La TVA, invention française, révolution mondiale
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Description


La plus grande innovation fiscale du XXe siècle
Comment l'invention d'un économiste français a-t-elle pu devenir, en quinze ans à peine, l'impôt le plus célèbre du monde ?
Véritable "révolution fiscale", la TVA a été inventée dans les


La plus grande innovation fiscale du XXe siècle



Comment l'invention d'un économiste français a-t-elle pu devenir, en quinze ans à peine, l'impôt le plus célèbre du monde ?



Véritable "révolution fiscale", la TVA a été inventée dans les années 1950 par le français Maurice Lauré pour s'étendre ensuite à 153 États du globe, y compris l'Inde, la Chine et le Japon. Aujourd'hui plus que jamais, elle est au coeur du débat fiscal avec en particulier la réflexion sur la TVA sociale.



De son combat acharné contre une administration fiscale jugée à l'époque irréformable à la fraude massive à la TVA européenne contre laquelle il alertait déjà ses contemporains, de la création de la Direction générale des Impôts à la présidence de la Société Générale, cet ouvrage décrit le parcours du grand économiste et chef d'entreprise français Maurice Lauré. Il porte, en outre, un éclairage unique sur la genèse et l'actualité de la TVA, cet impôt efficace et simple, devenu la référence des économies du monde entier mais aussi, à ses propres dépens, un instrument hautement lucratif au service du crime organisé...



Préface de Valéry Giscard d'Estaing



Denys Brunel est ingénieur à l'École centrale Paris, docteur ès sciences économiques. Ancien maître de conférence à Paris-Dauphine, il enseigne aujourd'hui la finance d'entreprises. Après une carrière à la direction de plusieurs grands groupes français, il est recruté par Maurice Lauré en 1981 pour prendre la direction générale du groupe Nouvelles Galeries (Nouvelles Galeries, BHV, Uniprix, Confinoga), et présider sa filiale de crédit, Cofinoga. 



 




  • Un homme d'exception


  • TVA : l'invention de génie


  • L'épreuve de vérité (VGE)


  • TVA européenne : le crime paie


  • D'une révolution, l'autre


  • Vers la TVA sociale ?


  • Annexes

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 janvier 2012
Nombre de lectures 111
EAN13 9782212020274
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La TVA, invention française, révolution mondiale

Éditions d’Organisation Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-organisation.com www.editions-eyrolles.com
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2012 ISBN : 978-2-212-55299-7
Denys Brunel
La TVA, invention française, révolution mondiale
L’aventure de Maurice Lauré

