Horizon 2030 : Choisir un Québec climato-économique
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Description

Nous laisserons-nous endormir par les sirènes d’un scepticisme paresseux et dangereux? Allons-nous attendre docilement que nos capitaines échouent le navire, sans même songer à donner le coup de barre qui donnerait au Québec la direction qui lui est tout indiquée? La vague est en mouvement et, déjà, partout sur la planète, des nations déterminées lancent la charge vers la décarbonisation mondiale.
Pourquoi nous entêter à croire que le Québec hydroélectrique a sa place dans un Canada bitumineux?
Le plan d’attaque d’Horizon 2030 vise rien de moins qu’une 2e Révolution tranquille – et verte –, en se donnant trois objectifs clairs : l’électrification des transports et un investissement massif en transport en commun, le découplage de l’industrie et des énergies fossiles, et le verdissement du parc immobilier.
Avec 35 000 emplois anticipés par année, sur une période de 10 ans, la seule condition à l’accomplissement de ce plan est d’y mettre la volonté politique. Il ne tient qu’à nous de saisir le gouvernail.
Le domaine de l’agriculture en est un pour lequel le Québec pourrait innover. Pensons-y : nos cultures et nos élevages sont responsables de 8,3% de nos émissions de GES. Il faudrait tabler sur une meilleure gestion des sols agricoles et des fumiers. La voix de l’avenir, c’est donc aussi de se nourrir intelligemment.
Selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les viandes dont la production émet le plus de GES sont le bœuf (produire un kilogramme de viande de bœuf émet 27 kg de gaz à effet de serre) et l’agneau (un kg de viande pour 39 kg de GES). En comparaison, les productions de porc (12,1 kg), de dinde (10,9 kg) et de poulet (6,9 kg) sont beaucoup moins émettrices de GES.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 novembre 2019
Nombre de lectures 6
EAN13 9782764439258
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De la même auteure
Mieux d’État , en collaboration avec Ianik Marcil, Éditions Somme toute, 2015.




Projet dirigé par Éric St-Pierre, éditeur

Conception graphique : Nathalie Caron
Mise en pages : Marylène Plante-Germain
Révision linguistique : Sabrina Raymond
En couverture : Ondrej Prosicky / shutterstock.com
Conversion en ePub : Fedoua El Koudri

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. We acknowledge the support of the Canada Council for the Arts.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre : Horizon 2030 : choisir un Québec climato-économique / Martine Ouellet.
Autres titres : Climat Québec deux mille trente
Noms : Ouellet, Martine, auteur.
Description : Édition originale : Montréal : Somme toute, 2016.
Identifiants : Canadiana 20190029943 | ISBN 9782764439296
Vedettes-matière : RVM : Développement durable—Québec (Province). | RVM : Électricité dans le transport—Québec (Province). | RVM : Gaz à effet de serre—Réduction—Québec (Province). | RVM : Québec (Province)—Politique économique.
Classification : LCC HC117.Q4 O94 2019 | CDD 338.9714/07—dc23
ISBN 978-2-7644-3924-1 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3925-8 (ePub)

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2019
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2019

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2019.
quebec-amerique.com




PRÉFACE
Le succès est enfant de l’audace…
Je me souviens de l’élan formidable en termes de développement social, économique et écologique que le Québec a connu grâce à la Révolution tranquille dans les années 1960 et 1970.
Devenir « maîtres chez nous ! » scandait en 1963 l’équipe du tonnerre composée entre autres de Jean Lesage et René Lévesque. Tous deux avaient une foi inébranlable dans la capacité du Québec de faire partie des grands de ce monde, d’innover dans tous les domaines et, surtout, ils avaient convenu de ne plus attendre la permission de l’ establishment canadien pour décider de nos choix d’avenir.
La nationalisation de l’électricité et surtout le développement de notre énergie propre, l’hydroélectricité – démonisée par le Canada anglais –, devinrent les tremplins qui propulsèrent le Québec vers des sommets de réussite inégalés encore aujourd’hui en Amérique.
Le Québec possède maintenant les énergies parmi les plus propres et les plus soutenables au monde, l’hydroélectricité couplée à l’éolien : énergies propres, vertes et renouvelables qui font l’envie de tous. Ceci nous a amené le meilleur bilan climatique et environnemental en matière d’énergie au Canada, a fondé notre autonomie énergétique en plus de nous assurer une prospérité soutenable. Ce choix est encore garant de succès prodigieux dans l’avenir.
Le plan Horizon 2030 présenté par Martine Ouellet est audacieux et tout à fait à propos. En plus de proposer une responsabilisation des plus cohérentes face à la pire menace environnementale jamais vue, la mise en œuvre d’ Horizon 2030 constituera une nouvelle Révolution tranquille, version verte.
Tous les secteurs de notre société peuvent contribuer aux progrès environnemental, technologique, social ainsi qu’à la création d’emplois écoresponsables, nous assurant de surcroît une plus grande indépendance énergétique alimentaire et financière.
Nous ne pouvons ignorer la menace qui affecte le monde : la CRISE CLIMATIQUE impose un effort sans précédent, nous devons faire partie de solutions planétaires. Le Québec peut et doit donner l’exemple. Il en retirera fierté et prospérité…
André Bélisle, président et cofondateur de l’AQLPA


