Actualité  de la pensée grecque
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Description

"En 1945, la guerre civile fait rage en Grèce. Octave Merlier, directeur de l’Institut Français d’Athènes, offre à de jeunes grecs boursiers de l’État français une échappatoire à bord du Mataroa, bateau de tous les sauvetages qui avait précédemment acheminé jusqu’en Israël des immigrants juifs. Ainsi, ces figures de proue du monde intellectuel grec, dont Kostas Axelos, Cornelius Castoriadis et Kostas Papaioannou, ou encore Nikos Poulantzas et Panajotis Kondylis, trouvent refuge à Paris. Ils vont y instaurer un dialogue fécond entre intelligentsia grecque et française. Ce livre est consacré à chacun de ces passeurs philosophes, dont la pensée, toujours à explorer, a marqué le monde occidental de l’après-guerre. Antigone Mouchtouris est professeur à l’Université de Lorraine. Ses recherches sont axées sur la culture artistique, mais aussi sur la connaissance du monde de la pensée, ce qui l’a conduite ces dernières années à repenser les enjeux posés par la philosophie sociale. Panagotis Christias, professeur à l’Université de Chypre, partage son temps entre Athènes, Chypre et Paris. Ses recherches portent sur la philosophie morale, politique et sociale, et ses rapports à la modernité et à l’économie. Ses écrits ont notamment contribué à faire connaître l’œuvre de Panajotis Kondylis. ".

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304052206
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction d’ Antigone Mouchtouris et Panagiotis Christias
Actualité de la pensée grecque
Les apports des intellectuels grecs en Europe
Topos
Éditions Le Manuscrit Paris


Dans la même collection

Sous la direction de Bernard Valade, Antigone Mouchtouris et Éric Letonturier, Passions sociales , 2014
Sous la direction d’Antigone Mouchtouris et Tiphaine Barbier-Verley, Actualité muséale. La temporalité d’un espace culturel , 2013
Antigone Mouchtouris, La réception des œuvres artistiques. La temporalité des œuvres esthétiques , 2013








© Éditions Le Manuscrit, 2014
© Couverture : Charles Dreyfus
EAN : 9782304044348 (livre imprimé)
EAN : 9782304052206 (Epub)


« Topos »
Collection dirigée par Antigone Mouchtouris
La collection « Topos » a comme objectif de favoriser la publication d’essais qui sortent des sentiers battus et de rompre avec le conventionnalisme ambiant. Elle se veut une collection toujours en mouvement. Elle renoue également avec le rôle des intellectuels qui désirent amener le savoir hors de l’Université pour l’offrir au grand public, mais aussi créer des publications méritant des débats contradictoires. Les thèmes de cette collection seront axés autour de la culture artistique, de la sociologie du public, des institutions culturelles (comme les musées), de l’esthétique (et ses expériences), de l’art contemporain et ses acteurs. Elle publiera des ouvrages sur l’imaginaire, la vie des intellectuels qui ont marqué leur époque et le monde des idées.
Cette collection sera soucieuse de publier des ouvrages traitant de sujets d’actualité, en ayant comme focus la mondialisation. Le terme Topos a été choisi pour symboliser un espace de dialogue, créé grâce à des intellectuels qui veulent rendre la réalité intelligible.


Membres du comité scientifique
Christias Panagiotis, Université de Chypre
During Bertrand, Université de Paris Descartes
Deniot Joëlle, Université de Nantes
La Chance Michaël, Université de Québec
Lemay Violaine, Université de Montréal
Mouchtouris Antigone, Université de Lorraine
Prontzas Evangelos, Université de Panteion
Ucciani Louis, Université de Franche-Comté
Valade Bernard, Université de Paris Descartes





Préface Allocution de M. Constantin Chalastanis Ambassadeur de Grèce en France
Nous avons décidé de mette en préface l’allocution de l’ambassadeur grec à Paris, prononcée lors du colloque consacré aux intellectuels grecs organisé par le laboratoire GEPECS à l’université Paris Descartes, amphithéâtre Durkheim, le jeudi 13 décembre 2012.
Monsieur le Vice Président de l’Université
Mesdames et Messieurs les Professeurs
Mesdames, Messieurs
Je voudrais tout d’abord exprimer mes plus sincères remerciements aux organisateurs du colloque d’aujourd’hui.
Madame le Professeur Mouchtouris, Monsieur le Professeur Christias, je vous remercie de votre invitation.
C’est pour moi une grande satisfaction de prendre la parole pour introduire ce colloque d’aujourd’hui consacré à l’apport des intellectuels grecs dans l’Europe de l’après-guerre.
C’est aussi un grand honneur de me trouver parmi les éminentes personnalités qui vont aujourd’hui nous présenter leurs pensées autour d’une question particulièrement intéressante et qui se réfère aussi à notre double identité tant nationale qu’européenne.
Le colloque d’aujourd’hui revêt une importance particulière d’autant plus qu’il s’agit d’un temps particulièrement difficile pour la Grèce mais aussi pour d’autres pays européens, à cause d’une crise économique sans précèdent qui sévit au cœur même de la construction européenne, au sein de l’euro zone.
Πόλεμος πατήρ πάντων. Selon le célèbre segment d’Héraclite, « le conflit est père de toutes choses ». S’il est vrai que la construction européenne s’est construite autour de la notion même de la crise, il n’en reste pas moins que les convulsions pour la naissance d’une nouvelle étape qui inexorablement suit une crise donnée, porte en elle-même le double enjeu de la réussite et de son opposé. Gagner ne peut être considéré comme acquis, ni le recul, pire encore, en l’occurrence même l’effondrement, ne peuvent être exclus d’avance.
La crise que nous traversons depuis trois ans, en Europe, loin de se confiner à une crise économique, risque de dégénérer en crise sociétale et d’éroder le fondement même de cette unique et belle aventure qu’est la construction de l’Union Européenne. La notion de l’intérêt général européen risque de s’émietter et ne plus être perçu que comme le simple résultat des quantités additionnées de ses composantes et donc des intérêts de chacun des Etats membres de l’Union.
Or l’Europe trouve ses racines et sa raison d’être, bien au-delà de simples considérations économiques, bien qu’il serait arbitraire d’en négliger l’importance. Elle est surtout fondée sur des principes qui remontent le temps et qui ont tissé des liens intrinsèques de civilisation. Ce faisceau interculturel qui se compose par une milliasse d’œuvres à travers le temps, forme le socle, d’une identité où se repose l’édifice européen. Ayant surmontée de multiples contradictions, par moment on ne peut plus pénibles, l’Europe a su surmonter ses divergences et mettre en avant son projet inédit dans l’univers international, celui d’élargissement et d’intégration.
