La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au siècle des Lumières. Tome IV
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Description

Ce quatrième volume de Transversales est le quatrième volet des travaux de spécialistes des études sur le dix-huitième siècle français et britannique. Dans le cadre du projet de la Maison des Sciences Humaines de Bretagne (MSHB) « La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au Siècle des Lumières : l’émergence d’un nouveau modèle de société », ces chercheurs tentent de redéfinir les modes opératoires de la sociabilité pour chacune des deux nations, à partir de sources célèbres ou méconnues. Ils s’interrogent sur la réalité de la supériorité du modèle français de sociabilité. La tonalité des trois premiers volumes reflétait beaucoup les conclusions de Georg Simmel qui fait de la sociabilité « la forme ludique de la socialisation » et un « symbole de vie ». Le présent volume s’attache à différentes expressions qui montrent une forme de crise de cette sociabilité émergente.
This volume is the fourth in the Transversales series published by a group of researchers of different nationalities, with the support of the Maison des Sciences Humaines de Bretagne (MSHB), on the topic of sociability in France and Britain during the Enlightenment. The research focuses on the extent to which a new model of sociability emerged in these nations during this period, and the similarities and differences between the ways this model developed on each side of the Channel. While the first three volumes drew much of their inspiration from Georg Simmel’s views of sociability as “the playful form of socialization” and a “symbol of life”, the present volume highlights various accounts of the crisis that an emerging sociability was undergoing.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 juin 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304045017
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de Norbert Col et Allan Ingram
La Sociabilité en France et en Grande-Bretagne au siècle des Lumières
L’émergence d’un nouveau modèle de société
Tome IV Utopie, individu et société : la sociabilité en question
Collection Tranversales
Éditions Le Manuscrit Paris


© Éditions Le Manuscrit, 2015
© Couverture : « Dumourier dining in state at St. James’s on the 15th of May, 1793 », Gillray, James, 1756-1815, printmaker. Courtesy of the Lewis Walpole Library, Yale University
EAN : 9782304045000 (livre imprimé)
EAN : 9782304045017 (livre numérique)


Présentation de la collection
La collection Transversales , dirigée par Annick Cossic-Péricarpin, a pour vocation de rendre compte des travaux d’universitaires dont le champ d’étude est le dix-huitième siècle britannique ou français et qui s’intéressent plus particulièrement aux formes, fonctions et modes opératoires de la sociabilité en Grande-Bretagne et en France. Le socle théorique de la collection est divers en raison de la multidisciplinarité des contributeurs qui font appel aux notions de modèle culturel, d’influence, de transfert et de conflit. Les publications annuelles de la collection font suite à une série de manifestations scientifiques qui ont débuté en décembre 2009 à l’Université de Brest dans le cadre d’un projet de la Maison des Sciences Humaines de Bretagne. « L’archéologie du savoir » qui y est mise en œuvre a pour objectif ultime, par une lecture croisée de la sociabilité au siècle des Lumières, une meilleure compréhension des enjeux sociétaux d’aujourd’hui.
La problématique posée ‒ l’émergence d’un nouveau modèle de société et sa puissance disséminatoire ‒ est novatrice tant par les sources utilisées que par les attendus scientifiques qui permettraient une remise en cause de postulats généralement admis, en l’occurrence la supériorité du modèle français de sociabilité. Une telle thématique est éminemment moderne et d’une actualité prégnante à une époque où l’individualisme et les conduites antisociales semblent l’emporter sur la ritualisation des rapports sociaux. Un réexamen d’un certain nombre de présupposés sur le dix-huitième siècle et sur les relations entre les nations française et britannique n’est pas seulement une exhumation du passé, mais mène, en dernier ressort, à une réinterprétation du présent.


À la mémoire de Paul-Gabriel Boucé (1936-2004)


Comité scientifique
Annick Cossic-Péricarpin
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : UBO Brest, HCTI/CEIMA, EA 4249
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Bath au xviii e siècle : les fastes d’une cité palladienne, PUR, 2000, 200 p. ; Édition critique , The New Bath Guide , Christopher Anstey, Peter Lang, 2010, 301 p. ; ouvrage en co-direction : Spas in Britain and in France in the Eighteenth and Nineteenth Centuries , CSP, 2006, 521 p.
Allan I ngram
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : Northumbria University, Newcastle, UK
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : The Madhouse of Language , Routledge, 1991, Cultural Constructions of Madness in Eighteenth-Century Writing , Palgrave, 2005, Melancholy Experience in Literature of the Long Eighteenth Century : Before Depression, 1660-1800 (co-direction Stuart Sim, Clark Lawlor, Richard Terry, Leigh Wetherall-Dickson, John Baker) Palgrave, 2011.
Éric Francalanza
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : UBO, Brest, Centre des Correspondances et Journaux Intimes, UMR 6563
Domaine de compétence : dix-huitième siècle français
Principales publications : Jean-Baptiste-Antoine Suard journaliste des Lumières , Paris, Champion, 2002, « Les Dix-huitièmes Siècles », n° 60, 469 p. ; Voltaire, Patriarche militant. Le Dictionnaire philosophique (1769) , PUF-CNED, 2008, Série « xviii e siècle », 201 p. ; Correspondance littéraire de Suard avec le margrave de Bayreuth (1773-1775). Édition établie à partir des manuscrits inédits de la Bibliothèque Historique de la ville de Paris et de la Bibliothèque municipale de Besançon, présentée et annotée par Éric Francalanza, Honoré Champion, 2010, coll. « Bibliothèque des correspondances, mémoires et journaux », n° 53, 984 p.
Valérie Capdeville
Titre : Maître de Conférences
Université ou Centre de recherche : Paris 13, PLEIADE-CRIDAF, EA 453
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : L’Âge d’or des clubs londoniens (1730-1784) Paris, Champion, 2008, « Les Dix-huitièmes Siècles » 496 p. ; « Les cafés à Londres : de nouvelles institutions culturelles à la fin du xvii e siècle », in Jacques Carré dir., Londres 1700-1900 : naissance d’une capitale culturelle , PUPS, 2010, coll. « Britannia », pp. 63-84 ; « Gender at stake : the role of eighteenth-century London clubs in shaping a new model of English masculinity », Culture, Society & Masculinities , 4.1 (spring 2012), pp. 13-32.
Norbert Col
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : Université de Bretagne-Sud, Lorient, CERHIO-Lorient CNRS UMR 6258
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Burke, le contrat social et les révolutions , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001. À la recherche du conservatisme britannique : historiographie, britannicité, modernité ( xvii e - xx e Siècles) , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007.
Hélène Dachez
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de Recherche : Toulouse 2 – Le Mirail
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Ordre et Désordre : le corps et l’esprit dans les romans de Samuel Richardson (1689-1761), Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2000 ; Le Sang dans le roman anglais du xviii e siècle, Montpellier, PU de la Méditerranée, 2007.
Jean-Noël Pascal
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : Toulouse 2 – Le Mirail
Domaine de compétence : littérature française xviii ème siècle
Principales publications : Fables de Florian, édition critique, Ferney-Voltaire, CIEDS, 2005, Le Cœur terrible : Gabrielle de Vergy, Fayel, Gabrielle de Passy, Presses Universitaires de Perpignan, coll. « Études », 2005 ; Lyres, harpes et cithares : les psaumes en vers français de 1690 à 1820, Saint-Estève, les Presses littéraires, 2011.
Arlette GAUTIER
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : UBO, Brest, CRBC
Domaine de compétence : sociologie (construction des genres et des familles, sur des périodes allant de l’esclavage et du colonialisme à des situations post-coloniales).
Principales publications : Les sœurs de Solitude , Paris, Les éditions caribéennes, 1985 ; Le sexe des politiques sociales , avec Jacqueline Heinen, Paris, Éditions Indigo et Côté-femmes, 1993, Politique de population, médiateurs institutionnels et fécondité au Yucatan , avec André Quesnel, Paris, Éditions de l’IRD, 1993, Les politiques de planification familiale , Nogent-sur Seine, Éditions du CEPED, 2003.


