Le demandeur d asile
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Le demandeur d'asile , livre ebook

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Description

Léopold Mwana Malamu est membre, dans son pays d'origine situé au cœur de l'Afrique centrale, d'un mouvement clandestin qui s'oppose à la dictature du régime en place. Il est arrêté, puis torturé. Il finit par gagner l'Europe : l'Italie d'abord, ensuite la Suisse puis la France. Reste pour lui à obtenir le statut de réfugié politique. Cet ouvrage met en évidence la flagrante contradiction entre l'image de marque de la France et le labyrinthe dans lequel s'engage le candidat au statut d'asile politique après s'être enfui de la dictature corrompue que soutiennent avec immoralité certains pays occidentaux.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9791091580007
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contenu Hors-Texte 1 Hors-Texte 2 Hors-Texte 3 Hors-Texte 4 Hors-Texte 5 Chapitre I Chapitre II Chapitre III Chapitre IV Chapitre V Chapitre VI Chapitre VII Chapitre VIII Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII Chapitre XIII Chapitre XIV Chapitre XV Chapitre XVI Chapitre XVII Chapitre XVIII Chapitre XIX Chapitre XX Chapitre XXI Chapitre XXII Chapitre XXIII Chapitre XXIV Chapitre XXV Chapitre XXVI Ouvrages parus Atelier Égrégore
DU MÊME AUTEUR :


- La chasse au léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-04-5 ;
- Dans l’œil du léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-03-8 ;
- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands  Lacs, Éditions de l’Harmattan – Paris 2013 – ISBN : 978-2-343-02079-2 – EAN Ebook format Pdf : 9782336330327 ;
- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique , Éditions de L’Harmattan – Paris, avril 2012 – ISBN : 978-2-296-96162-3 – ISBN13 Ebook format Pdf : 978-2-296-48764-2 ;
- La vie parisienne d’un Négropolitain  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-06-9 ;
- Mitterrand l’Africain ?  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-02-1 ;
- Drosera capensis  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2005 – ISBN : 979-10-91580-01-4 ;
- Le demandeur d’asile  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Document/Réalité – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-00-7 ;
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie  – Éditions de l’Harmattan – mars 2011 – ISBN : 978-2-296-13725-7 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-45021-9 ;
- Socialisme : un combat permanent  – Tome I – Naissance et réalités du socialisme  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2008 – ISBN : 978-2-916335-04-9 (coécrit avec Jacques Laudet) ;
- Un nouvel élan socialiste , Éditions de L’Harmattan, collections Question contemporaine, Paris, mai 2005 – ISBN : 2-7475-8050-4 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-39177-2.
Collection Document/Réalité

Le demandeur d’asile

Gaspard-Hubert LONSI KOKO
ISBN: 979-10-91580-00-7 – EAN: 9791091580007
© L’Atelier de l’Égrégore, février 2016
Courriel : atelieregregore@gmail.com

En France, le code de la Propriété intellectuelle du 1 er  juillet 1992 interdit expressément la photocopie, voire l’impression et l’envoi par mail, à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Cette pratique s’est généralisée au point que la possibilité pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles est aujourd’hui menacée.
Selon une légende congolaise, le crocodile s’était caché, un jour, dans le fleuve dans l’espoir d’éviter la pluie. Cette anecdote symbolise la situation dans laquelle se trouve une personne qui, fuyant le danger, finit par tomber, malgré elle, dans un piège. En France, on dit tomber de « Charybde en Scylla ». Mais à Kinshasa, les gens se contentent de la fameuse phrase « Bozoba esala ngando » (la sottise qu’avait commise le crocodile) tandis que dans le Kongo central, ou Bas-Congo, on dit « Mvula itina ngandu » (la pluie qu’avait fuie le crocodile).
À Mama Wumba, celle qui reste à mes yeux « Madame Gentille » ; à Maître Koko, « Type connu » pour les intimes. Peut-être qu’il lira cet ouvrage quelque part au ciel.

À mes frères et sœurs ; à ma femme, Françoise G. de l’Arnerie. Que cette épopée leur permette de déceler mon penchant pour l’humanité, en dépit de mon intransigeance.