À mon épouse Chantal, avec qui je suis heureux de parcourir ce long chemin, à mes enfants Laure, Sybille, Stéphane, Rémy, qui ont bien entamé le leur, à mes petites-filles Sacha, Chloé, Manon et Noémie, qui découvriront bientôt leur propre chemin, et à tous ceux qui ont eu plaisir à m'accompagner dans mes différentes fonctions.
Table des matières Préface 9 Avant-propos 13 Introduction 17 Chapitre 1 Un homme d’exception 21 De Marrakech à Saigon : récit d’une jeunesse atypique 21 Des poèmes pour tenir 23 Un révolutionnaire conservateur 25 Lauré tel qu’en lui-même 29 Chapitre 2 TVA : l’invention de génie 37 La longue quête du Graal fiscal 37 Graal en vue ? 43 Tout doit changer, et tout changera 50 La plus grande innovation fiscale du xxe siècle 56 Comment David a vaincu Goliath 62 La révolution est en marche ! 68 Chapitre 3 L’épreuve de vérité (VGE) 77 La bataille de la généralisation ! 77 Rempart national, danger mondial 88 Chapitre 4 TVA européenne : le crime paie 91 Le tour du monde en quelques années 91 Un pour tous et chacun pour soi 93 Zones de fraude à volonté ! 101 Une dangereuse mécanique 110 L’erreur à 100 milliards d’euros par an, ou pourquoi Maurice Lauré avait raison 117 La solution 121 Chapitre 5 D’une révolution, l’autre 129 Soixante ans et plusieurs morts 129 Des polyvalents aux « polyvoleurs » 133 « Poujade l’a tuer » 135 1789 en 1955… 139 La révolution du crédit-bail 147 Évincé 151 Le saut dans l’inconnu 154 Révélateur de talents 163 Le « parrain » 171 Chapitre 6 Vers la TVA sociale ? 173 Un impôt injuste ? 173 Vénéneuse TVA 179 1968 : de Gaulle invente la TVA sociale 181 La solution d’avenir ? 183 Conclusion 193 Biographie 197 Publications 199 Annexe n˚ 1 Extraits de « Petite histoire de la naissance de la TVA », Maurice Lauré 201 Annexe n˚ 2 Extraits de « D’où vient le nom de TVA ? », conférence de Maurice Lauré 204 Annexe n˚ 3 Lettre de Maurice Lauré à Philippe Abelin, 14 mars 1983 208 Annexe n˚ 4 « Qu’est-ce que la TVA ? », Maurice Lauré 214 Annexe n˚ 5 Lettre d’Alain Juppé à Maurice Lauré, 6 janvier 1988 218 Annexe n˚ 6 Extrait de la synthèse du rapport d’Éric Besson, « TVA sociale », septembre 2007 219 Annexe n˚ 7 Lettre de Maurice Lauré à Henning Dyremose, 4 février 1991 222 Annexe n˚ 8 Les fraudes à la TVA, une réalité : revue de presse 223 Extrait du Canard enchaîné , 24 juillet 2011 223 Extrait de Le Parisien , 27 juillet 2011 223 Extrait du JDD daté du 11 septembre 2011 224 Remerciements 225
Préface
Maurice Lauré, polytechnicien et inspecteur des Finances, était de ceux, très rares, qui allient l’esprit d’invention à une exceptionnelle puissance de travail.
Il aurait fait un grand ingénieur et, plus tard, un grand chef d’entreprise industrielle. La guerre, le contact en captivité avec des juristes et des financiers, l’ont orienté vers le ministère des Finances.
Il restera l’inventeur de la taxe sur la valeur ajoutée. Cet impôt qui a transformé notre fiscalité et que beaucoup d’États dans le monde ont désormais adopté.
Comme le montre Denys Brunel, et contrairement à une idée reçue, Maurice Lauré n’a pas inventé la « valeur ajoutée », une notion économique assez ancienne que les comptables nationaux (qui travaillaient au ministère des Finances, en bonne entente avec l’administration fiscale) venaient de remettre au goût du jour.
L’apport personnel de Maurice Lauré, dont il n’est pas nécessaire de surestimer l’importance, est d’avoir adapté cette idée à la réalité et d’avoir conçu jusqu’au moindre détail un nouveau dispositif fiscal compatible avec la vie quotidienne des entreprises, relativement simple au regard de notre vieux système d’impôts indirects et cependant raisonnablement proportionné à la contribution économique de chaque producteur industriel.
C’était typiquement un travail d’ingénieur, dont le métier consiste à concilier les contraintes.
L’« imagination réaliste » est une qualité très rare. Maurice Lauré la possédait au plus haut point.
Dans son livre, Denys Brunel insiste, à juste titre, sur les difficultés rencontrées. Les citoyens appellent à la réforme mais la refusent dès qu’on la leur propose.
Il a fallu quelques années d’efforts obstinés à Maurice Lauré pour convaincre ses interlocuteurs et, en premier lieu, sa propre administration.
La TVA industrielle a été une très grande réussite. Mais elle ne s’appliquait qu’au secteur industriel.
Denys Brunel décrit très précisément comment, quelques années plus tard, alors que Maurice Lauré avait quitté le ministère des Finances, cette taxe a été étendue au secteur commercial. J’en garde naturellement le souvenir.
Le problème à résoudre n’était plus le même. D’un côté, le succès de la TVA industrielle facilitait les choses. Beaucoup d’hésitants avaient été convaincus.
Mais, d’un autre côté, il s’agissait de soumettre à ce nouvel impôt des centaines de milliers de commerçants aux comptabilités souvent sommaires.
Nous nous sommes inspirés du pragmatisme actif de Maurice Lauré. Avec l’aide des fonctionnaires des Impôts de la Direction générale, avec lesquels je travaillais quotidiennement, et des hommes de terrain, nous avons généralisé la TVA d’une manière qui, à l’époque, a été considérée comme une réussite.