AVANT-PROPOS
Déjà presque 2020 et le virage politique et économique se fait encore attendre. La nature, elle n’en peut plus d’attendre. La crise climatique est déjà commencée. Inondations, chaleur tropicale l’été, écarts de température extrêmes l’hiver, allant jusqu’à des variations de 20 °C et produisant verglas, gels et pluies se font de plus en plus sentir au Québec. Ailleurs sur la planète, disparition des glaciers, hausse du niveau des océans, désertification, typhons, tornades, ouragans, pluies diluviennes, sécheresse : l’ensemble de la population humaine est à un tournant de son histoire.
Nous pouvons rester les bras croisés et même tous les doigts croisés, cela n’empêchera pas le triste spectacle de la multiplication de toutes ces catastrophes climatiques qui génèrent destruction, misère et mort. Ou nous pouvons choisir d’agir pour ralentir le réchauffement de la planète. Ce choix implique un changement radical de notre façon de voir le développement économique. Il faut passer d’une économie fossile à une économie respectueuse du climat, c’est-à-dire opter pour un développement « climato-économique ».
Le Québec possède un exceptionnel potentiel pour agir pour la planète. Toutefois, ses élans sont constamment bloqués par le Canada, pays aveuglé par ses propres intérêts pétroliers. Choisir d’agir implique pour le Québec de sortir du Canada, afin d’avoir toute la marge de manœuvre nécessaire pour déployer, ici comme à l’international, son savoir-faire et sa volonté.
Ma formation d’ingénieure et mon implication en environnement m’ont amenée à travailler tant comme gestionnaire chez Hydro-Québec en efficacité énergétique que comme députée et ministre des Ressources naturelles, à différents niveaux et sur plusieurs enjeux touchant directement les changements climatiques. J’ai toujours trouvé qu’il manquait une vision globale. C’est pourquoi, en 2016, je me suis mise à la tâche en préparant le projet Climat-Québec 2030. Cette initiative visait à inscrire notre action dans une planification plus globale, avec un premier grand coup de barre d’ici 2030, car nous faisons face à une urgence que j’oserais qualifier d’ urgente et devons déjà, par ailleurs, songer à notre vision de ce que sera 2050.
Avec Horizon 2030 – Choisir un Québec climato-économique , je reprends le projet Climat-Québec qui est encore plus, et c’est dommage, d’actualité. Cette fois-ci, toutefois, je suis allée au-delà des actions à mettre en œuvre. J’ai posé un regard lucide sur les obstacles et les lobbys depuis longtemps en action pour maintenir le statu quo (et donc leurs privilèges) et, de l’autre côté, sur les forces du pouvoir citoyen et politique qui peuvent, en s’unissant, choisir d’agir au bénéfice de l’humanité.
Vous pourrez aussi lire des textes de collaborateurs qui permettent de pousser plus loin la réflexion. Robert Laplante nous présente une démonstration magistrale d’économie pour tenir tête au Canada pétrolier. Gilbert Paquette nous invite à réfléchir sur les limites des pouvoirs d’une province. Finalement, Benoît Lavoie nous rappelle les enseignements des Premiers Peuples d’Amérique.
Bonne lecture, Martine Ouellet