Mes remerciements à toutes celles et tous ceux qui se dévouent, parfois au détriment de leurs proches, pour que triomphe la Paix dans le monde. Ce récit est, d’une manière ou d’une autre, le fruit de leurs diverses actions.

Un grand merci à Marie-Hélène Simonin qui m’a toujours encouragé dans la voie de l’écriture, aussi militante soit-elle.
CHAPITRE PREMIER


L’été parisien était particulièrement étouffant, cette année-là. La Mitterrandie faisandée réfléchissait à la manière dont il fallait s’y prendre pour s’assurer un second septennat. La ruse et l’expérience de François Mitterrand seraient, sans conteste, déterminantes face à la légendaire improvisation de Jacques Chirac.
Debout non loin de la fenêtre grande ouverte, en train de me tamponner le front à cause de la chaleur torride, je m’ennuyais chez moi, dans une quelconque cité-dortoir vers Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, quand le téléphone sonna. Deux enjambées permirent à mon corps semblable à celui d’un pilier de basket-ball d’atteindre cet appareil. Laurence de Luzarches était joyeuse au bout du fil. Elle m’annonça la bonne nouvelle : Léopold Mwana Malamu se trouvait à Paris.
– Depuis quand ? demandai-je, surpris, en laissant tomber le mouchoir complètement trempé de sueur.
– Avant-hier soir. Son état de santé a nécessité qu’il soit hospitalisé d’urgence à l’Hôtel-Dieu.
– C’est très sérieux ?
– Oui ! Il est très mal en point. Mais le médecin m’a confirmé qu’il s’en sortirait.
– On peut lui rendre visite ?
– Seulement à partir de ce soir.
– Je passerai le voir demain dans l’après-midi. Je m’arrangerai pour quitter le travail plutôt.
– Il sera très content de te revoir.

Le lendemain, je me rendis à l’établissement hospitalier sis aux alentours de Notre Dame de Paris, cette église métropolitaine, située dans l’île de la Cité, dont les premiers travaux avaient été entrepris par l’évêque Maurice de Sully en 1163. Une descente à Paris me ferait oublier la morosité de ma banlieue. Deux vendredis par mois, pour des raisons personnelles, je quittais mon travail avant seize heures. Docteur ès sciences économiques, contrairement à toute logique, je travaillais en qualité de vigile dans un supermarché de la banlieue parisienne. Voilà comment j’avais fait la connaissance de Léopold. C’est le sort de beaucoup d’étrangers originaires des pays pauvres du Sud vivant malgré eux en Occident. Triste constat.
On m’orienta, à l’accueil, vers le service où mon ami était soigné. Dans la chambre, allongé sur le lit, Léopold suivait un instructif documentaire sur les bâtisseurs de cathédrales que l’on passait à la télévision. Son état physique me troubla. Le choc ! Le visage boursouflé, il n’était pas beau à voir. Une force surnaturelle m’aida à maîtriser l’émotion qui faillit me pétrifier.
– Salut, Prosper ! dit-il péniblement.
– Salut, Léopold ! Mais dis donc, tu as frôlé la mort !
– Sans doute… Assieds-toi… Tu as… bien fait… de venir… J’ai besoin… de comprendre… ce qui m’est arrivé. C’est très dur… pour moi.

Je pris donc place sur la chaise qu’il eut du mal à me montrer du doigt et poursuivis la conversation. Une relance pas franchement fougueuse.
– Ça risque de te perturber encore plus. Tu dois plutôt te reposer.
– C’est sûr, mais ça me… permettra de ne pas oublier ! J’ai l’impression que… ma mémoire occulte certains faits. Disons que j’ai… du mal à les situer… dans le temps ou dans l’espace…
– C’est dû peut-être aux mauvais traitements qu’on t’a fait subir à Ngoma-Ngoma.
– Je ne sais pas. Il ne faut pas… que cet état d’amnésie partielle dure longtemps. Le seul remède, c’est que tu m’expliques… ce qui s’est réellement passé.
– Tu es la seule personne à pouvoir rassembler les bribes de la trame d’un pan de ta vie.
– J’ai besoin d’aide. Il me faut… un déclic pour rassembler… comme tu le dis, ce qui… est épars.
– On n’est pas dans un cabinet de réflexion, Léopold.
– Toujours le même. Sacré Prosper...
– Tout le monde me reconnaît comme tel. Je ne peux rien y faire !