Personne, aujourd’hui, ne se souvient de la complication du système antérieur, fait de multiples taxes distinctes, ou superposées.
Denys Brunel décrit avec clarté et précision l’ensemble de la réforme, sans doute la plus importante des cinquante dernières années. Maurice Lauré disait qu’on pouvait assimiler en trois jours le Code général des Impôts, qui doit peser trois kilos ce qui tétanisait ses proches collaborateurs. (Il exagérait : il en faudrait bien cinq…) Denys Brunel réussit le tour de force de nous faire comprendre l’économie de la TVA en quelques minutes…
La carrière de Maurice Lauré s’est poursuivie avec succès dans le secteur bancaire et commercial. Son action à la tête du Crédit National, de la Société Générale et des Nouvelles Galeries a été remarquable. Nul n’était mieux placé que Denys Brunel, qui fut l’un de ses proches collaborateurs, pour nous la décrire avec la plus grande fidélité.
Maurice Lauré restera, pour le ministère des Finances, un modèle d’intelligence appliquée, et d’efficacité dans la mise en œuvre.
Valéry Giscard d’Estaing
Avant-propos
Qui est Maurice Lauré ? Le père de la TVA, vous répondront unanimement dans le monde entier ceux qui s’intéressent à l’histoire de la fiscalité. En effet, Maurice Lauré a réussi avec éclat là où d’autres ont échoué avant lui. C’est à cet homme d’exception que l’on doit l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée pour la première fois au monde. Grâce à lui, la France, pays où il occupait un poste de haut fonctionnaire des finances, fut pionnière en 1954 de cet impôt révolutionnaire considéré par certains comme l’une des évolutions fiscales les plus spectaculaires du XX e siècle.
Pur représentant de l’excellence française (ancien élève de l’École polytechnique et docteur en droit), Maurice Lauré devint en 1952 directeur-adjoint de la Direction générale des impôts, qu’il contribua à créer. En cette qualité, couplée à son caractère d’homme d’action déterminé, il put déployer la mesure de son talent et mettre en œuvre un système de taxe sur la consommation réconciliant l’impératif de rendement fiscal et le souci de ne pas pénaliser la chaîne de production économique. Tout à la fois moteur de l’investissement et solide pourvoyeur de recettes fiscales, il n’est pas surprenant que cette création géniale devint inexorablement un véritable succès de la France à l’exportation.
La TVA commença sa conquête du monde dès le début des années 1960 dans les anciennes colonies françaises, gagna ensuite l’Amérique du Sud, où le Brésil lui fit subir ses premières transmutations, et fut rendue obligatoire dans les États membres de la Communauté européenne par la première directive de 1967. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de considérer la TVA comme l’un des plus anciens et des plus précieux acquis de la construction européenne. Désormais, la TVA existe sur tous les continents, dans plus de 150 pays, où elle constitue le plus souvent un des piliers de la fiscalité. Rajeunie par le Nouveau Monde, elle a su au cours de son expansion s’adapter aux contraintes d’États à structure fédérale tels que le Canada et l’Australie. L’OCDE a repris le flambeau de Maurice Lauré et poursuit désormais son œuvre sur le plan international.
Néanmoins, le succès planétaire de la TVA ne doit pas occulter les multiples facettes de son talentueux créateur et laisser accroire que Maurice Lauré ne fut qu’un génie occasionnel. Loin de n’être qu’un savant enfermé dans sa tour d’ivoire, il fit également une grande partie de sa carrière en tant que dirigeant d’entreprise. Cet aspect le plus méconnu de sa vie illustre parfaitement la compétence universelle de Maurice Lauré, capable de passer des constructions théoriques à l’efficacité dans l’action. Rien ne serait plus faux que l’image du père de la TVA enfermé dans une technique unique. Toute sa vie durant, Maurice Lauré fut un analyste perspicace de l’économie que son intelligence supérieure embrassa dans sa globalité. Ainsi lui doit-on, par-delà la TVA, de nombreux ouvrages plus généraux tels sa célèbre Science fiscale (Puf, 1993) ou encore La fonction cachée de la monnaie face aux charges assises sur l’activité des entreprises (Puf, 1997). Dans sa diversité, un fil directeur parcourt son œuvre : l’obsession d’élaborer des politiques assurant une véritable efficacité économique. Dernière manifestation de cette volonté, ce travailleur insatiable copublia peu avant sa mort un ouvrage intitulé Les impôts gaspilleurs (Puf, 2001), dénonçant l’inefficacité partielle du système fiscal au détriment de l’économie et des individus.
Déplorant le gaspillage et les entraves qui en découlent, Maurice Lauré n’aurait pas démérité à l’OCDE. Depuis sa création en 1961, notre organisation s’applique à élaborer et promouvoir des politiques meilleures pour une vie meilleure, comme le proclame son slogan. À l’heure où la récession et les crises budgétaires guettent à tout moment, doper les investissements tout en garantissant la préservation des deniers publics sont des sujets plus actuels que jamais. Décidément, Maurice Lauré n’a pas fini de nous manquer.
Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE
Introduction
Raymond Aron, que l’on savait si avare en compliments, le qualifia un jour de « prince de l’esprit », avant d’ajouter qu’il était selon lui « l’un des hommes les plus intelligents de France » 1 . Pourtant, de nos jours, mis à part quelques spécialistes, une poignée d’historiens et une petite cohorte d’anciens collaborateurs, qui connaît Maurice Lauré ? Qui est en mesure d’associer son nom à l’apparition de la TVA, cet impôt qui a révolutionné les économies de multiples pays au point d’être appliqué aujourd’hui par la plupart des plus grandes puissances de ce monde ? « Si j’avais une royalty sur la TVA, ne serait-ce qu’un millième du taux admis pour la plus banale des inventions, je serais plus riche que Bill Gates 2 », me dit-il un jour à ce propos.
L’histoire de Maurice Lauré est donc celle d’une invention , ou plutôt celle d’un inventeur de génie, qui trouva en quelques mois l’outil qui permettrait de répondre au dilemme auquel furent confrontés les rois et autres souverains depuis la nuit des temps : comment l’État peut-il récolter des sommes croissantes pour financer ses desseins, sans pour autant s’attirer la révolte de ses sujets ?
Combien sont-ils ces royaumes, ces États, ces gouvernements, à n’avoir jamais su résoudre ce dilemme ? Chacun se souvient probablement des révoltes des « spoliés », ces centaines de milliers de membres du tiers état croulant sous le poids d’impôts chaque fois plus élevés et chaque fois plus injustes, qui menèrent à la Révolution de 1789. Mais qui se souvient, en revanche, de la guerre de Quatre-Vingts-Ans, autrement baptisée « révolte des gueux » qui, sous l’effet – entre autres – des augmentations d’impôts fulgurantes imposées par la couronne d’Espagne, conduisit en 1581 à l’indépendance des Provinces-Unies au terme d’une guerre sanglante ? Depuis les prélèvements exorbitants imposés avec une impitoyable dureté par les curies sous l’Empire romain, jusqu’aux famines des paysans russes acculés par les impôts du gouvernement bolchevique en 1918, la mauvaise gestion des deniers publics et la pression fiscale pesant sur les citoyens des plus grandes puissances furent toujours – dans une plus ou moins large mesure – à l’origine des soulèvements et des révolutions. Et pour cause : les impôts – dont la plupart étaient directs – avaient un impact aussi lourd qu’immédiat sur des millions d’individus déjà fort mal lotis.
Aussi, la taxe sur la valeur ajoutée, exposée pour la première fois en 1952 à l’occasion de la publication du livre éponyme de Maurice Lauré, fut-elle à elle seule une révolution. Son secret ? La simplicité de son fonctionnement et son extraordinaire rôle de moteur de l’investissement et des exportations. Pour la première fois, un impôt ne fut pas une simple rentrée fiscale supplémentaire, mais un moyen de développer l’économie de tout un pays dans le respect d’un équilibre social.
Malgré son principe révolutionnaire, la TVA mit quatorze ans à s’imposer véritablement. Quatorze ans au cours desquels Maurice Lauré, haut fonctionnaire aussi brillant que déterminé, se battit avec acharnement contre la classe politique et les préjugés économiques de son époque. Quatorze ans qui nous conduisent de la seconde moitié des années 1950, durant laquelle s’enracinent progressivement les prémices de la TVA, jusqu’aux années 1960 et l’action de Valéry Giscard d’Estaing, grâce auquel la TVA est généralisée dans sa forme moderne. Comment cette invention de génie est-elle née ? De quelle façon a-telle dépassé son hexagone originel pour s’imposer aujourd’hui dans 153 des 193 pays du globe ? Pourquoi est-elle devenue aujourd’hui l’une des principales sources de revenu du crime organisé ?
Cet ouvrage raconte donc l’histoire de l’impôt le plus célèbre de notre temps, mais aussi et surtout celle d’un homme, Maurice Lauré, fils d’officier, détenteur des plus beaux diplômes de la République, qui, de la présidence des fleurons de l’économie française aux bancs de l’Assemblée nationale, a toujours combattu pour imposer les innovations économiques les plus éclatantes de son époque. La TVA, bien sûr, mais aussi la réforme de la Direction générale des impôts ou encore l’avènement du crédit-bail. L’histoire d’un « grand patron », dans son acception originelle la plus noble, loin du sens strictement économique que cette expression recouvre aujourd’hui, qui tirait son talent et sa polyvalence d’une passion réelle pour le monde de la négociation et des affaires, mais que l’Histoire n’a pas su récompenser à sa juste mesure. Celle, enfin, du grand dirigeant qui fut mon patron et dont je peux dire, à l’instar de Raymond Aron et à l’aune de ces dix années de quotidien à ses côtés, qu’il fut sans conteste « l’un des hommes les plus intelligents de France ».