PLUS QU’UN CLICHÉ, UNE RÉALITÉ !
L’ours polaire est devenu le symbole des changements climatiques, particulièrement suite à la mise en ligne d’une vidéo : La lente agonie d’un ours polaire . Cette vidéo, du photographe de National Geographic Paul Nicklen, est devenue virale. Elle montre en quelques secondes l’agonie d’un ours qui se meurt de faim. En effet, un des impacts importants du réchauffement climatique est la fonte des glaciers. Qui dit fonte des banquises dit impact dévastateur sur les ours polaires, qui n’ont plus accès à leur principale source d’alimentation : les phoques. Il n’y a pas que l’ours polaire. Plusieurs autres espèces sont menacées par les changements climatiques 1 : le renard polaire, le koala cendré, le manchot empereur, le béluga, le corail acropore, qui est le corail le plus répandu sur la terre, et j’en passe. Ajoutez à cela l’effet domino sur les écosystèmes et vous avez un cocktail des plus indigeste – même mortel, si la tendance se maintient.
Les changements climatiques vont bouleverser notre environnement physique de façon radicale si rien n’est fait, et ce, très rapidement. Nous vivons déjà un avant-goût de ce que cela implique, que ce soit ici, au Québec, ou ailleurs dans le monde : augmentation du nombre et de l’intensité des catastrophes naturelles, dont les tornades, tsunamis, cyclones tropicaux, vents violents, inondations, sécheresses, pluies diluviennes, froids extrêmes à certaines périodes de l’hiver et vagues de chaleur l’été. La planète crie à l’aide ! La nature a une étonnante capacité à absorber la pollution, mais là l’humain est allé trop loin. Nous avons oublié que toutes nos actions s’additionnent et qu’à près de 8 milliards de personnes sur la planète – sans oublier la force de pollution, voire de destruction d’un grand nombre d’inventions technologiques –, il n’est pas surprenant que la nature soit déréglée. Il reste encore un certain nombre de sceptiques qui affirment que l’humain n’a rien à voir là-dedans, que la planète, dans son histoire de milliards d’années, a déjà vécu des bouleversements encore plus importants et que ce n’est que naturel.
Heureusement, ils sont de moins en moins nombreux. Certes, lorsqu’on parle de changements climatiques, on doit tenir compte d’événements naturels qui contribuent au réchauffement global, telles les éruptions volcaniques, mais ce qui fait déborder le vase c’est l’activité humaine avec l’ensemble de nos émissions de gaz à effet de serre. Des gaz comme le CO 2 , qui semble inoffensif en petite quantité – c’est essentiellement ce que nous expirons lorsque nous respirons –, mais que nous produisons massivement, particulièrement lors de l’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz, que ce soit pour le transport automobile ou de marchandises, pour les usines manufacturières ou pour produire de l’électricité. Ce gaz à lui seul entraîne un impact énorme sur l’augmentation de l’effet de serre à l’échelle de la planète. Lorsqu’on l’additionne à tous les autres gaz à effet de serre comme le méthane (gaz naturel), les oxydes nitreux, l’hexafluorure de soufre et le trifluorure d’azote, eh bien ! le vase déborde abondamment ! C’est ce qui est en train de se produire.
Nous avons perdu de vue un enseignement crucial des Premiers Peuples, c’est-à-dire qu’il faut prendre nos décisions pour les sept générations qui vont suivre et non pas comme nous le faisons actuellement : en n’ayant à l’esprit que les bénéfices à très court terme et, trop souvent, des bénéfices destinés au petit nombre de personnes à la tête des grosses multinationales. La Terre ne nous appartient pas ; elle nous est prêtée et nous avons la responsabilité de la laisser à nos enfants dans un état équivalant ou, même mieux, surpassant celui dans lequel elle nous a été laissée.
J’ai lu un livre à 18 ans qui m’a profondément inspirée et dont les enseignements guident encore aujourd’hui une grande partie de mes actions. Avez-vous entendu parler de Notre avenir à tous , de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, des Nations Unies ? Dans cet ouvrage, publié en 1987, Gro Harlem Brundtland, ancienne première ministre de Norvège et présidente de la Commission, jette les bases d’un programme de développement international coopératif s’appuyant sur trois années d’auditions de témoins variés, combinées à une foule d’études. On doit à cette Commission la popularisation de l’expression « sustainable development » aujourd’hui traduite en « développement durable » – bien que j’aurais préféré, comme plusieurs, « développement soutenable ». En effet, l’objectif n’est pas qu’un type de développement dure dans le temps, mais plutôt qu’il soit soutenable en fonction de son impact sur l’environnement et sur la cohésion sociale. Enfin. Pour moi, ce livre a été une révélation : on ne pouvait plus concevoir le développement économique en vase clos. Il fallait se donner les moyens de concilier développement économique, environnement et équité sociale.
C’est d’ailleurs avec cette inspiration en tête que j’ai commencé à m’impliquer dans les instances nationales du Parti Québécois en 1988 : je mettais le pied, à l’époque, au Comité national des jeunes (CNJPQ pour les initiés). L’exécutif de mon comté m’encourageait à me présenter à un poste de conseillère, mais je me demandais : « Qu’est-ce que je pourrais apporter comme valeur ajoutée ? Pourquoi les membres du conseil national voteraient davantage pour moi que pour quelqu’un d’autre ? » À partir de ce moment, j’ai décidé de faire du développement durable ma mission. Il faut se rappeler qu’à l’époque, on pratiquait peu ou pas le recyclage ou la récupération. L’équipe en place n’était pas tellement orientée sur l’environnement. Il y avait bien eu Marcel Léger, qui avait créé le ministère de l’Environnement, mais il ne s’y trouvait plus. J’ai donc été élue et j’ai mis en place un comité de travail pour l’environnement. Nous avons eu tellement de plaisir à travailler ensemble et il y avait tellement de dossiers à préparer que nous avons décidé de fonder un nouveau comité national au Parti Québécois, soit le Comité national sur l’écologie et l’environnement. Celui-ci a publié en 1992 un document intitulé Vers Vert, un pays écologique , préfacé par nul autre que Jacques Parizeau, alors chef du Parti. Voici un extrait de la section « Et la souveraineté dans tout cela ? » :
LE CANADA : UNE MUSELIÈRE !
Actuellement, les négociations à l’échelle mondiale se déroulent pour en arriver à une convention-cadre sur l’effet de serre et les changements climatiques. Le Québec est totalement absent de ces négociations. Ainsi, lors de la Deuxième Conférence mondiale sur le climat de novembre 1990, à Genève, les 137 pays étaient représentés. La majorité d’entre eux sont beaucoup plus petits que le Québec et surtout, en tant que pays énergivore, nous sommes parmi les premiers concernés par un tel problème. Pourtant, nous étions absents, fondamentalement pour une seule raison : notre statut de province. Il faut bien se rendre à l’évidence : sur la scène internationale, l’appartenance au Canada est pour nous une véritable muselière !