Les auteurs
Norbert Col , ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’anglais, est professeur d’histoire et de littérature britanniques à l’Université de Bretagne-Sud et membre du CERHIO-Lorient CNRS UMR 6258. Spécialiste d’histoire des idées au xviii e siècle, il a surtout publié sur Edmund Burke et Jonathan Swift, mais s’est aussi intéressé à certains penseurs du xx e siècle comme Leo Strauss et Michael Oakeshott. Il a publié une édition bilingue de l’ Appel des whigs modernes aux whigs anciens , d’Edmund Burke (Presses universitaires de Rennes, 1996) et Burke, le contrat social et les révolutions (Presses universitaires de Rennes, 2001). Il a aussi édité Écritures de soi (L’Harmattan, 2007). Son dernier ouvrage est À la recherche du conservatisme britannique : historiographie, britannicité, modernité ( xvii e - xx e siècles) (Presses universitaires de Rennes, 2007).
Gerald J. Butler was born and raised in San Francisco and received his A. B. from the University of California, Berkeley (Phi Beta Kappa) and his Ph. D. from the University of Washington. At Washington, he studied under Wayne Burns, author of The Panzaic Principle , an approach that takes Cervantes’ Don Quixote as a kind of archetype of the novel genre but stresses the way cultural ideals are rendered “quixotic” by their “panzaic” dimension. Butler has taught his “panzaic” approach at San Diego State University, where he is now Professor Emeritus, as well as at Nice and Rennes. His published books include Love and Reading : An Essay in Applied Psychoanalysis, Henry Fielding and Lawrence’s “Old Adam,” and Fielding’s Unruly Novels . He has published numerous articles on eighteenth-century British literature and the theory of the novel in scholarly works. At present he is completing a book on the Panzaic in eighteenth-century British literature entitled “As If They Had Something to Tell Us” (after a remark once made by Serge Soupel of the University of Paris-III) as well as writing fiction of his own.
Marjolaine Badufle est doctorante en littérature moderne à l’Université de Bretagne-Sud, Lorient / HCTI. Sa thèse, co-dirigée par Ioana Galleron et Norbert Col, porte sur Politique(s) de la littérature chez Montesquieu.
Marion Lopez-Burette est professeur agrégé d’anglais en classes préparatoires littéraires au lycée Jean-Jaurès à Reims. Elle a soutenu en 2012 une thèse intitulée « Tristram Shandy ou l’identité en question » , sous la direction du professeur Frédéric Ogée. Elle a publié divers articles sur la littérature anglaise du xviii e siècle, en particulier sur Tristram Shandy .
Leigh Wetherall Dickson is Senior Lecturer in eighteenth and nineteenth-century literature at Northumbria University. Her current research and publications focus upon the relationship between fashion, fame and depression in the long eighteenth century. She has published extensively on Lady Caroline Lamb and has edited her collected works for Pickering and Chatto, 2009. More recent publications focus upon accounts of eighteenth-century experiences of depression, including ‘Melancholy, Medicine, Mad Moon and Marriage : Autobiographical Expressions of Depression’ in Melancholy Experience in Literature of the Long Eighteenth Century , Palgrave, 2011. She was also general editor, alongside Allan Ingram, of Depression and Melancholy 1660-1800 that comprised four volumes, also for Pickering and Chatto, 2012. Of the four volumes she was editor of ‘Autobiographical Writings’ (volume 3) and co-editor of ‘Popular Culture’ (volume 4).
Allan Ingram is Professor of English at the University of Northumbria at Newcastle. He has published books on James Boswell, on Swift and Pope, and on eighteenth-century insanity and its representation (one in collaboration with Michelle Faubert), as well as edited collections of primary material on the relations between insanity and medicine in the period. He has edited Gulliver’s Travels for Broadview Press (2012). Between 2006 and 2009 he was Director of a Leverhulme Trust project, ‘Before Depression, 1660-1800’, as part of which he was co-general editor (with Leigh Wetherall-Dickson) of a Pickering & Chatto four-volume collection, Depression and Melancholy, 1660-1800 (2012) and co-author of Melancholy Experience in the Long Eighteenth Century (2011). He is currently working on relations between Swift, Pope and the medical profession, and is Co-Director of a second Leverhulme Trust project, ‘Fashionable Diseases: Medicine, Literature and Culture, 1660-1832.’
Ancienne élève de l’ENS de Paris, agrégée de philosophie, Géraldine L epan est maître de conférences en philosophie morale et politique à l’Université Toulouse II-Le Mirail et membre de l’UMR 5037 (CERPHI). Ses travaux portent sur la philosophie du droit, les théories du contrat social, les questions de la guerre et de l’amitié aux xvii e et xviii e siècles. On lui doit notamment Jean-Jacques Rousseau et le patriotisme (éd. H. Champion, coll. « Les xviii e siècles », 2007), ainsi que différents articles sur Rousseau : « Éducation et amour dans Émile de Rousseau », dans La Question sexuelle, Interrogations de la sexualité dans l’œuvre et la pensée de Rousseau , coll. « L’Europe des Lumières », Éd. Garnier, 2012 ; « De la morale à l’éthique : Plutarque dans Émile et les Rêveries », Plutarque de l’âge classique au xix e siècle, Présences, interférences et dynamique , Jérôme Million, « coll. Horos », 2012 ; « Que signifie vivre en paix pour Rousseau ? », Dix-Huitième Siècle , n° 43, 2011. Elle travaille également sur Hobbes : « Amitié, concorde, civilité chez Hobbes », dans Amitié et Compagnie, Autour du « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie , Coll. Classiques Garnier, « Cahiers La Boétie », 2012, et sur Grotius (« L’idée de guerre juste chez Grotius », Cahiers philosophiques , n° 110, juin 2007).
Agrégée d’anglais, Alexandra Sippel est maître de conférences en civilisation britannique et civilisation économique à l’Université Toulouse 2-Le Mirail. Elle a soutenu en 2009 une thèse consacrée aux représen tations du travail dans les utopies britanniques du xviii e siècle, sous la direction du professeur Jacques Carré. Ses recherches portent à présent sur différents aspects du genre utopique : les questions économiques et sociales, mais aussi la problématique de la natalité et de la population avant Malthus ou encore l’esthétique antique ou le paysage utopique à l’aube de l’ère industrielle.
Bärbel Czennia (McNeese State University, Louisiana, États-Unis), Professeur (Associate Professor) de littérature britannique à McNeese State University, est l’auteur d’une monographie sur l’histoire de la traduction des romans de Charles Dickens en allemand ( Figurenrede als Übersetzungsproblem , Peter Lang, 1990) ainsi que de plusieurs articles sur la traduction littéraire des comédies anglaises du xvii e et du xviii e siècle (William Congreve, Richard Brinsley Sheridan) et du romancier Joseph Conrad. Elle a publié divers articles sur les relations entre les nouvelles sciences et la littérature anglaise pendant le « long » xviii e siècle (par exemple sur la météorologie, sur les feux d’artifice, sur la réception contemporaine des animaux réels et imaginés, et sur les voyages de découverte de James Cook) ainsi que sur le développement des identités collectives en Grande-Bretagne et ses colonies du Pacifique Sud. Elle a coordonné et publié une collection d’essais, Celebrity : The Idiom of a Modern Era (AMS Press, New York, 2013). Elle est l’éditeur des sections “British Literature” et “Pacific Literatures in English : New Zealand and Australia” pour ECCB : The Eighteenth-Century Current Bibliography (AMS Press, New York).
Kevin L. C ope completed his doctoral degree from Harvard University, after receipt of which he accepted a professorship at Louisiana State University. His books include Criteria of Certainty : Truth and Judgment in the English Enlightenment , which explores the literary uses of philosophical explanation ; John Locke Revisited , a comprehensive reading of the full spectrum of Locke’s writing, from his theological speculations to his political theories ; and In and After the Beginning : Inaugural Moments and Literary Institutions in the Long Eighteenth Century , which investigates the idea of “the beginning” in a variety of both literary and philosophical texts. Cope has edited a bevy of multi-author volumes on topics such as allegory in the eighteenth century ; dialogue as an Enlightenment literary genre ; the cultural and iconic uses of representations of George Washington ; eighteenth-century imaginations of the sciences ; eighteenth-century literary criticism ; adventure as a literary idiom ; and early-modern renderings of the night. Cope’s most recent volume, Textual Studies and the Enlarged Eighteenth Century : Precision as Profusion , considers the challenges raised by the modern ability to gain simultaneous access to more information about the early modern period than that period ever possessed about itself. Cope edits two journals : 1650-1850 : Ideas, Aesthetics, and Inquiries in the Early Modern Era , which is now in its twentieth year of publication, and the long-running ECCB : The Eighteenth-Century Current Bibliography , a comprehensive review-bibliography for all the disciplines that comprise eighteenth-century studies. Presently, Cope is at work on a book concerning the exploration of spectacular geological phenomena (volcanos, caves, geysers, earthquakes) during the “long” eighteenth century and is also editing volumes on eighteenth-century renderings of the sea and on motion and locomotion as understood by early modern authors. Among Cope’s secondary vocations is that of academic policy-making. The primary author of the Louisiana Transfer Degree program, Cope is a specialist in statewide transfer and articulation as well as in the formation of multi-campus curricula. An enthusiast for academic budget management, retirement plan analysis, and university-faculty relations, Cope frequently testifies for and consults with legislators and government panels.