1 . L’Opium des intellectuels , Raymond Aron, Calmann-Lévy, 1955 (p. 411, 412).
2 . Petit calcul rapide qu’aimait beaucoup Maurice Lauré : la TVA dans le monde représente environ 3 150 milliards de dollars par an (2009). Dès lors, une royalty de 5 % rapportée au millième est égale à 157 millions de dollars par an !
Chapitre 1
Un homme d’exception
De Marrakech à Saigon : récit d’une jeunesse atypique
Maurice Lauré naquit le 24 novembre 1917 à Marrakech. Fils d’officier, il parcourut le monde, dès sa plus tendre enfance, au gré des affectations de son père. Après un séjour au Maroc, où il commença ses études secondaires au lycée Gouraud de Rabat, il rejoignit l’Indochine française et le fameux lycée Chasseloup-Laubat de Saigon – ce lycée tant de fois décrit, tant de fois photographié comme partie intégrante du mythe de l’Indochine française. De cette époque, Maurice Lauré gardait un grand souvenir. Bien que peu prolixe sur son enfance et sa vie personnelle en général, il aimait évoquer cette atmosphère si dense de l’Asie, ou ces fameuses scènes de l’empire colonial français qui me rappelaient parfois les ouvrages de Duras ou Malraux. Le peu qu’il en disait était un voyage de quelques mots, et je sentais qu’il avait été marqué bien au-delà de ses courts récits.
Toutefois, les rares fois où nous parlions de ses lieux favoris, Lauré n’en citait qu’un : la Corse. Si le Maroc et l’Indochine furent les lieux de ses racines, la Corse était incontestablement le fief de son cœur. Celui où il aimait se retrouver en famille au milieu des paysages arides et des montagnes roses. Son amour de la Corse était d’ailleurs tel qu’il créa les deux principales sociétés chargées de sa promotion, dont il prit la présidence : la Setco (Société pour l’équipement touristique de la Corse) et la Somivac (Société de mise en valeur de la Corse).
Son enfance, projetée aux quatre coins de ce qu’était l’empire colonial français, fut peut-être à l’origine de sa conscience très développée de l’international. L’idée, si évidente de nos jours, de l’ouverture du monde et de la grande compétition mondiale était peu répandue à l’époque. Les frontières étaient peu ouvertes, à la fois pour des raisons juridiques et techniques. Le terme de « mondialisation » ne courait sur aucune lèvre. Lauré, lui, était déjà obsédé par l’étranger. Il l’envisageait comme un formidable outil de développement économique au service d’une entreprise comme d’une société entière, mais aussi comme une dangereuse menace qui affecterait l’économie française si celle-ci venait à rater le coche des échanges internationaux. Outre sa grande ouverture au monde et aux diverses cultures, il était obnubilé par la place de la France dans le concert des nations et par les nécessaires progrès de la compétitivité française. À peine nommé à la présidence de la Société Générale, il décida d’ailleurs de consacrer d’immenses efforts à l’internationalisation de la banque, alors très en retard sur ses concurrents, Crédit lyonnais et BNP. Jusqu’au cœur même de son invention, la TVA, se trouvait cette préoccupation des comparaisons internationales défavorables aux producteurs français, et l’idée qu’une fiscalité performante était un outil clé pour la compétitivité des entreprises. Par la suite, il ne cessa d’écrire, de publier, d’intervenir sur une série de sujets ayant trait à la place des entreprises françaises dans la mondialisation : TVA européenne, modernisation de la fiscalité, coût de la main-d’œuvre…
De retour en France, il entama ses études supérieures et entra en classe préparatoire maths sup-maths spé au prestigieux lycée Saint-Louis, dans le V e arrondissement de Paris. Reçu au concours de l’École polytechnique en 1936, il en sortit dans le corps des télécommunications. Âgé de vingt ans à peine, Maurice Lauré tenait dans ses mains les clés d’un avenir prometteur. Les plus hautes fonctions se profilaient à l’horizon avec une clarté évidente, et seul un événement d’ampleur pouvait interrompre ce parcours au seuil de ses promesses : la Seconde Guerre mondiale.
Des poèmes pour tenir
En 1939, Lauré effectuait son service militaire lorsqu’il se retrouva mobilisé. Appelé sur la ligne Maginot, il fut immédiatement fait prisonnier en Allemagne. Tout au long de sa détention, et avec un camarade de captivité, Albert de Villeneuve, il parvint à se faire envoyer des cours par ses parents, en toute clandestinité, et travailla le droit pour préparer le concours de l’Inspection des finances. Certains de ces cours étaient même écrits à l’encre invisible afin de tromper la vigilance des gardiens. Il révisait aussi ardemment que discrètement. Mais il ne supporta pas longtemps cette captivité : à plusieurs reprises, il tenta de s’évader. Lors de sa dernière évasion, à force d’efforts immenses pour ne pas être vu, se dissimulant le jour et marchant toutes les nuits, il parvint à traverser le Danube et se cacha dans les vignes à quelques mètres seulement de la frontière yougoslave. À quelques mètres seulement d’une liberté qui lui avait déjà échappé à deux reprises. Il sortait pour la dernière ligne droite lorsque, au milieu d’un village, il se retrouva pris au beau milieu d’une noce. Les Allemands, sortant soudain de nulle part, contrôlèrent chaque individu l’un après l’autre. Lauré fut repris et renvoyé dans la même prison que celle qu’il avait quittée, avec la conviction chevillée au corps que la prochaine fois serait la bonne. Cette fois, cependant, les conditions de sa détention changèrent : il fut mis « au cachot », dans l’obscurité complète et avec très peu de nourriture pour survivre. Hors du temps. Pour tenir, il récitait des poèmes de Paul Valéry. Des poèmes, eux aussi, hors du temps.
