtres collectifs,
une juste rétribution dans l’au-delà historique, c’est-à-dire dans
4
l’avCeenir ».tte légitimation de l’action présente, en fonction
d’un futur donné pour désirable, borne l’activité humaine en
désignantle licite etl’illicite, en mettanten évidence les
éléments susceptibles d’empêcher l’aboutissementde ce souhait
social. Elle permetainsi à l’acteur de se positionner à la fois
dansun système d’action etpar rapportà l’autre. Ainsi, elle
devient un doublevecteur de légitimation : elle accrédite l’action
dugroupe lorsqu’il arrive à donner sens à l’activité collective,
mais elle estégalement un moyen d’asseoir l’autorité de cette
5
instance .
Dans cette perspective, l’éventuelle fonction idéologique de
l’institution policière semble devoir être précisée. Dans quelle

1
R. ARON.L’opium des intellectuels. Calmann – Lévy(Liberté de l’Esprit). p.324.
2
Pour R. Boudon, elles doiventd’ailleurs être appréhendées commeudocne «trine
reposantsurune argumentation scientifique etdotée d’une crédibilité excessive ounon
fondée ». In R. BOUDON.L’idéologie ou l’origine des idées reçues. Seuil. p. 52.
3
P. ANSART.Idéologies, conflits et pouvoir.PUF (Sociologie d’aujourd’hui). p. 13-14.
4
R. ARON.L’opium des intellectuels.op. cit. p.293.
5
P. RICŒUR.L’idéologie et l’utopie. Seuil (La couleur des idées). p.34.
11

mesure, cette proximité policière a-t-elle participé à la
construction d’un sens commun etle cas échéant, quelle étaitla
teneur de ce dernier ? La doctrine, entérinée en 1997, semble, en
effet, marquerune rupture,tantpar rapportàune certaine
conception de la régulation, que dans lavision dumonde etla
place des acteurs sous-jacentes. Désormais affaire detous, la
sécurité doitêtre partagée entre population etpoliciers. En
normalisant, par ailleurs,une acception particulière de
l’insécurité, schématiquementl’ensemble des phénomènes
susceptibles detroubler latranquillité publique, elle semble
justifierune certaine représentation à la fois policière etsociétale
axée sur la proximité - géographique, sociale, institutionnelle - et
sur l’adaptabilité à la demande, auxmutations sociétales. Dans
une première perspective, il pourraitêtre envisagé que cette
dynamique soit une conséquence de l’individualisme. Cette
stratégie policière serait unetentative pour restaurer le pacte
social, pour réactiver «un ordre justifiable entre les
1
personnes ». Toutefois, elle peutégalementêtre envisagée
2
commeunvecteur d’imposition oud’occultatDans ceion .tte
optique, elle favoriseraitinsidieusementl’exercice d’une
violence symbolique. Ces politiques de sécurité sont, en effet,
caractéristiques des aspirations dugroupe social qui les a
édictées, etsontdonc consubstantielles des attentes et valeurs de
ce dernier. À cetitre, elles sontrévélatrices dumodèle de société
préconisé par leditgroupe. L’universalité de la notion de
communauté,visée par ces politiques de sécurité, se pose donc.
Peut-on passer outre le débaten arguantque ce conceptn’est
qu’unvocable générique,un concept« fourretout» permettant
d’éviter l’écueil d’une définition oune faut-il pas s’interroger
sur lateneur réelle de ceterme, sur les synergies éventuelles
pouvantexister entreune certaine conception de la communauté
etles politiques mises en place? Afin d’étayer ounon, ces
hypothèses, il semble nécessaire d’envisager cette question à
travers d’autres angles d’analyse, afin de déterminer la
pertinence d’éventuels facteurs afférents.

1
L. BOLTANSKI, L. THÉVENOT.De la justification – Les économies de la grandeur.
Gallimard (Essais). p.27-28.
2
P. ANSART.Idéologies, conflits et pouvoir. op. cit.p.233.
12

De manière pragmatique, on peut, en effet, considérer que
les récriminations citoyennes résultentde l’inadéquation des
réponses apportées en matière de sécurité. La proximité,
entendue cette fois entantqu’élémentd’une politique publique,
seraitdoncun moyen de remédier à cette situation. Deuxcas de
figure se présentent. La sûreté n’a pas été assurée par l’appareil
policier car les injonctions etles lois émises par le système
politique ne permettaientpas réellementde résoudre le problème
de l’insécurité. Cette inadéquation a puégalementrésulter d’une
non-application policière des directives qui lui étaientadressées.
Cette perspective invite à s’interroger sur les conditions
d’émergence etde mise en œuvre de cette doctrine. Àun
premier niveaud’analyse, on peutenvisager les policiers comme
de simples exécutants, sans pouvoir, les difficultés résultantde
problèmes de coordination, de contrôle etd’élaboration. Dans
cette optique, l’analyse des politiques publiques de sécurité
antérieures etdes modalités de suivis etd’évaluations peutoffrir
des perspectives d’étude intéressantes. Toutefois lavision
1
obtenue àtravers cette perspectivetop downtend à êtretrop
linéaire età surévaluer la fonction décisionnelle des politiques,
elle ne sera donc pas le fil d’Ariane de l’étude. Une analyse
bottom-upsemble s’avérer plus adéquate, dufaitde l’apparente
2
autonomie des acteurs en charge de l’application . À cetitre, le
pouvoir des policiers doitêtre évalué. Dans quelle mesure, la
police est-elleun facteur de résistances à l’implantation des
politiques publiques de sécurité etle cas échéantcette
configuration a-t-elle étéun frein à l’implantation de la doctrine
de proximité ?
Le champ d’investigation estconséquentetl’analyse doit
prendre en compteun ensemble de facteurs :le diagnostic du
problème, le public concerné, les acteurs, lesvaleurs etobjectifs
affichés, les moyens alloués, les sens explicites etimplicites, les
normes d’action publique, les instruments etles images ou