Parfois je me demande comment peut-on dire, après toutes les mésaventures d’une Europe déchirée durant la première moitié du 20 e siècle, que l’élan pour l’accomplissement de l’Union Européenne, que nous bâtissons depuis plus de soixante années, que cet élan semble s’estomper. Il est vrai que s’étant éloignés des dangers d’antan, certains ont tendance à passer dans une euphorie égoïste et aveugle.
Pire encore, devant une crise d’une telle ampleur on fomente des illusions d’un rétrécissement vers des options nationalistes, d’apparence salutaire, mettant en exergue des arguments basés sur l’introspection, la division et la xénophobie.
C’est exactement pour toutes ses raisons que je trouve l’idée de ce colloque opportune et appropriée. Je suis persuadé qu’au fur et à mesure de l’évolution des travaux de ce colloque vont se dévoiler devant nous ces liens intrinsèques entre l’Europe, la France et la Grèce forgés aussi par la Diaspora Hellénique dans l’Europe de l’Après-guerre.
C’est une conviction personnelle que je base aussi, en dehors de quelques connaissances limitées quant au contenu et l’étendu de cet apport, sur un sentiment personnel de familiarité et d’appartenance que j’ai éprouvé dès mon premier contact avec la culture française, la France et son peuple.
J’ai la conviction que ceci n’est point dû uniquement à l’influence de la Grèce antique, car cela aurait tort de négliger tout un autre aspect évolutif, qui s’est produit, d’une manière continue et constante, entre les deux cultures, dès l’époque de Byzance jusqu’à nos jours et ceci malgré les aléas historiques qui sont intervenus.
C’est un argument, pour revenir, au sujet du séminaire d’aujourd’hui, qui se défend dans un premier temps par la simple citation des quelques noms, bien connus, de grecs de la diaspora qui ont élaboré leur pensée en France durant ces dernières années et qui feront l’objet d’un regard plus approfondi durant les travaux d’aujourd’hui. Bien évidemment à part les intellectuels emblématiques tels que, Cornélius Castoriadis, Nicos Poulantzas, Kostas Papaioannou, Panagiotis Kondylis, Kostas Axelos, qui sont d’ailleurs cités dans l’énoncé des travaux d’aujourd’hui, nombre d’autres personnalités importantes pourraient être citées comme ayant une influence certaine chacun dans son domaine. Telles, à titre d’exemple, et couvrant des domaines variés sont, Yannis Xenakis, Nana Mouskouri, Costa Gavras, mais encore dans le domaine des arts plastiques Aristomenis Angelopoulos, Mayo, dont le nom de famille est Malliarakis, ou encore Prassinos, Gaitis, Karavoussis ou Takis. Je me garderai toutefois de m’aventurer vers une énumération sans doute lacunaire, mais qui mérite d’être explorée davantage.
Pour la plupart mes compatriotes, qui ont érigé la France comme une deuxième patrie, n’ont éprouvé aucune difficulté à s’intégrer dans la société française dans un mélange productif avec l’évolution intellectuelle en France. S’il est encore facile de les reconnaître, au moins pour ce qui est de la première génération, par leurs noms à consonance grecque, il devient sans doute de plus en plus difficile de les départager en discernant un apport de l’intelligentsia grecque dans l’évolution de la culture française et européenne.
À ce propos je voudrais citer un extrait du journal d’André Gide, en voyage en Grèce. « Je suis un peu surpris d’être ici. Tout me parait si familier, je m’y parais si naturel. J’habite éperdument ce paysage non étrange : je reconnais tout, je suis comme chez moi : c’est la Grèce ».
Je voudrais citer aussi le nom de Jacqueline de Romilly, à laquelle, pour son œuvre monumentale sur la Grèce antique, lui a été octroyée, à titre exceptionnel, la nationalité Hellénique. C’est le meilleur exemple à mes yeux de cette action interactive/interculturelle entre l’Europe et la France en particulier et la Grèce.
Une interaction continue et féconde depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.
En guise de conclusion je me permets de terminer cette brève introduction en citant un passage d’un texte que Jacqueline de Romilly a écrit en 1995 à l’occasion d’un colloque similaire organisé à Paris par l’Ambassade de Grèce : « La Grèce n’est pas enfermée dans ce passé (l’antiquité grecque), si éblouissant soit-il. Que serait l’Europe, sans le message de Byzance ? Byzance qui ne représente pas seulement une des deux parts de l’empire romain, mais une des deux traditions du christianisme et, de plus, un monde qui a su se maintenir et, le moment venu, transmettre un peu de cet humanisme à l’Europe de la Renaissance ? Et comment oublier que, dans des temps plus récents, le vieil esprit de liberté s’est épanoui dans la lutte pour l’indépendance, qui a fait battre les cœurs en Europe ? Et voici qu’aujourd’hui, renouant avec les premières œuvres littéraires de la civilisation occidentale, le pays d’Homère obtient des prix Nobel de poésie… »



Introduction
Les apports de la pensée grecque à la compréhension des jeux sportifs
Bertrand During Professeur à l’Université de Paris Descartes
Pour comprendre les apports de la pensée grecque, il est normal de revenir sur ses origines, notamment sur le sport pour lequel la mythologie grecque nous a nourri.
Mythologie
Achille, premier « dopé » : dans le choix entre une vie longue et obscure, et une vie courte mais glorieuse, le parti d’Achille est vite pris : « à défaut d’éternité, la gloire ! »
Les émotions sportives classées en trois grandes catégories, correspondant à trois grandes structures mythologiques : le voyage initiatique, descente aux enfers, épreuve d’où l’on revient transformé pour les sports de pleine nature, la performance (citius, altius, fortius) où l’on joue symboliquement sa vie dans une forme de défi, et enfin, la compétition qui oppose deux champions, deux équipes pour illustrer la victoire des vivants, la constitution d’un axe et d’un ordre du monde.
Ces deux exemples, empruntés à Bernard Jeu, qui évoquait souvent, à propos du sport, la présence du mythologique au cœur des sociétés technologiques. Il avait aussi une belle formule, pour susciter la réflexion, lorsqu’il affirmait que le sport avait donné à la philosophie le lieu, le milieu, et le modèle de ses premiers développements. Il rejoignait Jacques Ulmann, qui renversant l’ordre habituel de la mise en relation, postulait dès les années soixante « que l’histoire de la philosophie n’ait qu’avantage à ne point ignorer ou négliger les enseignements que lui apporte l’histoire de l’éducation physique. » (1965, p 6)
Les intellectuels grecs dans l’Europe de l’après guerre : la technique et le jeu
J’en viens maintenant à la deuxième partie aux intellectuels contemporains qui ont marqué notre époque, Cornelius Castoriadis et à Kostas Axelos : ils seront à l’honneur, ainsi que Papaioannou, Poulantzas, Kondylis, dans les contributions qui vont suivre, proposées par d’éminents spécialistes. N’ayant quant à moi aucune autorité pour évoquer les œuvres de Castoriadis et d’Axelos, n’ayant trouvé d’ailleurs dans ce que j’en ai lu aucune référence directe aux pratiques motrices, au sport, je vais cependant mettre l’accent sur deux concept centraux qu’ils partagent, et qui concernent au premier chef le domaine où s’inscrivent nos travaux : il s’agit des concepts de technique, et de jeu.