À la Libération, en 1945, il se remit instantanément à étudier et passa avec succès le concours de l’Inspection des finances auquel il fut reçu 1 er ex-æquo avec Maurice Pérouse, centralien, futur directeur du Trésor. Nous sommes alors en décembre 1945, à peine quelques mois après cinq années d’enfer. À l’époque, l’École nationale d’administration (ENA) ne fonctionnait pas encore, et les grands corps de l’État (Inspection des finances, Conseil d’État, Cour des comptes, Préfectorale, Quai d’Orsay, etc.) recrutaient sur concours séparés.
Laissant à jamais derrière lui le souvenir de ce qu’il avait vécu, Lauré commença sa carrière en 1948 comme conseiller technique au cabinet de Maurice Petsche, secrétaire d’État aux Finances et aux Affaires économiques. Il enseigna parallèlement la fiscalité à l’ENA de 1949 à 1956 et, en 1955, épousa Marie-Claude Girard dont il eut trois fils, Daniel, Jean-François et Dominique.
En dix ans à peine, il rattrapa cinq années au cours desquelles les espoirs de ses débuts avaient risqué mille fois d’être détruits.
Son titre d’inspecteur des finances et son goût déjà prononcé pour la fiscalité en firent une recrue de choix pour la Direction générale des impôts (DGI). Il y fit donc son entrée en 1949 : ce fut le début d’une aventure, celle d’un dirigeant qui allait détruire les schémas archaïques en place, mais surtout celle de la TVA, qu’il inventa depuis son poste à la DGI.
Un révolutionnaire conservateur
À son souvenir, la première qualité qui me revient est sans aucun doute son opiniâtreté. Ayant vécu dix ans au quotidien dans le bureau contigu au sien, j’ai pu la mesurer à maintes reprises. Lorsqu’une décision était prise, il voulait la voir appliquer immédiatement et menait personnellement la chasse aux blocages. Il était capable de descendre jusqu’en bas de la hiérarchie pour voir à quel niveau et pourquoi l’on n’avançait pas aussi vite qu’il le désirait. Un paisible collaborateur de rang N-6, que la rumeur pouvait rendre coupable du retard, était susceptible de recevoir un appel téléphonique du président lui-même. Que faisait-il ? Pourquoi le problème n’était-il pas encore réglé ? L’intéressé avait tout intérêt à présenter une excuse valable…
Preuve ultime de sa détermination, Lauré avait recruté, alors que nous travaillions ensemble aux Nouvelles Galeries, une petite équipe de jeunes « chargés de mission » auxquels il confiait des « opérations commandos » pour dénouer telle ou telle difficulté. Rapidement, les cadres supérieurs de la maison les dotèrent du surnom des « enjambeurs » à cause de leur capacité à franchir, sans le moindre état d’âme, l’ensemble des échelons hiérarchiques et les cloisons qui séparaient les fonctions ou les services. Contrairement à l’idée apparemment séduisante du « maximum d’efficacité en un minimum de temps », les résultats ne furent pas au rendez-vous, car la volonté des « enjambeurs » de trouver une issue au plus vite conduisait souvent à des solutions superficielles. Les services, pour se débarrasser des importuns, laissaient passer des solutions boiteuses qui finissaient par révéler leurs lacunes.
Outre son opiniâtreté, Lauré était un travailleur acharné. Ayant du mal à s’endormir et ne voulant recourir à aucun médicament, il passait les heures théoriquement vouées au sommeil à travailler jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les mails n’existant pas à l’époque, il écrivait à la main toute une série de notes et d’instructions allant de sujets de fond aux plus menus détails. Son chauffeur avait mission de passer chez lui chaque matin à 7 h 30, de recueillir ses notes et d’aller directement au siège les déposer sur les bureaux des intéressés. Arrivant en général au bureau vers 8 heures, je trouvais ma propre pile de notes avec, pour impératif, d’avoir lu l’ensemble et d’être en mesure de lui présenter les premières réponses à son arrivée vers 9 h 30.