Sur le petit écran, le commentateur évoquait avec passion Maîtres Jacques et Soubise, à propos du compagnonnage, tout en embrayant sur le roi Salomon, Hiram de Tyr et l’architecte Hiram Abif. Il ne manquait plus que la reine de Saba.
J’essayai de bien me caler sur la chaise. Après quelques secondes de concentration, la tristesse commençait à se manifester dans le regard évasif de Léopold. Les souvenirs, occultés par l’inconscient, se mirent à envahir peu à peu son esprit comme la fumée d’un cigare, tenu par la main tremblante d’un insomniaque, en train de se consumer. Miracle psychique ! Je devais l’aider à retrouver, en quelque sorte, « le mot perdu »  en vue de la reconstruction du Temple intérieur. La réactivation de l’initiation serait douloureuse. Ce processus fut le prix à payer pour retrouver la sérénité.

*
* *

Monsieur,
Vous avez déposé une demande de délivrance de carte de résident au titre de réfugié politique.
L’Office français de protection des réfugiés et apatrides vous a refusé, par la décision du 11 mars 1985, la qualité de réfugié politique.
Par ailleurs, il résulte des indications données par le listing de la Commission des recours des réfugiés, communiqué le 26 janvier 1987, que le recours contre cette décision a été rejeté.
Je vous informe que vous ne remplissez aucune des conditions pour bénéficier d’une carte de séjour en France, et qu’il vous faudra prendre vos dispositions pour quitter le territoire français avant le 20 mai 1987.
Au-delà, vous vous exposeriez aux peines prévues à l’Article 19 de l’Ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée, relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France.
Il vous est précisé que le dépôt d’un tel recours ne suspend pas l’application de la décision contestée.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma meilleure considération.

Le Préfet de police

Tu venais, mon cher Léopold, de recevoir l’arrêté d’expulsion qui avait été délivré par la direction générale de la préfecture de police de Paris. Ce document te spécifiait de prendre, dans un délai de trente jours, les dispositions nécessaires pour quitter le territoire français. Un mois. Pas plus. Ne voulant plus du tout retourner dans notre pays d’origine, en l’occurrence la République de Zamba, par crainte d’y subir des persécutions, tu devais effectuer quelques démarches administratives.
Tu as tenu à exposer ta situation à une assistante sociale d’un organisme, situé dans le septième arrondissement, qui avait été créé par des parpaillots en vue de s’occuper des demandeurs d’asile. Une intervention devait à tout prix mettre un terme, dans l’urgence, à l’arrêté préfectoral.
– Si vous estimez que cette décision est contestable…
– Elle l’est, madame.
– Monsieur Mwana Malamu, il est possible dans un délai de deux mois, à compter de la notification du rejet de votre demande, soit de saisir d’un recours contentieux le tribunal administratif de Paris, soit de saisir…
– Je le sais, madame Dufour.
– Laissez-moi au moins finir ! a-t-elle réagi avec autorité, te signifiant ainsi qu’elle n’allait quand même pas, à soixante ans, céder à l’insolence d’un jeune homme de vingt-cinq ans.
– Je vous prie de m’excuser.
– Pas de quoi. Je disais que vous avez aussi la possibilité soit de saisir d’une requête gracieuse le Préfet de police, soit de former un recours hiérarchique devant le ministre de l’Intérieur.
– Je suis déjà au courant des diverses voies de recours contre la décision préfectorale. Qu’est-ce qui va se passer en cas de réponse négative de la part du ministre ou du Préfet ? Voilà la question qui est franchement en train de me miner le moral.
– Je m’en doute bien. D’après la procédure, a poursuivi Claudine Dufour, en cas de rejet du recours gracieux ou hiérarchique, vous avez la possibilité de former un recours contentieux devant le tribunal administratif de Paris dans les deux mois qui suivent la notification de rejet.
– Ça suppose l’intervention d’un avocat.
– C’est plus judicieux. D’autant plus que nous travaillons en partenariat avec quelques avocats. Si ça vous intéresse, nous pouvons mettre le processus en marche.