1
J.C. THOENIG. L’analyse des politiques publiques. In M. GRAWITZ, J.LECA.Traité
de science politique. Tome 4.op. cit.p.28.
2
J. FONTAINE, P. HASSENTEUFFEL. Quelle sociologie duchangementdans l’action
publiquRee ?tour au terrain et« refroidissement»théorique. In J. FONTAINE, P.
HASSENTEUFFEL (dir.).To change or not to change ? Les changements de l’action
publique à l’épreuve du terrain.Res Publica. p. 14.
13

1
modèles . À cette première difficulté s’ajoute celle résultantde
la nécessaire élaboration d’un cadre analytique allantdulocal, à
l’international,voire au transnational. Cette police de proximité
semble, en effet, présenter des similitudes avec certaines
expérimentations américaines, désignées sous l’appellation de
2
community policing. Cette stratégie policière estantérieure à la
démarche française. Elle estcommunémentconsidérée comme
une des premières matérialisation de cettevolonté de proximité
enterme de sécurité, etl’utilisation de certaines pratiques
expérimentées auxEtats-Unis dans ce cadre a servi devecteur
de légitimation lors de l’implantation en France. Mais, ces deux
organisations peuvent-elles être réellement?mises en parallèle
La police de proximité française s’inscrit-elle dansun processus
de filiation par rapportà l’approche communautaire américaine,
oudécoule-t-elle d’une dynamique d’affiliation ?Comment
interpréter l’implantation de certainestechniques américaines au
sein de l’hexagone ?
De prime abord,une approche entermes de comparaison
pourraitsembler pertinente pour répondre à ces interrogations,
ces politiques étantidentiques par leur objet. Comme l’a
souligné Durkheim, «nous n’avons qu’un moyen de démontrer
qu’un phénomène estcause de l’autre, c’estde comparer les cas
oùils sontsimultanémentprésents ouabsents etde chercher si
lesvariations qu’ils présententdans ces différentes
combinaisons de circonstancetémoignentque l’un dépend de
3
l’autre ». Toutefois,une analyse comparative,stricto sensu,
s’avère délicate, la France etles Etats-unis présentant
d’important: différences d’échelles, dees dissemblances
structures, etc. Une clé d’interprétation peutêtre de considérer
ce phénomène sous l’angle des interdépendances. Les modèles

1
B. PALIER, Y. SUREL. Les «trois I » etl’analyse de l’Etaten action.Revue française
de science politique,2005,vol. 55, n° 1, p. 16.
2
Littéralement, cette expression correspond à l’agrégation de deuxconcepts : le maintien
de l’ordre etla communauté, élémentqui a conduitcertains chercheurs à latraduire
comme police communautaire, police de la communauté. Toutefois, elle peutêtre
également traduite par leterme d’îlotage. Cette dernière notion allantêtreutilisée par la
suite pour qualifierune autre pratique policière française, les premières expressions
seront utilisées pour désigner les expériences américaines etprécisées aucours du
développement.
3
E. DURKHEIM.Les règles de la méthode sociologique. Flammarion (Champs). p.217.

1

4

de jeuxdéveloppés par Elias offrent une alternative intéressante
à cetégard. Ils représentent« desexpérimentations mentales
simplificatrices, à l’aide desquels il estpossible de révéler le
caractère duprocessus inhérentauxrelations d’interdépendance
humaines. Ils montrenten mêmetemps commentsetransforme
1
letissuhumain, lorsque l’équ». Leilibre des forces se modifie
postulatde sathéorie estque les jeux, quels qu’en soientleurs
formes, produisentdes fluctuations dufaitde la confrontation
des forces des joueurs. Or, « l’équilibre des forces plus oumoins
fluctuantest un élémentinhérentàtoutes les relations
2
humaines ».Son analyse offre ainsiune grille de lecture à la
plupartdes relations. Prenons l’exemple de deuxjoueurs
d’échecs. Dans le premier cas de figure,un des protagonistes a
une supérioritétechnique sur son adversaire. Il peutdonc
contraindre ce dernier à jouer certains coups en limitantles
autres possibilités, il dispose donc d’un pouvoir sur ce dernier.
Toutefois, cette emprise estpondérée, car son jeuestégalement
la conséquence des actions dujoueur peuqualifié. En d’autres
termes, «chaque joueur dépend de la mobilité réciproque du
processus dujeu, pour l’élaboration d’une stratégie globale etde
chacun de ses coups. Le jeuprend maintenantle caractère d’un
processus social, il ne s’agitplus de réaliserun plan individuel
(…), de l’interpénétration des coups joués par deuxindividus
résulteun processus de jeuqu’aucun des deuxjoueurs n’avait
3
prévu».
Envisager l’apparition de ces politiques policières comme le
résultatd’un jeuà plusieurs étages età plusieurs joueurs permet
de mettre en relation ces deuxensembles etd’éviter l’écueil
d’une étude statique et,in fine,tronquée. Analysés entermes de
dynamique, entantque conséquence de la confrontation entre
des forces différentes, la mise en parallèle de ces deux
ensembles devientpossible. Plusieurs précisions s’imposent
néanmoins concernantcette perspective,tantpar rapportau
postulatde cette démarche, que concernantson application à
cette problématique. Dans la perspective éliasienne, la notion de