Je fus toujours surpris par son immense méticulosité : il m’apprit que tout avait de l’importance. En particulier ces mille petits détails que l’on laisse habituellement à la responsabilité d’un collaborateur de rang inférieur : les menus au restaurant, le linge de table… J’y ai toujours vu l’influence de son admiration pour Napoléon I er . Outre l’amour du vin de Bourgogne, qu’il avait en commun avec l’empereur et dont il savait si bien parler, Lauré citait souvent son exemple et collectionnait ses lettres. Mais, à la différence de la majorité de ces admirateurs qui saluent le stratège et vénèrent l’homme d’État, ce qui impressionnait Lauré était la faculté de Napoléon de traiter, à quelques minutes d’intervalle, des grands sujets du pays ou de l’Europe entière, avant de s’adresser à l’un de ses frères en charge d’un royaume pour lui indiquer quelle tenue il devait revêtir en fonction des circonstances. De cette exigence naissait aussi sa force, selon Lauré, qui, à son tour, s’efforçait de ne rien laisser au hasard. Tout comptait. L’étude des détails juridiques et fiscaux lors du rachat d’un concurrent ? C’était l’entreprise. La blancheur de la serviette à côté de votre assiette lors d’un dîner avec les clients ? C’était aussi l’image de l’entreprise. Marc Viénot (président de la Société Générale de 1986 à 1997) me racontait à ce propos que, lorsqu’il fut recruté par Maurice Lauré à la Société Générale en 1974 alors qu’il était en poste à Washington, au Fonds monétaire international, il fut stupéfait de recevoir une note de sa main au sujet des menus et de la composition des repas servis dans la salle à manger de la direction ! Lorsqu’il inventa la TVA, Lauré alla jusqu’à dessiner les formulaires qui seraient envoyés par l’administration. Son livre sur la TVA 1 comporte d’ailleurs un certain nombre d’exemples précis et chiffrés. Dans les années 1980, lorsqu’il présenta sa TVA européenne à la classe politique, il soumit même les fameux formulaires qui devraient servir un jour. Je me souviens aussi d’une note qu’il rédigea peu de temps après son arrivée à la présidence du groupe des Nouvelles Galeries, où il détaillait les titres, grades et appellations qui serviraient à qualifier l’ensemble des cadres du groupe. Chacun d’eux y était scrupuleusement décrit par son titre exact et la moindre information était d’une rare précision : on était loin du système américain où tout le monde s’appelle par son prénom et où le titre de « vice-président » figure sur toutes les cartes de visite.
Mais, derrière cette méticulosité qui, de loin pouvait s’apparenter à de la dureté, se cachait en réalité un grand manager, aussi habile que modeste. Malgré son succès, Lauré parlait très rarement de son invention et ne se mettait jamais en avant. De nos jours encore, nombre de ses anciens collaborateurs, quel que fut leur poste au sein de l’entreprise, ne manquent pas de le rappeler, en particulier à sa femme, Marie-Claude, qui durant de longues années accompagna son mari aux quatre coins du monde. Chez lui, l’exigence était une preuve d’estime. Lauré était un homme intéressé par ceux qui l’entouraient, mais toujours avec pudeur et retenue. Mon entretien d’embauche fut, à cet égard, un bon exemple. Sur mon CV figurait le titre de la thèse que j’avais écrite dans le cadre de mon doctorat d’économie, associant les mathématiques aux sciences économiques. Jamais personne ne m’avait interrogé sur « la contribution à l’étude de la gestion des biens publics » ! Je m’attendais à tout, sauf à cela. Face à lui, sur un fauteuil, il me fit asseoir sur un canapé. Nous sommes restés longtemps à discuter de ce sujet pour le moins théorique, et j’éprouvais l’impression étrange que ce que je racontais était totalement inutile au regard des dossiers dont nous aurions à traiter. Je sentais qu’il avait trouvé – par le biais de cette question qui, au fond, ne nous intéressait ni l’un ni l’autre – un moyen de découvrir la personnalité de son candidat sans que ce dernier s’en aperçoive, en toute retenue.
Lauré tel qu’en lui-même
Une autre anecdote. Nous étions ce jour-là – Lauré, un certain nombre de dirigeants du siège et moi-même – réunis pour les traditionnelles séances budgétaires, qui avaient lieu chaque année entre le 15 novembre et le 15 décembre. Chaque patron de filiale ou d’unité venait présenter son budget devant l’état-major du groupe. Naturellement, ce budget faisait l’objet d’âpres discussions, et peu de choses importantes échappaient au regard perçant de Lauré. Chaque manager avait tendance, comme partout, à présenter un budget modeste, tant dans ses performances commerciales que dans les économies de moyens à réaliser. Le bonus personnel de ces managers étant largement lié à l’atteinte ou au dépassement du budget, ces derniers avaient encore plus de raison d’en « garder sous le pied ». Vint donc une séance concernant l’entité logistique (il s’agissait d’une filiale du groupe qui gérait l’ensemble des entrepôts, plateformes et transports des fournisseurs aux magasins). Le patron de cette filiale présenta un budget dépourvu d’ambition, ce qui n’échappa ni aux participants, ni, bien sûr, à Lauré, qui formula une conclusion parfaitement claire sur les modifications à apporter : réduction des frais de personnel de X %, amélioration de la rotation des stocks de Y %, diminution des frais d’entretien, etc. L’intéressé, un dénommé Chalier, protesta et tenta de négocier. Lauré s’énerva et lui adressa le soir même une note, dont je reçus la copie, lui rappelant très précisément les consignes qu’il lui avait données et l’exhortant à les mettre en application sous un très bref délai. Pour bien montrer sa résolution, il joignit une copie d’une lettre que Napoléon avait adressée en 1813 au préfet du Var au sujet des incendies qui ravageaient la région :
