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Publié par
Date de parution 01 juin 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 40 Mo

Exrait

DELPHINE
HORVILLEUR
SE CONFIE A
CLAIRE CHAZAL
LES LIEUX
D’INSPIRATION PRÉFÉRÉS
DES ÉCRIVAINS
50 lieux d’écriture dévoilés
EXTRAITS
Laetitia Colombani, René Frydman, Titeuf
ENQUÊTE
L’Oulipo de retour grâce à L’Anomalie
PORTRAIT
Franck Thilliez
Numéro 497 Juin 2021 www.lire.fr
L 19817 - 497 S - F: 7,90 - RD
01-COUVERTURE.indd 1 18/05/2021 13:45LIRM0497_001_DE783401.pdf
L 19817
- 497 S -
F:
7,90

- RD
ISSN : 2728/6762 - FRANCE MÉTRO : 7,90 € - DOM : 8.50 € - BEL/LUX : 8.50 € - CH : 11.10 FS – CAN : 13.99 $CA – D : 9.90 € - ESP/ITA/GR/PORT CONT : 8.90 € - MAR : 89 DH - TOM : 1080 XPF – TUN : 9.9 TND - NUMÉRO 497 - JUIN 2021 LA PASSION DES LIVRES ET DES ÉCRIVAINSALEXANDRE
JARDIN
réinvente
l’amour
à deux voix !
Albin Michel
Photo auteur : Denis Félix, illustration couverture : © Julia Fullerton-BattenN ° 497 J U I N 2021
SOMMAIRE
L’ÉDITO 4
Baptiste Liger
LE GRAND ENTRETIEN 6
Delphine Horvilleur par Claire Chazal
34
L’ACTUALITÉ 13
L’UNIVERS D’UNE ÉCRIVAINE 34 L’UNIVERS
Agnès Martin-Lugand
D’UNE
LE DOSSIER 38 ÉCRIVAINE Les lieux d’inspiration
AGNÈS LE PORTRAIT 54 38
Franck Thilliez
MARTINL’ENQUÊTE 58 LUGAND
L’OulipoLE DOSSIER
LE CAHIER CRITIQUE 71 LES LIEUX
. L’événement : S. Craig Zahler 72 D’INSPIRATION
. Littérature française 74
• Polars 83
. Littérature étrangère 84
. Fantastique 90
. Jeunesse 91
. Bande dessinée 92
. Classiques/Études littéraires/Poésie 98
. Essais/Documents 100
LA VIE DES IDÉES 112
LA LANGUE FRANÇAISE 122
LES LIVRES DE MA VIE 130
Cyrille Eldin
LA CHRONIQUE DE 58
STÉPHANIE HOCHET Portrait de personnage 12
FABRICE D’ALMEIDA Une autre histoire 111
L’ENQUÊTE PASCAL ORY Mot de tête 119
ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT L’atelier d’écriture 120 L’OULIPO
PHILIPPE DELERM Le sens de la formule 127
Crédit couverture : Ce numéro comporte un encart Linsvosges, jeté sur la couverture pour une sélection d’abonnés.
Anouk Moncet
LIRE LE MAGAZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1 • 3
03-SOMMAIRE.indd 3 18/05/2021 13:45LIRM0497_003_DE783417.pdf
BENJAMIN GAVAUDO/CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX - ÉRIC GARAULT/PASCOANDCO - COLLECTION PRIVÉESociété éditrice
EMC2 SAS au capital de 325 000 euros
Siège social
15 rue de la Fontaine-au-Roi, 75011 Paris.
