Revue Défense Nationale - N° 850 MAI 2022
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Revue Défense Nationale - N° 850 MAI 2022 , magazine presse

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La guerre en Ukraine et le monde d’après...

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Date de parution 01 mai 2022
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Exrait

RDN La guerre en Ukraine et le monde d’après…
« La moindre injustice, où qu’elle soit commise, menace l’édifice tout entier. » Martin Luther King
Revue Défense NationaleMensuel  Mai 2022
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Éditorial roisième mois de guerre entre la Russie et l’Ukraine ! Moscou n’arrive pas à lencTe tout en utilisant les ressources de la guerre hybride du XXIesiècle, remet en cause gagner et Kiev n’a pas perdu mais, pour autant, ce conflit de haute intensité, où les combats rappellent ceux de la Seconde Guerre mondiale par leur vio-l’échiquier international et engage le monde dans des bouleversements durables et des fractures géopolitiques majeures. Si le 11 septembre 2001 avait ouvert un chapitre dra-matique de vingt ans qui s’est refermé avec l’évacuation piteuse de Kaboul en août der-nier, le 24 février ouvre une nouvelle ère, une boîte de Pandore dont nul ne peut prédire les conséquences. Certes, il ne s’agit pas d’une troisième guerre mondiale – il faut l’espé-rer – mais désormais d’une mondialisation de la guerre avec ses conséquences notam-ment économiques comme le risque de pénurie alimentaire, en particulier pour les pays dépendant du blé ukrainien et la hausse accélérée des prix des matières premières. Alors que parmi les buts de guerre de l’« opération militaire spéciale » voulue par Moscou, l’objectif était de repousser l’Otan et de diviser l’UE – tout en démantelant l’Ukraine, un non-État aux yeux du Kremlin, c’est l’inverse qui est en train de se produire. Ainsi, pour les États neutres de la Baltique, l’adhésion à l’Alliance atlantique paraît désor-mais comme un gage essentiel de sécurité. L’UE, si réticente à envisager l’idée même dehard power, finance désormais des équipements militaires au profit de l’Ukraine, et les pays européens redoublent d’efforts pour à la fois soutenir Kiev, mais aussi pour se prémunir face à la menace russe. Simultanément, les États-Unis qui avaient délaissé la « vieille Europe » pour un pivot vers l’Asie-Pacifique, réinvestissent le champ européen vial’Otan avec la volonté risquée d’affaiblir durablement la Russie. L’échiquier bouge donc rapidement avec le retour d’antagonismes anciens et des jeux de rivalité qui avaient été négligés. Il en est ainsi des Balkans un peu oubliés depuis plus d’une décennie et qui voient resurgir des fractures inquiétantes avec un catalyseur qu’est la guerre en Ukraine. C’est en quelque sorte un retour au siècle des nationalismes, e le XIX siècle, qui aboutit en son temps – après que les puissances européennes ont fait preuve d’un somnambulisme suicidaire – aux deux conflits mondiaux. Il en ressort que l’UE doit de toute urgence regarder, mais aussi agir dans cette région dont la déstabilisa-tion probable aura des répercussions directes sur le continent. De fait, ce printemps annonce des hivers difficiles et à l’heure où la France a choisi de reconduire le président Emmanuel Macron pour un nouveau mandat, il va fal-loir tirer toutes les conséquences engendrées par la guerre conduite par la Russie contre l’Ukraine. Conséquences pour notre défense, son budget et son organisation avec les leçons tirées du théâtre des opérations – et elles sont déjà nombreuses, conséquences pour notre diplomatie avec les moyens accordés à nos ambitions en n’oubliant pas que notre pays se veut une puissance – certes moyenne – mais à vocation mondiale, conséquences pour le projet européen avec les remises en question imposées depuis le 24 février, consé-quences pour notre propre perception de la citoyenneté dans un pays aux sensibilités politiques exacerbées, alors même que le besoin de cohésion sociale est plus que jamais indispensable pour relever les immenses défis qui nous attendent collectivement. Jérôme Pellistrandi –Rédacteur en chef
Sommaire MAI 2022
La guerre en Ukraine et le monde d’après…