Introduction La crise de la sociabilité
Norbert Col Professeur à l’Université de Bretagne-Sud Univ. Bretagne-Sud, UMR 6258, CERHIO, F-56100, Lorient, France
Les volumes précédents de la collection Transversales ont abordé la question de la sociabilité à partir d’une définition anglaise, datant du xv e siècle, selon laquelle il s’agit de « the character or quality of being sociable, friendly disposition or intercourse » ( Oxford English Dictionary ), et d’une double définition française évoquant « l’aptitude de l’espèce humaine à vivre en société » et « l’aptitude de l’individu à fréquenter agréablement ses semblables » ( Dictionnaire de l’Académie française , 1798) 1 . Ces deux définitions, à bien prendre les choses, procèdent de deux accents présents chez Aristote : l’homme, « animal politique », inspire aussi une étude de l’amitié en fonction de laquelle « entre amis, tout est commun 2 . »
Les deux premiers volumes de la collection Transversales empruntaient aussi une bonne part de leur cadre théorique aux analyses de Georg Simmel qui voyait dans la sociabilité une interaction, un « lien de réciprocité qui flotte en quelque sorte librement entre les individus », voire « la forme ludique de la socialisation 3 . » Simmel considérait d’ailleurs que
Tous les grands systèmes et organisations superindividuels auxquels on pense d’ordinaire à propos du concept de société ne sont rien d’autre que des moyens de consolider ‒ dans des cadres durables et des figures autonomes ‒ des actions réciproques immédiates qui relient d’heure en heure ou bien la vie durant les individus 4 .
En d’autres termes, la sociabilité est une forme d’association où l’homme apprend à tenir le rôle qui lui incombera dans une société plus riche et plus variée 5 . Simmel retrouvait donc, à sa manière, les deux aspects de la condition humaine selon Aristote : à l’interdépendance qui rend nécessaire la Cité répond cet autre fait de nature qu’est l’association élective, celle de l’amitié. Simmel illustrait d’ailleurs une tendance sociologique que l’on observe aussi chez Maurice Halbwachs : il est illusoire de voir, comme le faisait Rousseau par exemple, en l’individu seul l’œuvre de la nature et de marquer la société du sceau de l’artificialité 6 . La société est tout aussi naturelle que la sociabilité, et il n’y a d’autre différence, entre l’une et l’autre, qu’un certain degré de complexité supplémentaire dans la société : elle fournit un cadre plus permanent à ce à quoi les humains se livrent instinctivement. Les deux premiers volumes de la collection étudiaient respectivement « Les Lumières en France et en Grande-Bretagne : les vecteurs d’une nouvelle sociabilité ‒ entre ludique et politique » et « Les enjeux thérapeutiques et esthétiques de la sociabilité au xviii e siècle ». Si le premier volume était plus évidemment simmellien, le second posait, en empruntant à Jürgen Habermas, la question de l’étanchéité et de la porosité entre sphère publique et sphère privée 7 . Le troisième tome s’attachait, pour sa part, aux « Espaces de sociabilité ». Il comprenait neuf des communications données à l’Université de Bretagne-Occidentale lors du colloque « La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au siècle des Lumières : formes, fonctions et modes opératoires » (8-9 mars 2012), et insistait aussi sur la présence d’espaces intermédiaires, comme le club et le salon, « à mi-chemin entre sphère privée et sphère publique », que Valérie Capdeville propose d’appeler « espace de société » ou « espace social 8 . » Il s’agit, quoi qu’il en soit, de mettre en évidence combien le maillage social est serré, diversifié, et tout aussi complexe que protecteur.
Le présent ouvrage, lui aussi issu du colloque sus-mentionné, prend ses distances, de manière plus ou moins marquée, avec de telles vues. Qu’en est-il véritablement du lien organique entre sociabilité et société ? Simmel, dirait-on, voyait dans une société réussie le couronnement d’une sociabilité sans laquelle la société ne pouvait avoir de sens. Mais que dire d’une société dont les dysfonctionnements patents jettent le doute sur la sociabilité ? Tel est le point central de l’article de Gerald Butler sur Moll Flanders (1722). La sociabilité, comme le montre Marjolaine Badufle à partir des Pensées de Montesquieu, peut si bien se déliter dans la frivolité que la société tout entière est susceptible de s’en aller à vau-l’eau. L’émergence du temps subjectif, dans Tristram Shandy (1759-1768), en vient à vider de tout sens cette sociabilité à laquelle Marion Lopez-Burette découvre un seul véritable champ d’exercice, celui de la sympathie entre mortels. Tout proches de la mort, la folie, ou la mélancolie, qu’analysent Leigh Wetherall Dickson et Allan Ingram , mettent elles aussi en cause la perversion de la sociabilité par la société : dans The Sylph (1778), de Georgiana Cavendish, cet accomplissement ne repose que sur des jeux de préjugés ; face aux manifestations intempestives d’un Kit Smart ou d’autres figures plus ou moins célèbres de l’époque, la société n’a d’autre réponse que de maintenir un certain vernis. La solution qu’offre Rousseau, encore plus sévère que Montesquieu, est d’en finir avec les leurres de la sociabilité et de proposer, comme le montre Géraldine Lepan , une socialisation qui seule harmoniserait les émotions naturelles de l’homme et ses devoirs sociaux. On débouche alors, cependant, sur une telle prise en charge de la sociabilité par la société que cette dernière, loin de n’être que le cadre, aussi lointain que protecteur, d’une infinité d’activités humaines, nie à ces dernières toute autonomie et toute liberté. C’est ce qu’il convient de retenir de la lecture que fait Alexandra Sippel du An Account of […] the Cessares (1764), de James Burgh : il y a là, même si Burgh n’en avait sans doute pas idée, fictionnalisation de ces dérives totalitaires toujours possibles si l’on renverse les perspectives qui courent d’Aristote à Simmel. Avec Bärbel Czennia , c’est d’une autre mise en cause qu’il s’agit, tant certaines nostalgies primitivistes en viennent à prédominer parmi les marins. La société étouffe une sociabilité qui seule serait l’œuvre de la nature et qui se manifesterait encore le mieux lors de crises : on retrouve, au fond, certains accents identifiables dans Moll Flanders . Pour finir, l’entomologie de Friedrich Christian Lesser brouille les frontières entre l’humain et les insectes, et Kevin Cope suggère que la raison humaine ne crée pas grand-chose de supérieur à l’instinct des insectes. Chez ces derniers, sociabilité et société se confondent dans un tel miroir grossissant des préoccupations de Rousseau et de Burgh que l’on se demanderait volontiers quelle part d’injustifiable optimisme fonde les analyses de Simmel.
Certaines de ces questions rejoignent les suggestions d’Éric Francalanza dans sa conclusion au tome iii . Il faudrait envisager une « géométrie », et non pas une « simple cartographie », de la sociabilité, où l’on combinerait « plusieurs types de carte […] pour ne pas perdre de vue la temporalité dans laquelle s’inscrit la description 9 . » Si nombre des articles du présent volume mettent en cause, avec la sociabilité, ce qu’il pourrait y avoir d’utopique en toute société, pourquoi ne pas alors se rappeler que Guillaume Budé proposait à l’île d’Utopie ‒ lieu du bien comme lieu de nulle part ‒ l’appellation alternative d’Udepotie ‒ lieu de jamais 10 ? Il y aurait alors, ironiquement, permanence et universalité d’une condition humaine marquée par la solitude et la folie, et la cartographie possible d’une sociabilité des insectes serait d’un bien piètre secours. Quel ordre, alors, ou quel désordre, dans la sociabilité ?
C’est l’un des plus anciens parmi les auteurs pris en compte qui fournit l’expression la plus saisissante de la mise en cause de la sociabilité. Ce qu’expose Gerald Butler , dans « Defoe’s Moll Flanders vs. Social Illusion » , c’est le peu de pertinence des analyses de Georg Simmel, ou de celles de la critique littéraire majoritaire depuis les années 1920, quand il s’agit de Moll Flanders . Quel sens y a-t-il à articuler sociabilité et société quand cette dernière n’est qu’une illusion dominée par l’argent ? Comme l’écrivait Virginia Woolf, c’est en la solitude, mais une solitude source de délices, et non pas de damnation, que vivent les personnages de Defoe. Le roman seul est capable de nous faire sentir cela. La comparaison entre Moll Flanders et le Journal of the Plague Year , lui aussi de 1722, donne tout leur relief aux analyses que mène Gerald Butler depuis déjà bien longtemps. Même si le Journal est, lui aussi, écrit à la première personne, c’est en fait la société qui en est le véritable héros, et ce héros collectif n’a pas grand-chose à voir avec l’individu des véritables romans de Defoe. La société peut se déliter face à la peste, elle n’en survit pas moins aussi bien, ou aussi mal, qu’avant l’épidémie. Rien de tel avec Moll Flanders , où le corps collectif peut contribuer à la perte de l’héroïne qui se doit de survivre en dehors de ses règles. Il convient alors de mettre de côté la préface, tout comme les commentaires rétrospectifs et moralisateurs où Moll décrit une repentance étrangère à ce que ressent le lecteur : il vit la vie de l’héroïne par procuration, et c’est à cette seule condition qu’il peut goûter l’énergie et l’amour qui traversent le roman. Même si Moll bénéficie de soutiens efficaces, ce sont de Bons Samaritains semblables à ceux de Smollett et de Fielding : l’Évangile 11 connaissait le statut marginal des Samaritains, statut que finissent par connaître les personnages secourables de Fielding et de Smollett. Gerald Butler ne mentionne pas Hobbes, mais on ne saurait négliger les points centraux du Leviathan . Loin de protéger l’individu, la société de Moll Flanders le conduit à se protéger d’elle, car elle est cet homme loup pour l’homme que Hobbes plaçait dans l’état de nature ; or ce dernier, à bien prendre les choses, n’est qu’une fiction explicative 12 , et il s’agit de découvrir dans la société elle-même ce que le texte hobbesien loge, en apparence, dans l’état de nature. Selon Michael Oakeshott, la sortie de l’état de nature repose sur l’initiative de celui qui, le premier, met bas les armes sans craindre de s’exposer au cœur de la lutte de tous contre tous 13 . Moll Flanders fait un constat hobbesien bien proche : le remède n’apparaît que dans ces franges de la société où des humains, sans se sentir redevables à des lois, obéissent à leur instinct secourable. La véritable solidarité s’oppose à l’« illusion sociale ». Si sociabilité il y a, elle n’existe que là où l’on ne l’attend pas, et elle serait même le plus grand danger qui puisse menacer la société. Elle ne prépare pas le stade supérieur auquel accède une société qui se veut policée. Elle en montre toutes les béances et toute l’hypocrisie.
