Lire n°485 - 486 - du Mai au Juin 2020

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Lire n°485 - 486 - du Mai au Juin 2020

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Date de parution 11 mai 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 46 Mo
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CAHIER ER
L’INVITÉ DE. CLAIRE CHAZAL. Sylvain Tesson
NUMÉRO SPÉCIAL L’espoir Bibliothèque idéale OLa méditation par Christophe André OLes voix de la résilience OLe classique d’André Malraux
HOMMAGE Uderzo/Astérix Cahier 52 pages
 RD 8,90 F:
 485 
L 19817
DOM : 9.5 €  BEL/LUX : 9.50 €  CH : 15 FS – CAN : 14.99 $CA – D : 10.5 €  ESP/GR/ITA/PORT CONT : 9.5 €  MAR : 99 DH –TOM : 1250 XPF – TUN : 12.9 TND  1 #485486 er maijuin 2020 / numéro double / 1 cahier  www.lire.frO8,90w
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N ° 4 8 5  4 8 62 0 2 0M A I - J U I N
L’édito de Baptiste LigerCOURRIER DES LECTEURS DANS L’ACTUALITÉ
ENQUÊTELibrairies dans la tempête. Comment éviter le naufrage ?
DOSSIERL’espoir
BIOGRAPHIE D’UN CLASSIQUEL’Espoird’André Malraux
LE GRAND ENTRETIENSylvain Tesson par Claire Chazal
CAHIER CRITIQUE
LITTÉRATURE FRANÇAISE
LITTÉRATURE ÉTRANGÈREPOLARS/POÉSIEFANTASY/ROMANCEBANDE DESSINÉE /JEUNESSEESSAIS/DOCUMENTS
RÉTROLISEUR
LANGUEFRANÇAISE
DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE…Malik Zidi
LIRE HORSSÉRIE N°1
LA CHRONIQUE DE
ÉRIC LIBIOTDans lespoches
SYLVAIN TESSONPar les livreset par les champs
BRUNO DEWAELEOn enparle
JACQUES PERRYSALKOWDes anagrammeset des livres
PHILIPPE DELERMLe sensde la formule
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Couverture : Détail du tableauSummertime(1943) d’Edward Hopper. BRIDGEAMABNONF.NMEAMNTEONVATNSI/:GLAiLreLI-MsAerRvDiceAaLbBoEnRnTemUeDnEtRsZ-O4ProOuUtRede Mouchy, 60438 Noailles Cedex. Tél. : 01 70 37 31 54. er d Ce numéro double deLirecahier « L’espoir » ; 2 cahier « Spécial Uderzo/Asterix ».comporte 2 cahiers : 1 Il comporte également un encart bon de commande hors-sérieLireet un encart Musées du Monde, diffusés sur l’ensemble des abonnés.
EN COUVERTURE
18 p. DOSSIER L’ESPOIR 34 p. LE GRAND ENTRETIEN SYLVAIN TESSON
EXTRAIT ALAINFOURNIER Le Grand Meaulnes
Avec ce numéro, un cahier hommage de 52 pages : spécial « Uderzo /Astérix ».
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Au soleil redouté
Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers. Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ?