Dans « Les Carrefours du Labyrinthe » (Seuil, 1978), sous le titre Koinônia (communication, partage) C. Castoriadis montre que pour la réflexion philosophique (comme d’ailleurs pour l’anthropologie) technique et langage, homo faber et homo loquens, procèdent de la même source. Ces deux dimensions de l’activité humaine ont en commun de créer leur univers propre, comme signifiant, comme une projection de l’humain agissant en retour sur lui. Langage, langue, parole ont leurs homologues, que l’on pourrait nommer production, techniques, outils.
Mais celui-ci n’est rien sans le geste, et on trouve à la base de toutes les techniques celles que Marcel Mauss désigne par techniques du corps. Puisqu’elles sont culturelles, les aborder comme un langage, comprendre la signification des relations qu’elles construisent avec l’espace, le temps, et les autres, ainsi qu’avec les objets qu’elles s’approprient relève d’une sémiologie de la motricité, telle que Pierre Parlebas l’a développée, et telle que nous continuons de la développer avec lui, en la mettant sous la Koinônia.
Puisque, pour la technique, nous avons évoqué Castotiadis, alors qu’Axelos en est aussi un redoutable analyste, tournons nous vers celui-ci pour aborder dans toute son ampleur, quoiqu’en quelques mots, la thématique du jeu. On trouve, dans « Ce questionnement » (Minuit, 2001), le passage suivant : « Il n’y a pas l’homme et le monde. L’homme n’est pas dans le monde. Il ne lui fait pas face. L’ouverture du jeu à travers l’homme « est » l’ouverture même du jeu du monde… « Être » de la proximité et de la distance, mû par le jeu qui le tient et le propulse, l’homme « devient » l’autre pôle d’une constellation unique. Il n’est décidément pas le maître de lui-même, ni le maître du jeu. » (p.56)
Que le jeu entre dans la définition même de l’homme signifie son importance, celle de la relation de soma, psychè, logos qui est à l’œuvre dans les jeux comme dans les techniques, et qui serait de nature à justifier que l’on s’intéresse à celles de ces techniques qui sont jouées. Il y a là plus qu’une rencontre, et les apports de ces jeunes grecs qui vinrent parmi nous après guerre sont, aussi pour nos objets, les jeux, les sports, d’une telle fécondité, qu’il faudra un certain temps pour en prendre la mesure.



Chapitre I
La question des intellectuels, d’un siècle à l’autre
Bernard Valade Professeur émérite à l’Université de Paris Descartes
L’abondante littérature que les intellectuels ont suscitée s’inscrit dans un cadre chronologique que l’on peut commodément dater et provisoirement borner. À la veille de la première Guerre mondiale paraissait le livre de E. Berth, Les méfaits des intellectuels (1914). Le titre provocateur de ce recueil d’articles, publiés entre 1905 et 1908, a davantage retenu l’attention que son contenu, précédé d’une longue préface de trente-huit pages signée par G. Sorel et généralement ignorée. Un siècle après, D. Lindenberg a posé la question Y a-t-il un parti intellectuel en France ? (2013). Dans l’essai ainsi intitulé, il revient sur les objectifs, les enjeux, les contradictions de ce « parti » qui a eu ses héros plus ou moins célèbres et diversement honorés. Entre ces deux dates les discours sur les intellectuels se sont multipliés, que les intéressés se sont eux-mêmes employés à nourrir. On rappellera donc, dans un premier temps, comment s’est opérée cette sédimentation idéologique qui sert d’assise aux débats d’aujourd’hui. Un deuxième point sera fait sur l’apport des historiens à la connaissance des « intellectuels » qu’ils ont résolument annexés à leurs domaines d’études. On soulignera enfin l’intérêt que présentent les principales analyses sociologiques dont ce « groupe social » s’est trouvé justiciable.
Le temps des polémiques idéologiques
On peut aborder la polémique ouverte sur les intellectuels à partir du livre de Berth, sans préjudice aux recherches linguistiques et historiques portant sur le premier emploi du substantif concerné. L’étude de J. Le Goff sur Les Intellectuels au Moyen âge (1957) a naguère donné lieu à discussion sur la légitimité de cette appellation. On a rappelé à satiété que cette dernière est contemporaine de l’Affaire Dreyfus, du procès Zola, de la Revue Blanche , et des prises de position adoptées par Barrès, Brunetière, Clémenceau et bien d’autres. Le Trésor de la Langue Française renvoie cependant à de savants travaux de lexicologie qui proposent une datation sensiblement antérieure ; et J. Julliard ( Dictionnaire des intellectuels , 1996, pp.14-15) indique que le substantif « intellectuel » se trouve chez Saint-Simon qui l’utilise, dès 1821, dans Du Système industriel , – pièce majeure d’une œuvre où les savants, les ingénieurs, les poètes étaient opposés à la triade noire formée du prêtre, du magistrat et du soldat.
« Je suis persuadé, écrit Sorel préfaçant Berth, que, dans quinze ou vingt ans, une nouvelle génération débarrassée, grâce au bergsonisme, des fantômes construits par les philosophes intellectualistes depuis Descartes, n’écoutera plus que le hommes capables de lui expliquer la théorie du mal ; alors on entendra les étudiants crier à leurs maîtres : “Parlez-nous de Pascal” ». La “victoire” de l’auteur des Pensées donne précisément son titre à la conclusion de ce livre où sont pris à partie les médecins, les pédagogues, les logiciens, « gens de tout acabit qui, enfoncés dans leurs idées, perdus dans leurs abstractions, oublient de voir le monde changer autour d’eux, en un mot les intellectuels , tous ceux qu’on pourrait appeler les bureaucrates de la pensé » ; ils prétendent substituer le formalisme rigide des règlements administratifs à la réalité « souple et vivante », et ne comprennent rien. Cette dénonciation de « l’inadaptation essentielle de l’intelligence au réel vivant et social » sera reprise dans une deuxième édition (1926), où un second avant-propos avertit le lecteur que la grande Guerre, la révolution bolchévique et les débuts du fascisme ont été pris en compte. L’année suivante paraissait La Trahison des clercs de J. Benda.