Faut-il considérer que Defoe relevait d’une époque antérieure à l’émergence d’une « nouvelle » sociabilité et que, par conséquent, des auteurs ultérieurs donneraient de celle-ci une tout autre illustration ? Ce serait là établir des perspectives trop linéaires. Si la femme apparaît aussi chez Montesquieu, elle n’y révèle pas, comme chez Defoe, les brutalités cachées de la sociabilité. Loin de bénéficier de la sympathie que ne cache pas Defoe, sa mise à l’écart d’une sociabilité idéale se fait comme aux dépens de Montesquieu lui-même. C’est ce qui émerge de « La sociabilité dans les Pensées de Montesquieu : Regard sur les femmes » où Marjolaine Badufle épingle une certaine misogynie chez le grave président à mortier. Il s’agit pour lui de briller, certes à peu de frais et, ce faisant, il se soucie bien peu de montrer en la femme une victime. La fiction de Defoe permettait la sympathie, les notations épigrammatiques de Montesquieu s’y prêtent malaisément. Là où Moll Flanders apprenait à ses dépens combien société et sociabilité n’ont de sens qu’artificiel, ce que montre Montesquieu est une femme dont le rôle croissant dans les salons, voire en politique, met la sociabilité en crise en la réduisant à un jeu futile dont la raison pourrait bien finir par s’absenter. En d’autres termes, si la sociabilité, comme le voulait Simmel, est une forme d’association libre, voire ludique, qui contribue à la stabilité de la société dans son ensemble, Montesquieu pose des limites à ce même ludique et à cette même liberté. La vanité les guette dès lors qu’on ne met pas en place les garde-fous qui s’imposent et grâce auxquels on protégerait la sociabilité et, partant, la société de l’extension indue de l’influence féminine.
Sans doute ne faut-il pas aller trop loin en se faisant censeur des piques de Montesquieu. Le juger doctement a toutes les facilités de l’anachronisme ; cela prêterait même à rire tant ce noble courroux serait, par avance, dégonflé par la légèreté du ton de Montesquieu. Ce dernier se contente de se livrer à un exercice convenu, et ses plus féroces attaques, celles qui relient la dégénérescence politique à l’emprise indue des femmes, n’ont rien de commun avec ce qu’écrivaient avant lui John Knox et Agrippa d’Aubigné. Ils donnaient à leur propos un tour dont le rigorisme calviniste, visant des reines catholiques ou anglicanes, franchissait de manière involontairement comique les bornes du monstrueux et de la scatologie (d’Aubigné louangeait certes Élisabeth, mais il se rattrapait sans modération sur Catherine de Médicis). Montesquieu savait raison garder car il avait de l’esprit. C’est bien à cette jointure que portent ses flèches : l’égalité que présuppose la sociabilité ne peut se séparer d’un mélange de sérieux et d’esprit que les femmes ne font qu’imiter sans jamais y atteindre, et la conséquence quasi inévitable est le déclin des Belles-Lettres. Pour qu’il y ait véritablement sociabilité, il faut au préalable se garder de ces ferments délétères. Montesquieu brille donc avec quelque acidité. Il cède pourtant à cette même facilité dont il rend les femmes responsables. Comme le montre Marjolaine Badufle , sa propre logique est sacrifiée à son goût du bon mot, et ses propos allusifs et par trop généraux interdisent quasiment l’enquête historique. Est-il alors, à son corps défendant, prisonnier de cela même qu’il critique ? Dans ce cas, il faut convenir que la sociabilité, si elle est bien le champ où se déploie le ludique, est aussi celui qui montre le mieux combien la société s’y perd à force de déguisements. Sur un ton infiniment plus sombre que celui de Montesquieu, c’est là ce que stigmatise Rousseau dans l’article de Géraldine Lepan .
Marion Lopez-Burette expose, dans « Tristram Shandy : Réflexion sur l’impact des données temporelles au xviii e siècle pour la vie en société » , comment la découverte du temps subjectif a interagi avec celui de la sociabilité et a conduit à redéfinir les relations sociales. Après le temps collectif des horloges et des sonneries des cloches vient celui de son appropriation par l’individu grâce à la généralisation des montres. Mais la précision du temps objectif s’articule difficilement avec le temps de l’intimité, subjectif et lié aux associations d’idées lockiennes. Tristram Shandy montre les conséquences de cette rupture avec le temps de la tragédie classique. Si Walter, le père de Tristram, voudrait bien se débarrasser des horloges, il n’en est pas moins soumis au double rituel de remonter la sienne tous les mois et de remplir alors ses devoirs conjugaux. La personnalité du narrateur en est profondément affectée, et c’est une quête sans fin que connaît Tristram, condamné à écrire pour se découvrir tout comme il est condamné à dissocier irrémédiablement le temps de l’histoire (mécanique) et celui de sa propre narration. De là, aussi, l’importance des arts visuels qui se laissent appréhender de manière neuve à chaque nouveau coup d’œil, indépendamment du rythme commun du temps de l’horloge. La sociabilité se vit seulement dans un instant qui est déjà perdu, ce qui jette le doute sur la possibilité même d’une sociabilité littéraire. Reste l’individualité et son fondement, l’intimité, dont Marion Lopez-Burette rappelle que toutes deux commencent à prendre corps en Angleterre. Elle relie aussi l’intimité à cet autre phénomène émergent qu’est la lecture pour soi : cette dernière permet une « autarcie » du lecteur qui « entre dans le roman comme il rentre en lui-même ». La seule « solidarité » (M. Lopez-Burette) qui subsiste alors est celle qui naît de la mortalité.
On songera volontiers aux interactions possibles avec l’article de Gerald Butler , même s’il y a, manifestement, loin entre les préoccupations sterniennes, tournées vers la préparation de la mort, et celles des personnages de Defoe attachés à sauvegarder leur propre existence. De surcroît, c’est d’apprendre sur soi tout en s’ouvrant aux autres qu’il s’agit surtout dans le cas de Tristram. Ce n’est pas un hasard si une telle découverte se fait sous le sceau de l’aléatoire et si l’on débouche sur l’articulation malaisée, au sein de l’identité, entre l’unicité de l’individu et son apprentissage de rites sociaux (ainsi du passage au port des culottes) qui marquent la limite de toute autarcie véritable. Par conséquent, « le temps subjectif doit se soumettre au lieu communautaire parce que, seul, il est incapable de progrès » (M. Lopez-Burette). Le développement de l’« histoire progressive » au xviii e siècle entrerait alors dans le cadre de ce « lieu communautaire », mais ce qui frappe le plus est le lien troublant entre la condition de mortels et la sociabilité : Simmel liait cette dernière à la création de multiples formes d’existence alors que Defoe et Sterne, chacun à sa manière, logent cette même existence dans ce qui, la mort, échappe à cette vie dont elle est cependant l’ultime vérité.
Cet horizon de la mort est susceptible d’autres traitements qui mettent pareillement en cause le modèle émergent de la sociabilité. Dans « ‘The French, alas, are happy, while the English seek to be so’ : Subverting the Melancholy Stereotype in Georgiana Cavendish’s The Sylph » , Leigh Wetherall Dickson propose une contribution qui fait diptyque avec le « Praying with Kit Smart : Madness and Anti-Social Behaviour » d’ Allan Ingram . Les deux articles traitent de mélancolie et de folie, et de leur association bien connue avec l’Angleterre de l’époque, mais c’est pour mettre en question de telles évidences. Il s’agit, pour Leigh Wetherall Dickson , de subvertir un cliché et, pour Allan Ingram , de montrer combien la société peut s’insurger devant des attitudes supposées déviantes alors qu’elles ne sont, à bien prendre les choses, que les excès de ce que recommande cette même société. En d’autres termes, le roman de Georgiana Cavendish montre l’échec de la sociabilité à être le terreau d’une société responsable, voire maîtresse d’elle-même ; elle n’est que le reflet d’humains dont les pratiques sociables relèvent d’une forme d’imposture, et l’on peut tisser des liens avec l’article de Gerald Butler . Le sort de Kit Smart, chez Allan Ingram , montre que la société ne sait pas reconnaître combien elle dépend de pratiques instinctives : elle s’émeut de leurs excès sans y découvrir qu’elle ne serait rien sans ce qui lui tend un miroir sinon déformant, du moins grossissant de ce qu’elle est. Ici encore, on pourrait faire quelques parallèles avec Moll Flanders .