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SÉBASTIEN HARDY
DE BAPTISTE LIGER
evinette: quelle est la diférence entrel’optimisteet lepessimiste?papier, mais aussi sur les préférences litté Le premier dit toujours que raires des uns et des autres? D’ailleurs,liton «la même chose sur un écran et sur un objetça ne peut pas être pire »; au fonDd,sontelles si opposées? Ne peuvent le second réplique: « Oh si!? » imprimé Et à quel prix ? Ces questions Ce bon mot – parfois attribué n’en finiront pas de se poser, dans les pro à Guitry, parfois à Cioran – a, chains mois,notamment du côté des éditeurs. entre autres mérites, celui Fautil attendre une large disponibilité en d’illustrer simplement deux philosophies de librairies pour lancer un livre ou pourraton, vie particulièrement mises en lumière lors désormais,se permettre de « lancer » un titre des crises, quelle que soit leur nature. Mais uniquement en format numérique? elles pas se rejoindre ? S’alimenter l’uneiStecpetoirésrueautreuxnombdesiàepmrruaedal’autre? On peut notamment se le demanderd’avancer dans leurs manuscrits(on n’ose ima en se penchant sur un concept bien précis, giner l’encombrement des textes dans les auquel nous avons décidé de consacrer notre maisons d’édition!), les divers « journaux dossier: l’espoir. La langue française l’a ainsi de confinement » des écrivains n’ont pas for associé à certaines expressions, le reliant cément été bien accueillis par le public. On à « une lueur » ou le situant « au bout du ne compte plus les critiques acerbes, sur les tunnel » – s’agiraitil d’une affaire de lumi réseaux sociaux, envers les récents écrits de nosité? Il convenait ainsi de s’interroger sur Leïla Slimani (pourLe Monde) ou de Marie ce mot que l’on utilise souvent comme un Darrieussecq (dansLe Point),deux auteures placebo, sans comprendre alors décrites comme des vraiment ce qu’il implique. privilégiées déconnectées de D’Épicure à Kierkegaard la réalité de la majorité des en passant par DescartesRetrouver leFrançais. S’il y a un temps ou Kant, l’espoir a ainsi pour le jugement social fait plancher bien des phisourire quelques de l’instant, qu’en seratil losophes sur sa définition lorsque l’on redécouvrira instants et son application – tout ces lignes, bien plus tard? Si comme les différentes critiquables soientelles, ces branches de la psychologie pages auront, en tout cas, et de la psychanalyse.Pourquoi aton besoin valeur de témoignage sur la réalité subjective de se rattacher à lui? Qu’estce qui le fait des personnes, à un moment donné – naître, le produit (ou le relativise)? celui de la vie au temps du coronavirus.
Outre le Flux d’inFormations – complémentaires Peu utilisé il y a encore quelques mois, le mot ou contradictoires –, la littérature peut être une « coronavirus » se trouvait – attribué à un cham-source d’espoir,dans le sens large du terme.pion romain de courses de char!– dans l’album Il y a bien sûr tous les ouvrages apportant laAstérix et la Transitalique, non pas signé connaissance ou des manuels proposant des Uderzo mais du duo FerriConrad. Sombre moyens d’aller de l’avant, mais il faut aussi ironie de l’Histoire, une crise cardiaque compter sur la fiction pour non seulement (et non le Covid19) aura emporté,le 24mars, nous divertir, mais aussi pour nous donner le géniteur du plus célèbre Gaulois de la dgetustriebrlA«rotEenÉC,)!sumaamnotoptpyleuqiatsacoprela,erdfreemutDmeselansntdsl.ibra»irieIsoiruraecaérutTDeisé.,pequoiqueiseuqletnaltasnOosvunerivacelert,etuêodrevurteelers matière à méditer – on notera d’ailleurs, ces bande dessinée. Il avait 92ans.Lirea sou dernières semaines, l’appétit très paradoxal haité rendre hommage à celui qui a donné le des lecteurs à la fois pour des histoires goût de la lecture à plusieurs générations en légères et des romans bien plus sombres proposant, dans ce numéro, un large cahier lvaeLlletsenpéuquparepneilonnodsuovmnèunsovhoézipdeenrnnselelfçanodesitsemesdtnsnarelieltveinsi,amtionédijuindetidarteellennoipaspontrnorou (qui aurait cru au sursaut deLa Pesteconsacré à son œuvre – pour l’essentiel tiré d’un numéro horssérie publié en 2004 et ici entraîné un net bond de l’acquisition de ces planches aux airs de potion magique. liseuses jusqu’alors peu usitées. Cette nou Enfin, faute d’actualité éditoriale, nous passager ou auratelle des conséquences pour celle de juilletaoût avec, nous l’espé non seulement sur l’économie du livre rons,de bonnes nouvelles,d’excellents livres. Et le plaisir de vous retrouver, par Toutatis!
