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Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du Règlement par la Commission des affaires étrangères sur Les enjeux géostratégiques des proliférations

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Description

La prolifération d'armes de destruction massive (ADM), nucléaires, biologiques, chimiques ou balistiques, demeure un des grands dossiers des relations internationales malgré la fin de la guerre froide. La politique des blocs a cédé la place à des relations fluctuantes entre les pays. Dans ce contexte, les Etats cherchent à se doter d'armements susceptibles de garantir leur sécurité. Ce rapport étudie les relations entre différents Etats, la dissémination des technologies proliférantes et l'influence du droit international pour interdire les armes de destruction massive. Les auteurs évoquent aussi une nouvelle forme de guerre, les attentats cybernétiques, capables rapidement et sans risque, de désorganiser la société.

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Publié le 01 novembre 2009
Nombre de lectures 15
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

______ ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958TREIZI ÈME LÉGISLATURE Enregistré à la Présidence de lAssemblée nationale le 18 novembre 2009.
R A P P O R T D  I N F O R M A T I O N DÉPOSÉ
en application de larticle 145 du Règlement
PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
sur« Les enjeux géostratégiques des proliférations »
et présenté par
MM.JEAN-MICHELBOUCHERON et JACQUESMYARD
Députés ___
 3 
SOMMAIRE ___
Pages
INTRODUCTION....................................................................................................... 9 I  DE LA GUERRE FROIDE AUX NOUVELLES MENACES............. 15 A  1945-1963 : LAPPRENTISSAGE DUNE ARME INCONNUE..... 15
1) Les Etats-Unis et lURSS dans une compétition pour la suprématie militaire et politique......................................................................................... 15 a) La bombe au service de la puissance................................................................... 16 b) Surpasser lennemi : le nucléaire offensif............................................................ 18 2) France, Grande-Bretagne et Chine : la sécurité par la dissuasion...... 20 B  1963-1991 : LES PREMIÈRES TENTATIVES DE STABILISATION................................................................................................ 22
1) La crise de Cuba marque la fin de la conception offensive de larme nucléaire............................................................................................................ 23 2) Etats-Unis et URSS, entre apaisement et course aux armements..... 25 a) La poursuite de la course aux armements malgré le rapprochement stratégique..... 25 b) Les années Reagan : un changement de ton plus que de fond................................ 28 3) La gestion de larsenal soviétique après 1991 : un exemple de coopération pour la maîtrise des armements........................................... 30
C  LE MONDE APRÈS 1991 : VERS UNE NOUVELLE PROLIFÉRATION NUCLÉAIRE ?.............................................................. 31 1) 1993-2009 : illusions et désillusion............................................................. 33 2) Persistance de la rivalité entre les Etats-Unis et la Russie................... 35 a) Le maintien dun contentieux politique entre les Etats-Unis et la Russie................ 35
b) Dune phase dapaisement à une politique unilatérale des Etats-Unis............... 36 c) Le revirement américain..................................................................................... 40 3) Vers un nouvel âge des proliférations ?.................................................... 41
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D  LES PROLIFÉRATIONS BALISTIQUE, BIOLOGIQUE, CHIMIQUE ET CYBERNÉTIQUE............................................................... 45 1) Les programmes balistiques, nouvelle forme de prolifération ?........... 45 2) Les arsenaux chimiques et biologiques des Etats, un potentiel limité ?. 46 a) La disparition programmée des armes chimiques étatiques................................... 46
b) Les armes biologiques connaîtront-elles le même sort ?....................................... 48 3) Larme cybernétique, une arme dEtat ?.................................................... 51 II  LES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE, INSTRUMENTS RATIONNELS DES ETATS DANS LEURS RELATIONS INTERNATIONALES............................................................................................... 55 A  LE CLUB DES DÉTENTEURS DADM.................................................. 56 1) Lévolution de la politique nucléaire des Etats-Unis................................ 57 a) Le regain dintérêt des Etats-Unis pour une politique de désarmement.................. 58 b) Le désarmement à lépreuve des tensions internationales..................................... 61
c) Des négociations stratégiques qui dépendent de la résolution de conflits politiques 62
2) La Russie à la recherche de la parité politique........................................ 64