Le premier élément majeur qu’introduit Leigh Wetherall Dickson relève d’une approche politique comparée. La gaieté française, sous la monarchie absolue, s’oppose à la mélancolie anglaise qui serait « le prix à payer pour la liberté civile » (L. Wetherall Dickson). Cela n’échappait pas aux contemporains, qu’ils fussent britanniques ou francophones. L’un de ces derniers, César de Saussure, semble bien avoir été tout près de succomber à une contagion que l’on attribuait volontiers aussi, d’ailleurs, au climat et à l’alimentation. On le voit : le paradoxe politique n’était qu’un élément explicatif parmi d’autres. Il reparaît cependant sous une autre forme, tant le lien entre la mélancolie et les élites socio-politiques faisait partie des lieux communs du temps. De lourdes responsabilités politiques allaient de pair avec un comportement antisocial lié à la mélancolie, à la propension au suicide, et à cette forme pernicieuse de sociabilité où les excès du monde à la mode étaient tout autant le revers d’un écrasant fardeau que ce qui rendait ce dernier encore plus lourd à porter. Remédier à cette « maladie anglaise », pour reprendre le titre de George Cheyne ( The English Malady , 1733), passait, entre autres choses, par une diète qui était, à sa manière, subversive de l’ordre établi. En effet, elle mettait à mal les distinctions sociales, comme Cheyne en fit le constat avant de devenir le médecin à la mode de ces « pur-sang aux nerfs à vif » (L. Wetherall Dickson).
Tel est le stérétoype que subvertit Georgiana Cavendish dans The Sylph , roman épistolaire et partiellement autobiographique. Julia, trop désireuse de plaire au débauché qui l’a épousée, Sir William Stanley, se plonge dans la vie à la mode, apprend qu’elle est trompée, cherche une consolation dans le jeu, tout en aspirant à résister à de tels entraînements et en appréciant les vertueux conseils que lui donne un sage baron, le sylphe éponyme du roman. C’est son mari qui finira victime de sa passion du jeu, en se suicidant après avoir cédé par écrit sa femme à son âme damnée pour rembourser ses dettes. La mélancolie dont il fait preuve, et qui l’emporte, n’a rien à voir avec les excès de la chère décrits par Cheyne, ni avec le poids des responsabilités politiques analysées par Montesquieu et Madame de Staël : il ne s’agit que de l’alliance entre « la sociabilité frénétique de l’élite à la mode » (L. Wetherall Dickson) et la vacuité d’êtres fondamentalement inutiles à la société. Comme chez Sterne ou Defoe, l’horizon de la mort montre en la sociabilité une illusion qui met en cause les valeurs mêmes de la société. Dans Moll Flanders comme dans The Sylph , de rares figures secourables incarnent cette solidarité qui donne à la sociabilité le peu de sens qu’elle pourrait avoir. Contre le cynisme du groupe, ces tentatives individuelles illustrent çà et là une sympathie qui est censée être la marque de l’humanité, mais que les développements de la société ne peuvent qu’amoindrir. Pour qui sait lire, la sociabilité ne prépare à la société que parce la société n’est que le point culminant de ses défauts.
À partir de la dernière gravure de The Rake’s Progress (1735, 1763) de William Hogarth, Allan Ingram s’interroge sur la validité des frontières entre la santé mentale et la folie. Le xviii e siècle ne se faisait pas faute de les mettre en cause, comme le montrent les jugements portés par Samuel Johnson sur la folie supposée du poète Christopher Smart. Fallait-il enfermer ce dernier, qui priait dans la rue, alors que le véritable comportement antisocial était, au fond, celui de ceux qui ne prient jamais ? Fallait-il alors considérer que la frontière entre folie et santé ne tenait qu’au respect des lieux appropriés à telle ou telle activité ? Cela n’expliquait pas tout : le quaker James Naylor, qui fit son entrée à Bristol en 1656 monté sur un âne et entouré de femmes nues qui psalmodiaient « Hosannah au Fils de David », fut condamné pour blasphème et non pas enfermé pour folie. D’autre part, si la participation à une rixe pouvait conduire à l’internement quand des intérêts personnels adverses y trouvaient de quoi se satisfaire, il était tout aussi possible de se comporter en public comme un aliéné et pourtant d’échapper à l’internement si l’on se faisait percevoir comme une curiosité locale. En outre, un comportement excessivement social, avec les tendances solipsistes qu’il manifestait paradoxalement, pouvait lui aussi passer pour de la folie, au même titre que les comportements les plus antisociaux. Au fond, la solution n’était-elle pas, tout simplement, de parvenir à passer pour sain d’esprit ? Ancien apothicaire de Bedlam, puis expert auprès des tribunaux, John Haslam publia, en 1817, un Medical Jurisprudence où il montrait qu’une normalité apparente peut cacher « les plus dramatiques de tous les symptômes de la folie » (A. Ingram). La folie est en fait une potentialité que nous partageons tous et qui ne se manifestera que lorsque le « ressort fatal », pour reprendre les termes de Haslam, aura été touché. Que dire, alors, de cette folie supposée de Smart, dont le poème le plus connu ( Jubilate Agno ), rassemblait, comme l’exprime Allan Ingram , « tout ce qui existe et tout ce qui a existé dans une suprême vision de la société » ? Quel « ressort fatal » avait-il été touché pour susciter chez Smart une telle étreinte et une telle sociabilité cosmiques ? Au fond, ajoutera-t-on volontiers, saint François d’Assise aurait bien pu connaître le même sort que Smart, tant les accents de son Cantique des créatures anticipent ceux de Jubilate Deo , mais il vivait en un temps étranger à d’ultérieures définitions de la folie et des comportements antisociaux.
Géraldine Lepan ( « Politesse et sociabilité selon Rousseau » ) confronte Rousseau à Hobbes. Rousseau ne se contente pas de donner à sa propre critique de la sociabilité naturelle une solution politique, celle du contrat social. Il lui faut d’abord montrer les pièges multiples de la sociabilité ‒ la politesse, les bienséances, toutes ces corruptions des mœurs ‒ , ainsi que les abstractions des jusnaturalistes qui fondent le droit naturel dans les besoins réciproques. C’est là négliger ce « fondement affectif » (G. Lepan) qui est indispensable aux vertus. C’est dans la sincérité et dans la pitié que tiennent les réponses. L’homme n’est pas nécessairement un loup pour l’homme tant il est lui-même en devenir au contact des autres : ainsi de l’actualisation des capacités physiques, comme celle du langage qui n’apparaît qu’en fonction des besoins de la société. C’est donc de socialisation, voire de socialisations, plutôt que de sociabilité, qu’il convient de parler. C’est grâce à la socialisation que l’individu a pu devenir un homme, et Rousseau met en évidence, contre Hobbes, des sociétés pré-politiques, ou sauvages, marquées par l’articulation de l’amour de soi et de la pitié. Cette dernière est « la base naturelle de l’empathie entre les hommes en ouvrant l’homme à l’altérité » (G. Lepan). C’est d’une telle sociabilité en construction, fondée sur la pitié, que naissent les vertus sociales. Rousseau peut donc envisager une sociabilité politique, celle du Contrat social , et cette sociabilité politique prend en compte les passions (au premier chef celle du patriotisme « qui est amour des concitoyens les uns pour les autres » et cette « mutation anthropologique » [G. Lepan]) qui changent la nature humaine. Il ne peut plus être question de retourner à une existence individuelle qui serait trahison et qui devrait être traitée comme telle : ainsi du refus de croire à la religion civile. Toute véritable sociabilité est alors un devenir garanti par une éducation appropriée du type de celle de l’ Émile .
Il y a dans ces analyses des aspects présents chez Defoe, mais jamais les romans de ce dernier, suivant la lecture de Gerald Butler , n’auraient souscrit à un tel étagement de sociabilités, ou de socialisations, qui culmine dans l’ordre politique. L’article de Géraldine Lepan a le grand mérite de tenir ensemble des aspects de Rousseau qui, au premier abord, semblent totalement opposés : la déploration de la perte de la vie naturelle, dans les Discours , et la célébration d’une Cité close dans le Contrat social . Il fait diptyque, de manière très contrastée, avec celui d’ Alexandra Sippel . « Sociabilité et loisirs dans An Account of […] the Cessares (1764) de James Burgh » suggère une autre lecture possible de tout ce qui touche à ces aspects utopiques que l’on décèle derrière le Contrat social . Si l’homme a gagné à ne plus être un simple individu, comme l’affirmerait Rousseau, que dire de la manière dont une utopie, à force de réduire l’individu, en arrive à dénaturer l’homme lui-même ? Si Rousseau a fait naître l’homme de la société, ne peut-on considérer le besoin de rester aussi un individu privé qui, certes croissant sans cesse de ses semblables, résisterait aussi à la sociabilité close ? Sans doute James Burgh ne semble-t-il pas songer un instant à Rousseau. Son roman épistolaire revient sur l’existence d’une communauté de Patagonie dont il soutient, contre les opinions d’alors, qu’il s’agit de protestants néerlandais qui ont fui la conquête espagnole au début du xvii e siècle. Le roman emprunte aussi à l’épisode bien plus connu des Pilgrim Fathers . Burgh entend, très explicitement, se distinguer de l’ Utopia de Thomas More 14 en décrivant une authentique réalité dont la dimension puritaine, voire spartiate, est évidente. La question que pose Alexandra Sippel est celle du totalitarisme