1
N. ELIAS.Qu’est-ce que la sociologie ?Editions de l’aube (Monde en cours). p. 93.
2
Ibidem. p. 85.
3
Ibidem. p. 95.

1

5

force ne concerne que les faits objectifs, etnon les jugements de
valeurs qui peuvent yêtre associés. Elle n’estqu’un moyen de
mettre en relief l’équilibre plus oumoins fluctuantqu’elle
contribue à créer ausein d’une ensemble. Aumêmetitre,
l’action de l’acteur n’estpas forcémentstratégique ou
1
ratla démarche poionnelle ,uvant, par exemple, avoir
uniquementpour finalité de rester dans le jeu. Il reste à préciser
la nature etla qualité des joueurs de notre modèle explicatif.
Dans les approches, qu’elles soientqualifiées de proximité oude
communautaire,trois grands «types » de protagonistes peuvent
êt: le polire repéréstique, la police etla population. Les deux
premiers représententdes groupements institutionnalisés, le
dernier non. Les appellations sontgénériques etrenvoientà des
réalités multiformes. Pour les appréhender correctementil
semble nécessaire d’envisager chacun de ces ensembles en
2
termes de configurations ,démarche qui permetde penser le
monde social, etpar extension, les entités ainsi constituées, en
fonction des relations etdépendances sous-jacentCe qes. «u’il
fautentendre par configuration, c’estla figure globaletoujours
changeante que formentles joueuelle inclrs ;utnon seulement
leur intellect, maistoute leur personne, les actions etles
3
relations réciproques ». Deuxniveauxd’analyse se dégagent
donc. Le premier correspond à la «typologie » énoncée, chacun
de ces éléments pouvantêtre envisagé commeune configuration
particulière, la seconde faitréférence à la configuration, qui
pourraitêtre qualifiée de globale, qui naîtde la confrontation des
4
configurations propres à chacun de ces champs .
Les hypothèses etle cadrethéorique ayantété énoncés, la
question de leur pertinence, de leur évaluation s’estimposée. Cet
élémenta soulevéune difficulté analytique. En effet, comme le
souligne Raymond Boudon àtravleers «trilemme de
5
Münchhausen »,toutethéorie s’appuie sur des principes ou

1
E. FRIEDBERG.Le pouvoir et la règle. Dynamiques de l’action organisée.Points
(Essais). p. 63.
2
N. ELIAS.Qu’est-ce que la sociologie ? op. cit.p. 154-161.
3
Ibidem.p. 157.
4
P. BOURDIEU.Propos sur le champ politique. Presses Universitaires de Lyon. p. 41.
5
La légende raconte que le baron de Münchhausen chercha à s’arracher de l’étang oùil
était tombé en setirantpar les cheveux. In R. BOUDON.Le sens des valeurs. PUF
(Quadrige). p.20.

1

6

propositions premières, notions dontl’analyse estproblématique
à maints égards. Une alternative pourraitconsister à considérer
les principes comme indémontrables,toutefois cette perspective
minore,voire invalide, la portée des conclusions obtenues. Sous
un autre angle, ils pourraientêtre justifiés par d’autres principes,
qui eux-mêmes devraientêtre par la suite étayés. Cependant
l’aspectincrémental de cette réflexion aboutitin fineà la même
situation que précédemment, l’analyse devantcesser àun
momentdonné. Il a donc semblé pertinentde chercher à
démontrer ces derniers, de manière circulaire, à partir de leurs
effets, «la connaissance [consistant] fondamentalementà
évaluer des principes – devaliditétoujours conjecturale - à la
1
lumière de leurs conséquences ». Partantduparadoxe de
2
Mannheim ,la démarche a donc été articulée autour d’une
confrontation avec la praxis, afin d’éviter l’écueil d’une analyse
elle-même empreinte d’idéologie.
Deuxagglomérations ontainsi été retenues :Toulouse et
NewYork. Le premier choixpeutparaître, de prime abord,
contestable. Cetteville ne peutprétendre aumême rangurbain
que d’autres agglomérations françaises, comme Paris, par
exemple. Cependant, les spécificités de la capitale française,tant
auniveaude sa structure, que des caractéristiques des effectifs
policiers invalidaientsa sélection.A contrario, plusieurs
éléments justifiaientde retenir l’expérimentationtoulousaine.
Cette dernière a, dansun premiertemps, la particularité d’avoir
été présentée,tour àtour, commeune preuve d’efficacité etde
non-efficacité de cette doctrine. Par ailleurs, la police de
proximitéya été implantée parun Directeur Départemental de
la Sécurité Publique (DDSP), qui avaitparticipé à la préparation
de cette réforme. Ce site a étéune deszones d’expérimentation
etl’implantation a été, à cetitre, particulièrementmédiatisée. Le
choixdusecond site relève d’une logique quelque peu
différente. La fonction policière relève auxEtats-Unis à la fois
des échelons locauxetfédéraux, etles expériences de