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COURRIERDES LECTEURS
Joël Dicker, une imposture littéraire? oilà un sacré poissonVous avez naturellement le droît d ’ a v r i l :i r e L u i q de ne pas apprécîer ses romans V consacre son grand– d’aîlleurs, sî la rédactîon deLireentretien à Joël D icker.a aîméLa Vérité sur l’afaire Harry Pourquoi pas à mon plomQuebert,elle a également été crî-bier, la prochaine fois ? Jetîque à l’égard deLa Disparition sais bien que cet auteur vendde Stephanie Mailer. Toutefoîs, des milliers, pour ne pas direc’est le rôle d’une publîcatîon des millions d’ouvrages,comme la nôtre de mettre en mais les chiffres suffisentilsavant aussî bîen des écrîvaîns à transformer cette tête deplébîscîtés par le grand publîc gondole dénuée de style enque des plumes plus radîcales écrivain digne de ce nom ?ou conidentîelles. D’un poînt Croyezvous que ses romans vont passerde vue journalîstîque, îl nous semble en outre à la postérité ? Ceux qui apprécient de telsîntéressant de laîsser la parole à un auteur tel produits de consommation sans saveur neque Joël Dîcker, ain de connaïtre sa vîsîon de la sont pas des indécrottables sans jugeotelîttérature et sa manîère de concevoîr un roman. et ils méritent qu’on leur fasse découvrirIl ne faut certaînement pas méprîser ses lecteurs des œuvres d’une qualité bien supérieure.d’autant que jouer les Nostradamus de la posté-Thomas Payetrîté peut s’avérer un exercîce pérîlleux – que n’a-t-on pas dît sur des igures populaîres, comme La réponse deLire.Jules Verne ou Agatha Chrîstîe, aujourd’huî plusVoîlà un avîs bîen tran- ché sur l’auteur deL’Énigme de la chambre622,connues que bîen des plumes «chîc» n’ayant dont la parutîon est inalement repoussée. pas passé l’épreuve des années…
Un auteur sur le divan ansLirede février, on peut s’étonner de cette D d é c la ra tio n d e Je a n Echenoz :«Je n’aime pas la psychologie. Alors m’étendre sur la psychologie des person nages, ça ne m’intéresse pas[…].Je n’aime pas beaucoup décrire les sentiments, les états d’âme…»Voilà qui est tout de même très étrange, car nous dire ce que pense ou éprouve un personnage, voilà ce qui fait la grande supério rité de l’écrit sur le cinéma ! Amédée Pétel
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Problème de calendrier ans la dernière édition deLire,vous avez parlé de nombreux romans qui, hélas, pour D les tristes raisons que l’on connaît, ne sont pas publiés pour le moment. Pourriezvous nous dire quand ceuxci seront disponibles ? Et allezvous publier les mêmes critiques dans vos numéros à venir, ou d’autres articles ?Mireille Levèque La réponse deLire.Comme tant d’autres secteurs, les maîsons d’édîtîon ont dû s’adapter à la sîtuatîon. Aussî, on ne compte plus les tîtres devant paraïtre à partîr de la mî-mars quî sont inalement reportés, sans îndîcatîon précîse – parmî lesquelsL’Énigme de la chambre622de Joël Dîcker ouFillede Camîlle Laurens. Il appartîendra alors aux édîteurs de sîgnaler, au cas par cas, la nouvelle date de publîcatîon pour chacun de ces ouvrages. Sî nous n’allons pas republîer les artîcles en questîon, nous ferons toutefoîs un petît renvoî à ce numéro d’avrîl dans nos parutîons ultérîeures.
Où adresser votre courrier ? Par voie postale:18 rue  du FaubourgduTemple 75011 Paris Par courrier électronique: redaction@lire.fr Sur la page Facebook du magazine:  facebook.com/Lire.Magazine Instagram@magazinelire Twitter@MagazineLiRE
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Grand entretien Claire Chazal
Chroniqueurs Philippe Delerm, Bruno Dewaele, Éric Libiot, Jacques PerrySalkow, Sylvain Tesson
Direction artistique Isabelle Gelbwachs
GraphismeMarieThérèse Poux
Secrétariat de rédaction Meriem Djebli, Brigitte de Zélicourt
Service photo Cyrille Derouineau
Ont collaboré à ce numéro Hubert Artus, Raphaële Botte, Jeanne Camos,Philippe Chevallier, JeanPierre Colignon, Léonard Desbrières, Laëtitia Favro, Ilan Ferry, Alexandre Fillon, Fabrice Gaignault, Virginie Girod, Aurélie Godefroy, Emmanuel Hecht, LouisHenri de La Rochefoucauld, Marie Lechevalier, Estelle Lenartowicz, Gladys Marivat, Françoise Monier, Jean Montenot, Pascal Ory, Christophe Rioux,Mina Soundiram.