Vers Vert, un pays écologique : le fameux dépliant préfacé par Jacques Parizeau.
Source : archives de Martine Ouellet.

Cet extrait est encore douloureusement d’actualité et l’absence du Québec à la table de négociations de la prochaine conférence sur les changements climatiques, la COP25 de Santiago au Chili, se fera sentir encore plus durement. Tant le Québec que la planète, avec un Canada et des États-Unis complètement gaziers et pétroliers, en feront les frais. Nous avons continué notre travail de pédagogie avec la publication d’un deuxième document, en 1994, dont je signais la préface en tant que présidente : Le Québec à l’heure du développement durable . C’était à l’époque où j’avais convaincu Jean Ouimet, alors chef du Parti Vert du Québec, de rejoindre les rangs du Parti Québécois avec plusieurs membres de son exécutif. Nous avions même produit une vidéo, dans lequel j’avais persuadé Jacques Parizeau de confirmer que le développement économique et la protection de l’environnement allaient effectivement de pair. M. Parizeau a probablement été le premier économiste au Québec à défendre le concept de développement durable. Nous avions diffusé cette vidéo à travers tout le Québec via le réseau des télévisions communautaires. C’était avant l’ère des médias sociaux !

Le Québec à l’heure du développement durable : nos premiers pas, au Québec (avec Vers Vert… ), dans l’arrimage du climatique avec l’économique.
Source : archives de Martine Ouellet.