Pour Benda, les clercs ont toujours voué leur existence à la défense des valeurs spirituelles, à l’exercice de l’intelligence, à la recherche de la vérité. Ce n’est pas leur indifférence au réel qui va, comme chez Berth, leur être reprochée, mais au contraire l’excessive attention, en tout point déplacée, qu’ils lui ont prêtée depuis la fin du XIX e siècle. Sensibles au « perfectionnement moderne des passions politiques », ils ont adopté ces dernières, et, avec elles, une attitude politique , en les intégrant à leur activité. Les clercs en sont ainsi venus à exalter l’attachement au particulier, en dévalorisant le sentiment de l’universel, et à se livrer à la « prédication du pragmatique », en flétrissant « l’amour du spirituel ». « Grâce à eux (les intellectuels), on peut dire que pendant deux mille ans l’humanité faisait le mal, mais honorait le bien. Maintenant, ils honorent le mal en l’appelant bien ». Ils trahissent en faisant droit aux passions politiques ; ils militent en mettant l’action au-dessus de la connaissance.
Les clercs, comme Barrès et Maurras, qui ont « nationalisé l’esprit », étaient, en 1927, particulièrement visés. Dans la préface, qui compte plus de 90 pages, de la nouvelle édition (1946), l’auteur de La France byzantine a illustré sa thèse, – « à savoir que les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, et que j’appelle les clercs, ont trahi cette fonction au profit d’intérêts pratiques » – par de nouveaux exemples. Après le temps où la trahison se rapportait à la nation divinisée est venu, avec la « collaboration », celui où la patrie a été expressément trahie. Cette nouvelle trahison des clercs s’explique, dans le cas français, par des causes qui se résument en une seule : « la soif de la sensation ». Les voies empruntées sont diverses : elles sont répertoriées pp.76-77. Mais toutes montrent que désormais le clerc « se rue dans le sentir et rompt avec l’ascétisme spirituel qui constitue sa loi ».
Cinq ans après la première édition de La Trahison… P. Nizan publiait Les Chiens de garde (1932). La situation de l’intellectuel telle qu’il l’a décrite présente moins de traits communs avec la thèse de Benda qu’avec l’opinion de Berth. Ce ne sont pas Descartes et Pascal qui sont ici opposés, mais Leibniz et Spinoza. D’un côté le représentant des « philosophies satisfaites », de l’autre celui des « philosophies insatisfaites ». La critique vise la « philosophie installée » des « bureaucrates de la pensée » mis en scène dans Les Méfaits des intellectuels . Elle vise surtout la répartition des tâches entre le système universitaire et le système capitaliste dans la défense de la société bourgeoise : les maîtres de la Sorbonne et les membres du Comité des Forges sont objectivement associés dans cette même entreprise. D’autres pamphlets se situent, en revanche, dans la perspective ouverte par Benda. C’est le cas d’un écrit polémique donné par J. Monnerot en 1970.
Beaucoup moins cité que L’opium des intellectuels (1955) de R. Aron et que le Plaidoyer pour les intellectuels (1972) de J.-P. Sartre, l’ouvrage de Monnerot intitulé La France intellectuelle propose une intéressante description des universitaires, littérateurs et figures de l’intelligentsia. L’étonnement de F. Brunetière devant la constitution, à la fin du XIX e siècle, des gens de laboratoire et de bibliothèques en une sorte de caste nobiliaire, comme sa critique de la prétention à promouvoir les écrivains, les savants, les professeurs « au rang de surhommes » (p.33), sont opportunément rappelés. Un processus est balisé qui s’achève sur un constat : la faillite de « l’esprit critique », – dont c’est paradoxalement la raison d’être, la fonction sociale et la justification collective de l’intellectuel de l’incarner. Contradiction vivante, ce dernier est finalement défini comme « affectif cérébral qui poursuit les idées et les associations d’idées qui “l’excitent” » (p.45). Cette définition permet, selon Monnerot, de mesurer la distance qui sépare « ce phénomène historique, situé et daté, du type humain qui subit l’attraction de la vérité et qui est attiré par la sagesse » ( ibid .). Définition et description sont suivies d’une « histoire succincte des intellectuels », depuis l’affaire Dreyfus jusqu’à l’existentialisme sartrien.
La réflexion sur les intellectuels s’est accélérée, en France, au début des années quatre-vingt. Après Le pouvoir intellectuel en France (1979), R. Debray publie Le Scribe (1980), et F. Bourricaud, Le Bricolage idéologique (1980). Suivent Tombeau pour les intellectuels (1983) de J.-F. Lyotard, un important article de M. Blanchot « Les intellectuels en question » ( Le Débat , n°29, 1984), Le Savoir-vivre intellectuel (1985) de F. de Negroni. Les jugements portés par ce dernier sur l’intellectuel qui, « cumulant son statut traditionnel d’ordonnateur du savoir avec celui de star du savoir-vivre, va enfin éclipser, comme modèle existentiel, l’artiste et l’écrivain, ses rivaux de toujours », importent moins que le tableau récapitulatif (p. 234) des rôles, statuts, repères, modèles et cibles qui distinguent grands clercs et petits clercs, prescripteurs et diffuseurs. A cette littérature critique se rattachent divers essais, comme Les Intellos ou la dérive d’une caste (1995), de D.-S. Schiffer, qui fait se succéder généalogie, déclin et agonie (par la tentation du pouvoir et l’action des médias), ou Les Nouveaux chiens de garde (1997) de S. Halimi.
Ces critiques et ces contestations ont proliféré dans un contexte qui a d’abord été historiquement marqué par le triomphe, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de l’« intellectuel engagé ». Nombreux sont les ouvrages qui en ont traité. Trois cas, – Gide, Malraux, Sartre-, sont examinés par D. Caute dans Communism and the french Intellectuals (1964), traduit en français en1967. Deux riches études, Au service du parti (1944-1956) , Le Réveil des somnanbules (1956-1985) , de J. Verdès-Leroux ont fait la lumière sur Le Parti communiste, les intellectuels et la culture (1983,1987). Elargissant l’enquête dans La Fin de l’innocence – Les intellectuels d’Occident et la tentation stalinienne (1994, tr.fr.1995), S. Koch a analysé les croyances qui ont fonctionné, avec une redoutable efficacité, jusqu’au milieu des années soixante, et qu’ont partagées nombre d’agitateurs d’idées, de Gide à Hemingway, de Dorothy Parker à Bertold Brecht, de Dos Passos à Malraux. En contrepoint, on notera le peu d’attention portée au phénomène de résistance à l’attraction communiste, mouvement que P. Grémion ( L’intelligence de l’anticommunisme – Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975 , 1995) a parfaitement étudié.