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DANS L’ACTUALITÉ FOCUS SUR
Shira Haas (en robe de mariée) interprète Esther, dans Unorthodox.
Unorthodox C’est LA sérIe du moment sur NetlIx:UnorthodoxécrIture, cette aventure humaIne et humanIste se permetou ’hIstoIre d’une jeune femme d’orIgIne juIve quI décIde de fuIr sa même une profonde rélexIon sur a notIon d’hérItage communauté utra-orthodoxe, à New York, après un marIage à a foIs IntIme et hIstorIque, Esther partant vIvre à BerIn forcé. Adapté de ’autobIographIe de Deborah Fedman vIe chargée d’hIstoIre pour a communauté juIve. IntItuéeUnorthodox. The Scandalous Rejection of My HasidicUne réussIte que ’on doIt autant à a créatrIce Anna WInger Roots*,cette mInI-sérIe de quatre épIsodes Interpee(Deutschland 83)qu’à son castIng germano-IsraéIen en par sa peInture sans fard d’une socIété dans a socIété tête duque se trouve a jeune ShIra Haas, formIdabe dans (a communauté hassIdIque), avec ses règes, sa vIoence e rôe d’Esther.Unorthodoxest à son Image, ee quI se sourde et son rapport ambIvaent aux femmes, dont ’IdentIté montre tour à tour boueversante et réservée, bee et trIste. est constamment sacrIiée au proit du statut d’épouse et D’un poInt de vue purement socIéta, cette mInI-sérIe est de mère. À a foIs charge contre e dogmatIsme, a servItude passIonnante; sur e pan humaIn, ee est tout bonnement voontaIre et œuvre profondément fémInIste,UnorthodoxIndIspensabe. Pas étonnant qu’à ’heure actuee a cea d’unIverse qu’à travers e parcours de a jeune Esther,Unorthodoxtrône dans e top 10 des programmes es pus a sérIe sonne comme une vIbrante ode à a Iberté. Traversée regardés sur a céèbre pateforme de SVOD.Ilan Ferry de moments poIgnants d’une bee puIssance évocatrIce, Unorthodox,actueement sur Netlix. ee se garde bIen de tout jugement mora pour coer au pus *Unorthodox. Comment j’ai fait scandale en rejetant mes origines hassidiques,près de son «héroïne». Extrêmement précIse dans sondisponibe en France à partir du 26 juiet en e-book chez HLAB. A. MOLNAR/NETFLIX
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DANS L’ACTUALITÉ
À L’ÉPREUVE DES FAITS
Gratuité, j’écris ton nom En ces temps de coninement, plusIeurs édIteurs ont eu la même Idée : ofrIr en lIgne des textes, souvent même des lIvres entIers. HIstoIre de rester proches des lecteurs et de préparer les retrouvaIlles quand les lIbraIrIes rouvrIront. Passage en revue des ouvrages dIsponIbles. lors que le virus nous contraint Le plus actif et inventif est peutêtre à rester enfermés chez nous, Le Seuil, qui propose tous les jours un mieux vaut avoir de quoi tenir titre trié sur le volet. Parmi les plus per doeusdlAB«ontisinquouledqsercellocanirfouuoiivdeveemtn,)neceomrevu,stssiquesjamaisoergsocalContes le siège – c’est là qu’on se féli tinents déjà offerts, on a retenuPeste & cite d’avoir sur nos étagèresCholérade Patrick Deville,10 jours dans »un asilede Nellie Bly (il y a en effet de comme cette nouvelle traduction dedes sages zende Pascal Fauliot (il faut La Montagne magiquesavoir garder son calme) oude Thomas Mann, Histoire paru au Livre de Poche, il yde chambresde Michelle a six mois. Mais le fait que P e r r o t . D a n s l e m ê m e Des livres les plus ermites d’entre g e n r e, L a D é c o u v e r t e nous se replient sur ce qu’ilspermettant a d o n n éFa b u le r la fin de tenir le coup ont en stock (les cinq tomesdu mondede JeanPaul de laCorrespondanceg é l i b e r t e t , de E n s u r t o u t , dans l’étrange Flaubert en Pléiade, lesChez soide Mona Chollet, tunnel que Penséesde Pascal ou le un essai ainsi présenté Vo y a g e a u t o u r d e m anous traversonspar sa quatrième de cou ch a m b r eX a v i e r d e verture :d e « Le foyer, un lieu Maistre) ne fait pas les affaires desde repli frileux où l’on s’avachit devant éditeurs, désireux de garder le contactla télévision en pyjama informe ? Sans avec leurs lecteurs. À cette fin, plusieursdoute. Mais aussi, dans une époque dure d’entre eux ont mis en ligne gratuitementet désorientée, une base arrière où l’on des livres permettant de tenir le couppeut se protéger, refaire ses forces, se dans l’étrange tunnel que nous traversons.souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que
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l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir. Ce livre voudrait montrer la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. »De circons tance ! Parce qu’il ne faut pas oublier les éditeurs indépendants, particulièrement malmenés par la récession qui s’annonce, citons le Diable Vauvert, qui a d’ores et déjà sélectionné trente livres de son cata logue, et pas des fonds de tiroir (Charles Bukowski, Thomas Gunzig, David Foster Wallace, Irvine Welsh ou Nicolas Rey).