1
R. BOUDON.Le sens des valeurs. PUF (Quadrige).p.26.
2
« Leparadoxe réside dans l’impossibilité d’appliquer le conceptd’idéologie à
luimême. En d’autrestermes, sitoutce que nous disons estbiaisé, sitoutce que nous
disons représente des intérêts que nous ne connaissons pas, commentavoirunethéorie
de l’idéologie qui ne soitpas elle-même idéologique ? »Idem.
17

community policingyontété nombreuses et variées, il a donc
semblé intéressantde s’attarder sur le cas de NewYork, dufait
des débats qu’il suscitaitetdes perspectives d’étude qu’il offrait
concernantcette stratégie policière.
Troiszones géographiques ontainsi été retenulees :
1th
commissariatcentre etcelui duMirail à Toulouse etle24
precinctà NewYork et65 personnes (des agents deterrain, des
responsables intermédiaires ouprincipauxetdes représentants
syndicaux) ontété interrogées. Ces rencontres ontété articulées
autour de deuxobjectifs analytiques. La détermination des
pratiques en a été le premier. Elle s’estmatérialisée sous la
forme de questions sur les modalités de l’activité :temps
imparti, quotité par rapportauxautrestâches, etc. Le second a
concerné les représentations des acteurs :leur perception
concernantl’activité, les doctrines d’emploi. Enfin, cette étude a
été complétée parune mission effectuée pour le compte de
l’institution policièretoulousaine en2001. Cetravail a consisté à
analyserune enquête lancée préalablementpar le responsable du
service de police de proximité. Elle concernait475 individus et
devaitofficiellementpermettre d’évaluer les effets de la
proximité sur les perceptions des populations concernées. Un
questionnaire, réalisé en interne, a été distribué dans les
commissariats, à partir de février. Il a été demandé auxpoliciers
de le communiquer etde l’administrer. Dans cette perspective,
des grilles d’analyse ontété fournies auxagents etils ontdû
procéder àun premier dépouillementdes informations
recueillies. Les carences méthodologiques de cetraitementont

1
Une précision à ce propos s’impose, l’accès au terrain estsubordonné àune acceptation
de la hiérarchie policière. Lors de la première phase d’étude, l’obtention de cette
autorisation a été relativementsimple, le DDSP était un des instigateurs de cette
politique etla proximitéune orientation officiellementenvogue. Il n’en a pas été de
même en2006, cette doctrine étantdevenueune notion quelque peu« sulfureuse » au
sein des forces de l’ordre. Cetélémentexplique lesvariations dans le nombre d’hommes
de rang etde responsables interrogés sur ces deuxpériodes. D’une part, le nombre
d’agents affectés à cette police avaitconsidérablementdécrû, mais surtoutilyavait un
réel refus de s’exprimer« sur une pratique policière qui avait été mise à mort». Des
entretiens officieuxontdonc été réalisés. L’anonymats’estimposé. Toutefois,
l’occultation dunom étantloin de le garantir, les données permettantd’effectuer des
recoupements ontétévolontairementomises lors de la rédaction. Les acteurs sontdonc
référencés en fonction de leur groupe d’appartenance etl’origine exacte des extraits,
susceptibles de causer du tortauxpersonnes interrogées, a été « collectivisée ».

1

8

conduità envisagerune double étude de ces données, afin de
mettre en évidence d’éventuelles différences. La première a été
réalisée à partir des grilles d’analyse remplies par les policiers et
concerneun échantillon de 475 individus, la seconde a porté sur
les questionnaires, soit 319 individus. Les résultats obtenus ont,
par ailleurs, faitl’objetd’une exploitation différenciée. Les
conclusions sur l’insécurité proviennent, de la deuxième analyse,
etrelèventd’un examen classique desvariables etde leurs
corrélations,a contrarioles données sur les perceptions de
l’activité policière ontétéutilisées comme des révélateurs du
processus évaluatif etnon entantquetelles.
L’inscription de la proximité dans les stratégies policières
offre donc de nombreuses perspectives de recherches. Afin
d’étayer ounon les hypothèses énoncées, il sembletoutd’abord
nécessaire d’objectiver la distance que cette pratique policière
étaitcensée résorber. Ainsi, les conditions d’émergence de cette
doctrine permettent, en partie, d’expliquer l’importance quiva
être accordée au territoire etauxdésordres dans ces démarches
(chapitre I). Cette insertion dans le local estégalement une étape
incontournable dans l’instauration de partenariats avec les autres
acteurs concernés par les questions de sécurité, qu’ils soient
institutionnels ounon (chapitre II). Le pendantde cette optique
partenariale, de l’idée de coproduction sous-jacente, estque
désormais les acteurs deviennentresponsables de l’efficience et
de l’efficacité de leurs actions. Indirectement, cette évolution
légitime latransposition detechniques inspirées duprivé ausein
de l’institution policière (chapitre III). Quelques années après
son lancement, les bilans de la proximité française présentent
des configurations assezéloignées des discours prophétisant
l’éradication detoute forme d’insécurité (chapitre IV). À cetitre,
la partde responsabilité policière en la matière semble devoir
être évaluée, ces principes n’ayantsuscité guère d’enthousiasme
ausein de ce corps. Les dysfonctionnements propres auxforces
de l’ordre ne doivent,toutefois, pas occulter ceuxqui peuvent
relever duchamp politique, des limites de certains des
instruments d’action publique mobilisés à cette occasion
(chapitre V). Cette perspective permet, par ailleurs, de compléter
la genèse de cette démarche, en précisantà la fois ses modalités
d’élaboration, la dynamique dans laquelle cette idée s’inscritet