a) La dissuasion nucléaire, pour compenser le déclin des forces conventionnelles...... 65 b) ADM stratégiques et ADM tactiques : éléments particuliers de la doctrine russe.... 67 c) Le contrôle des armes nucléaires : éviter la supériorité américaine....................... 68 d) Une politique de non prolifération à géométrie variable....................................... 69 3) La montée en puissance globale de la Chine.......................................... 74 a) Mutations économiques et sociales, permanence stratégique................................ 74 b) Un arsenal hétéroclite qui se modernise.............................................................. 76 c) Une doctrine et une action fondées sur la discrétion............................................. 77 4) La doctrine nucléaire de la France entre certitude et questionnement... 78 a) Larme de la puissance comme de lindépendance nationale................................. 79 b) Une doctrine souple dans un contexte mouvant.................................................... 80 c) La méfiance à légard des projets américains de désarmement.............................. 82 5) Les forces nucléaires britanniques, entre indépendance et intégration à lOTAN....................................................................................... 84
a) Proximité et divergence doctrinales avec la France............................................. 84
b) Une intégration partielle au système américain................................................... 85
B  LE CAS PARTICULIER DISRAËL, « UN NOUVEL ACTEUR DEPUIS 30 ANS »............................................................................................ 86 1) Une stratégie volontairement ambiguë...................................................... 87 2) Une panoplie complète dADM ?................................................................. 88
3) Les effets de la stratégie dambiguïté au Moyen Orient......................... 91
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C  LA RATIONALITÉ DES NOUVEAUX ACTEURS.............................. 93
1) La bombe indienne, affirmation de son primat en Asie du Sud et de sa parité avec la Chine.................................................................................. 93 a) De linutilité à limpératif de la bombe : le choix rationnel de lInde..................... 94 b) Le rejet du régime de non prolifération ou laffirmation de lindépendance de lInde............................................................................................................... 96 c) De laffirmation de lindépendance à la construction dune politique de puissance ?....................................................................................................... 97 d) Laffaiblissement du TNP, prix du partenariat stratégique entre les Etats-Unis et lInde............................................................................................................... 99 e) La montée en puissance de larsenal indien......................................................... 101
2) Le Pakistan ou la dissuasion du faible au fort dans un contexte régional tendu.................................................................................................. 103 a) Une doctrine nucléaire tournée contre la seule Inde............................................. 104 b) Le Cachemire, rivalité de trois puissances nucléaires et révélateur de la faiblesse stratégique du Pakistan..................................................................................... 105 c) Une course aux armements parallèle à un lent processus de rapprochement diplomatique..................................................................................................... 107 d) La sécurisation de larsenal nucléaire pakistanais............................................... 110 3) Pourquoi lIran veut maîtriser la technologie nucléaire militaire........... 112
a) Disposer à court terme dune capacité de dissuasion............................................ 112
b) Un choix stratégique comportant plusieurs options.............................................. 114 c) Une arme idéologique........................................................................................ 116 d) Rappel historique............................................................................................... 117 e) La découverte dun programme clandestin à caractère militaire.......................... 119 f) Des négociations utilisées par lIran pour gagner du temps................................... 123 g) Des sanctions peu efficaces................................................................................ 125 h) Les implications dun Iran nucléaire pour les Etats-Unis...................................... 128 4) La Corée du Nord ou la survie dun régime totalitaire............................ 129 a) Un produit de la guerre froide............................................................................ 130 b) Un régime politique épuisé utilisant une stratégie de chantage............................. 131 c) Lexportation des technologies pour élargir le front des proliférations.................. 135 d) Un arsenal chimique et biologique aussi avancé que larsenal nucléaire............... 136 e) Lenjeu géopolitique : assurer la sécurité du Japon, « Etat du seuil ».................... 137 f) Le Japon, allié stratégique des Etats-Unis en cas de conflit contre la Corée du Nord ou contre la Chine.................................................................................... 140 g) Un jeu diplomatique entre la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Nord, la Corée du Sud, la Russie et le Japon.................................................................................. 141