Si tu n’avais pas reçu de réponse à ton recours gracieux ou hiérarchique, mon cher ami, dans un délai de quatre mois depuis la date du recours, il y aurait rejet implicite. Dans ce cas, avait insisté la très stricte madame Claudine Dufour, le tribunal administratif pourrait être saisi dans les deux mois qui suivraient l’expiration de cette échéance.
Certaines associations humanitaires, notamment celles qui œuvrent habituellement en faveur des émigrants, t’ont judicieusement conseillé deux démarches à entreprendre à l’épuisement de toutes les voies.
Primo , tu devrais écrire au délégué pour la France au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et au directeur des Droits de l’Homme au Conseil de l’Europe en leur apprenant le refus de la France de reconnaître ta qualité de réfugié politique. Secundo , tu mettrais l’accent sur la non-comparution devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ne faudrait pas non plus oublier de les tenir au courant du fait de ne pas avoir été convoqué à comparaître devant la Commission des recours des réfugiés. Il serait nécessaire de leur rappeler que, compte tenu de tes opinions politiques, tu risquerais d’être persécuté une fois de retour à Ngoma-Ngoma.
Selon une jurisprudence constante de la Commission européenne des droits de l’Homme, aucune obligation à ne pas être expulsé ne figure comme telle, au nombre des droits et libertés reconnus par la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ainsi que l’a constaté à plusieurs reprises la Commission, l’expulsion d’un individu peut, dans certains cas exceptionnels, poser un problème délicat sur le terrain de la Convention de Genève : en particulier dans son troisième article, si une telle mesure peut exposer cette personne, dans l’État vers lequel elle sera dirigée et par le fait de cet État, à des traitements prohibés par ledit article. Il paraît que nul ne peut être soumis à la torture ou à des traitements inhumains, voire dégradants.
Ainsi faudrait-il faire parvenir au secrétaire de la Commission Européenne des Droits de l’Homme la copie de la décision d’expulsion qui a été rendue, t’ordonnant de prendre les dispositions idoines en vue de quitter le territoire français. Tu devrais, dans la foulée, lui faire savoir que tu as introduit un recours, selon l’article 26 de ladite Convention – sachant que la Commission ne pouvait être saisie qu’après l’épuisement des voies de recours internes conformément aux principes de droit international reconnus et dans le délai de six mois, à partir de la date de la décision interne définitive. Tu insisterais surtout sur la réalisation de l’épuisement des voies de recours en droit français et fournirais tous les détails au sujet d’une éventuelle allégation des traitements, contraires à l’article 3 de la Convention, à subir à ton retour à Ngoma-Ngoma.
Il fallait également que tu t’adresses au représentant du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, dont le rôle découle de la Convention de Genève. Ce dispositif lui attribue un certain droit de regard sur ce qui se passe dans les pays membres de la Convention, c’est le cas de la France, et une obligation de conseil. De plus, la loi française prévoit que cet organisme, au-delà de son rôle international, soit partie prenante dans la procédure nationale de reconnaissance du statut de réfugié en deuxième instance : au niveau de la Commission des recours des réfugiés.
Par malheur, sur le chemin qui menait chez ton ténor du barreau parisien – lequel t’attendait ce jour-là pour un entretien – se trouvaient des policiers. Ces derniers t’ont demandé les documents administratifs en ta possession. Dans l’impossibilité de satisfaire leur demande, ils t’ont passé les menottes et t’ont conduit dans l’île de la Cité, juste de l’autre côté de la rue, dans les locaux de la préfecture de police. Les empreintes digitales, qu’ils ont prélevées, ont permis de retrouver ton dossier. Les agents de l’ordre ont appris, de ce fait, que tu avais fait l’objet d’une expulsion.
En situation irrégulière, un arrêté de reconduite à la frontière a été effectivement établi contre toi afin de permettre ton renvoi par la police, dans la légalité, vers la République de Zamba. Tu disposais de vingt-quatre heures pour faire appel de cette décision auprès du tribunal administratif de Paris.
On t’a autorisé à passer un seul coup de fil. L’administration française devait, fallait-il croire, faire des économies. Par malchance, ton amie était absente. Ainsi t’es-tu contenté de laisser un message de désespoir sur son répondeur téléphonique. « Adieu »  a été ton dernier mot.
Deux heures plus tard, on t’a fait monter dans une fourgonnette de la police. Le panier à salades. Ils t’ont fait le coup de la visite des lieux touristiques de Paris, avant l’embarquement à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Un peu d’humanité aurait pu éviter pareil cynisme. Les agents de l’ordre ont recouru à la force pour te faire embarquer dans l’avion. Tu as abîmé le visage de l’un des trois policiers qui étaient affectés à cette besogne, grâce à la puissance de ton coup de tête. Sans l’utilisation de quelque produit anesthésiant, ils n’auraient pu te maîtriser. Tu te rappelles le jour où, à Ngoma-Ngoma, tu avais arraché la dent d’un gendarme qui, lors d’un habituel contrôle non justifié, dans l’espoir d’arrondir ses fins de mois, t’avait demandé ton acte de décès ? Cela ne t’avait pas du tout plu. Tu as exactement réagi de la même façon à l’encontre des policiers français.
Dès son retour à la maison, Laurence de Luzarches, ta ravissante amie, a pris connaissance du message que tu lui avais laissé sur le répondeur. Tous les os de son corps se sont, a-t-elle eu la sensation, ramollis lorsqu’elle a entendu ta voix lui annoncer ton expulsion vers la République de Zamba. Elle a écouté à plusieurs reprises le message sans savoir quelle attitude adopter, quelle démarche entreprendre. « Quelle injustice ! »  s’est-elle dit.
Le produit que les policiers avaient utilisé, dans le but de te neutraliser, t’a expédié, sans l’ombre d’un doute, dans le monde du passé.
– Mais c’est super ! se manifesta soudain Léopold Mwana Malamu. Je sais… maintenant… ce qui m’est arrivé… Tout est vraiment… clair… ! Prosper, tu viens… de me rendre… un très grand service ! Grâce à toi, je n’ai plus… de trou de mémoire !
– Sans blague ! Tu avais forcément raison d’insister. J’ai l’impression que mon récit t’a permis de rassembler les pièces du puzzle.
– Il n’y a plus aucune ambiguïté dans mon esprit. Plus du tout !
– Tu es sûr de ça ?
– C’est curieux ! Je suis en mesure… de reprendre le film… à la fin du générique.
– Mais, c’est extraordinaire !
CHAPITRE II