1

9

l’ambivalence des appels àune plus grande proximité en matière
de sécurité (chapitre VI). Les stratégies dites de proximité
présententdonc des configurations assezparadoxales. Sousun
autre angle d’étude, elles paraissentmême avoir été élaborées à
partir de conceptions idéalisées, relevantparfois dumythe.
L’analyse des représentations associées à l’insécurité est
symptomatique à cetégard (chapitre VII). L’idée d’une
augmentation de cette dernière, postulatcommunémentavancé
pour expliquer l’importance des requêtes en la matière,tend à
camoufler le développementd’une hypersensibilité sécuritaire
dans les organisations contemporaines. Aumêmetitre, ces
stratégies policièresvéhiculentl’image d’une communauté
unifiée, d’une police efficace, d’une société dans laquelle il
existeun consensus normatif, images qui ne résistentpas à la
confrontation avec la pratique (chapitre VIII). D’une certaine
manière, cette idée de proximité semble êtreunetentative de
réponse à la crise plurielle que les organisations contemporaines
traversent. Mais, peut-elle être réellementla solution à
« l’atomisation »dusocial,toutdumoins dans le champ de la
sécuritNe risqé ?ue-t-elle pas, aucontraire, de produire de
nouveauxfractionnements, d’être à l’origine de mécanismes
d’exclusion oude pratiques bien peudémocratiques (chapitre
IX) ?

CHAPITRE I

UNE « RETERRITORIALISATION » DE
L’INSTITUTION

Aucours des dernières décennies, l’insécurité estdevenue
une préoccupation majeure dans nos sociétés. Présentée comme
une révolution, la police de proximité devaitêtre la solution aux
mauxqui lui sontassociés. Pratique policière novatrice, elle
allait« créerles conditions d’unevéritabletranquillité
1
publique » etremédier à l’inadéquation entre insécurité et
réponses étatiques. Le projetétaitambitieux. À cetitre, il
nécessite d’être questionné. Quelle estlavéritableteneur de
cette réforme ? Pourquoi l’axiome retenua-t-il été la proximité ?
Quels sontles fondements de cett? Poe policeurquoi cette
approche a-t-elle été focalisée sur laterritorialisation ?
La police, auxcours des ans, semble s’être détachée du
territoire qu’elle devaitservir. Or, cettdéspae «tialisatl’aion »
empêchée de s’adapter auxmutations des espacesurbains età
l’augmentation de la délinquance concomitante. Cette
inadaptation a conduitles pouvoirs publics à reconsidérer la
gestion de la sécurité, à dépasser les conceptions manichéennes
qui jusqu’alors conditionnaientces politiques publiques.
Initialementaxées surune approche entermes deterritoire, les
politiques publiquesvontdonc être déclinées en fonction du
conceptde proximité. La police dite de proximité estnée.
Présentée implicitementcommeune émanation ducommunity
2
policing, la police de proximité ne peutêtre qu’un succès.
Étonnamment, la question de lateneur de cette pratique policière
etles raisons de la prolifération de ce genre d’expérimentation
semblentécartées de l’analyse. Quoi qu’il en soit, les polices
s’inscrivantdans cette approche, qu’elles soientcommunautaires

1
Guide pratique de la police de proximité.IHESI. La Documentation française. p. 9.
2
Ibidem.p. 117, 131-132, 149-160, 177-178.
21

oude proximité, partagentquelquestraits communs, aurang
desquels figure l’importance accordée au territoire dans la
gestion de la sécurité.

1. Un délitement des espaces symboliques

À partir de 1995, l’axiome des politiques publiques de
sécurité estdonc la proximité. La demande politique à ce propos
estsans ambiguïté. La police doitêtre proche des membres de la
communauté, ajuster son action auxparticularités du tissulocal
et, surtout, êtreterritorialisée. L’importance accordée à ce
dernier facteur interpelle l’observateur. Cette reconquête du
territoire semble de prime abord assezétonnante. Des
commissariats sontinstallés dans la plupartdeszones qui lui
sontdévolues etla police gère les problèmes etdifficultés dans
ces milieux. Elle semble donc,de facto,insérée dans le
territoire. Candidement, il pourraitmême être supposé que cette
proximité géographique, réclamée à grands cris, existe déjà.
Mais la réalité est toutautre, cette présence n’équivalantpas à
uneterritorialisation de l’action policière. Le constatest, de
prime abord, paradoxal. À cetitre, il nécessite d’être précisé.
Commentexpliquer la césure qui semble s’être produite entre
territoire etpolice ?L’institution policière est-elle responsable
ou victime de cetétatde fait?
Pour comprendre ce paradoxe, il fautavoir à l’espritque la
police, avantcette réforme, est une institution délocalisée, du
faitde certaines évolutions structurelles et techniques. Cette
configuration a plusieurs causes. Dansun premiertemps, les
mesures mises en place avantles années 1960et1970
préconisaientpour la plupart un certain détachementdulocal, ce
constatn’estdonc guère étonnant. Or, durantla même période,
la banalisation de certainestechniques semble avoir accentué ce
processus de distanciation. Travaillantdans des milieux, dans
lesquels ils n’étaientplus insérés qu’épisodiquement, ces polices
n’ontdonc pas pus’adapter auxévolutionsurbaines
concomitantes, ce qui a accrul’inadaptation des réponses
apportées.