Tél. : 01 47 00 49 49 - RCS 832 332 399 Paris
DE BAPTISTE LIGER Président/Directeur de la publication
Jean-Jacques Augier
Directeur général
Stéphane Chabenat
Adjointe
Sophie Guerouazel
RÉDACTION
Directeur de la rédaction
Baptiste Liger’il y a bien un domaine qui dépasse toute notion géographique, c’est bien
Rédacteurs en chef adjoints la littérature. On peut en effet emporter un livre (presque) partout et, en Alexis Brocas, Aurélie Marcireau
restant chez soi, voyager virtuellement, dans sa tête, à travers les pérégrinations Assistante de la rédaction
Sabine Darddes protagonistes. Pourtant, l’écriture est bel et bien confrontée au réel :
Direction artistique S celui des lieux où les auteurs travaillent, imaginent leurs intrigues. Bref, Philippe Marchand/olo.editions
Graphisme tous ces endroits qui sont sources ou réceptacles de l’inspiration. Lire Magazine
Jonathan Blezard, Élise Godmuse, Thomas Hamel
littéraire vous propose ce mois-ci d’en visiter quelques-uns, du château de George Iconographie
Janick BlanchardSand en plein cœur de l’Indre, en passant par la propriété de Flaubert au hameau de
Secrétariat de rédaction Croisset, le manoir dans le Maine de Stephen King ou le modeste domaine de Tolstoï. Meriem Djebli, Sébastien Cordin
Bars, bureaux, trains ou lieux plus inattendus sont également évoqués dans ce dossier Grand entretien
Claire Chazal– qui n’a toutefois rien à voir avec un guide d’investissement immobilier…
Chroniqueurs
Philippe Delerm, Fabrice D’Almeida, Stéphanie
Les amoureux de jeux de construction – mais pas seulement – connaissent bien les Hochet, Pascal Ory, Éric-Emmanuel Schmitt
travaux de l’Oulipo (pour « Ouvroir de littérature potentielle »), fameux groupe Ont collaboré à ce numéro
Hubert Artus, Simon Bentolila, Patrice Bollon,
littéraire comptant, parmi ses plus illustres représentants, Raymond Queneau, Georges Raphaële Botte, Eugénie Bourlet, Olivier Cariguel,
Philippe Chevallier, Camille-Élise Chuquet, Jean-Perec ou Paul Fournel. Grâce à l’incroyable succès de L’Anomalie d’Hervé Le Tellier
Pierre Colignon, Fabrice Colin, Léonard Desbrières,
Bruno Dewaele, Marie-Estelle Dupont, Antoine – le plus « gros » Goncourt depuis bien longtemps… –, ce courant iconoclaste, entre
Faure, Laëtitia Favro, Ilan Ferry, Virginie Girod, Rabih
éloge de la contrainte et apport de la logique mathématique, est revenu sur le devant Hawa, Emmanuel Hecht, Robert Kopp, Anne Laffeter,
Louis-Henri de La Rochefoucauld, Marie Lechevalier, de la scène. Alors, pourquoi ne pas se replonger dans l’histoire et les codes de cette Estelle Lenartowicz, Éric Libiot, Gladys Marivat,
Gabrielle Martin, Françoise Monier, Jean Montenot, littérature ludique et inventive ?
Jean-François Paillard, Jacques Perry-Salkow,
Bernard Quiriny, Patricia Reznikov, Maxime Rovère,
Enfn, à l’heure du processus de déconfnement tant attendu, la vie culturelle reprend Juliette Savard, Serge Sanchez, Mina Soundiram,
Audrey Sovignetpeu à peu, au-delà des librairies, avec de nombreux salons et festivals mettant le livre à
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l’honneur. Mais il y a aussi les salles de spectacle et de cinéma. Tout ceci forme, au Astrid Pourbaix : 01 47 00 03 23 – publicite@lire.fr
Photogravure/Impression fond, un ensemble et les liens sont parfois ténus. On saluera ainsi la sortie en salles
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de The Father de Florian Zeller, formidable adaptation de sa pièce (avec deux Oscars
Publication mensuelle éditée par EMC2 SAS.
Siège social : 52 rue Saint-André-des-Arts à la clé), et la parution du dernier roman noir de S. Craig Zahler, Dédale mortel, qui
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montre qu’on peut être à la fois très bon cinéaste et écrivain talentueux (sacré musicien, N° Commission paritaire : 0625 K 85621.
Dépôt légal : mois en cours. aussi). Qui a dit qu’on ne pouvait pas abattre les murs et cloisons ? ISSN n° 2728-6762.
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4 • LIRE LE MA G AZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1
4-EDITO.indd 4 14/05/2021 18:55LIRM0497_004_DE777859.pdf
AUDREY SOVIGNET
AUDREY SOVIGNETe grand entretien
6-ACTU-HORVILLEUR.indd 6 12/05/2021 10:40LIRM0497_006_DE769481.pdf
FRANCK FERVILLE POUR LIRE MAGAZINE LITTÉRAIREDELPHINE HORVILLEUR
« NOUS SOMMES DÉSESPÉRÉMENT
EN QUÊTE D’HISTOIRES QUI
NOUS CONSOLENT »
par Claire Chazal
Elle est belle et droite, le front haut, elle parle le conservatisme et d’avoir une « plus-que-vie ».
franc, sans complaisance mais avec bienveillance : Et la voici aux bords des tombes, trouvant les mots
c’est ainsi qu’elle s’occupe des autres. Delphine justes pour restituer l’existence du disparu en un
Horvilleur, l’une des rares femmes rabbins en récit clair, à la fois personnel et objectif, mais
France, a traversé les premiers mois de la pan- respectant toujours une distance intelligente.