Dans la chambre du patient, Prosper Makambo avait le regard rivé sur le téléviseur. Le commentateur faisait allusion à Dieu qui, chassant Adam et Ève du jardin d’Éden, les couvrit d’un tablier. Fallait-il interpréter ce geste comme relevant du domaine de l’initiation ? Quant à Léopold Mwana Malamu, l’air pensif, il se remémorait son enfance. Il donnait en tout cas l’impression d’être à plus de huit mille kilomètres de Paris. Illusion du déjà vu ? Souvenirs faussement localisés ? Était-il toujours sous l’emprise de la paramnésie
Une chose était certaine, c’est que, dans la province zambaise, à environ cent kilomètres de Ngoma-Ngoma, la capitale de la République de Zamba, les parents de Léopold étaient des commerçants en détail. Aîné, il avait deux sœurs et un frère. Il jouait avec ses copains, passait de merveilleux moments en compagnie de ses grands-parents. Mavoni, la gouvernante à la corpulence masculine, s’occupait de lui et de son jeune frère, sans oublier ses deux sœurs. Elle leur préparait de la pâtisserie, et les obligeait à dîner avant leurs parents
Le jeudi, jour de congé scolaire pour les enfants, le petit Léopold invitait ses copains chez lui afin de regarder la télévision : des émissions de l’après-midi consacrées à la jeunesse. Parce qu’ils ne ...

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