2

2

Une distanciation structurelle

Les réformes mises en place dans les décennies antérieures
ont, en effet, contribudélocalisaé à la «tion »policière. Aux
Etats-Unis par exemple, cette distanciation a été, à la fois,un
1
moyen pour lutter contre lespoil systempolicier et une
conséquence des mesures en la matière. Pour éradiquer la
corruption endémique des polices américaines,une politique de
2
professionnalisation aété amorcée dans les années 50. Elle
s’articulaitautour de plusieurs éléments : la séparation dulocal,
la différenciation des agences etla mise en place d’un système
bureaucratique légaliste. Elle a euplusieurs incidences sur la
structure policière. Elle a normalisé les comportements policiers
en redonnantleurs lettres de noblesse à la neutralité etaurespect
de la loi. Ce processus a été rendupossible par le développement
d’organismes de commandementetde contrôle, restreignant
l’ingérence politique oucommunautaire, etpar l’externalisation
des procédures de rétribution etd’avancement, dépendant
désormais de l’autorité administrative.
En France, la situation estquelque peudifférente, la césure
entre policiers et territoire étant une conséquence de l’étatisation
3
des polices mu. Snicipales en 1941ur le plan institutionnel, la
police dépend, à partir de cette date, d’une administration
centrale duministère de l’Intérieur pour les moyens etde
l’appréciation dupréfetpour son action quotidienne. En d’autres
termes, elle n’a plus à justifier de son action auniveaulocal.
Cette évolution setraduitparune focalisation de l’activité

1
D. L CARTER, L. A. RADELET.The police and the community. Prentice Hall.p.
1519. D. P. ROSENBAUM. The changing role ofthe police in North America: assessing
the current transitionto communitypolicing. Rapport duColloque sur l’évaluation de la
performance policière. Centre International de Criminologie Comparée. p.31-50
2
La professionnalisation passe par l’acquisition de compétencestechniques etde
connaissances spécifiques. Elle correspond auprocessus « àtravers lequelun groupe
professionnel quelconque se faitreconnaître comme professiontouten se dotant
progressivementdes attributs fonctionnels de cetype de groupement: des règles assurant
une autonomie, des écoles spécialisées réalisantla formation scientifique des membres,
avant toutexercice de l’activité, ainsi que la représentation des règles, des associations
permettantla participation des membres etgarantissantl’application des règles, etenfin
une déontologie permettantde faire la preuve etde perpétuer l’idéal de service ». In C.
DUBAR, P. TRIPIER.Sociologie des professions. Armand Colin.p. 90.
3
G. CARROT.Histoire de la police française.op. cit. p. 161-162.

2

3

policière sur le maintien de l’ordre, entenduentermes « d’ordre
public politique, c’est-à-dire le maintien de l’ordre etla maîtrise
1
de l’espace public face auxmanifestants entoutgenre ».
L’institution neva d’ailleurs plus être évaluée que par rapportà
deuxpointsa capacis :té à gérer les pics de désordre dans
l’espace public etla conformité de son action avec les
prescriptions de son administration detutelle. Les notions de
tranquillité publique, detraitementlocal des petits incidentsvont
donc s’estomper peuà peu.
D’un pointdevue fonctionnel, le mode d’assignation des
postes, qui découle de ces évolutions, a d’importantes
conséquences sur la morphologie policière. Ausein de la police
américaine, l’augmentation des cadres intermédiaires etles
politiques de lutte contre la corruption modifientla composition
ducorps policier. La connaissance dulocaltend à se déliter. Il
en estde même dans l’hexagone. À l’inverse des polices
municipales en place avantle processus d’étatisation, le
recrutementde la police d’Etats’effectue auniveaunational et
les agents sontnommés en fonction des places à pourvoir. Il
n’existe, la plupartdu temps, pas d’adéquation entre le lieu
2
d’origine etle lieudetravail dupolicier .L’organisation
policière induitainsiun paradoxe majeu« celr :ui de faire
assurerunetâche qui demande insertion, interconnaissance et
3
permanence [à] des personnels en perpétuel mouvement».
Cette normalisation de l’activité està l’origine d’une
4
standardisation etd’une spécialisation des servLesices .
effectifs sontaffectés dans des services dédiés à certaines
activités etperdent, de ce fait, leur qualification généraliste.