démie avec le sentiment réconfortant qu’elle Être rabbin, c’est être un conteur, dit-elle. Ce n’est
pouvait être utile. Elle a écouté pas saturer l’espace de foi et de
ceux, très nombreux, qui ne liturgie, c’est parler à ceux qui
pouvaient accompagner leurs restent, de la vie. Beaucoup lui SON LIVRE NOUS PARLE
proches jusqu’à la fn. Et elle a disent : « Vous êtes une rabbine
DE NOTRE HUMANITÉ écrit ce beau livre, nourri d’ex- laïque. » Elle s’en amuse mais
périences personnelles et de accepte la terminologie. Elle ET NOUS APAISE
références religieuses, empreint apprend beaucoup sur elle en
de gravité mais aussi plein d’hu- parlant aux autres, qu’il s’agisse
mour : Vivre avec nos morts. En d’un enfant qui a perdu son frère,
ces temps de crise, de peur collective et de du fls d’une rescapée de la Shoah qui se retrouve
proximité avec la mort, l’ouvrage a reçu un très seul pour l’enterrer, des amis de Charlie Hebdo
bel accueil. Loin de nous accabler, il nous parle venus dire adieu à leur psychiatre ou de « la flle
de notre humanité et nous apaise. Il ne faut pas de Birkenau », Marceline Loridan-Ivens, qui gardera
oublier, rappelle l’auteure, qu’en hébreu « cime- jusqu’au bout son esprit malicieux.
tière » se dit « maison des vivants ».
Nommée rabbin à New York il y a tout juste
treize ans (l’âge de la bar-mitzvah pour les jeunes
garçons juifs), Delphine Horvilleur a voulu vaincre
les réticences en France et imposer avec douceur
un judaïsme libéral, ouvert au dialogue avec les
HHHHIautres religions. En souvenir de ses grands-parents
VIVRE AVEC NOS MORTS
maternels déportés, elle se devait de lutter contre DELPHINE HORVILLEUR
234 P., GRASSET, 19,50 €
LIRE LE MAGAZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1 • 7
6-ACTU-HORVILLEUR.indd 7 12/05/2021 10:40LIRM0497_007_DE769481.pdf
FRANCK FERVILLE POUR LIRE MAGAZINE LITTÉRAIREe grand entretien • Delphine Horvilleur
Vous venez de publier Vivre avec Ces moments de peur collective D.H. Je suis troublée par toute cette
rhétonos morts, un livre magnifque mènent-ils davantage les gens vers rique qui suggère qu’il faudrait être noir
sur l’accompagnement des défunts Dieu et la religion ? pour parler de racisme ou juif pour parler
et la parole de ceux qui restent. D.H. Il est diffcile de répondre à la place d’antisémitisme. Il n’y a rien de plus triste
Le succès de cet ouvrage, qui a déjà des autres. Tout au long de l’histoire, dans que d’imaginer qu’il faut être soi pour parler
touché un large public, révèle-t-il, les moments de crise, les gens ont cherché de soi : cela voudrait dire que je suis
selon vous, quelque chose sur l’état des réponses du côté des traditions spiri- condamnée à ne parler que de ce qui a trait
de nos sociétés ? tuelles. À mon sens, celles-ci n’ont pas de à l’histoire des juifs ashkénazes. Pourquoi
Delphine Horvilleur. Je suis bouleversée réponses à apporter, mais plutôt des questions cette impossibilité de la rencontre avec
par l’accueil qu’a reçu mon livre. Je reçois à nourrir : elles peuvent aider à réorienter l’autre, alors que la littérature, la
psychaénormément de lettres de gens qui me parlent ces questions, à les enrichir. Durant cette nalyse et l’art reposent sur l’idée que l’on
des morts qu’ils ont accompagnés, des mots crise, j’ai été très choquée par toutes ces essaie de penser hors de son corps, de son
qui n’ont pas été dits, des deuils diffciles, personnes qui affrmaient que le monde histoire ? Je réféchis depuis des années à
voire impossibles. Cet ouvrage se situe avait changé, qu’il ne serait plus jamais le la manière de construire des ponts avec
dans l’interstice d’une faille de parole. même ou, au contraire, que nous allions l’autre. Aujourd’hui, on a l’impression que
Il y a quelque chose de l’ordre du « man- les gens veulent brûler les ponts.