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Vivre avec la Russie ? PHILIPPE DE LARA La Russie de Vladimir Poutine est engagée dans une confrontation majeure non seulement avec l’Ukraine, mais aussi avec les pays se réclamant de la démocratie et de l’Occident. Ceux-ci n’ont pas vu, ou voulu voir, les évolutions du régime totalitaire de Poutine aux ambitions impérialistes. L’Europe victime collatérale de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ? JEAN DE GLINIASTY La guerre en Ukraine rebat complètement les pièces de l’échiquier géopolitique mondial. Si la Russie risque de se fourvoyer dans un isolement durable et regrettable, l’Europe est aussi en train de constater son impuis-sance stratégique et ses multiples dépendances dont celle à l’égard des États-Unis. Russie-Ukraine : une bataille d’influence, de communication et des perceptions JOSÉPHINE STARON La bataille médiatique est une des composantes majeures du conflit avec des enjeux de perception auprès des opinions publiques pour obtenir leur adhésion. À ce jour, Volodymyr Zelensky montre une habileté supérieure à Vladimir Poutine dont la communication paraît complètement décalée et contre-productive. La Suède, prochain membre de l’Otan ? LARS WEDIN La Suède applique une politique de neutralité depuis 1810 qui s’appuyait sur une défense forte. Pendant la guerre froide, les Suédois ont maintenu un appareil militaire solide qui fut cependant réduit à partir des années 1990. Avec la guerre contre l’Ukraine, la question d’une adhésion à l’Otan devient centrale. La mer Noire : espace stratégique ALAIN OUDOT DE DAINVILLE La guerre actuelle souligne l’importance de la mer Noire, dont le contrôle est stratégique. La Russie y a des ambitions ouvertes, visant à isoler l’Ukraine. Toutefois, la Convention de Montreux de 1936 limite les potentialités de Moscou, tout en donnant à la Turquie un rôle non négligeable. Le conflit russo-ukrainien (I) : l’art opératif CLAUDE FRANC Le conflit russo-ukrainien est déjà très riche de leçons opérationnelles avec des échecs dans la mise en œuvre de l’échelon opératif pourtant au cœur de la doctrine russe, elle-même issue directement du modèle sovié-tique. D’où le besoin d’analyser les erreurs de Moscou pour nos propres forces.
33Les Balkans occidentaux
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Géopolitique des Balkans occidentaux et sécurité de l’Europe JEAN-PAUL PERRUCHE – NATHALIE DE KANIV L’histoire contemporaine des Balkans a été complexe et douloureuse avec des fractures puisant leurs sources dans des rivalités géopolitiques. L’Union européenne et l’Otan ont pris conscience du besoin de renouveler leur action pour mieux associer les États de la région et ainsi réduire les risques de conflits.
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L’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE : le rocher de Sisyphe ? PIERRE MIREL L’adhésion des pays des Balkans à l’Union européenne est un processus laborieux, tant la situation des États de la région laisse à désirer, au regard des critères d’intégration. Or, face à l’entrisme de puissances comme la Russie, la Turquie ou la Chine, il est urgent pour l’UE de proposer une vraie perspective. Les Balkans occidentaux et la sécurité de l’Europe : enjeux et réponses des Européens CHRISTINA VASAK Trente ans après le délitement de la Yougoslavie, l’Europe s’y est beaucoup investie et reste active en s’effor-çant de développer des instruments efficaces, permettant de contrer les tentations nationalistes. La crise en Ukraine a accéléré cette nécessité pour préserver une paix qui reste fragile. La lutte contre le terrorisme et la radicalisation dans les Balkans occidentaux MORGANE BONNIÈRE La radicalisation islamiste dans les Balkans occidentaux est une réalité issue de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Cela a facilité le transit de terroristes venant du Moyen-Orient vers l’Europe. D’où le besoin pour l’UE d’être présente et de contribuer à lutter contre cette menace. Le réarmement dans les Balkans occidentaux LES JEUNES IHEDN Les États des Balkans occidentaux ont accru leur effort de défense avec des raisons plus ou moins ambiguës, souvent empreintes d’un renouveau du discours nationaliste. Si le risque de guerre semble peu probable, l’Union européenne doit demeurer vigilante et s’intéresser au devenir des Balkans. La guerre en Ukraine a accru les divisions dans les Balkans JEAN-CHRISTIAN CADY Les fractures se sont accrues dans les Balkans avec la guerre en Ukraine. Certains États ont fait le choix de soutenir Kiev tandis que d’autres, comme la Serbie, restent attachés à conserver des liens étroits avec la Russie au nom de l’unité slave. Cela oblige l’Europe à s’intéresser davantage à cette région déjà fragile. Le non-conformisme yougoslave : l’art derrière le mur de Berlin NATHALIE DE KANIV L’espace yougoslave a été avant sa décomposition politique une plateforme culturelle innovante bousculant la pesanteur conformiste du système communiste. Cette histoire artistique a contribué à émanciper l’opi-nion publique des modèles d’expression alors en vigueur.