J’apprends que divers incendies ont éclaté dans les forêts du département dont je vous ai confié l’administration. Je vous ordonne de faire fusiller sur les lieux de leur forfait les individus convaincus de les avoir allumés.
Au surplus, si de tels incidents se renouvelaient, je veillerais à vous donner un remplaçant.
Napoléon .
Chalier, nullement impressionné, répondit au président Lauré :
Monsieur le Président,
Je connais parfaitement cette lettre car elle a été adressée à l’un de mes ancêtres, le baron Chalier, général, qui, blessé à Wagram, ne pouvait plus combattre et avait été reclassé par Napoléon comme préfet du Var. Mon ancêtre avait à peu près répondu ceci : « Sire, mon désir le plus grand est de me conformer en tout point aux ordres de votre Majesté, mais la difficulté est grande. Le cheval a le poil gris mais il saute encore et, si vous décidiez de l’envoyer à l’équarrisseur, vous perdriez le plus fidèle et le plus dévoué de vos serviteurs. »
Naturellement, l’histoire et la lettre écrite par Chalier étaient imaginaires mais, dans un premier temps, Lauré y crut. Apprenant par la suite la vérité, il prit l’affaire avec humour et, séduit par le stratagème, félicita Chalier pour sa présence d’esprit. Bien que le budget de Chalier ait été évidemment modifié ainsi qu’il résultait des observations de Lauré, ce dernier montra, à cette occasion, qu’il savait reconnaître et apprécier un certain talent de l’esprit, là où tant d’autres auraient pu considérer la chose comme un défi à l’autorité. Cet amour du « beau mot » de l’audace verbale pouvait même aller plus loin, voire parfois trop loin : je l’ai souvent vu charmé par des beaux parleurs alors même que ceux-ci franchissaient parfois allègrement la « ligne jaune ». Si ce point révélait son ouverture à tout ce qui était « autre que lui », cette tolérance conduisait parfois à des divergences de vision qui pouvaient aller jusqu’au clash. Je me souviens à cet égard de l’affaire Nasa Électronique, à la fin des années 1980 : cette entreprise avait été fondée par deux cadres supérieurs sortis de chez Darty qui voulaient bâtir un concurrent de leur ancienne société (électroménager, hi-fi, micro-informatique, télévision, etc.), fondé sur un schéma de petites sociétés très décentralisées. Si nous distribuions à l’époque ce type de produits, leur vente posait problème, pour les grands distributeurs que nous étions, dans la mesure où il était très difficile de rivaliser avec les spécialistes (Darty, Boulanger, etc.). Cela nécessitait donc à la fois une grande compétence technique dans les achats et un personnel de vente bien formé et efficace, apte à guider le client en fonction de ses aspirations mais aussi au regard de la marge dégagée par chaque produit. Les Nouvelles Galeries comportaient à cette époque environ 75 grands magasins qui, pour la plupart, possédaient leurs rayons d’appareils électroménagers dits « blanc-brun ». Le sujet était par conséquent sensible et exigeait une vigilance particulière. J’attirai l’attention de Lauré sur la mauvaise rentabilité de ces rayons et sur les problèmes qu’ils posaient sur un plan commercial. Lauré entendit parler de Nasa Électronique et fit venir au siège ses deux dirigeants, qui « planchèrent » sous nos yeux. Mon impression fut immédiatement désastreuse : derrière leurs beaux discours se cachait un manque de vision, et chaque question que je posais recevait une réponse fumeuse. En un mot, je pressentis l’imposture. À la seconde même où je m’apprêtais à le lui dire, Lauré se lança dans un discours élogieux, vantant les mérites de ces deux entrepreneurs qui, partis de rien, avaient bâti une chaîne sur le point de rivaliser avec Darty. Séduit, il voulut leur confier nos rayons en gestion. J’essayai de le freiner, lui demandai de procéder à des vérifications, tentai de faire valoir mes réticences. Peine perdue. Il m’accusa de « jouer l’édredon » et de vouloir ralentir les choses, avant d’insister pour que les contrats soient établis sans délais. De mon côté, je revis les deux intéressés et parvins à arracher un point capital : certes, ils obtenaient la concession des rayons (approvisionnement, personnel…) mais ne percevaient aucune recette en direct, leur intégralité devant obligatoirement transiter par nos caisses, comme l’ensemble des ventes du magasin. Nous leur versions leur dû selon les termes du contrat. Je mis en avant une batterie de raisons comptables, juridiques et fiscales, ce qui ne les empêcha pas de se plaindre, fort mécontents, auprès de Lauré, menaçant de tout laisser tomber. À force d’arguments, je parvins tout de même à installer le doute dans l’esprit de mon patron, qui finit par me laisser rédiger le contrat. Il fut enfin signé aux conditions que j’avais prévues. Ce qui devait arriver arriva : quelques mois plus tard, le contrat devint caduc, non pas de notre fait, mais tout simplement parce que les entités de Nasa firent toutes faillites les unes après les autres, accompagnées de poursuites pénales à l’encontre des dirigeants.

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