1
D. MONJARDET. Réinventer la policeurbaine.Annales de la recherche urbaine,
1999, n° 83/84, p. 120.
2
Observonsun jeune policier : sa première affectation concerne le plus souvent unezone
dontil ignoretout, dans la majorité des cas, l’agglomération parisienne. La mobilité au
sein de cette institution étantrelativementencadrée, son parcours professionnel est
ponctué de changements de lieuxd’exercice, augré de son avancement. Parcours qui, a
terme, lui permettra d’exercer son métier soitdans sa région d’origine, soitdansuneville
de province (figure des plus classiques ausein de la Police nationale). En d’autres
termes, entre son entrée en fonction etl’arrivée sur le site désiré, le policier estd’une
certaine manière entransit.
3
D. MONJARDET.Ce que fait la police, sociologie de la force publique. La
Découverte. p. 148.
4
D. GREEN. Changes in policing.Lawand order,2003, p. 11.

2

4

Cette multiplication desunités spécialisées a deux
conséquences. Elle diminue le nombre de policiers en contacts
avec la population - le ratio nombre d’habitants/agents parzone
urbaine décroissantde manière importante - etamplifie
l’enclavementde l’institution. Les polices issues de cette
dynamique sontcaractérisées par des patrouilles aléatoires,une
standardisation des rencontres avec la population et une plus
grande attention accordée à certainstypes d’infractions, dufait
de la spécialisation concomitante. La relation au territoire est
donc devenue plusténue, dynamique que la diffusion de
« nouveaux» moyens de communication etdetransportsva
considérablementamplifier.

Des policiers sans attache avec le local

Grâce au téléphone, la police estdésormais accessible àtout
moment, de n’importe où, mais surtoutde chezsoi. La rencontre
entre policier etcitoyen estdonc moins fréquente, le contact
physique n’étantplus nécessaire à latransmission de
l’information. Le paradoxe de cette évolution estque la
diminution des contacts s’est traduite parune augmentation des
sollicitations des citoyens à l’égard de la police. L’institution
policière étantplus accessible, le recours à ses services s’est
banalisé etle nombre d’appels n’a cessé de croître. De requêtes
concernantessentiellementdes actes de délinquance, les
demandes en sont venues à englober des problèmes n’ayantpas
stricto sensude dimension délictueuse. « La police estdevenue,
d’une part,un service d’urgence généraliste, etd’autre part, le
1
service polyvalentauquel on s’adresse par défaut».
Logiquement, la diffusion de ce moyen de communication a
eud’importantes conséquences ausein des forces de police.
Symbole de progrès, la banalisation du téléphone a été présentée
commeun facteur de modernisation. Institution de première
ligne, désormaistechnologiquementaccessible, la police se
devaitd’adapter son fonctionnementà ce nouveauparamètre.
Des centrales d’appel ontdonc été mises en place, puis des

1
D. MONJARDET. Réinventer la policeurbaine.op. cit.p. 124
25

numéros d’urgence comme le 911 auxEtats-unis oule 17 en
France. La création de ces centres de communication a
profondémentmodifié les structures policières. Les petites
stations de police ontété supprimées etles services réorganisés
1
autour d’unités centParallèlemenrales .t, des modèles
décisionnels ontété créés etdiffusés auprès des policiers pour
gérer l’augmentation dunombre d’appels. Ces derniers avaient
pour fonction de déceler dans la masse des demandes celles qui
étaientprioritaires. Cette standardisation dans letraitementa eu
2
un impactmajeur sur les modalités d’action .Ainsi, certains
délits qualifiés decold crimes,comme les cambriolages, nevont
plus être considérés comme prioritaires, car leur déclaration se
déroulentaprès leur perpétration. D’une certaine manière, cette
rationalisation de l’activité s’estdonctraduite parune restriction
3
de l’attention policière .
Or, la motorisation de l’institution a accentué cette
4
dynamique, l’augmentation duparc automobile , la banalisation
de la radio accroissantla « délocalisation policière ». Les rondes
pédestres ontpeuà peuété remplacées par les patrouilles en
voiture. Les policiers ontlimité leur espace detravail au
fourgon, à lavoiture età la scène de crime, la liaison avec
l’unité centrale étantassurée par l’intermédiaire de la radio. La
diffusion de cestechniques a égalementdéspatialiséun autre pan
de l’activité policière, laterritorialisation de l’infraction étant,
peuà peu, évincée duchamp de l’analyse. L’appel, l’infraction
5
sontdevenus des objets géographiquementindifférenciés .
L’espace detravail policier s’estdonc rétles lieréci :ux
d’exercice se sont transformés en endroits de passage, enzones
d’intervention. Leterritoireya perduson identité etles agents
une certaine forme de reconnaissance.
Symboles de modernité, letéléphone etlavoiture devaient
permettre l’avènementd’une police moderne, auxperformances

1
H. GOLDSTEIN.Problem oriented policing. Universityof Wisconsin. p. 16-17.
2
D. GREEN. Changes in policing.op. cit.p. 14.
3
A. J. Jr. REISS. Police organization inthetwentieth century. In M. TONRY, N.
MORRIS (ed.)Modern policing. Crime and Justice. p. 53.
4
D. GARLAND.The culture of control –Crime and social order in contemporary
society.op. cit. p. 84.
5
S. ROCHE.Sociologie politique de l’insécurité – Violencesurbaines, inégalités et
globalisation. PUF (Sociologie d’aujourd’hui).p. 179.
26

améliorées. Dans la pratique, la diffusion de cestechniques a,
toutefois, eude curieuses conséquences sur la gestion policière.
Elle a accrul’insularité de l’institution, l’a éloignée de la
population qu’elle devaitservir eta affecté la capacité des
agents àtraiter le désordre. Détachées, à la fois pratiquementet
symboliquement, dulocal, ces polices se sontrévélées
incapables de prendre la mesure etde s’adapter auxmutations
1
spatiales concomitantes .