Le XX e siècle s’achève sur un fort reflux de l’autorité reconnue aux intellectuels. La remise en question radicale de certitudes datant de la Libération, les déboires essuyés par les intellectuels « engagés », le démantèlement d’un univers mental, la transformation par les médias du marché intellectuel sont enregistrés par F. Hourmant dans Le Désenchantement des clercs (1997). Pendant longtemps « prophétique » avec J.-P. Sartre, puis « spécifique » selon M. Foucault, « la figure du clerc finit par se fragmenter sous les assauts de sa composante médiatico-mondaine ». Un identique processus, – la désacralisation des écrivains engagés, la péjoration des « intellos » – forme le fond du constat posé par P. Grémion dans « Ecrivains et intellectuels à Paris – Une esquisse » ( Le Débat , 1999,1). Deux numéros de la revue Esprit concluent finalement le “siècle des intellectuels” : « Splendeurs et misères de la vie intellectuelle » (mars-avril / mai 2000). « Fin de partie ? », s’interroge O. Mongin dans son texte de présentation ; la question est posée des conditions de la critique dans un régime démocratique : « Comment des intellectuels peuvent-ils retrouver un rôle critique sans être des “militants” qui suivent le mouvement social comme leur ombre, des “experts” éclairés par un savoir ou bien des aristocrates qui méprisent leur époque ou leurs semblables ? ». La comparaison ne serait pas sans intérêt à faire avec ce qu’il est dit du jugement intellectuel et politique en démocratie, dans une précédente livraison, consacrée à « La passion des idées », de la même revue (août-sept. 1986). Elle devrait prendre comme point de départ les affirmations dogmatiquement formulées par M. Foucault dans son article, publié dans Politique Hebdo (29 nov.-5 déc. 1976), sur « La fonction critique de l’intellectuel ».
Naissance et développement d’un thème historiographique
La conversion de l’intellectuel, sujet de l’histoire, en objet d’étude historiographique s’opère au cours de la décennie 80 du siècle dernier. La publication, en 1986, du livre de P. Ory et de J.-F. Sirinelli, Les Intellectuels en France, de l’affaire Dreyfus à nos jours , donne le signal d’une massive entrée en scène des historiens. J.-F. Sirinelli, dans la voie qu’il a commencé à tracer avec Intellectuels et passions françaises – Manifestes et pétitions (1970) publie successivement Générations intellectuelles – Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres (1988), Intellectuels et passions françaises (1990), Deux intellectuels dans le siècle – Sartre et Aron (1995). Sous la direction de P. Ory paraît, en 1990, Dernières questions aux intellectuels . De nouvelles pistes de recherches sont ouvertes par C. Charle, en 1990 d’abord, dans Naissance des « intellectuels » (1880-1900) , puis, en 1996, dans Les Intellectuels en Europe au XIX e siècle – Essai d’histoire comparée. Des points d’histoire sont plus précisément abordés par C. Prochasson, – Les intellectuels, le socialisme et la guerre 1900-1938 (1993), et avec A. Rasmussen, dans Au nom de la patrie – Les intellectuels et la première guerre mondiale (1996). Enfin après le Dictionnaire des intellectuels (1996) réalisé avec J. Julliard, M. Winock publie, en 1999, Le Siècle des intellectuels .
On n’a retenu ici que les contributions majeures à ce nouveau domaine d’étude qu’ont encore enrichi les ouvrages de M. Leymarie, Les Intellectuels et la politique en France (2001), de M. Leymarie et J.-F. Sirinelli, L’Histoire des intellectuels aujourd’hui (2003), de F. Dosse, La Marche des idées : Histoire des intellectuels – Histoire intellectuelle (2003). Les raisons de cette soudaine polarisation ont été précisées par J.-F. Sirinelli (2006). Jusqu’au milieu des années 70, le « statut historique éminent » de l’intellectuel « intimidait l’historien », autant gêné qu’impressionné par la « position en majesté des clercs français ». La crise qu’ont alors connue ces derniers leur a fait perdre une partie de leur « capacité d’intimidation ». Clio n’étant plus désormais seulement tournée vers un passé plus ou moins lointain, mais devenue accueillante à une “histoire du temps présent” comme à l’“histoire immédiate”, les intellectuels ont été convertis en objet d’étude par des historiens décidés à ne pas se satisfaire d’une littérature endogène faite d’autodéfinitions, d’autoproclamations ou d’autocritiques.
Dernière raison : la relève d’une histoire économique et sociale indifférente aux événements politiques, sommairement tenus pour l’écume des choses, par une histoire qui tient compte de leur cours, et de ceux qui s’y sont trouvés mêlés, – les intellectuels, notamment.
L’intérêt de ces rétrospectives doit être souligné. Il est de montrer, à la fin du XIX e siècle, la constitution des intellectuels en groupe de pression pour l’exercice d’un magistère moral ; de dresser l’inventaire des temps forts de leur mobilisation avant et après la Seconde guerre mondiale ; de faire voir, qu’en France, aux affrontements idéologiques entre intellectuels de droite et intellectuels de gauche, a succédé, après la Libération et la déconfiture des premiers, l’hégémonie des seconds restés seuls maîtres du terrain. Au-delà de l’apport documentaire fourni sur ce qui se laisse appréhender comme une catégorie hétérogène, un ensemble flou, un agrégat d’individus faiblement reliés, plusieurs de leurs auteurs se sont souciés de répondre à la question « Qu’est-ce qu’un intellectuel ? ». C’est le cas de P. Ory (1990, pp.11-50) pour qui « L’intellectuel est un homme de culture mis en situation d’homme du politique » ; son trait distinctif n’est pas de penser, mais de communiquer sa pensée, – création et médiation étant étroitement associées. Il fera de la politique « dès lors qu’il interviendra, en théorie et /ou en pratique, dans les débats civiques, quand il s’autorise de sa formation pour suggérer la transformation de la cité, quand au nom de ses choix culturels il proposera à ses contemporains un choix de société ». On ne peut pas le ranger dans une catégorie socio-professionnelle, « précisément parce qu’il ne se définit plus par ce qu’il est, – une fonction, un statut-, mais par ce qu’il fait, un certain type d’intervention sur un certain lieu : la cité ».
Trois des avancées effectuées par les historiens dans ce champ d’investigation doivent être signalées. Il leur revient d’abord d’avoir mis en rapport l’histoire des intellectuels avec l’histoire culturelle. La relation des intellectuels à la politique culturelle a été notée par O. Mongin (2000, cf. supra ) qui renvoyait à L’Invention de la politique culturelle (1996) de Ph. Urfalino ; elle a été systématiquement étudiée au sein de l’école historique française. Les sociabilités intellectuelles ont été, par ailleurs, constituées en objet d’analyse, singulièrement dans le cadre d’un organisme du CNRS, l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Le numéro 20 (1992) des Cahiers de l’IHTP , portant sur les « Lieux, milieux, réseaux » leur a été spécialement consacré. Cafés, manifestes, revues ( Tel quel , notamment, parmi d’autres publications, Esprit , Les Temps modernes , Change , Libre , Le Débat ), sont quelques-uns des espaces ou des pièces examinés. S’il est vrai, comme l’écrit J.-F. Sirinelli (2006) que ces notions sont en « copropriété avec d’autres sciences sociales », on mentionnera l’ouvrage du sociologue R. Rieffel La Tribu des clercs – Les intellectuels sous la Vème République (1994) qui en fait un large usage. Il revient enfin aux historiens d’avoir généralisé le comparatisme dans l’examen de questions que l’on a trop tendance à enfermer dans un cadre hexagonal. Cette entreprise a donné lieu à une Journée d’étude de l’IHTP en 1997 et à une première publication Histoire comparée des intellectuels (dir. M.-C. Granjon, N. Racine, M. Trebitsch, 1997), qu’a suivi Pour une histoire comparée des intellectuels (dir. M. Trebitsch et M.-C. Granjon, 1998). On notera cependant que les historiens ont été précédés dans cette voie par les sociologues, E. Shils, en particulier dont le premier des 23 essais, rassemblés dans The Intellectuals and the Powers (1972), explore « Some Perspectives for Comparative Analysis » (1958).