quant », et qui le reste dans la vie de ceux
qui n’ont pas raconté leur deuil. Dans ce Vos deux grands-pères ont joué
livre, j’ai voulu mêler le personnel et le un rôle essentiel dans votre vocation : « TRÈS JEUNE, JE SAVAIS
spirituel. Il y a un vrai manque de support l’un a toujours eu la vocation, l’autre
de parole au moment de la mort dans nos était un rescapé des camps…QUE MON RÔLE SERAIT
sociétés modernes ; on n’en parle pas, car D.H. J’ai eu conscience très jeune d’être
on ne veut pas la voir. l’enfant de deux histoires inconciliables DE MAINTENIR EN VIE CE QUI
qui ne racontaient pas la même chose. Mes
Vous avez souvent accompagné grands-parents paternels étaient des juifs NE L’ÉTAIT PLUS »
des familles qui n’ont pas pu faire français très intégrés, amoureux de la
leur deuil pendant la pandémie. République, de la laïcité, et profondément
Cela a-t-il donné plus de sens, reconnaissants à l’égard des Justes qui les
d’utilité à votre mission ? revenir au monde d’antan. Il y a quelque avaient sauvés. L’histoire de mes grands-
D.H. Cette période terrible nous a fait vivre chose d’obscène dans ces certitudes. Nul parents maternels est une histoire de morts,
des choses qu’on n’aurait jamais cru pos- ne sait si le monde de demain ressemblera d’assassinats, d’arrachement à l’Europe de
sibles. Ne pas pouvoir accompagner les ou non à celui d’avant. Les réponses reli- l’Est, d’enfants tués. Enfant, je me disais
défunts, devoir les laisser partir seuls a créé gieuses doivent être capables de dire : « La que mon histoire paternelle était une histoire
pour beaucoup de gens une impossibilité situation est inédite, mais pas tant que ça. de confance en l’autre qui peut vous sauver,
d’avancer dans le deuil. Durant cette crise, J’entends vos questions, mais je n’ai pas tandis que mon histoire maternelle était
nous avons vu apparaître deux types de forcément les réponses. » une histoire de méfance vis-à-vis de l’autre
personnes : celles qui pensaient pouvoir se qui ne peut pas vous sauver. Je me demandais
rendre utiles et celles qui, au contraire, se Vous faites l’éloge de la nuance et si mon voisin était mon sauveur ou mon
sont senties inutiles. J’ai eu de la « chance » du doute, qui ont de moins en moins assassin. Tout cela a nourri très tôt ma
d’être utile. de place dans notre société… réfexion sur mon identité.
BIO-BIBLIOGRAPHIE
1974 2009 2013
Née à Nancy, Delphine Horvilleur a suivi Cette militante du Mouvement juif libéral Publication de son livre En tenue d’Ève.
des études de médecine à Jérusalem, puis de France devient rédactrice en chef féminin, pudeur et judaïsme, qui reçoit
de journalisme à Paris. Un temps de la revue Tenou’a (« mouvement » un bel accueil. Six ans plus tard, ses
mannequin, elle a travaillé pour France 2 en hébreu). On trouve également Réfexions sur la question antisémite seront
et pour RCJ (Radio de la Communauté juive), sa signature dans de nombreux médias, aussi particulièrement remarquées.
en tant que correspondante à New York, dont Le Monde, Le Figaro ou encore En 2021, Vivre avec nos morts s’impose déjà
avant de suivre un séminaire rabbinique Le Monde des religions, où elle tient comme l’un des plus grands succès
et de devenir rabbin. une chronique de 2012 à 2014. de l’année en librairies.
8 • LIRE LE MAGAZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1
8-ACTU-HORVILLEUR.indd 8 17/05/2021 10:25LIRM0497_008_DE778778.pdfVous avez déclaré récemment :
« J’ai senti que ma vie devait être
une “plus-que-vie” »…
D.H. Oui, c’était comme une survie. Tant
de gens étaient morts, et on ne me disait
rien. Je sentais qu’il y avait eu une
catastrophe. Très jeune, je savais que mon rôle
serait de maintenir en vie ce qui ne l’était
plus. Mon histoire était celle d’une survie
que j’avais sur les épaules. Enfant, on a
l’impression d’être le messie, on veut réparer
ce qui est cassé, on est persuadé d’avoir la
clé. Moi, je pensais avoir la capacité de
« recoudre » toutes ces vies arrachées.
Dans votre livre, vous racontez
comment votre grand-père paternel
a calmé une de vos peurs nocturnes.
Cet épisode vous a-t-il ouvert la voie
à la religiosité, au recueillement ?