Une expérience inédite La période étant propice au jus de crâne, Gallimard a demandé à ses auteurs de penser l’événement. La collection « Tracts », lancée il y a un an, a ainsi été temporairement rebaptisée « Tracts de crise ». Elle propose d’une à trois paru tions quotidiennes, et de nombreuses plumes de la maison ont répondu à l’ap pel : Régis Debray, Erri De Luca, Cynthia Fleury, Danièle Sallenave, FrançoisHenri Désérable, Pierre Bergounioux, Thierry Laget (sur Proust !), Erik Orsenna, S y l v a i n Te s s o n , N a n c y H u s t o n … L’intervention la plus remarquée a pour l’instant été la lettre ouverte d’Annie Ernaux à Emmanuel Macron, lue à la radio et reprise un peu partout. Antoine Gallimard le déclarait à nos confrères deLivres Hebdo,alors que, quelques jours après leur lancement, les « Tracts de crise » avaient déjà rassemblé plus de 10 000 abonnés :« Cette expérience est iné dite, et suscite un incroyable engouement, tant des auteurs que des lecteurs, libraires et bibliothécaires. C’est un lien maintenu.» Dismoi ce que tu lis pendant le confi nement, je te dirai qui tu es ? À l’heure où nous bouclons, un tour sur la liste des ebooks gratuits les plus téléchargés sur Amazon nous apprend que c’est Stephen King qui est premier avec sa nouvelle Laurie(offerte par Albin Michel). On trouve ensuite des livres pour enfants, beaucoup de classiques (avec Jules Verne en tête), des textes sur la résilience et la confiance en soi,Les Grandes Dates de l’histoire de France pour les nuls,La Cuisine indienne pour débutantet, en soixanteneuvième position, une revue de bande dessinée érotique. À chacun de confiner comme il l’entend ! LouisHenri de La Rochefoucauld
SDP
DANS LES POCHES
ÉRIC LIBIOT
L’ÉMOI DES MOTS n cette période de confinement, à force de Et en voilà un autre, particulièrement charnu, repasser mes chemises devant la bibliothèque, leDictionnaire du renseignement,dirigé par Hugues il me vient l’idée d’y remettre de l’ordre à Moutouh et Jérôme Poirot, deux pointures au C.V. fourni, E défaut de lire tous ces livres qui s’y côtoient – bien que, dans ce type de milieu qui préfère les bords, ce à quoi je m’emploierai un autre jour, c’est on ne sache jamais vraiment ce qui est vrai ou faux. En promis. Et d’abord, se plonger dans ce merveilleux livre tout cas, l’ouvrage est une preuve de la singularité des de Georges PerecPenser/Classer(Points), qui explore un dictionnaires : en lieu et place d’un ouvrage historique certain nombre de rangements possibles aussi pertinents sur le thème – à la lecture sans doute pénible et réservée que roboratifs. Et ensuite, se désespérer car Perec incite aux seuls amateurs –, ce picorage permet de passer, selon finalement chacun à se débrouiller. Me voilà avec un l’heure du jour et le menu du dîner, d’un article consacré à tas d’ouvrages par terre, dont je ne sais toujours pas s’il l’opération Fortitude (l’infox sur le débarquement allié) à faut les classer par nom d’auteur, par titre, à plat ou sur un autre traitant deKubark(un manuel destiné aux agents la tranche de gâteau, par année de publication ou par de la CIA), et à quelques pages plus denses sur la Russie couleur de couverture. Une première étape paraît pour ou la DGSE. Ce voyage aussi est passionnant, et nécessite tant évidente: classer les dictionnaires à la lettreD. «Dprendre son temps. Comme pour tous les dictionnaires.» de comme « délice », « découverte », « déambulation » ou Ce livrelà ira à la lettreG: dansGaspard de la nuit,« dada ». Les dictionnaires sont des lieux enchantés et Élisabeth de Fontenay donne corps et âme à son frère, toujours aimables : ici, leDictionnaire des trucs,pour les« différent des autres. »Un court texte, érudit et beau, magiciens, plus loin, lesDictionnaire du jazz,de Paris,et raisonné, dans lequel la philosophe, à force émouvant de l’argotou desAuteurs de la Série noire,sans oublier de réflexions, de références et de souvenirs, dessine une leGradusexistence refermée sur ellemême. Son frère ne s’appelle(10/18), le plus beau, le plus gourmand, qui aligne les procédés littéraires. pas Gaspard mais GilbertJean, comme elle l’avoue en En voilà un qui vient rejoindre l’étagère:leDictionnaire:dernière page « Et si je tiens finalement à laisser une amoureux de la langue françaisede JeanLoup Chiflet.trace de ton prénom, c’est qu’après que nous aurons l’un L’homme est un passionné du mot, qui a connu le succèset l’autre disparu, sans descendance, nos noms et prénoms avecSky my Husband! Ciel mon mari!Il s’acharne depuissurvivront un temps dans le clairobscur des bibliothèques à démontrer que, pour maîtriser une langue, il faut savoirqui sont les seuls tombeaux d’où il arrive parfois qu’un s’en amuser, et applaudir ses explorateurs qui ne cessentlecteur vous fasse revenir. » de la fouetter ou de la caresser dans le sens du poli et de Je peux évidemment me« bélouser »à conseiller ces l’impoli. La belle idée de cette collection, le « Dictionnaire livres, mais il n’est pas question d’« amignoter »,comme amoureux », est de permettre aux auteurs de faire de leur le dirait LouisSébastien Mercier. sujet une œuvre personnelle. HHHHIDICTIONNAIRE AMOUREUX DE Chiflet s’intéresse ainsi aux LA LANGUE FRANÇAISEPARJEANLOUP horslaloi et aux francstireurs CHIFLET,1744 P., PLON/L’ABEILLE, 13 € – inconnus (LouisSébastien HHHIIDICTIONNAIRE DU Mercier, amoureux de néolo RENSEIGNEMENTSOUS LA DIRECTION DE gismes) ou connus (Mallarmé, HUGUES MOUTOUHETJÉRÔME POIROT, Desnos, Oulipo…) – et se fait1424 P., PERRIN/TEMPUS, 17 € savant ou jongleur selon les cas. HHHIIGASPARD DE LA NUITPAR Un voyage passionnant.ÉLISABETH DE FONTENAY,144P., FOLIO, 6,90 € SÉBASTEIN HARDY
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La poésie pour réparer les vivants
Le médecin et poète Rafael Campo.
nombreux médecinspoètes, de John Keats à William Carlos Williams. Le doc teur Rafael Campo,de l’école de médecine de Harvard, est chef de la rubrique poésie du prestigieuxJournal of the American Medical AssociationSelon (JAMA). lui, la section poésie est l’une des plus lues de la revue, qui reçoit 200 poèmes par mois, et n’en publie qu’un par numéro. Les textes choisis racontent la nuit passée à surveiller un patient au pronostic vital engagé ; ils offrent aux médecins un lieu où exprimer leur sensibilité quand l’organisation même de l’hôpital pousse à agir comme un robot ; enfin, ils permettent d’accepter que l’on n’ait pas toujours une réponse médicale à la maladie. Persuadés que les poèmes aident aussi bien le soignant que le patient, cer tains chefs de service intègrent la lecture et l’écriture de ceuxci dans la formation proposée aux internes.« Quand un traitement n’est pas possible, quand on sait qu’il n’y aura pas un autre cycle de chimiothérapie, qu’avonsnous à offrir à nos patients ? Notre humanité »,conclut le docteur Rafael Campo. G.M.