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D - VERS DAUTRES ACTEURS NUCLÉAIRES ?.................................. 143 a) Le cas de la Libye, analyse dune renonciation aux ADM..................................... 144 b) Syrie : larme nucléaire à objet limité................................................................. 149 E  LA SIGNIFICATION DE LA MENACE BALISTIQUE ET DE LA DÉFENSE ANTIMISSILE................................................................................ 152
1) La menace balistique, élément de guerre asymétrique......................... 152 2) La défense antimissile, élément structurant du concept stratégique et des alliances des Etats-Unis.................................................................... 154 3) Les enjeux politiques pour lEurope............................................................ 155 4) Remise en cause, mais non abandon........................................................ 157 III  LA DISSÉMINATION DES TECHNOLOGIES PROLIFÉRANTES 171 A  LES RÉSEAUX DE PROLIFÉRATION.................................................. 171 1) Un phénomène récent contre lequel les textes traditionnels se sont révélés impuissants........................................................................................ 172 a) Les réseaux de prolifération dans un contexte de mondialisation.......................... 172 b) Une régulation des échanges inefficace pour lutter contre les proliférations........... 177
2) Des actions inefficaces contre des proliférations encore et toujours étatiques............................................................................................................ 179 a) Des mesures nouvelles adoptées dans un contexte biaisé...................................... 180 b) La contre-prolifération, facteur dinjustice ?....................................................... 181
c) La lutte contre les réseaux renforce les coopérations entre Etats proliférants......... 182
B  DISSÉMINATION DES TECHNOLOGIES ET TERRORISME, UN RISQUE RÉEL ?........................................................................................ 184
1) « La guerre contre la terreur », effet des attentats du 11 septembre 2001.................................................................................................................... 186
a) Un concept volontairement manichéen................................................................ 187
b) Une crainte légitime : la difficile sécurisation des matières fissiles et radioactives. 188
c) La possibilité dun attentat terroriste nucléaire : un mythe plus quune réalité....... 191
d) larme nucléaire, outil dun terrorisme dEtat : une hypothèse peu crédible........... 193 e) Lattentat par diffusion de matières radioactives : une hypothèse plus réaliste....... 194
2) La menace terroriste chimique et biologique : une éventualité réaliste, mais difficile à mettre en uvre................................................... 195 a) Quantification des actions et projets terroristes................................................... 196
b) Avantages des armes biologiques et chimiques pour des organisations terroristes.. 197 c) Les limites du recours aux armes biologiques et chimiques................................... 199 d) Un risque réel, contre lequel existent déjà des dispositifs de défense..................... 200
 7 
3) Les attentats cybernétiques : un moyen rapide, peu coûteux et dépourvu de risque pour désorganiser les sociétés modernes............ 201 a) Les attaques cybernétiques : du crime organisé à lespionnage dEtat................... 202 b) Pourquoi la Chine et la Russie recourent aux cyberattaques................................. 204 c) Un phénomène qui ne peut que saccentuer......................................................... 205 d) Des réactions auparavant défensives, prochainement offensives............................ 206 e) Invoquer larticle 5 du traité de lAtlantique Nord ?............................................. 208
IV  LE DROIT INTERNATIONAL PEUT-IL EMPÊCHER LA PROLIFÉRATION ?................................................................................................. 211
A  LINTERDICTION DES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE, UN ENGAGEMENT INSUFFISANT........................................................... 212 1) La convention sur les armes chimiques, un outil efficace de lutte contre la prolifération...................................................................................... 212
2) Le traité de non prolifération nucléaire, un équilibre maintenu en dépit des évolutions historiques................................................................... 214 a) De la création de lAgence internationale de lénergie atomique à la signature du traité de non prolifération.................................................................................. 214 b) Le renforcement progressif des moyens de lAIEA................................................ 215
c) Un traité fragilisé par des contestations croissantes............................................. 217
3) La convention sur les armes biologiques ne comporte toujours pas de mécanisme dinspection........................................................................... 219