D.H. C’est une histoire que je n’avais jamais
racontée. Lorsque je l’ai écrite, l’été dernier,
j’ai eu l’impression de trahir un secret. Oui, terriens qui n’est pas le mien. Cela a été D.H. C’est une formule qui m’a été attribuée,
cela m’a ouvert la voie, même si cela était un grand moment de remise en question. que je trouve amusante, et fnalement pas
déjà en germe. Cette nuit-là, une porte s’est Je pense que les juifs doivent avoir une si fausse que ça. La laïcité dans notre pays
ouverte, qui est liée à la peur de la mort. terre où s’installer – de ce point de vue, je est une bénédiction, je considère que c’est
Depuis la parution du livre, je reçois beau- suis sioniste –, mais aussi que l’identité elle qui me permet d’exercer ma fonction
coup de courriers de lecteurs me disant juive est une forme de non-sédentarisation, comme je l’entends, dans un espace où
avoir vécu une expérience similaire. Je me un dialogue entre l’ancrage et l’arrachement. peuvent venir des gens qui ne pensent pas
demande si, autour de 9 ou 10 ans, il n’y Mon histoire passe par une forme de diaspora comme moi.
a pas chez l’enfant une sorte de conscience mentale. Il y a de l’étrangeté en moi qui
de la mort qui explique cette peur. Pour m’empêche de me sentir à la maison où Sur quelles autorités vous
appuyezmoi, c’est arrivé une nuit chez mes que ce soit. vous pour mener votre mission ?
grands-parents, et mon grand-père m’a D.H. Je m’appuie sur beaucoup de gens
sauvée de cette peur. À ce moment-là s’est Vous devenez femme rabbin à autour de moi, mais pas forcément des
scellé comme un pacte. New York, mais c’est en France que autorités spirituelles ou religieuses. Je suis
vous voulez ensuite exercer et lutter très inspirée par les auteurs. C’est une chose
Vous êtes partie en Israël pour faire contre les conservatismes. à laquelle j’ai beaucoup réféchi pendant
des études de médecine. Pourquoi D.H. J’ai grandi en France dans un judaïsme l’écriture de mon livre : à quel point on a
cette destination et cette discipline ? traditionaliste, et les voix d’un judaïsme besoin de récits et d’histoires. Nous sommes
D.H. Mon père était médecin, il y avait plus progressiste m’ont manqué. Cela fait désespérément en quête d’histoires à lire
donc quelque chose de l’ordre de la trans- exactement treize ans que j’ai été ordonnée qui nous consolent, qui offrent une résilience.
mission. À l’époque, je ne voyais pas de rabbin. À ce moment-là, on m’avait proposé On a un besoin narratif, un besoin de récits.
métier plus noble, car il s’agit de venir en un poste dans une synagogue géniale à
aide aux gens – je le pense toujours. Idem New York. Si j’étais restée là-bas, j’aurais Vous pensez que nous avons
pour Israël. Ma famille a toujours eu un été une femme rabbin parmi d’autres, tandis besoin de récits davantage que
lien très particulier avec l’histoire de ce que revenir en France était l’occasion d’y de philosophie ?
pays, mes parents ont même voulu s’y apporter une voix un peu différente dans D.H. La philosophie peut être portée par
installer. À l’âge de 17 ans, partir en Israël le système. En France, hormis Pauline Bebe, des récits, mais la force du récit pur réside
m’apparaissait donc comme la réalisation il y avait encore très peu de femmes rabbins, dans ses multiples niveaux de lecture qui
d’un rêve. J’y ai vécu cinq ans, jusqu’à j’étais la troisième. Aujourd’hui, il y a une font que chacun peut s’en emparer et le
l’assassinat de Yitzhak Rabin. quatrième femme rabbin, et trois autres traduire à sa manière. La force d’un conte,
sont en formation. c’est qu’il peut être entendu à la fois par
Après cet événement, vous rentrez en un enfant de cinq ans, un vieillard et un
France et vous préférez la diaspora… Vous êtes une « rabbine laïque », philosophe, et que chacun va pouvoir traduire
D.H. J’ai un amour passionné pour Israël comme vous l’écrivez, notamment cette histoire dans son univers. J’aime l’idée
et son histoire, mais je me rends compte, lorsque vous racontez l’enterrement qu’une histoire nous attend en fonction du
ce soir-là, que cet événement a marqué la d’Elsa Cayat, tuée dans l’attentat moment où l’on se situe dans notre
victoire d’un sionisme de propriétaires contre Charlie Hebdo… existence.
LIRE LE MAGAZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1 • 9
8-ACTU-HORVILLEUR.indd 9 17/05/2021 10:25LIRM0497_009_DE778778.pdfe grand entretien • Delphine Horvilleur
Vous écrivez qu’être rabbin, pour la première fois, car c’était à travers
c’est être un conteur, donc restituer mes mots. Cela m’a permis de comprendre
aux vivants la vie des morts… qu’il n’y a aucun chemin plus long que
D.H. Ce qui est critique, pour bien raconter celui qui relie votre bouche à vos oreilles
une histoire, c’est d’abord de bien écouter et que, parfois, on ne peut pas entendre ce
la manière dont les proches du défunt la que l’on dit soi-même : il faut que quelqu’un
racontent. On peut raconter une vie de d’autre le fasse. À ce moment-là, j’ai compris
différentes façons, comme une comédie, que je servais à faire en sorte que l’autre
un western, un thriller ou un drame. Quand entende ce qu’il m’a dit. Cette histoire entrait
une personne décède, vous savez très vite, tellement en résonance avec la mienne
en écoutant bien ses proches, le registre du qu’elle m’a obligée à écouter ma propre
conte dans lequel vous allez devoir retrans- vie, dans une sorte d’effet miroir : en
crire son histoire. Si l’on se trompe de racontant l’histoire de sa mère, j’entendais
registre, cela peut être horrible ! Cela m’est l’histoire de ma grand-mère.