sous-jacent à « la liberté tant clamée par les législateurs » de la colonie (A. Sippel). Il faut, avant tout, éviter que n’apparaissent des factions, garantir une égalité absolue par le partage égal de la terre en termes de rendement, instaurer une stricte discipline de travail, charger la communauté dans son ensemble de l’éducation des enfants. La charge de gouverneur est héréditaire, comme on le vit avec Cromwell en 1658. Tout divertissement est interdit car il est associé au luxe. Cet autre aspect de l’héritage puritain n’est d’ailleurs pas sans faire songer à Rousseau. En un mot, il faut « choisir Sparte contre Athènes », « condamner la sociabilité élective et proposer une république dont la survie exige l’abolition des libertés individuelles », même si le fondateur de la colonie juge que « la république des Cessares est garante de ces mêmes libertés » (A. Sippel). En s’inspirant des travaux de Claude Polin, Alexandra Sippel met en évidence combien le travail n’est pas censé rendre heureux, mais égal. Le résultat en est l’interchangeabilité des Cessares, ainsi que la perte de la véritable vertu « dans un système qui exclut toute possibilité de déviance » (A. Sippel). La perfection ne saurait donc plus être que celle de l’« identité collective » (A. Sippel), et non pas celle des hommes. Alors qu’Aristote distinguait entre le domaine public de la polis et celui, privé, de l’ oïkos , Burgh subsume ce dernier sous le premier, en réaction à cette valorisation du domaine privé qui se faisait jour en son temps.
Certes, l’article d’ Alexandra Sippel ne mentionne pas Rousseau, et Burgh ne songeait pas à poser un regard critique sur ce qu’il présentait comme une véritable utopie ou, pour mieux dire, une utopie qui n’en était plus une puisqu’elle s’était bel et bien réalisée ; mais on ne peut s’empêcher de songer à des parallèles possibles entre la vie des Cessares et les avis que prodiguait Rousseau aux Polonais dans les Considérations sur le gouvernement de Pologne (posthume, 1782). La confrontation des deux articles met en relief une question qui se pose fréquemment à propos de l’œuvre de Rousseau. Ce dernier était-il un totalitaire ? Posée en des termes aussi crus, la question n’a sans doute pas beaucoup de sens et l’on serait tenté de lui faire un sort immédiat en considérant qu’elle est purement anachronique. Il faudrait aussi cerner de quelle manière Rousseau touche à l’utopie, et, avant même de se poser cette question, déterminer dans quelle mesure certains des textes les plus célèbres du genre utopique, à commencer par celui de Thomas More, peuvent tout aussi bien se comprendre comme une mise en cause des modèles prétendument idéaux qu’ils offrent à leurs lecteurs. Avec l’étude d’ Alexandra Sippel , il y a de bonnes raisons de conclure que la communauté autarcique et vertueuse ne saurait conduire à l’épanouissement de l’individu, et il n’est que trop tentant de songer aux conseils que donnait Rousseau aux Corses et aux Polonais afin qu’ils devinssent véritablement eux-mêmes. De même songera-t-on volontiers à cette « vision idéale et sublimée » de Genève qui transparaît dans le Contrat social , comme y ont insisté Bernard et Monique Cottret 15 . Il ne s’agit pas de dire qu’à leurs yeux Rousseau était un totalitaire, mais cela permet de donner un autre éclairage à la lecture de Géraldine Lepan où la véritable assomption de l’individu ne peut se faire que dans et par la société qui l’éduque dans cet amour réciproque qu’est le patriotisme. Pierre Burgelin s’interrogeait autrefois, après Kant, sur la « cité close » et sur cette absence de « statut du genre humain » que l’on devine chez Rousseau 16 . La confrontation des articles de Géraldine Lepan et d’ Alexandra Sippel donne de nouvelles raisons de repenser cette absorption de la sociabilité par la société politique.
Certains des articles de ce volume touchent aux voyages. Mais il s’y agit de la terre ferme, chez Sterne, ou de l’établissement outre-mer d’une communauté utopique. Bärbel Czennia , dans « Floating Communities : Ships and Sociability » , aborde de front cet aspect essentiel de la civilisation anglaise, puis britannique, qu’était la marine. Quelles qu’aient pu être les conditions de vie à bord, comprenant « le manque de civilité sur les navires explorateurs de la Navy ou la sociabilité forcée des négriers transatlantiques », on ne peut oublier que le topos du bateau comme métaphore « des communautés ou des sociétés humaines est aussi vieux que les voyages qu’ont faits les hommes sur l’eau » (B. Czennia). Avec « An Essay of Dramatic Poesy » (1668), sur fond de guerre anglo-hollandaise, John Dryden livre un dialogue à bord d’une barge sur la Tamise. La sociabilité s’y élabore sur la base « de la réciprocité plutôt que sur celle de la hiérarchie » (B. Czennia). La supériorité culturelle et littéraire des Anglais, que manifeste la politesse de ces mêmes échanges sur la poésie, va de pair avec cette autre supériorité anglaise qui émerge déjà, celle d’un empire qui ne sera pas gâté par la tyrannie que l’on observe dans les empires rivaux. Cette supériorité peut donc, légitimement, se donner comme paradigme d’une sociabilité internationale qui aurait presque les formes ludiques de la sociabilité décrite par Simmel.
Le second exemple est celui de Roderick Random (1748). Ce n’est pas une sociabilité heureuse que dépeint Tobias Smollett, mais bien plutôt un état de nature de type hobbesien, du moins quand il s’agit de la Navy. À l’opposé, la marine marchande permet des interactions compatibles avec la méritocratie, au terme desquelles interactions Roderick retrouve son père et recouvre son statut social. Sans doute, comme le souligne Bärbel Czennia , les choses ne sauraient-elles être aussi tranchées : il y a quelques rares exemples de sociabilité dans la Navy (on y retrouvera certaines des préoccupations de Gerald Butler ), et la marine marchande pratique la traite sans la moindre componction. En un mot, la tradition picaresque dont relève Roderick Random interdit de tenir pour acquises « la civilité et la coopération » (B. Czennia), comme le montrent certains aspects de la conduite de Roderick lui-même.
Les journaux de James Cook confirment la fiction smollettienne. On y observe le même jeu d’échos entre la société à bord et la société à terre, bien que l’humanité de Cook contraste avec le comportement des capitaines chez Smollett. La présence de civils à bord (scientifiques et artistes) crée cependant des jalousies et des rivalités qui rendent difficile la sociabilité. George Forster, embarqué à bord du Resolution , fait aussi état de cruauté à l’égard des animaux, tels les singes, acquis lors des escales. L’endurcissement graduel qui en est la cause met donc à mal la sociabilité : tout humain lucide et éduqué peut en arriver à commettre les mêmes actes brutaux que ceux des marins eux-mêmes. Forster rattache aussi la « sociabilité inattendue » (B. Czennia) entre divers rangs de la Navy à des situations dramatiques : la norme doit rester une stricte hiérarchie, complétée s’il le faut de brutalité, car elle correspond à l’ordre naturel des choses. Les rencontres avec les insulaires du Pacifique créaient, quant à elles, une forme de « sociabilité inattendue » entre Britanniques de tout statut et de tout rang, tout comme chez les Polynésiens eux-mêmes, puis entre Britanniques et Polynésiens. Cette « sociabilité interculturelle » débouchait sur une « humanité partagée » (B. Czennia) et sur des doutes devant la supériorité européenne : contrôler ses sentiments, c’est, au fond, manquer de cette sociabilité que manifeste sans embarras « le simple enfant de la nature », pour reprendre l’expression de Forster.
La sociabilité a été envisagée jusqu’ici sous l’angle purement humain. L’humain ne pouvait cependant manquer de s’interroger aussi sur ces franges, tout autour de lui, où se décelaient d’autres formes de sociabilité. Bärbel Czennia fait état de cette sociabilité que les hommes peuvent se créer avec les animaux. À la fin du xviii e siècle, le Dictionnaire de l’Académie française voyait dans la sociabilité une « aptitude à vivre en société, propre à l’espèce humaine, mais non pas à elle seule 17 . » Sans doute n’y avait-il là rien de bien neuf, après tout, tant Aristote reconnaissait un langage aux animaux autres que les hommes 18 , et il ne faudrait pas découvrir plus qu’il ne convient dans cette discrète mise en cause de la singularité humaine. Pascal n’avait-il pas déjà œuvré en ce sens, en rapprochant cet infini qu’est l’homme de cet autre infini qu’est le ciron 19 ? Le paradigme des insectes est l’objet central de « Tea at a Hexagonal Table ? Gregarious Insects and the Outer Limits of Eighteenth-Century Sociability » . Discret binôme de celui de Bärbel Czennia , cet article de Kevin Cope propose un titre provocateur, certes éclairci par le sous-titre. Le thé, sociabilité britannique par excellence ; la « table hexagonale », ce que créent les abeilles avec leurs alvéoles, mais « table » renvoie encore à la sociabilité humaine, grégaire comme on le sait depuis Aristote. L’espèce humaine, précisément, n’est pas seule à être grégaire.