Repères - Opinions
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Plaidoyer pour la création d’une grande entreprise de services de sécurité et de défense (ESSD) française BENOÎT DE LA RUELLE La conflictualité a beaucoup évolué et voit de nouveaux acteurs engagés sur le terrain. Des compétiteurs stra-tégiques ont vu l’intérêt d’employer des entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD). Il serait judicieux pour la France de réfléchir à ce mode d’action qui pourrait renforcer ses capacités opérationnelles. (2/2) Défense de l’Europe et Europe de la défense HERVÉ RAMEAU – PASCAL ROUX À l’heure de la guerre en Ukraine, la défense de l’Europe est redevenue une priorité avec un engagement concret de l’Union européenne et de l’Otan. Dès lors, il est nécessaire et urgent d’améliorer les processus de coopération entre les deux institutions avec des mécanismes plus efficaces.
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L’alliance militaire entre la Corée du Sud et les États-Unis sous Moon Jae-in, 2017-2022 RÉMY HÉMEZ L’alliance militaire entre la Corée du Sud et les États-Unis s’est accrue ces dernières années, après des périodes de doutes et de remises en question. Aujourd’hui, la relation est forte due à un rapprochement pro-bable avec leQuad. Pour Washington, Séoul est un allié modèle et fiable. Le Dragon face à l’Aigle : la rivalité sino-américaine par le hublot de l’économie VIANNEY ANGLEYS La rivalité sino-américaine se développe sur de nombreux champs d’action dont l’économie. Entre indépen-dance et concurrence, les deux puissances voient leurs économies en compétition. La guerre monétaire entre le dollar et le yuan est une réalité, s’appuyant sur une montée en puissance des forces armées de Pékin. Engagement des jeunes Européens dans la défense PDSC Les enjeux de défense et de sécurité sont essentiels pour l’Europe, à l’aune de la crise à l’Est. Il importe que les jeunes s’emparent et participent à construire un esprit de défense solide et s’inscrivent dans une démarche renforçant une Europe solidaire et démocratique.
Approches régionales
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La Polynésie française sur les Nouvelles Routes de la Soie AURÉLIE BAYEN-POISSON L’Indo-Pacifique est devenu le nouveau centre de gravité géostratégique mondial, avec la Chine aux ambi-tions ouvertement affichées. La Polynésie française est, de ce fait, l’objet de toutes les convoitises et semble sensible aux projets proposés par Pékin, d’où la nécessité pour Paris de rehausser son effort.
Chronique - Recensions 121 Histoire militaire- L’Otan : de la chute du mur de Berlin à la guerre en Ukraine (I) CLAUDE FRANC L’Otan est mise sur pied au début des années 1950 pour répondre à la menace soviétique. Après la chute du Mur, elle bénéficia de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie pour retrouver une raison d’être. La France, membre fondateur malgré son retrait en 1966, a maintenu des liens importants tout en soulignant son indépendance.
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Bruno Maigret :Opération Poker, au cœur de la dissuasion nucléaire françaiseGeoffrey F. Gresh :To Rule Eurasia’s Waves – The New Great Power Competition at SeaTaline Ter Minassian :GorbatchevXavier Fréquant et Yassir Guelzim :L’Archipel des Français LibresRed Team :Ces guerres qui nous attendent – 2030-2060
IMPRIMERIE BIALEC Depuis janvier 1981, l’imprimerie Bialec, située à Nancy, a été un véritable partenaire pour assurer avec efficacité l’impression de nos ouvrages et de notre mise en route numérique. C’est avec tristesse que nous venons d’apprendre sa fermeture. C’est un coup dur pour son directeur et son personnel qui nous ont accompagnés toutes ces années. Nous leur rendons hommage en les remerciant vivement aujourd’hui.
Programme de laRDNen ligne, p. 136
La guerre en Ukraine et le monde d’après…
« La moindre injustice, où qu’elle soit commise, menace l’édifice tout entier. » Martin Luther King
Les Balkans occidentaux Ce dossier a été préparé par EuroDéfense-France en lien avec le colloque du 29 novembre 2021 « Géopolitique des Balkans occidentaux et sécurité de l’Europe » organisé avec le soutien de la DGRIS. RDN
Revue Défense Nationale Mai 2022
Vivre avec la Russie?
Philippe de Lara
Maître de conférences honoraire en science politique à l’Université Paris II Panthéon-Assas.
a guerre contre l’Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février 2022 a déjà l’orLdre international tel qu’il avait émergé en 1991 avec la disparition de l’URSS. et aura des conséquences stratégiques et géopolitiques majeures. Plus encore que les attentats du 11 septembre 2001, c’est une rupture profonde dans La guerre continue à l’heure où j’écris, et la plupart des experts prévoient un conflit long. Les conséquences économiques et géopolitiques de la guerre se dessinent déjà avec plus ou moins de certitude.