Mais revenons au livre Notre avenir à tous , la bible, en quelque sorte, du développement durable. En voici un bon résumé :
En vue d’un développement durable, Brundtland recommande de modifier la qualité de la croissance économique, maîtriser la démographie, satisfaire les besoins humains essentiels, préserver et mettre en valeur les ressources, prendre en compte l’environnement dans la mise au point de nouvelles techniques et intégrer les préoccupations écologiques et économiques dans la prise de décision.
Elle propose de diminuer la consommation énergétique et développer les énergies renouvelables, reboiser les régions touchées par la désertification, réformer la fiscalité pour réduire les pressions sur les écosystèmes, adopter des conventions internationales pour protéger la nature. Le rapport Brundtland insiste aussi sur l’importance de combattre la pauvreté et l’injustice, qui sont à la fois causes et effets des problèmes environnementaux.
La Commission Brundtland demande aux institutions internationales de mieux tenir compte des objectifs sociaux et environnementaux et d’alléger la dette des pays démunis. Elle recommande une réduction des dépenses militaires au profit de la lutte contre la pauvreté et les inégalités et interpelle les grandes entreprises en vue d’une production et d’une consommation plus responsables. Elle démontre en fait que l’économie et l’écologie mondiales sont profondément imbriquées 2 .
Ces enseignements demeurent aujourd’hui tout à fait d’actualité. Mme Brundtland était une précurseure. Elle a sonné l’alarme à une époque où l’environnement n’entrait pas vraiment en considération dans les grandes décisions. Elle a mis de l’avant un concept, le développement durable, un peu trop galvaudé à mon goût aujourd’hui, mais tout de même incontournable dans les discours importants. Nous lui devons une fière chandelle. J’ai d’ailleurs eu le privilège de la rencontrer en personne, lors d’un évènement au printemps 2011 à l’Assemblée nationale où je représentais Pauline Marois, alors chef de l’opposition officielle. Je souhaitais participer à cette rencontre, car elle portait sur l’eau – un cheval de bataille personnel ! – et j’étais très curieuse d’entendre Bill Clinton sur la question. Une fois installée au premier rang au Salon rouge, j’ai eu le loisir de jaser avec mon voisin Max Gros-Louis, alors grand chef huron-wendat. Il portait pour l’occasion sa grande coiffe de plumes d’aigle, très impressionnante. Nous échangions sur l’environnement et nos convictions lorsque je lui ai mentionné que Mme Brundtland se trouvait à l’origine de mon implication pour l’environnement. Il m’a proposé derechef de me la présenter. Je n’ai pas immédiatement compris ce qu’il suggérait. Il m’a invitée à me lever, puis nous avons traversé le Salon rouge : elle se trouvait soudain juste là, devant moi, 24 ans après son rapport tellement visionnaire. J’ai donc pu vivre le pur bonheur de la remercier et de la féliciter pour son audace et sa vision. Une femme des plus inspirantes !


1 . Grégoire Macqueron, « Top 20 des espèces menacées par le réchauffement climatique et l’Homme », Futura , 4 septembre 2017, [en ligne], [https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-top-20-especes-menacees-rechauffement-climatique-homme-21853/], consulté le 24 septembre 2019.

2 . Jacques Prescott, Le Soleil , 29 octobre 2017. Professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, ex-fonctionnaire au ministère de l’Environnement, il a été au cœur de la démarche de développement durable du Québec.