Kevin Cope évoque tout d’abord ces diverses appartenances qui sont celles des humains. Il se fait l’écho des préoccupations cosmiques qui se décelaient déjà chez Henry More (1614-1687), néo-platoniste de Cambridge, ou plus tard chez Alexander von Humboldt. Mais c’est sur le Insecto-Theology (1738, trad. angl. 1799), de Friedrich Christian Lesser, qu’il se concentre. Lesser définissait la sociabilité des insectes en fonction des deux éléments de l’appartenance et de l’exclusion, mais aussi, et surtout, d’une « présence qui s’affirme » (K. Cope). Lesser était l’un des premiers à exposer le « principe anthropique » où, entre autres choses, Dieu manifestait sa bienveillance dans l’ingéniosité des insectes eux-mêmes. L’entomologie de Lesser allait donc au-delà de la dissection et de la taxonomie : elle utilisait « les méthodes de ce que nous appelons aujourd’hui les ‘sciences sociales’ » (K. Cope) et, mettant l’accent sur la forme des membres d’une espèce et sur leur adaptation à une tâche bien définie, elle montrait une sociabilité qui exclut les « monstruosités suscitées de manière spontanée » (K. Cope). Cette sociabilité n’est pas exclusive de barrières intangibles entre les diverses espèces d’insectes, mais elle s’étend à l’homme dans la mesure où les insectes produisent aussi bien ce qui subvient à leurs besoins qu’à ceux de l’homme.
Lesser s’attache surtout à la capacité d’amélioration qui serait ancrée dans les insectes, capacité qui s’exprime « d’une manière sociable » (K. Cope). On songerait presque à Rousseau. Cette capacité inclut une faculté d’adaptation qui rapproche les insectes des humains, et Lesser lui adjoint des perspectives anthropomorphiques, voire altruistes, qui prédisposent les insectes à venir au secours des humains confrontés à des situations difficiles. Même l’autocratie de la reine des abeilles n’a rien de tyrannique. S’il n’y a pas de spéculation philosophique ou politique chez les insectes, c’est bien une preuve que l’incomplétude de leur développement n’exclut pas un « jugement sain » (Lesser). Dieu ne leur a sans doute pas tout donné, mais il leur a donné ce qu’il faut pour qu’ils se comportent au mieux, d’une manière sociable dont la « régularité » et la « précision » ne sont possibles que dans « des intellects déficients » (K. Cope). Cela permet à Lesser de ne pas hiérarchiser les insectes en fonction de leur utilité à l’humanité, et de donner à une telle égalité une extension inattendue : les insectes, par exemple les larves, vivent en nous, mais nous les mangeons aussi, et Dieu les utilise, si besoin est, pour nous punir. En un mot, « [i]nvisibles et cependant omniprésents, les insectes ne sont pas seulement une allégorie de la sociabilité humaine : ils la soutiennent aussi, la mettent en œuvre et en influencent tous les aspects » (K. Cope).
On comprend l’influence de Lesser. Réaumur put ainsi, sur la base de telles analogies, expliquer que des lois, de type malthusien, régissaient aussi la démographie des insectes. La vulgarisation encourageait les jeunes femmes à se familiariser avec l’entomologie de manière à tenir leur place dans d’« aimables conversations » (K. Cope). En d’autres termes, les limites des insectes et les limites des femmes, chacunes prises dans leur ordre particulier, promouvaient la sociabilité. Lesser n’aurait jamais imaginé que son érudition servirait au féminisme de l’époque de Mary Wollstonecraft et de Mary Shelley. Il n’aurait pas imaginé non plus que nos préoccupations sanitaires lui donneraient paradoxalement raison : les insectes sont bel et bien parmi nous.
L’article de Kevin Cope invite aussi à revenir sur la question de la sociabilité humaine chez Rousseau et chez les Cessares de James Burgh. Si les entomologistes s’extasiaient sur l’organisation des insectes grégaires, qu’est-ce que cela, en retour, peut nous dire de sociétés humaines à ce point marquées par une législation envahissante que cette dernière en aurait des effets comparables à ceux de l’instinct dans le monde animal ? Dans quelle mesure peut-on encore considérer que la raison est la marque de l’humanité ? On en revient au point de départ : si la sociabilité est élective par essence, et si elle prépare à une participation efficace à une société qui n’est généralement pas élective, que dire de ces modèles ‒ celui de Rousseau, celui des insectes ‒ qui substituent la société à la sociabilité ? Faisant de la société le résultat et la manifestation par excellence de la raison, une raison qui serait la forme la plus éclairée des sentiments, Rousseau la conçoit comme ce qui permet de lutter contre les instincts viciés de ces passions égoïstes qui se donnent libre cours dans la sociabilité. Mais si, comme on le devine avec le Contrat social et comme le donne à comprendre, certes involontairement, An Account of […] the Cessares , la société dans son ensemble doit lutter contre les forces potentiellement centrifuges de la sociabilité, alors il faut voir dans cette société le résultat d’un dressage tel que sa véritable réalisation réside dans la réduction de l’homme à d’autres instincts. Quelles que soient ses failles, la sociabilité reste un refuge contre le monumental tour de passe-passe des utopistes. Il faut préserver ces échelons intermédiaires où l’homme exerce ses choix et où il découvre comment tirer le meilleur parti du hasard de sa naissance. Vers la fin du xviii e siècle, Burke réhabilitait en quelque sorte la sociabilité quand il décrivait le « petit peloton » auquel on se devait de rester attaché :
Être attaché à la subdivision, aimer le petit peloton auquel nous appartenons dans la société, est le premier principe (le germe, pour ainsi dire) des affections publiques. C’est le premier maillon de la série par laquelle nous avançons vers l’amour de notre pays et de l’humanité. Les intérêts de cette portion des arrangements sociaux sont une charge remise entre les mains de tous ceux qui composent la société ; et, de même que seuls des méchants en tireraient argument pour en abuser, seuls des traîtres en feraient trafic en vue de leur avantage personnel 20 .
Il donnait à cela des prolongements où les devoirs de situation au sein de la famille s’alliaient à ces autres devoirs de situation qui se font jour au sein de la société :
C’est ainsi, doté de tous les avantages, chargé de tous les devoirs de la situation où l’on se trouve, que l’on entre dans la communauté de l’état social de ses parents. Si les liens et les ligaments sociaux que tissent toutes ces relations physiques dont est faite la société commencent dans la plupart des cas, et se perpétuent toujours, indépendamment de notre volonté, de même, sans que nous ayons jamais rien stipulé, sommes-nous liés par cette relation qui s’appelle notre pays et qui comprend (comme on l’a si bien dit) « toutes les affections de tous ». Nous ne sommes pas non plus sans l’aide de puissants instincts qui nous rendent ce devoir aussi cher et aussi agréable qu’il est terrible et coercitif 21 .
Certes, chez Burke, le « petit peloton » était bien davantage le fruit du hasard de la naissance que celui du choix de la sociabilité. Il n’en était pas moins ce qui permettait de juger, réflexivement, de la valeur d’un tel donné et d’en étendre les bienfaits à l’ensemble de la société. Sa construction des partis politiques, contre la tentation stérile et dangereuse de s’en remettre aux grands hommes, était aussi une réponse indirecte à Rousseau 22 . Ce dernier, qui rejetait les brigues et les factions 23 , participait, dans une bonne mesure, d’un héritage antique et médiéval que Swift avait encore illustré dans son Discourse on the Contests and Dissensions between the Nobles and Commons in Athens and Rome (1701). Jamais, cependant, l’héritage où puisait Rousseau n’aurait sérieusement entendu réduire la sociabilité à la société, voire attribuer à cette dernière la mission de construire une socialisation où l’homme devînt véritablement digne de son humanité. Pour sa part, Burke tenait tout autant d’un monde ancien qu’il forgeait une caractéristique de ce que l’on appellera, pour faire vite, la modernité ; mais il ne pouvait forger cette part de modernité que parce qu’il était encore suffisamment « ancien » pour se défier de ce que la modernité avait aussi en elle. Si le xviii e siècle montre bel et bien « l’émergence d’un nouveau modèle de sociabilité », pour reprendre le titre général de la collection Transversales , et s’il en illustre tout autant diverses formes de mise en cause, alors faut-il reconnaître à Burke d’avoir essayé de donner à la sociabilité de nouveaux champs d’application afin de garder à la société un rôle purement régulateur. On reprendrait volontiers la distinction que faisait Michael Oakeshott entre une « politique de la foi » et une « politique du scepticisme 24 . » La politique du scepticisme allie sans mal société et sociabilité ; la politique de la foi subsume la sociabilité sous la société. Mais ce que montrent aussi les divers articles rassemblés dans cet ouvrage, c’est que la politique du scepticisme, si elle se défie en permanence de la société quand celle-ci est hypostasiée, ne saurait non plus trop attendre de la sociabilité. Pour utiliser encore Oakeshott, « [l’]homme est solitaire ; plût au Ciel qu’il fût seul 25 . » Nombre des articles de ce volume trouveraient sans doute dans cet aphorisme inspiré de la pensée hobbesienne une partie de leur origine où la sociabilité se trouve remise en question.
Bibliographie sélective
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1 Mes traductions.
Cossic- P éricarpin (Annick), intr. à La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au Siècle des Lumières : l’émergence d’un nouveau modèle de société, tome I , Les Lumières en France et en Grande-Bretagne : les vecteurs d’une nouvelle sociabilité ‒ entre ludique et politique , Cossic-Péricarpin (Annick) et I ngram (Allan), dir., Paris, Le Manuscrit, 2012, p. 15-16, et Dachez (Hélène), intr. au tome II, Les enjeux thérapeutiques et esthétiques de la sociabilité au xviii e siècle , Cossic-Péricarpin (Annick) et D achez (Hélène), dir., Paris, Le Manuscrit, 2013, p. 22.