Les ressources du comparatisme ont été largement exploitées par les historiens. « L’intellectuel est-il une spécialité française ? », se demande D. Lindenberg (in P. Ory dir.,1990, pp. 157-209). Les comparaisons faites avec les pays anglo-saxons apportent des éléments de réponse. En Angleterre, le groupe des Apostles , – les « Apôtres de Cambridge », J. M. Keynes, B. Russel, A. Blunt-, s’est trouvé isolé sinon rejeté, à la différence des intellectuels français assez bien intégrés dans la société. Aux Etats-Unis, le nom de l’expert est celui de professional . Que le « professionnel » sorte de son champ de compétence est source de réprobation ; ainsi, le professeur d’université est un « professionnel » de l’enseignement, non le « petit prophète salarié par l’Etat » de M. Weber ; il travaille sur le marché, selon les lois du marché, et son travail ne s’accompagne pas, écrit D. Lindenberg, comme c’est le cas en France et singulièrement à Paris, « d’un préceptorat réel de l’opinion publique ». Ce que réfute cependant N. Chomsky ( Comprendre le pouvoir – Premier mouvement, 2006), pour qui les intellectuels sont au service de l’idéologie dominante ; ce qui motive, à front inversé, ses jugements virulents à l’encontre de la prêtrise séculière, – dont la tâche est de soutenir des vérités doctrinales-, que forment à ses yeux les intellectuels assimilés à des « directeurs de conscience idéologique », « spécialistes de la diffamation », véritables « commissaires politiques ».
Les études historiques ne manquent pas sur la situation des intellectuels à l’Ouest comme à l’Est, – en Roumanie et en Hongrie, par exemple (cf. C.Durandin, L’Engagement des intellectuels à l’Est , 1994)-, dans les sociétés libérales comme sous les régimes autoritaires. Elles font connaître ce que leur position a été dans des périodes déterminées : ainsi, pour l’Allemagne, celles réunies par M. Gangl et H. Roussel, Les Intellectuels et l’Etat sous la République de Weimar (1993). Pour l’Italie mussolinienne, M. Ostenc ( Intellectuels italiens et fascisme 1915-1929 , 1983) a bien mis en évidence l’anti-intellectualisme et l’irrationalisme antidémocratique dans lesquels ont versé G. D’Annunzio, F.T. Marinetti, G. Ungaretti, mais aussi L. Pirandello et C. Malaparte, – principaux acteurs de ce qui fut une « trahison des clercs à l’italienne ». Le rapprochement serait ici à faire avec l’anti-intellectualisme qui a sévi en France au cours de la même période (voir l’ouvrage rarement cité de J. David, Le procès de l’intelligence dans les lettres françaises (1919-1927) , 1966), et autres épisodes de cette protestation présentés dans le quinzième numéro (1997), – « Les anti-intellectualismes », de la Revue d’histoire intellectuelle Mille neuf cent .
L’histoire des intellectuels n’a pas cessé de manifester sa vitalité. Elle est jalonnée de retours sur des figures qui n’ont pas connu la célébrité des intellectuels « médiatiques », et de renouvellements d’analyses. C. Prochasson, par exemple, (« Léon Werth, l’intellectuel vrai », La Revue des revues , 40, 2007) invite à relire les articles donnés par L. Werth (1878-1955) aux Cahiers d’aujourd’hui où il déclare que le trio de « fantoches », – l’universitaire, l’artiste et le critique-, qui s’est longtemps imposé dans la vie des lettres, des arts et des idées, a vécu : il a sombré dans « l’insincérité ». G. Noiriel, à propos des relations qu’entretiennent les intellectuels et le pouvoir, thème naguère traité par E.W. Said ( Des Intellectuels et du pouvoir, 1994), a publié, en 2010, Dire la vérité au pouvoir – Les intellectuels en question . De l’étranger sont venus des éclairages, parfois crus, de l’aveuglement des intellectuels en France d’après la Libération : tel est celui portée, dans Un Passé imparfait – Les intellectuels en France – 1944-1956 , (1992), par T. Judt, sur leur conviction naïve d’être en mesure d’apprivoiser le communisme par la force du verbe. Les réactions ultérieurement suscitées, mais qui ont moins retenu l’attention, ont été étudiées par M.C. Christofferson ( Les intellectuels contre la gauche – L’idéologie anti-totalitaire en France 1968-1981 , 1994, tr.fr. 2014.). Si riches soient-ils, ces travaux historiques, nécessairement en prise sur le factuel, ne doivent pas faire oublier l’importance des études sur les intellectuels, réalisées en sciences politiques et en sciences sociales, qui les ont précédés ou accompagnés.