URGENCE D’AGIR
Un peu plus de 30 ans après le Rapport Brundtland, l’humanité doit passer de la parole aux actes. Il y a urgence d’agir. Cette urgence nous est communiquée particulièrement par les jeunes. Vous avez entendu parler de Greta Thunberg, une jeune suédoise de 16 ans – le visage de la COP24 –, venue nous dire : « Nous sommes à court d’excuses et de temps. Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non. » Avant de conclure : « Le vrai pouvoir appartient au peuple 3 . » Ce discours a inspiré des jeunes un peu partout sur la planète. Ici même, au Québec, le 15 mars 2019, nos étudiants ont fait la grève pour le climat et plusieurs marches se sont tenues, dont celle à Montréal ayant réuni pas moins de 150 000 personnes selon les chiffres des organisateurs du collectif La planète s’invite à l’université , rapportés par Radio-Canada. J’y étais, dans une atmosphère de bonne humeur réunissant des jeunes du primaire à l’université, c’était très rafraîchissant et encourageant pour la suite des choses.
Depuis le rapport Brundtland, 24 rencontres annuelles pour le climat ont été organisées, dont la première fut le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Le site Web Connaissance des énergies recense et explique les retombées de quelques-unes des conférences les plus importantes 4 , dont celles de 1992, de 1997 et 2015. À titre d’exemple, l’événement de 1992 (le fameux Sommet de la Terre) a marqué l’adoption de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. C’est à ce moment qu’a été reconnu de manière « officielle » l’impact de l’activité humaine sur le climat et qu’une structure de négociations visant à mitiger cet impact a vu le jour.
Je me souviens, à l’époque, j’avais participé en 1992 aux ateliers régionaux de préparation du Sommet de la Terre qui a eu lieu à Rouyn-Noranda pour le Québec. Comme toute entente de nature internationale devait passer par le Canada tant que le Québec resterait une simple province, je ne souhaitais pas me joindre à la délégation canadienne au Brésil. Toutefois, j’ai recroisé plusieurs participants de ces ateliers qui, par la suite, se sont impliqués soit chez Greenpeace, soit comme consultants en énergies renouvelables ou pour l’environnement en général.
À la suite des discussions tenues dans le cadre d’une COP annuelle (la future « Conference of the Parties », dont la première se tiendrait en 1995), des mesures pourraient être déterminées et mises en pratique par les membres de la Conférence pour atteindre ces fins.
La non moins célèbre Conférence de 1997 (COP3), tenue à Kyoto, a vu naître le protocole éponyme. Son objectif dont les grandes lignes demeurent connues (et largement ignorées à ce jour) était de réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays signataires d’au moins 5 % par rapport à leur niveau d’émission de 1990, et ce, dans la période d’engagement allant de 2008 à 2012. Alors que le Canada, donc le Québec, s’était donné un objectif de -6 %, et que les pays européens ont plutôt opté pour un objectif de -8 %, les États-Unis, de leur côté, ne l’ont pas ratifié.
Enfin, la Conférence de Paris qui s’est tenue en 2015 (c’est-à-dire la COP21, pour les lecteurs attentifs) a donné naissance à un accord entre 195 pays. L’objectif est de limiter le réchauffement global en stabilisant les émissions dues aux activités humaines « nettement en dessous de +2 °C » d’ici la fin du siècle et en renforçant les efforts pour atteindre la cible de +1,5 °C. Le président Donald Trump a annoncé en 2017 le retrait des États-Unis de cet accord.
J’ai eu l’occasion de participer à l’une de ces grandes rencontres internationales, la COP16 en décembre 2010 organisée à Cancún. J’étais invitée par le gouvernement du Québec comme porte-parole de l’opposition officielle en environnement. Je sais ce que vous allez vous imaginer en pensant à Cancún, mais rassurez-vous : je n’ai eu le temps de me baigner qu’une seule fois et à 6 heures du matin, avant que la journée ne commence. Les journées étaient bien remplies du matin au soir et le séjour, assez court. J’ai été à même de constater sur place à quel point le Québec comme province était absent des vrais forums de décisions. C’était le Canada qui s’exprimait en notre nom. Un Canada qui faisait tout pour saper les négociations, ce qui lui valut plusieurs prix fossiles cette année-là, comme plusieurs autres années. D’ailleurs, au lieu d’être dans le peloton de tête avec un Québec véritablement « national », nous nous retrouvions en queue de peloton avec un Canada… pétrolier.
Mais revenons un peu à Kyoto, dont nous avons beaucoup entendu parler. Saviez-vous que le Canada est leur seul pays à avoir renié sa signature du protocole de Kyoto ? C’est une vraie honte. Le Québec a fait beaucoup mieux. Il a réussi à atteindre son objectif original de -6 %, mais seulement pour la dernière des 4 années. Le Canada, de son côté, a non seulement échoué à réduire ses émissions de GES, mais il les a augmentées de 18 %.
Résultats à la suite des objectifs de Kyoto : -6 % des émissions de GES par rapport à 1990 pour les années de 2008 à 2012
Années
Variation depuis 1990 Québec
Canada