arrivé, je le raconte dans mon livre. En
discutant avec la famille du défunt, je me Vous racontez aussi l’histoire
suis rendu compte que ce n’était pas eux d’un enfant qui ne sait pas si son
que j’aurais dû écouter, que ses vrais proches petit frère est sous terre ou au ciel, Il est diffcile, dans votre rôle,
étaient ses amis : le décédé avait vraiment car, dans la religion juive, la question de garder l’émotion pour soi.
compartimenté sa vie et sa famille ne le de la vie après la mort est vague… Vous racontez l’enterrement d’une
connaissait pas vraiment. C’est plus fréquent D.H. Il n’y a pas une réponse, mais plusieurs. mère de famille que vous avez
qu’on ne le pense. Ce jeune garçon m’a demandé pourquoi connue, durant lequel il vous a été
on lui avait dit que son petit frère était à la impossible de pleurer…
Il y a également, dans votre livre, fois sous terre et au ciel, pourquoi ses parents D.H. Je savais que je ne pourrais pas être
une histoire bouleversante sur ne choisissaient pas entre les deux. Cette à la hauteur, qu’il serait très diffcile d’être
l’enterrement d’une femme rescapée métaphore nous protège, nous, adultes, à la fois le rabbin et l’amie. Je vois encore
des camps dont vous racontez la vie mais elle laisse les enfants complètement l’image de cet enterrement, avec tous nos
au fls… dubitatifs. Cela les met face à l’impossibilité amis effondrés. J’avais de la chance car,
D.H. Parmi tous les enterrements que j’ai pour les adultes de leur raconter la mort. contrairement à eux, je savais ce que je
menés, c’est celui qui m’a appris le plus Dans la religion catholique, le langage est devais faire à ce moment-là : des prières à
sur ma fonction. Je m’attendais à parler de plus fgé, tandis que dans la religion juive mener, des paroles à prononcer. Cela renvoie
la vie incroyable de cette femme devant un des tas d’idées cohabitent sans qu’aucune à ce que je disais sur la population qui se
grand nombre de personnes, mais j’étais soit défnie comme une vérité – ce qui peut divise en deux en temps de crise. Au cœur
seule face à son fls et je lui racontais de nous laisser désemparés. C’est à chacun de mon chagrin dévastateur, je savais ce
nouveau une histoire qu’il venait de me de faire son chemin dans cette polyphonie que j’avais à faire. Parfois, il est impossible
raconter. C’était comme s’il l’entendait théologique. de séparer les rôles.
cette vieille dame agressée par un motard LE COUP DE DE CLAIRE CHAZAL
et qui attendra la mort à l’hôpital, seule,
laissant remonter ses souvenirs de
racontait comment la mort accidentelle professeure d’histoire et de littérature…
de sa mère, à 36 ans, avait laissé le petit Ou encore le gardien solitaire d’un domaine
garçon qu’il était dans une cathédrale à la dérive, qui voit son dernier lien
inhabitable. Une perte irréparable, dont le rattachant à la vie se dissoudre quand
il a su parler au présent, comme pour la flle du maître perd la vie, noyée.
redonner vie à la jeune femme. Cette fois,
il a recours à la fction pour dévoiler
son questionnement intime sur les fssures
de la vie et le temps suspendu avant JUSTE AVANT LA CHUTE
la chute libre. Sélectionné pour le Goncourt
Petit-fls de Jacques Lacan, il aura attendu de la nouvelle, Derniers jours dresse
de dépasser la cinquantaine pour se livrer le portrait de sept personnages sur le point HHHII
par l’écriture. Cyril Roger-Lacan, conseiller de basculer. Il y a cette mathématicienne L’adaptation magistrale en BD Un récit historique émouvant, Le récit du destin incroyable DERNIERS JOURS
de la nouvelle d’Herman Melville, au cœur d’une catastrophe de Boughéra El Ouaf, ouvrier d’État, normalien, nous a offert un premier incapable de transmettre la vie, et qui CYRIL ROGER-LACAN
une réfexion stimulante sur écologique et sociale: le Dust Bowl, français d’origine algérienne récit bouleversant en 2018, L’Inconnue, qui disparaîtra dans un vortex marin ; 160 P., GRASSET, 16 €
l’obéissance et la résistance aux États-Unis durant qui devint champion olympique,
passive. la Grande Dépression. contre tous les pronostics.