4) Le code de conduite de La Haye, un instrument faible contre la prolifération balistique.................................................................................... 222 B  DES TEXTES COMPLÉMENTAIRES POUR LUTTER CONTRE LES PROLIFÉRATIONS.................................................................................. 223 1) La question des zones exemptes darmes nucléaires, un enjeu politique 223 2) Les clubs dexportateurs, des règlements utiles mais insuffisants...... 225 a) Le groupe Australie, une instance utile à la classification des agents chimiques et biologiques dangereux....................................................................................... 225 b) Les clubs dexportateurs nucléaire et balistique, des groupes de défense dintérêts stratégiques...................................................................................................... 226 3) Linterdiction des essais nucléaires et de la production de matières fissiles : des textes déjà appliqués en partie............................................ 227
C  LA « COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE » CONTRE LA PROLIFÉRATION : UNE MENACE INSTRUMENTALISÉE ?......... 230 1) Contre-prolifération et dénucléarisation, deux nouvelles manières de confirmer le statu quo............................................................................... 231
a) La persistance des crises malgré le droit existant................................................. 231
b) La contre-prolifération et ses faux semblants....................................................... 232
c) Le discours sur la « dénucléarisation du monde » : le maintien du statu quo derrière laffirmation dun changement.............................................................. 234
 8   2) Revoir léquilibre actuel pour lutter contre les menaces réelles........... 236 a) Les échecs des conférences passées : quand les Etats membres du TNP ne respectent pas leurs engagements....................................................................... 236 b) Renforcer le droit pour ladapter à la réalité des proliférations............................ 237 c) Promouvoir la coopération de tous les Etats contre le terrorisme.......................... 238 d) Lélargissement du club du TNP : la question interdite ?...................................... 239 CONCLUSIONS........................................................................................................ 243 CONCLUSIONS : ENGLISH VERSION........................................................................... 251 EXAMEN EN COMMISSION............................................................................................ 259 ANNEXES......................................................................................................................... 265 Annexe 1 : Liste des personnes auditionnées..................................................................... 267 Annexe 2 : OTAN, armes nucléaires et lutte contre les proliférations.................................. 271 Annexe 3 : Union européenne, armes nucléaires et lutte contre les proliférations................. 275
Annexe 4 : Fiches pays.................................................................................................... 277
Annexe 5 : Chronologie de lactualité nucléaire 2008-2009................................................ 301
Annexe 6 : Principaux textes internationaux...................................................................... 317  Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).......................................... 319  Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction................... 325  Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction................................................. 329  Code de conduite international contre la prolifération balistique.................................. 357  Traité dinterdiction complète des essais nucléaires.................................................... 361 Annexe 7 : Bibliographie................................................................................................. 384
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« En août 1945, quand les deux premières bombes atomiques américaines frappent Hiroshima et Nagasaki, jétais parachutiste, chef de la mission militaire française à Calcutta. La capitulation japonaise me donne comme à tous les combattants un immense soulagement : nous savons que nous survivrons à cette guerre. Cest pourquoi larme atomique na pas pour moi ce caractère dhorreur quon lui attache à juste titre » (Pierre Messmer, ancien Premier ministre, discours à luniversité dOxford, 15 février 2002).
La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs balistiques, quil sagisse darmes nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques est au cur des relations internationales. Depuis lexplosion de la première bombe atomique sur Hiroshima, la communauté internationale nest pas parvenue à surmonter cette contradiction majeure : comment assurer la survie de lhumanité face aux armes de destruction massive (ADM) alors que les plus grands Etats de la planète cherchent à sen assurer la maîtrise, en raison des perspectives politiques et stratégiques quelles offrent ?
Cette contradiction est dautant moins en voie dêtre résolue  en dautres termes la survie de lhumanité fait toujours lobjet dune sérieuse menace que de plus en plus dEtats, voire dindividus, maîtrisent partiellement ou totalement les techniques de fabrication des ADM et quavec les progrès technologiques, la gamme des outils de destruction ou de déstabilisation sélargit. Aux ADM sajoute désormais le risque présenté par la cybernétique. Les sociétés modernes, gourmandes en informations, gèrent des systèmes complexes en réseau et y porter atteinte peut être tout aussi destructeur matériellement et psychologiquement que nimporte quelle arme.