société, ils véhi culent autant d e p a r o l e s nauséabondes que de preuves de bienveillanceet d’humour. Cet humour, heureusement, qui tourne en dérision le dérisoire. Car tout est dérisoire en ce moment. S a u f d e s a u v e r d e s v i e s humaines, celles des patients en réanimation, des personnes âgées en Ehpad, des femmes ou des enfants confinés avec leur bourreau, ou des cœurs qui lâchent sans qu’on puisse les rattraper. L’envie d’écrire reviendra, quand la vague sera partie, comme l’eau se retire sur la
DANS L’ACTUALITÉ
ON EN PARLE AILLEURS
La place Kléber de Strasbourg au temps du coninement, le 20 mars.
E. MATHERONBALAŸ / FLAMMARION  E. CEGARRA / NURPHOTO / AFP  SDP
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n mars, leLos Angeles Timesp u b l i a i t u n r e p o r t a g e s u r E l’engouement des médecins amé ricains pour la poésie. Il faut dire que la Californie était loin des 20 000 cas de coronavirus dénombrés début avril. Pourtant, loin d’être anachronique, l’article soulève des questions essen tielles à propos de ce métier, en cette période de pandémie : comment vivre normalement quand on encaisse chaque jour autant de détresse, d’urgences ?
Comment rester humain quand les patients et leurs familles nous attribuent le pouvoir divin de conjurer la mort ? Ces interrogations sont au cœur des poèmes que des centaines de médecins, infirmiers et autres soignants soumettent chaque année aux revues médicales américaines, convaincus que« la poésie est le meilleur moyen de saisir la fragilité, la ténacité et l’universalité de l’expérience humaine ». LeLos Angeles Timesrap pelle que l’histoire littéraire compte de
plage en des s i n a n t d e s arbres dans le sable. L’écriture reviendra,car nous aurons besoin d’un nouveau récit pour offrir à nos âmes confinées l’espoir d ’ u n m o n d e m e i l l e u r. Je continuerai, comme dans mes précédents romans, à parler de la bonté des hommes, de la nature, de la simplicité et du respect que nous devons retrou ver pour offrir à nos enfants non pas un avenir meilleur, mais un avenir tout court. » Proposrecueillispar  GladysMarivat * Dernier livre paru :Se le dIre enin(Flammarion).
VU D’ALSACE Agnès Ledig* « L’envie d’écrire reviendra, quand la vague sera partie » « epourrais vivre ce confi tourner la page pour en rédi nement avec sérénité, me ger des centaines d’autres. J réjouir de ces instants Aujourd’hui, pourtant, mon so u d a in d isp o n ib le s cœur est avec les soignants. pour lire, écrire, passer du J e p e n s e à e u x , à l e u r temps en famille, en attendant d é v o u e m e n t , a u m a n q u e que la vague reparte. Mais les insupportable de moyens. Je émotions se bousculent en moi, vais reprendre des gardes en mélange de tristesse et d’es maternité, comme auxiliaire de poir, de dépit et d’allant. En puériculture – n’ayant plus les Alsace, la situation est grave, compétences médicales d’une les urgences débordent, les soi sagefemme. Je prendrai soin gnants souffrent, la population des bébés et de leurs mamans, aussi. Les familles pleurent qui donnent la vie dans ce leurs morts dans un confine contexte mortifère. ment cruel qui les prive de l’es L’écriture n’est plus au sentiel : le dernier au revoir. premier plan, ou alors sur les Je p e n s a i s a v o i r l a i s s é réseaux sociaux pour essayer derrière moi le métier de d ’a le rte r, d e ré co n fo rte r, sagefemme pour devenir de mettre un peu de poésie romancière à temps plein, sur la peine. À l’image de la
De plus en plus de médecIns amérIcaIns envoIent des poèmes aux revues médIcales, manIère pour eux de penser – et panser – leur expérIence et celle des patIents.