La déliquescence des espaces publics

Cette période est, en effet, caractérisée parune expansion
2
urbaine conséquente ,dontl’étalementdes banlieues etla
périurbanisation sontemblématiques. L’avènementde cette
société citadine oblige à repenser l’aménagement urbain :les
modèles classiques sontpeuà peuabandonnés auprofitd’une
approche fonctionnaliste. Cette dernière postule qu’àun espace
doitcorrespondreune fonction. À chaque pratique, que cela soit
habiter, résider, produire,travailler, échanger, se cultiver, se
distraire, doitêtre associéeun cadre particulier, adapté. «Les
quartiers, lesvillages de naguère (…) cèdentla place à deszones
de flux, de connections, d’échanges entre des espaces
3
fonctionnels destinés au travail, auloisir ouauDansrepos ».
unetelle configuration, les milieuxconsidérés comme inutiles
n’ontpas lieud’être, ils sontdonc supprimés oumodifiés. Les
places, par exemple,vontdisparaître dans de nombreusesvilles
ouêtretransformées en lieuxde passage dufaitde la
suppression des bancs. De nouveauxespaces,tels que leszones
d’évitement, leszones detransit voientainsi le jour. Ils sont
définis par leurs finalités etsemblentne plus avoir d’identité
4
propre dans les représentations populaires .Leur apparition

1
J. P. SUEUR.Changer laville, pourune nouvelleurbanité. Odile Jacob. p. 62. Y.
FIJALKOW.Sociologie de laville. La Découverte. p. 6.
2
P. BRUYELLE. La dynamique de l’urbanisation In G. WACKERMAN (dir.).
L’aménagement duterritoire français, hier et demain. Mobilité spatiale SEDES. p. 92.
3
S. BODY-GENDROT. Les politiquesurbaines de prévention etde sécurité. In S.
BODY-GENTROT, M. LUSSAULT, T. PAQUOT (dir.),Laville et l’urbain, l’état des
savoirs. La Découverte. p.279.
4
J.C. GAY.Les discontinuités spatiales. Economica. p. 97.
27

explique l’importance des critiques adressées à cette cité
fonctionnaliste.
Cette perspective peut, en effet, être pertinente si elle est
cantonnée à certains secteurs ouà certaines pratiques sociales,
mais l’idée de latransformer enunevision globale etcomplète
de la cité peutêtre assezdangereuse. Le risque de la deuxième
alternative estd’oublier la fonction essentielle de laville,
c’està-dire regrouper les individus etleur permettre devivre
1
ensemble . Autrementdit, cetype d’aménagementa suscitéune
interprétation erronée des milieuxconcernés, car elle netenait
pas compte de la kyrielle de représentations qui pouvait yêtre
associée. «L’organisation des espacesurbains estefficace par
ses formes, mais plus encore par les possibilités de lecture et
2
d’interprétation qu’elle permet». En prenantl’exemple de la
place de la Bastille, Billard meten évidence le caractère
polymorphe des représentations associées àu: lien espaceu
dangereuxlorsqu’il estinvesti par des motardsversusthéâtre de
l’imaginaire quand il estoccupé par des enfants. Selon lui, ce
sontles individus qui définissentsymboliquementleterritoire et
non l’inverse. L’approche fonctionnaliste estdonc inefficace car
tronquée. Elle ne prend pas en compte les interrelations
complexes, qui régissentles rapports entre les structures
3
physiques etles pratiques sociales , etellevéhiculeune image
simplificatrice qui, àterme, dénature la symbolique de l’espace
en la stérilisant. Indubitablement, ces mutations semblentavoir
accéléré le processus de désaffiliation entre population et
4
milieuxen minorantle statutde bien public des lieuxcollectifs .
N’ayantplus d’identité apparente ces lieux vontd’ailleurs
connaître des dégradations croissantes, contribuantainsi à

1
H. LEFEBVRE.Du rural à l’urbain. Anthropos.p.146.
2
I. BILLARD. Béton d’angoisse.Revue Autrement, février 1989, n° 104, p. 88.
3
« Chaque individuconstruitautour dulieuoùil résideunterritoire familier qui estle
sien, en fonction de ses différentes activités, etqu’il modifie continuellementà partir des
perceptions qu’il en a. La construction de ceterritoire se nourritd’informations dontil
dispose etd’expériences personnelles qu’il accumule etqui contribuentà modifier en
retour ses perceptions etsa pratique de l’espace. C’estl’investissementde cetespace
proche, son appropriation par chacun, qui conduità la détermination d’unterritoire de
proximité ».In F. GUERIN-PACE. Versunetypologie desterritoiresurbains de
proximité.Espace géographique,2003,vol. 4, p.333.
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H. LAGRANGE.La civilité à l’épreuve, crime et sentiment d’insécurité. PUF
(Sociologie d’aujourd’hui). p. 150.

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