La manière dont nous orientons nos réflexions et dont nous définissons les questions que nous nous posons sur la prolifération  ou plutôt sur les proliférations  a autant dimportance que le fait même danalyser ce phénomène. La plupart des publications officielles émanant de Gouvernements ou de Parlements, ainsi que les analyses des spécialistes de la stratégie sinquiètent en règle générale des proliférations, à juste titre si lon se souvient des conséquences tragiques des explosions dHiroshima et de Nagasaki sur la population japonaise, des attaques au gaz sur les populations kurdes ou lors de la guerre Iran / Irak, mais derrière ces craintes se cachent le plus souvent des considérations stratégiques visant à maintenir un rapport de force hérité de la guerre froide lorsque lon évoque, par exemple, les Etats-Unis et la Russie, ou un équilibre régional si lon examine le cas de lInde et du Pakistan. Lorsque les Etats-Unis mettent en cause par un incessant discours le programme nucléaire de Téhéran, ils ne nourrissent aucune crainte quant au risque dêtre bombardés par lIran. Ils savent en revanche que la maîtrise de larme nucléaire par Téhéran sanctuarise le territoire iranien et
 10   donne à ce pays une capacité croissante dintervenir dans lensemble des dossiers du Moyen-Orient. Cest moins lémergence dune nouvelle puissance au Moyen-Orient qui les inquiète que la confirmation dun monde multipolaire où leur influence se dilue.
Linquiétude sur les proliférations de toute nature est justifiée en raison du risque quelles font encourir à lhumanité. Mais elle lest moins si on examine cette question sous un angle géostratégique. Pour ce qui concerne larme nucléaire, la possession de celle-ci a été jusquici un puissant facteur de paix. Malgré des crises aigues dont Cuba a sans doute constitué le paroxysme, Etats-Unis et URSS ont passé la guerre froide à sespionner, mettre au point des armes de plus en plus sophistiquées, établir des scenarii de guerre conventionnelle, mais ils ont fondamentalement veillé à éviter la guerre nucléaire. Il en a été de même dans leurs relations avec la Chine.La politique de dissuasion a donc réussi. Dès lors, la question centrale est : faut-il sinquiéter de la diffusion de larme nucléaire dès lors que, jusquà présent, les Etats sen sont servis comme arme de défense et non comme arme dattaque ?
Ce raisonnement vaut pour les armes nucléaires, qui sont produites, stockées et maintenues par des Etats capables de maîtriser des processus complexes : mise au point et construction dunités denrichissement duranium, fission, miniaturisation, balistique... Il vaut moins pour les autres ADM, dont les techniques de fabrication sont moins complexes et dont il est difficile de toujours identifier les détenteurs, qui pourraient être le cas échéant dautres acteurs que des Etats. La maîtrise technologique nest plus lapanage des seuls pays riches et industrialisés, elle peut être à la portée dEtats en voie de développement comme au sein de groupes terroristes. Cest sans doute sur ce point que la possession dADM, actuellement, diffère de la période de la guerre froide. Le duopole américano-soviétique se caractérisait par sa prévisibilité. Les deux Etats porteurs qui de lidéologie libérale qui de lidéologie communiste disposaient dun arsenal nucléaire  et parallèlement dun arsenal chimique et biologique  afin déviter la guerre grâce à léquilibre des forces. Le régime de non-prolifération instauré, rappelons-le, également sous la guerre froide, avait pour objectif de ne pas altérer cet équilibre. Le risque nucléaire était élevé, mais il était géré par des gouvernements responsables disposant de militaires et de scientifiques disciplinés. Cette prévisibilité a laissé place à une phase dincertitude en raison de lapparition de nouveaux acteurs. La diffusion rapide des technologies laisse également supposer que des acteurs supplémentaires pourraient apparaître pour des raisons stratégiques, notamment au Moyen-Orient.
Linquiétude est dautant plus grande que les proliférations sont de deux ordres. En premier lieu se trouve la recherche, par des Etats, de la maîtrise dADM (toute la panoplie ou une partie de celle-ci). Cette recherche est souvent perceptible par la communauté internationale, grâce aux images prises par satellites. En second lieu, se trouve la diffusion par des Etats, par des entreprises, des scientifiques ou des militaires de technologies sensibles, volontairement ou