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AIMÉE DE JONGH MARATHON
NICOLAS DEBON
AUDREY SOVIGNET
© De Jongh / Dargaud 2021
Le 25/06Il y aussi beaucoup d’humour dans D.H. Je ne sais pas si l’on peut apprendre Cela pourrait-il inciter vos enfants
votre livre, notamment quand vous à mourir, mais on peut apprendre à vivre ! à s’écarter de la religion ?
évoquez Marceline Loridan-Ivens, Il était important pour moi de consacrer un D.H. Je ne pense pas que mes enfants
rescapée des camps, qui a continué chapitre à Moïse, le sage par excellence, prennent le chemin de la religion. Je leur
à faire des blagues jusqu’à sa mort… mais qui était paniqué à l’idée de mourir. souhaite en tout cas de faire des choix
D.H. Des personnes mortes que je connais, La solution qui lui a été donnée pour accepter religieux différents des miens. C’est bien
Marceline est la plus vivante dans les de mourir était de lui faire comprendre que d’être à la fois fdèle et infdèle à ses parents.
conversations. Elle y surgit très souvent. quelque chose de son enseignement allait Quand mon fls a fait sa bar-mitzvah, il a
En réécoutant une interview d’elle, je me continuer de vivre, de pousser comme un dit, à la synagogue, qu’il ne serait ni maire
suis rendu compte, pour la première fois, arbre, de laisser des traces. En escaladant comme son père, ni rabbin comme sa mère.
que des travaux avaient lieu pendant qu’elle la montagne, il a compris que sa vie n’était Son discours était très juste.
me parlait, comme si, alors même qu’elle pas devant lui mais derrière, et que l’enjeu
me parlait de la mort, la vie continuait de résidait dans la manière dont les générations On est peut-être d’autant plus attaché
se dérouler. Elle avait cette capacité de faire suivantes allaient interpréter ses traces. La à sa religion quand on est juif,
cohabiter la vie et la mort, de dire merde vie sans la mort n’existe pas. car c’est la religion de la souffrance,
à la mort. J’y pense particulièrement quand de la survie, de la diaspora…
je vais dans les locaux de Grasset, car elle Parvenez-vous à faire entendre D.H. Dans la religion juive, on sait que tout
habitait juste au-dessus. Quand je passais ce message à vos enfants ? s’arrête si le maillon est rompu. Se pose
des soirées avec elle, je me sentais souvent D.H. J’en parle très souvent avec mes enfants. alors la question de la transmission. Et pour
plus vieille qu’elle ! Je nous souhaite de Depuis qu’ils sont tout petits, ils m’entendent moi, la transmission, c’est comme les recettes
vieillir comme elle et de nous sentir plus parler de la mort, notamment à travers mes de ses aînés que l’on veut refaire : ça ne
jeunes que les personnes que l’on fréquente. discussions avec les familles endeuillées. marche que si l’on ajoute une épice. C’est
Elle avait ce talent. Je ne sais pas si cela les préparera mieux, la petite infdélité qui fait la différence.
nous ne sommes jamais préparés à la mort
Propos recueillis par Claire Chazal Peut-on apprendre à mourir, selon de nos parents. Mais je pense que c’est une
Photos Franck Ferville vous ? Vous écrivez qu’il ne faut pas conversation qu’il ne faut pas éviter avec
pour Lire Magazine littérairerefuser la peur… ses enfants.
L’adaptation magistrale en BD Un récit historique émouvant, Le récit du destin incroyable
de la nouvelle d’Herman Melville, au cœur d’une catastrophe de Boughéra El Ouaf, ouvrier
une réfexion stimulante sur écologique et sociale: le Dust Bowl, français d’origine algérienne
l’obéissance et la résistance aux États-Unis durant qui devint champion olympique,
passive. la Grande Dépression. contre tous les pronostics.
AU RAYON BANDE DESSINÉE
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LES PLUS BEAUX ROMANS SONT
LITTÉRATURE, RÉCIT HISTORIQUE, SOCIÉTÉ …
GRAPHIQUES !BARTLEBY,
LE SCRIBE
JOSÉ-LUIS MUNUERA JOURS DE SABLE
AIMÉE DE JONGH MARATHON
NICOLAS DEBON
AUDREY SOVIGNET
© De Jongh / Dargaud 2021
Le 25/06POR TRAIT DE PERSONNA GE
STÉPHANIE
HOCHET
DON QUICHOTTE
our me peindre, seuls les plus grands, les génies, Je ne m’en souviens pas. Et ne prenez pas ce ton
se sont sentis à la hauteur. Pourriez-vous penser supérieur. J’ai une ferté d’hidalgo, je vous le rappelle.