Les sociologies des intellectuels
En juin 1957, une table ronde se tenait, à l’initiative de l’Association française de sciences politiques, sur « Les intellectuels dans la société française contemporaine ». Dans la présentation des actes de cette rencontre publiés en 1959 ( Rev.fr de Sc. Pol. ), L. Bodin et J. Touchard observent, qu’à l’exception du livre de R. Aron, ce thème a été très peu étudié. Ils rappellent la définition donnée en 1932, par R. Michels, dans l’ Encyclopaedia of social sciences : « Les intellectuels sont des individus dotés de savoir ou, dans une acception plus étroite, ceux dont le jugement fondé sur la réflexion et la connaissance découle moins directement et moins exclusivement d’une perception sensorielle que le jugement des non-intellectuels ». Selon eux, l’intellectuel peut-être défini de trois façons : d’après sa profession, comme on le fait en URSS, avec l’intelligentsia, et en France avec la Confédération des travailleurs intellectuels (C.T.I.) et l’INSEE qui répartit lesdites professions en dix catégories ; d’après sa culture, ainsi que le propose S.M. Lipset (1959) : « Nous considérons comme intellectuels tous ceux qui créent, distribuent et mettent en œuvre la culture, – cet univers des symboles comprenant l’art, la science et la religion » ; enfin, mais plus limitativement, d’après la conscience qu’il a de son rôle conçu en termes de vocation et de conviction. Les médecins, les journalistes, les instituteurs font l’objet d’examens approfondis que suivent différentes enquêtes, dont l’une porte sur « Un rassemblement d’intellectuels : la Ligue des droits de l’homme »
Organisé à Paris, en novembre 1972, par l’Association internationale pour la Liberté de la Culture, un colloque consacré au rôle et à la responsabilité des intellectuels a donné lieu, l’année suivante, à la publication d’une série de textes qu’ont notamment signés B. Cazes, A. Grosser, R. Nisbet. « Situation des intellectuels » ( Contrepoint , 1973) s’ouvre sur une question posée par Cazes : « Experts ou prophètes ». Il part de la distinction faite par Aron entre expert et non expert, et des deux échelles d’intensité, l’une fondée sur la polarité efficacité / culture, l’autre sur la polarité création / imitation. Des changements sont relevés : les oppositions entre groupes d’intellectuels ont tendance à perdre de leur netteté ; les frontières entre le « système des intellectuels » et son environnement ne sont plus aussi imperméables que par le passé. A partir des analyses de J.A. Schumpeter (voir infra ), il envisage le destin de l’intellectuel comme être coupé de l’expérience (en distinguant profession intellectuelle et intellectuel professionnel), sujet non responsable, et personne portée à la critique. En conclusion, il semble à B. Cazes que le système en question est voué au dépérissement : « il ne paraît pouvoir survivre que sous deux formes antagoniques et complémentaires : celle de l’ expert (…) et celle de critique », conjointement justifiées par les besoins de la société.
Troisième échantillon du débat pris en charge par les sciences sociales : les communications du colloque de Dorigny (Université de Lausanne, 1989) réunies dans la Revue européenne des sciences sociales (1990). « Les intellectuels : déclin ou essor ? » : la première option est retenue. G. Busino estime, dans l’introduction, que les « nouveaux intellectuels » ont fait long feu. En France, F. Bon et M.-A. Burnier ( Les Nouveaux Intellectuels , 1968) avaient annoncé la fin des intellectuels libéraux, l’avènement des intellectuels technocrates et la révolte des intellectuels techniciens. Peu de temps après, R. Gross et P. Osterman saluait outre-Atlantique The New Professionals (1972), tous issus d’un processus de professionnalisation de l’ensemble des activités intellectuelles. En 1987, R. Jacoby ( The Last Intellectuals ) constatait la disparition des « hommes d’idées qui s’adressent à l’ensemble de l’opinion ou à un public cultivé ». La crise que les intellectuels traversent alors s’explique par des raisons structurelles et conjoncturelles, particulièrement accentuées dans le cas français : changements socio-économiques avec la tertiarisation de la population, l’effacement des lignes de partage entre catégories sociales, l’affaiblissement des exigences révolutionnaires ; mutations socio-politiques : de répressif, l’ordre social est devenu assez bienveillant, ce qui a fondamentalement modifié les conditions du débat sur la pensée et la cité, débat dans lequel l’intellectuel jouait un rôle médiateur ; transformation de l’Université qui s’est spécialisée, professionnalisée, bureaucratisée, et expansion des médias qui ont laminé l’audience des intellectuels en favorisant le vedettariat dans le domaine du sport et des spectacles.
À la banalisation des fonctions d’information et de communication, s’est ajoutée une crise de la confiance naguère placée dans les intellectuels. Ne pas articuler les mots de la tribu, cultiver le doute, bref « ne pas croire » : tel était l’impératif catégorique auquel ces derniers devaient se soumettre. Or, nombreux sont ceux qui se sont “engagés”, et nombreuses ont été les occasions, – exaltation du stalinisme, défense du maoïsme, etc.-, où ils se sont laissés abuser. Cette perte de crédit a suscité diverses réactions au cours des trois dernières décennies. Elles vont d’une légitimation de la fonction critique des intellectuels au vœu d’un renouvellement de leur rôle. C. Castoriadis (1987) les a appelés à l’objectivité et à l’universalité dans l’exercice de leur fonction, en les définissant comme ceux qui « essaient de dépasser la sphère de spécialisation et s’intéressent activement à ce qui se passe dans la société » ; « par la parole et la formulation explicite d’idées générales, (ils) essaient d’influer sur l’évolution de leur société et le cours de l’histoire ». Pour d’autres (M. Gauchet et alii , 2003), l’intellectuel est à « réinventer » : avec « l’invention d’une culture de la confrontation », le passage de l’engagement à la discussion et l’instauration d’un vrai débat, l’intellectuel « démocratique » prendra la relève de l’intellectuel « prophétique » ; ce qui n’a pas empêché Ph. Murray ( ibid ) d’ironiser sur « l’illusion bavarde et perpétuelle que l’on pourrait déchiffrer le monde en en débattant ».
Ces différents matériaux pour une sociologie des intellectuels sont à rattacher à un corpus théorique dont les pièces sont inégalement mentionnées. Il est devenu habituel de tenir le chapitre de L’Ancien Régime et la Révolution (1856) de Tocqueville, intitulé « Comment, vers le milieu du XVIII e siècle, les hommes de lettres devinrent les principaux hommes politiques du pays et des effets qui en résultèrent », pour le premier exposé systématique, à caractère sociologique, de la fonction sociale des gens de lettres et de leur rôle politique. Cette fonction s’est exercée dans l’abstrait, car c’est bien une cité des nuées, une société imaginaire que les philosophes des Lumières ont conçue. « La condition même de ces écrivains les préparait à goûter les théories générales et abstraites en matière de gouvernement et à s’y confier aveuglément ». Ces amateurs d’idées générales jouirent de la liberté de s’exprimer, « presque sans contrainte », sur l’origine des sociétés, la nature du gouvernement, les droits du genre humain ; « la vie politique fut violemment refoulée dans la littérature », et les écrivains prirent en main « la direction de l’opinion » (liv.III, chap.1). De ces penseurs engagés, hommes d’idées en prise sur l’opinion publique, connus et reconnus par la société à différentes époques, P. Bénichou a fait défiler la cohorte dans son admirable trilogie, Le Sacre de l’écrivain (1973), Le Temps des prophètes (1977), Les Mages romantiques (1988).