Côté certitude, une crise alimentaire massive – le secrétaire général de l’ONU a parlé d’un « ouragan de famine » –, le ralentissement de la croissance mondiale et la stagflation. Côté incertitude, l’évolution de la Chine et du bloc antioccidental que Vladimir Poutine tente de constituer, et qui a commencé à se traduire par le refus de plusieurs pays de condamner l’agression russe. Il est pour l’instant difficile de faire la part de l’attentisme et de l’hostilité dans l’attitude de ces pays. Quant à la Chine, elle hésite entre son « amitié éternelle » avec la Russie, et le souhait de mettre fin aux dommages infligés par la guerre à une prospérité qui repose sur l’expansion du commerce mondial et, en particulier, les échanges avec l’Occident. De sorte que les communistes chinois pourraient rapidement être importunés par l’aventurisme du petit frère russe. Cela dit, le grand dessein de (1) Vladimir Poutine, de prendre la tête d’une désoccidentalisation du monde , n’est peut-être pas entièrement irréaliste, compte tenu du ressentiment de beaucoup de pays face aux dommages collatéraux de la mondialisation, identifiée au monde anglo-saxon, du désenchantement des démocraties, affaiblies par la défiance à l’égard de la politique et les discordes sociétales et,last but least, du malaise profond des États-Unis, divisés à l’intérieur et incertains de leur rôle international.
Ce tableau d’ensemble déborde mon sujet, mais je voulais le rappeler car il est la toile de fond ou, mieux, la caisse de résonance de la question que je traite dans cet article : la nature du régime de Poutine, tant qu’elle détermine les condi-tions dans lesquelles l’Ukraine et les autres nations d’Europe devront cohabiter avec la Russie.
(1) Voir l’article qui devait paraître après la victoire russe et queNovostia publié par erreur : « La Russie n’a pas seulement défié l’Occident, elle a montré que l’ère de la domination occidentale mondiale peut être considérée comme complète-ment et définitivement révolue », Fondation pour l’innovation politique, 2 mars 2022 (https://www.fondapol.org/).
Revue Défense Nationale n° 850 - Mai 2022
7
LA GUERRE EN UKRAINE
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Comprendre le régime russe
La théorie politique hésite sur la définition du régime de Poutine : régime autoritaire ? Fascisme ? Retour à l’URSS ? Nationalisme impérial ? Totalitarisme ? Je soutiens que le régime russe actuel est un régime totalitaire d’une variété inédite et déroutante. Deux clés permettent de le montrer : la continuité entre le régime soviétique et la Russiepost-soviétique ; le rôle de la révision de l’histoire dans la légitimation du régime et de ses visées impériales.
La Russie, continuation de l’URSS par les mêmes moyens
Avec la dissolution de l’URSS en 1991, le monde a cru à une transition de la Russie vers la démocratie ou, du moins, vers la modernisation, transition certes chaotique, mais devant aboutir à une forme ou une autre de normalisation. Autrement dit, la Russiepost-soviétique était vouée à devenir, voire était déjà en partie, un pays intégré à une communauté d’échanges et de principes politiques compatibles sinon identiques. Beaucoup de faits accréditaient cette vision, mais beaucoup aussi la contredisaient. La période 1991-2000 a été riche de tels faits, dont beaucoup sont oubliés ou méconnus.
Après avoir été l’initiateur de laperestroïkaet avoir permis aux démocraties populaires de se libérer du joug soviétique sans intervenir, Mikhaïl Gorbatchev était devenu en 1990 le conservateur de l’URSS. Il s’opposait à Boris Eltsine, alors Président du Soviet suprême de Russie, qui prônait le pluralisme politique, l’éco-nomie de marché et « l’autonomie en tout » de la Russie par rapport à l’Union.
Le 12 janvier 1991, une tentative de coup d’État a lieu en Lituanie, menée par l’armée et les forces spéciales du KGB. La Lituanie avait déclaré son indépen-dance en mars 1990, non reconnue par l’URSS ; 15 manifestants sont tués à Vilnius par les Soviétiques. Surpris par la résistance des Lituaniens, Gorbatchev renonce à aller plus loin. D’autres incursions dans les pays baltes auront lieu cepen-dant, en juillet et en août, sans plus de succès. Le 13 janvier, Eltsine condamne l’attaque contre la Lituanie et reconnaît l’indépendance des trois États baltes. En juin, il est élu Président de la Fédération de Russie au suffrage universel. En août, les conservateurs du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) tentent un coup d’État militaire, à l’insu semble-t-il de Gorbatchev. Les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni apportent immédiatement leur soutien à Gorbatchev et à Eltsine, tandis que François Mitterrand déclare attendre les intentions des « nouveaux diri-geants soviétiques ».
LeputschMoscou échoue grâce aux manifestations devant la Douma de menées par Eltsine, qui acquiert alors une stature de héros de la démocratie. Cet épisode accélère la dislocation de l’URSS, malgré les efforts de Gorbatchev contre le séparatisme, et la prudence de George Bush senior, qui avait reconnu immédia-tement les États baltes, mais freine le départ des autres républiques, en particulier
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