à plus grands que Picasso et Dalí ? Ma triste fgure Pourquoi avoir fait croire à Sancho qu’il allait régner
a marqué à jamais leur imagination. Selon Dalí, sur une île ?P je suis un double mystique, un écorché de l’ins- Mais parce qu’il y est destiné ! Tout chevalier digne de
piration christique. Hanté par des images célestes, je me ce nom qui remporte des territoires est reconnaissant
hisse sur un Rossinante aux pattes arachnéennes pour envers son fdèle écuyer. Sancho, bien que né dans le purin,
combattre des ennemis cachés dans des moulins à vent est destiné à devenir gouverneur. Vos dirigeants actuels
aux ailes coulantes. Ou alors, j’explose d’extase devant une sont-ils autre chose que les descendants des paysans ?
apparition de la dame de mes pensées, Dulcinée du Toboso. Vos présidents sont les petits-fls de Panza !
Une femme vertueuse à la modestie la plus admirable. Il a quitté sa femme et ses champs pour vous suivre,
Ne trouvez-vous pas que Dalí s’identife à moi ? N’est-il et il n’est toujours pas gouverneur.
pas tout entier chevalier servant pour Gala, sa femme La patience est une vertu que votre époque a perdue
idolâtrée ? N’est-il pas ce conquérant de quand elle est incontournable pour nous
la beauté absolue à la silhouette longue autres, héros dévoués aux plus nobles
et maigre comme une croix chrétienne ? causes. N’ai-je pas attendu toute ma vie
SI JE N’ÉTAIS Picasso aussi me rend hommage. la dame de mes pensées ?
Ce n’est pas qu’il me voie comme un Oui, d’ailleurs vous ne l’avez jamais PAS LÀ,
torero, mais j’apparais sous des traits vue. Elle n’en est que plus chère à mon
aussi affûtés que ses matadors et que cœur.QU’EN SERAIT-IL
ses divins taureaux. Il n’oublie pas mon Comment aimer quelqu’un qu’on ne
DU MONDE ?compagnon écuyer, Sancho Panza. Ce connaît pas ? C’est la meilleure façon
brave homme parfois tellement naïf qu’il d’aimer, la plus haute.
imagine qu’une armée a pris les traits de L’un des plus grands moments de votre
troupeaux de brebis ! Je lui ai montré que je n’étais pas vie est sans doute votre adoubement dans ce château
dupe. Je vois ce qui est quand mon brave Sancho est que certains qualifaient d’auberge, où des dames aux
facilement envoûté par les fantômes et autres créatures tenues suggestives vous applaudissaient.
infernales. Si je n’étais pas là, lucide et courageux, qu’en Je n’ai jamais été aussi fatté de ma vie. C’était avant
serait-il du monde ? les tensions avec Sancho.
Un livre, peut-être ? Rappelez-m’en la cause ?
Chère amie, si je devais choisir un livre, ce serait Amadis Le mage Merlin m’est apparu pour m’apprendre une
de Gaule, ma référence absolue en matière de chevalerie. triste nouvelle : Dulcinée avait été envoûtée et le sort ne
J’ai bien peur que, si je n’avais levé le glaive, le chaos eût cesserait que si Sancho se donnait trois mille coups de
régné dans ce monde. Des géants parcourent notre terre fouet sur les fesses.
espagnole et lancent des sorts. Nous, chevaliers, avons Il se tait avant d’ajouter :
fait don de notre vie pour redresser les torts. Que sont trois mille coups de fouet sur les fesses quand
Néanmoins, vous avez subi quelques revers. l’esprit chevaleresque est à sauver ?
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AUDREY SOVIGNETQUAND LA CIA
IMAGINE LE FUTUR
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FLORIAN ZELLER :
« LA MÉMOIRE EST
ASSOCIÉE AU TEMPS,
MAIS AUSSI À L’ESPACE »
L’ACTUALITÉ
BOLIDES
ET BEAUX LIVRES
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L’ART DE LA NOUVELLE
SELON TATIANA DE ROSNAY
LIRE LE MAGAZINE LIT TÉRAIRE • JUIN 2 0 2 1 • 13
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LEWIS JOLY/POOL/GETTY IMAGES VIA AFP - SAUL LOEB/AFP - LIBRAIRIE ETAI/PASSION AUTOMOBILE - CHARLOTTE JOLLY DE ROSNAY/ROBERT LAFFONT

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