2 Aristote , La Politique , T ricot (J.), éd., Paris, Vrin, 5 ème tirage, 1987, i , ii, p. 28 et Éthique de Nicomaque , Voilquin (Jean), éd., Paris, Garnier-Flammarion, 1965, viii , ix, p. 220 (et n. 277 p. 304). Dans l’ Éthique , Aristote s’inspire des pythagoriciens.

3 Simmel (Georg), Soziologie , 1908, Sociologie et épistémologie , Gasparini (Liliane), trad., Paris, Presses universitaires de France, 1981, p. 125, dans Cossic-Péricarpin (Annick), intr., op. cit ., p. 17.

4 Simmel (Georg), op. cit ., p. 89-90, dans Cossic-Péricarpin (Annick), intr., op. cit ., p. 17.

5 Cela vaut d’ailleurs en sens inverse. Imprégné de la sociologie d’Auguste Comte, Maurras pouvait écrire : « la créature de la Société VEUT à son tour inventer et créer l’Association ». Voir M aurras (Charles), « La Politique naturelle », 1937, Œuvres capitales : Essais politiques , Paris, Flammarion, 1954, p. 189.

6 Halbwachs (Maurice), éd., Jean-Jacques Rousseau : Du Contrat social , Paris, Aubier-Montaigne, 1943, p. 43-44.

7 Dachez (Hélène), op. cit. , p. 22. Voir Habermas (Jürgen), Strukturwandel der Öffentlichkeit , 1963, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise , Launay (Marc B. de), trad., Paris, Payot, 1978.

8 C apdeville (Valérie), intr., Les Espaces de sociabilité , C apdeville ( Valérie) et Francalanza (Éric), dir., tome III de la collection Transversales , Paris, Le Manuscrit, 2014, p. 30-31. Elle fait allusion à son propre ouvrage, L’Âge d’or des clubs londoniens (1730-1784) , Paris, Champion, 2008, p. 279-280.

9 F rancalanza (Éric), « Des espaces de la sociabilité en France et en Grande-Bretagne au xviii e siècle ou les leçons d’une géométrie dans l’espace », Les Espaces de sociabilité , op. cit ., p. 304.

10 « Guillaume Budé to Thomas Lupset », 1517, M ore (Thomas), Utopia , 1516, Adams (Robert M.), éd., 1975, New York, Norton, 1992, p. 120.

11 L uc x, 30-37.

12 Hobbes (Thomas), Leviathan , 1651, M acpherson (C. B.), éd., 1968, Harmondsworth, Penguin, 1985, i , xiii, p. 187.

13 Oakeshott (Michael), « The moral life in the writings of Thomas Hobbes », Rationalism in Politics and Other Essays , new and expanded ed. by Timothy F uller , Indianapolis, Liberty Press, 1991, p. 343, 350. Allusion à Hobbes, op. cit ., i , xiv, p. 196 ; voir aussi Hobbes, op. cit ., « A Review and Conclusion », p. 718.

14 Pour une lecture ironique de l’ Utopia , montrant que More n’aurait jamais voulu faire un modèle de son île imaginaire, voir L essay (Franck), « Utopia de Thomas More : L’utopie comme remède à l’utopie », Cercles n° 4, 2002, p. 1-25.

15 Cottret (Bernard et Monique), Jean-Jacques Rousseau en son temps , Paris, Perrin, 2005, p. 276.

16 B urgelin (Pierre), éd., R ousseau , Du Contrat social , 1762, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 24.

17 Dictionnaire de l’Académie française , Paris, Smits, 1798 (5 ème éd.), dans C apdeville (Valérie), op. cit ., p. 20.

18 Voir L abarrière (Jean-Louis), « Aristote et la question du langage animal », Métis. Anthropologie des mondes grecs anciens , 1993, vol. 8, n° 8-12, pp. 247-260.

19 P ascal (Blaise), Pensées , S ellier (Philippe), éd., Paris, Mercure de France, 1976, n° 228, p. 127.

20 Burke (Edmund), Reflections on the Revolution in France , 1790, O’B rien (Conor Cruise), éd., 1969, Harmondsworth, Penguin, 1982, p. 135.

21 Burke , An Appeal from the New to the Old Whigs , 1791, Col (Norbert), éd. et trad., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1996, p. 145-147. Burke cite approximativement C icéron , De Officiis , T estard (Maurice), éd. et trad., Paris, Collection des Universités de France, 1965, i, p. 57.

22 Col (Norbert), « Sublime du grand homme et beauté du parti politique chez Edmund Burke », G alleron (Ioana), dir., Constructions et usages des grands hommes , Buletinul lx-23, 2008, pp. 45-52, et « Burke’s Sublime and Beautiful in Political Sociability : from Thoughts on the Cause of the Present Discontents (1770) to the French Revolution », Cossic-Péricarpin (Annick) et I ngram (Allan), op. cit ., pp. 209-228.

23 R ousseau (Jean-Jacques), Du Contrat social , 1762, R oussel (Jean), éd., R ousseau , Œuvres politiques , Paris, Bordas, 1989, ii , iii, p. 268, iii , vi, p. 305, iii , xviii, p. 326, iv , i, p. 328, iv , iv, p. 342.

24 Oakeshott , The Politics of Faith and the Politics of Scepticism , New Haven and London, Yale University Press, posth., 1996.

25 Oakeshott , « Introduction to Leviathan », 1946, Rationalism in Politics and Other Essays , op. cit ., p. 255.

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