Il est également classique de citer les jugements portés par M. Weber dans Le Savant et le politique (1919), et surtout d’opposer les analyses simultanément développées par A. Gramsci et K. Mannheim. Ce dernier ( Ideologie und Utopie , 1929, Mensch und Gesellschaft im Zeitalter , 1935), a affirmé l’autonomie des intellectuels au sein de la société où ils forment un groupe sans attache sociale, la fameuse « freischwebende Intelligenz ». Mentalement situé dans l’intervalle d’une patrie d’origine et d’une patrie d’adoption, l’intellectuel recherche l’observatoire qui lui permettra d’adopter une pluralité de points de vue, éliminant ainsi les effets de méconnaissance produits par l’idéologie et l’utopie ; le déracinement est son lot, la mobilité sa chance, la marginalité le risque qu’il court. A. Gramsci ( Quaderni del carcere , 1929-1935) a dénoncé « questa utopia per cui gli intellettuali si credono “independenti”, autonomi » (1971, p.16). Sa théorie des « intellettuali organici » se profile sur un horizon de pensée où se trouvent liés production et politique, politique et culture, culture et langage, langage et production. Pour lui, les intellectuels sont les « commis » de la classe dominante, « i “commessi” del gruppo dominante per l’esercizio delle funzione subalterne dell’egemonia sociale e del governo politico » ( ibid. , pp.20-21).
Ce débat contradictoire a masqué d’autres contributions à la sociologie des intellectuels. Celle de V. Pareto ( Traité de sociologie générale, 1916) est généralement ignorée ; il est vrai qu’elle est inséparable de sa théorie des résidus qui ne se laisse pas aisément pénétrer. Ce qu’il est dit au § 1779 de « certains théoriciens » appelés “intellectuels”, apparus à la fin du XIX e siècle, qui entendaient soumettre les affaires pratiques aux conclusions logiquement tirés de leurs principes, a moins d’importance que les éléments d’explication fournis aux § 970 et 2229. En effet, Pareto ne se contente pas de dire que les intellectuels européens, comme les mandarins chinois, sont les pires des gouvernants, étant plus loin de la réalité que les « politiciens pratiques de petite envergure » ; il repère chez eux le besoin d’unir divers résidus : ils agrègent « le bien , le bon , le beau , le vrai , et il y en a même qui ajoutent l’ humain , ou mieux l’ altruisme, la solidarité , en un formant un ensemble qui chatouille agréablement leur sentimentalité ». Ce qui l’amène à discerner et la façon dont ils sont instrumentalisés et leur place dans le fonctionnement social : « La prédominance des résidus de l’instinct des combinaisons dans la classe gouvernante, porte celle-ci à faire largement appel aux “intellectuels” qui sont, au contraire, repoussés des classes où prédominent les résidus de la persistance des agrégats ».
Un autre économiste-sociologue, J.A Schumpeter, a donné une description très détaillée et une remarquable explication de la situation de ces « gens qui manient le verbe écrit ou parlé » ( Capitalisme, socialisme et démocratie , « La sociologie de l’intellectuel », 1942,). À la différence des autres écrivains et orateurs, ils n’assument « aucune responsabilité directe en ce qui concerne les affaires pratiques » ; ils ne possèdent « aucune des connaissances de première main que fournit seule l’expérience » ; « une troisième caractéristique consiste dans (leur) attitude critique ». Après avoir précisé que les sophistes, philosophes et rhéteurs « illustrent merveilleusement (sa) pensée », Schumpeter indique que « si le monastère a été la nursery des intellectuels du monde médiéval, c’est le capitalisme qui les a lâchés en liberté ». Il montre comment les humanistes, « premiers intellectuels » à avoir disposé d’un public au sens moderne du terme, sont passés de la critique des textes à une critique sociale , critique qui s’est accentuée et « émancipée » au XVIIè et XVIII e siècles. Il explique aussi de façon convaincante « la répugnance du régime capitaliste à contrôler efficacement son secteur intellectuel ». Sa démonstration s’achève sur les « facilités » données à l’enseignement supérieur, la « surproduction des intellectuels », la multiplication de ceux qui sont « sans attaches professionnelles », et la montée d’une insatisfaction qui engendre le ressentiment.
Chacune des séquences du processus socio-historique ainsi déroulé est susceptible d’être reprise et discutée, de son origine à son terme, à la lumière de recherches et d’interrogations contemporaines. En allant au-delà de « l’indignation vertueuse » provoquée par « le spectacle d’exactions honteuses », Schumpeter est le premier à avoir donné une réponse globale et cohérente à la question qu’a examinée R. Boudon (2004) : pourquoi les intellectuels rejettent-ils le capitalisme ? Pourquoi sont-ils hostiles à l’économie de marché ? Pourquoi n’aiment-ils pas le libéralisme. En donnant les sophistes et les rhéteurs pour modèles de ces « gens qui parlent de tout », Schumpeter a bien vu que « l’objet » de son propos existe, « soigneusement étiqueté, sur les rayons du musée grec ». Une connaissance approfondie des œuvres de ce « musée » restitue au dit « objet » sa pleine originalité. Ainsi, l’ouvrage dirigé par N. Loraux et C. Miralles ( Figures de l’intellectuel en Grèce ancienne , 1998) oppose le discours bref, qui s’inscrit dans la tradition aristocratique, au « parler long » ( makron legein ), instaurateur du débat démocratique. L’origine de ce dernier ne doit pas être cherché dans le dialogue platonicien, conduit comme un interrogatoire judiciaire visant à l’établissement des faits, mais dans l’art du sophiste qui est un technicien du verbe, un orateur capable de former une doxa , un « pragmaticien » auréolé de performances orales, – ce qui assigne à l’« intellectuel » un rôle majeur dans la circulation des discours au sein d’une société.
D’un siècle à l’autre, la “question des intellectuels” a été traitée, sinon agitée, de façon diverse. Le babil des intellectuels « médiatiques » n’a pas peu contribué à lui conserver sa charge polémique. Les historiens ont relaté les vicissitudes de ce groupe difficile à circonscrire. Des sociologues se sont employés à localiser les intellectuels dans la structure sociale ou, comme R. Boudon (1981, 1988), à identifier leurs « marchés ». La masse d’informations recueillies et d’explications avancées ne suffit cependant pas à masquer les incertitudes qui demeurent quant à la définition du type social concerné. « Nous conviendrons d’appeler intellectuels les individus qui, pourvus d’une certaine expertise ou compétence dans l’ordre cognitif, manifestent aussi un souci particulier pour les valeurs centrales de leur société ». Ainsi définie dans le Dictionnaire critique de la sociologie (R. Boudon, F. Bourricaud, dir., 1982), cette « catégorie » rassemble les intellectuels par qualification et les intellectuels par vocation . La « sociologie des intellectuels » esquissée par L. Pinto aux pages 288-289 du Dictionnaire de sociologie (A. Akoun, P. Ansart, dir., 1999) dessine une autre orientation. L’intellectuel est ici « un producteur de biens culturels en lesquels ses pairs reconnaissent une qualité proprement intellectuelle ». Les impasses de la démarche objectiviste sont soulignées : elle est « impuissante à rendre compte tant des principes internes de différenciation que des tensions entre les intérêts des agents et leurs contributions à une universalité qui les dépasse ». Appréhendés dans des optiques aussi sensiblement contrastées, les « intellectuels » constituent un champ d’étude qui n’a pas fini d’être labouré.

Références bibliographiques
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